TRADUIT DU LATIN
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Nov: pourons aujeurd'hui, grâce à la curieuse collection des T'héâtres étrangers, nous faïre une idée des principales productions dramatiques de tous les peuples; * connaissance plus étroitement liée qu'aucune autre à celle de leurs habitudes, de leurs mœurs, de léur physionomie. Mais il est une classe de drames que nulle traduction n’a encore reproduite, qui n’est particulière à aucune nation, ne tient au progrès d'aucune langue, au déve- loppement d'aucune société, et qui pourtant, aux yeux de l'observateur, a une assez grande importance ; ce sont les pièces de théâtre composées en latin pour les cgléges.
Quelle direction l'instruction publique recevait-elle en tel lieu , à telle époque, en telle circonstance ? Comment les passions étaient-elles traitées par des hommes graves, étrangers, pour la plupart, aux intérêts mondains? De quelle manière présentaient-ils les notions du juste et de l’injuste , les idées de liberté et d’obéissance, à des âmes pures et naïves que Îles cupides désirs ni les fausses doctrines n’avaient point encore corrompues ? Voilà les premières questions que fait naître la lecture de pareils ouvrages, parmi lesquels un assez grand nombre se recommandent par un vrai mérite littéraire. Ce mérite, aux yeux de plusieurs peuples, a dû sans doute s’éclipser et disparaître tout-à-fait devant les chefs-d’œuvre de leur
scène nationale ; ainsi, pour des Français qui savent par cœur Corneille, Molière, Racine et Voltaire, des compositions de jésuites offrent sans doute peu d’attrait ; mais si vous remontez jusqu'aux temps où les drames modernes étaient encore enveloppés des langes de l’enfance, et si vous comparez à ces informes et grossiers avortons les pièces composéesgour les colléges à la même époque, vous trouverez que des tragédies dessinées avec la simplicité dés formes "antique , écrites barmonieusement dans la langue de Virgile, et cachant quelquefois , sous l'enveloppe des vieux temps, les intérêts et les agitations des temps nouveaux, ne sont point indignes d’être : étudiées par l’homme de lettres et par le philosophe ; tel est le Jean Baptiste de Buchanan.
Il n’a maiqué à Georges Buchanan, pour figurer avec éclat parmi les premiers paëies et orateurs modernes, que de naître ua peu plus tard, et d'employer pour iruchement de ses pensées un idiôme dont la vie se répandtt sur ses ouvrages. Le latin, cette langue sacrée des hommes illustres d'alors, était pour eux l’objet d’une préférence naturelle ; il tes séparait de l communication du valgaire, et surtout de celle des tycang; il les liait étroitement aux chers objets de leurs études, et les concentrait dans le sanctuaire des lettres et de. la philosophie ; mais, en revanche, il a fini par les.rendre étrangers à la virculation des idées générales ; et leurs éçrits, quelques beaux qu'ils sotent, ne sont plus conservés dans nes hibliothèques que comme des médaïlles de prix.
Si c'est l'éducation qui fait l’homme ; Buchanan est Français. Né à Kilkerne en Écosse, en 1506, il tint à Paris, dès sa première jeunesse, étudier les belles lettres, et ensuite les enseigner. Le collége de Sainte-Barbe s’ho-
NOTICE, 207 nore de le compter parmi ses anciens préfesseurs. De reivur en Écosse, il y fut persécuié comme détracteur des moines et partisan de la Réforme ; il revint chereher un asile én France vets l’année 1540 , et professa trois ans à Bordeaux, où il composa, pour l’usage dés écoliers , 965 tragédies de Jean-Baptiste et de J'ephté. « I] voulait, dit M. Suard (Biographie universelle), les dégoûter des ailéguries alors à 1 mode. s Il vonlait bien plus ; # avait sure tout déssein dé leut inculquer-profondément la haïne de la tyrénnis, célle du fanatisme et de la persétution religieuse, et l’on hé pett niet qu’il he maréhât à grands pas vers ce but. La trapédie de Jean-Baptiste est suvtuut un monément, fort curieux pout nous, du degré de liberté littéraire et d'opposition politique permis en France , dans les établissemens d'éducation, soûs le règne de François 1°". Considérée conime pièce de théâtre , celte production est très imparfaite sans doule : ce n'est, à propremeñt parler, qu’un tableaü historique, mais beau dans plusieurs de ses parties. L’enthousiasme religieux et la mysticité, platonique , caractère des Juifs soumis à la domination des Romains, sont très bien peints dans la personne de Jean-Baptiste et dans le chœur composé dé ses disciples. Le déspotisme versatile et perfide d'Hérode .Antipas, l'orguëit pharisaïque de Malchus, les vues réformatrices de Gamaliel, se retrouvent tels que l’histoire les présente. Mais ce sujet magñifique est loin d’avoir été vu, ou même enxgrevu, sous toutes ses faces. Combien seraient admirables les tableaux d’un poëte qui saurait y faire entrer les habiles et vastes combinaisons de la politique romaine, les intrigues et la licence de la petite@our du tétrarque, les agitations des Juifs parmi les sectes nombreuses dont ils étaient travaillés, et surtout l'influence de Jean-Bap-
tiste sur la multitude , comme successeur des prophètes et précurseur de Jésus-Christ! Buchanan, dans le cadre étroit d'une tragédie de collége, ne pouvait placer toutes ces choses ; c'est beaucoup qu'il en ait présenté plusieurs avec énergie et vérité.
On a fait peser sur la mémoire de cet homme éminent l'accusation d’ingratitude. On a dit qu'après avoir reçu les bienfaits de l’infortunée Marie Stuart, il se rangea parmi ses plus violens accusateurs. S'il fut réellement ingrat, c’est un crime que nulle circonstance politique ne peut excuser. Si, au contraire, sans être enchaîné envers Marie par aucun de ces nœuds qui contraignent la volonté { j'ai presque dit la conscience) d’un homme de bien , il n’a fait que se prononcer contre elle dans la guerre qu’elle déclara aux libertés d'Écosse, ce sont là des choses laissées au sentiment et à l’opinion de chacun. Marie Stuart est bien plus intéressante par sa beauté, par son esprit et par ses malheurs, que par sa conduite et par sa cause. Si les crimes dont on l’accuse ne sont pas pleinement avérés, du moins est-il certain que tous les excès de la tyrannie et du fanatisme s’autorisaient de son nom et se fortifiaient de son appui; sa mort enfin, dont je suis loin d’excuser l’affreuse iniquité, fut néanmoins un des actes les plus nationaux du règne d’Élisabeth, et une des plus puissantes garanties de la paix des deux royaumes.
Buchanan, après avoir exercé en Écosse de très hants emplois, mourut en 1582, sans laisser de quoi se faire enterrer : quel homme d'état ignorant !
® FIN DE LA NOTICE
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