HÉRODE, JEAN-BAPTISTE(4), LE CHOŒUR
| HÉRODE
S'éloigne-t-elle, en effet? Oui, la voilà sortic. Parlons ensemble à présent. Tu ne peux t'irriter ni trouver étrange que, vivement blessée, une femme noble, riche et puissante, une reine enfin ne sachc pas maîtriser sa colère. Toi-même es témoin du zèle que j'ai toujours mis à te proléger. Tout le peuple te haït et demande à grands cris ton châtiment; les grands se plaignent, et les pré- : tres frémissent. Je vais te dire en peu de mots. d’où naissent contre toi ces griefs universels. Tes discours médisans déchirent publiquement tous les ordres ; tu souffles les vapeurs empoisonnées d’une nouvelle doctrine au vulgaire ignorant de nos anciennes lois; par tes apostrophes iurbulentes, la tranquillité publique est ébranlée ; tes annonces d’un nouveau règne empêchent les soldats d’obéir à leur chef, et le peuple d'être soumis : à César ; tu leur promets l’affranchissement du joug étranger ; tu les berces de vaines espérances ,: et ne permets pas le repos à des esprits déjà trop
rebelles. Ta folie enfin (comme si trop peu de désastres nous eussent accablés ! } ne tend qu’à rappeler sur notre sol la fureur des armes romaines. Et puis-je douter de ce que tu oses en mon absence, lorsque, me reprochant en face un hymen impudique , tu déchaînes sur ma tête, autant que tu le peux , l’inimitié du peuple et les hostilités de mon frère? Ilte restait, pour dernier attentat, de livrer la guerre au ciel; aussi t’efforces-tu d’abolir le culte qui jusqu’à présent fit fleurir ce royaume. Voilà ce qui courrouce et indigne le peuple. On m'accuse d’être lent à venger les lois paternelles; et, malgré tout ce déchaînement, tu n'as éprouvé de moi nulle rigueur; c’est peu; tu trouveras dans moi toute la faveur d'un juge facile et bieuveillant. Jé ne suis point sorti d’une race d’Assyrie ou d'Égypte, dont la tyrannie soit avide du sang d’Israël ; la même terre est pour nous patrie, mère et nourrice. Le dernier d’entre vous ne peut périr, sans que mon propre sang se répande, sans qu’un dé mes membres soit arraché. Si tu peux répondre aux autres cris élevés contre toi, toutes tes attaques envers moi ou les miens te sont pardonnées. Le peuple sera témoin que c’est l’injure publique et non la mienne que je poursuis. Puisses-tu détruire tellement toutes les accusations, que ton innocence ne laisse rien à faire à ma sévérité !
LE CHŒUR
Ainsi tu continueras , 6 roi! de nous étre cher;
OU LA CALOMNIL. 231
ainsi ta renommée brillera chez nos neveux. Crois qu'il n’est trésors ni soldats qui sachent garder un trône, comme la justice, la bienveillance et la bonne foi.
JEAN-BAPTISTE. .. | .Gelui qui reçut de Dieu les rênes d'un empire doit être prompt à écouter et tardif à croire. L'intérêt, l'envie, la faveur, &a crainte, la douleur, étouffent souvent la vérité. Si quelqu'un d’entre le peuple ou les anciens croit que j'ai parlé contre lui, que celui-là scrute sa vie avant d'attaquer mes discours. Ma règle invariable est d’actuser publiquement les délits publics; je n’agis ni n’enseigne en secret. Je ne m'enfonce. point dans les retraites ténébreuses, et c'est aux vices et non point aux hommes que je fais la guerre. Quand des sotdats m'ont demandé comment ils pouvaient servir à la fois Dieu et le prince? ‘en vous abstenant, leur ai-je dit, de voies de fait, de vols, de violences; en ne tendant pas de piéges à la jeunesse imprévoyante; en réglant vos désirs sur la solde qui vous est donnée. Les prétendues nouveautés que je prêche ne sont que la doctrine des vieux prophètes, auxquels vous croyez ainsi que moi. Je défie que, de tant de milliers d'hommes, on en cite un seul que j'aie induit à mépriser le monarque. Fruits de l’ignérance ou de la haine acharnée à me perdre, ces’. bruits mensongers se réfutent d'eux-mêmes. Ce ” qui démontre mon innocence et mon respect pour les saintes lois de nos ancêtres , c'est que mes illus-
tres accusateurs n’osent se produire publiquement, c'est qu'ils s'enveloppent des ténèbres, si favorables à l’imposture. Si je t'ai déclaré, Ô roi! que tu ne pouvais posséder légitimement l'épouse de ton frère , mets la main sur ton cœur et juge toi-même ce que je dois préférer, de plaire aux hommes ou à Dieu. Eh! plût au ciel que tous ceux qui cultivent l'amitié des rois aimassqnt mieux leur déplaire en disant vraŸ, que de les perdre en flattant. S'il. en était ainsi, quelle source abondante de maux serait tarie sur la terre ! Apprécie toi-même en juge équitable la sainte liberté de mes discours, et reconnais pour limites à ta puissance celles que Les lois lui imposent. Songe que si tu es le maître des hommes, Dieu est le maître des rois, et qu’ainsi que tu me jugeras, toi-même seras jugé.
| HÉRODE
Quand tu seras habitant du ciel, tu pourras parler un céleste langage; soïs soumis aux lois terrestres, tant que tu demeures sur la terre.
Je crains les puissances humaines et j'obéis aux rois; mais je regarde le ciel comme ma patrie, et j'a ‘adore l'Éternel,
HÉRODE
Les effets prouvent commént tu obéis aux rois,
quand toi-même veux les soumettre à ton autorité. JEAN-BAPTISTE.
Si j'étais constitué législateur, j'enseignerais
l'obéissance des peuples aux rois, et des rois à Dieu.
C’est assez de débats; qu’on le remmène. La chose n'offre rien de clair; jusqu’à ce qu 'elle soit plus évidente, suspendons toute décision.
. LE CHŒUR
Celui-là regarde dans un miroir trouble, qui, sur les discours des rois, prétend connaître leur pensée. Puisse le Père céleste amener toutes choses à bien! Mais nos âmes sont agitées de funestes pressentimens.
gson.
Combien le sort des rois est misérable! Il n’est ni intelligence qui puisse le concevoir, ni paroles qui sachent l’exprimer. Le vulgaire nous croit les seuls libres, les seuls heureux, nous que les besoins assiégent, que les craintes tourmentent, que l'esclavage asservit. Tout ce que le peuple chérit, désire ou redoute, il ose l'avouer publiquement ; si Sa richesse est modeste, il en jouit sans alarmes; pour nous, notre continuel travail est de nous créer un beau rôle d’apparat. Il faut nous faire un visage bienveillant d’où ne descendent que d’heureuses promesses. Le mot de justice ne doit pas quitter notre bouche; il n’est permis aux passions qui nous dévorent d’éclater que dans leur temps, et c’est sous l’orgueil des menaces, que doivent se cacher nos terreurs. Modérés, on nous méprise ;
et cruels, on nous hait. J'ai le peuple 4 la fois pour sujet et pour maître, et me puis rien faire à ma volonté. Si je perds ce prophète, j'irrite les esprits; si je le ménage, ma couronne est compromise.
Que faut-il donc faire?..…. Ce qu'il faut faire! Écouter la raison d’État. Mon plus intime prochain, c’est moi-même. Quoi de plus insensé que de flatter le peuple aux dépens de ma couronne? Ne sais-je pas combien sont changeantes ses douleurs et ses joies? Ce dont il s’agit maintenant, c'est d’affermir mon trône par un coup vigoureux; j'aviserai plus tard à calmer cette multitude. Si je laisse le mal se grossir et s'étendre, les remèdes deviendront impuissans. L'insolent a osé me réprocher en face un hymen incestueux; cet impudence tolérée le conduirait à des excès plus grands. Bientôt il voudrait courber le sceptre sous sa puis sance, jeter sur moi des chaînes tyranniques, de sujet devenir maître, dicter des lois aux potentats, et confondre tous les rangs. Il faut à ce mal une guérison prompte; c'est une flamme qu'il est urgent d’étouffer; endurer des affronts, c'est en Pro” voquer de nouveaux. Si je puis le punir sans déplaire au peuple, tant mieux; la faveur publique n’est pas à négliger. Si cela m'est impossible , m0? pouvoir avant tout. Laissons ce Malchus discourif sur les lois et agiter de vaines et inextricables C0l troverses , tout cela m'est étranger ; ce qui m'importe, c’est que le peuple sache que rien n'est légal ni légitime que mon bon plaisir. (ist)
LE CHŒUR
Ô créateur du vaste univers, toi qui, d’un signe de ton front , fais trembler la terre florissante et les cieux étoilés, et refoules dans ses limites l’Océan impétueux, nos oreilles n’oht-elles pas été frappées de la renommée des vieux temps et de la splendeur de nos ancêtres? alors, d’un coup de ta main vigoureuse, tu déracinas la superbe tige des royaumes opulens pour planter Israël à leur place, dans un champ que ni l'épée, ni les dards, nila force, ni les conseils n'avaient préparé. Ce fut ta faveur toute-puissante qui nous conduisit sains et saufs à travers de cruels bataillons. N’es-tu pas le roi de la famille Isacide, n’es-tu pas le Dieu puissant des Hébreux, celui dont la faveur nous fit écraser des armées perfides et offrir à la patrie des palmes que notre seule vigueur n'eût pas moissonnées? Père des Israélites, as-tu donc abandonné sans retour ton peuple bien-aimé ? Devenons-nous la fable d’un superbe ennemi? La piété, la religion sont foulées aux pieds ; l'imposture habite dans une cour fastueuse; le peuple saint, tel qu’une victime dévouée, tend le col au tranchant de la hache; nos prophètes: tombent sous l'épée du tyran.
Cependant l'ennemi se réjouit de notre deuil ,'et. au nom de la piété le crime règne et la vertu périt. Lève-toi, Dieu bienfaisant, lève-toi, prête secours à ton peuple. Fais-toi voir tel. que te virent nos pères, engloulissant dans la mer Rouge les chars
pompeux de Pharaon; tel que te vit, de ses yeux ouverts, le serviteur d'un prophète, contenant sous le frein ton quadrige de feu qui semait la flamme dans les champs. Que, chassant les épaisses ténèbres de l'erreur et fécondée aux rayons du soleil renaissant, la terre efitière reconnaisse ta puissance!
MALCHUS, er.snsuire JEAN-BAPTISTE.
MALCHUS (à lui-même ).
‘Les choses d’ici-bas se gouvernent de telle sorte que si Dieu vous laissait à en régler l'issue, votre choix serait souvent douteux et embarrassé. Souhaiterez-vous pour vous-même et pour les vôtres des honneurs et des trésors? ils ont souvent perdu ceux qui les obtenaient, Demanderez- vous pour votre ennemi l’exil ou la prison? c’est quelquefois demander sa gloire et votre ruine personnelle; el l'exemple n’est pas loin. Quand ce Jean-Baptiste, retiré sur les sommets déserts des montagnes, se mit à prêcher ses dogmes séducteurs , et quand h foule crédule courut s'attacher à ses pas, moi seul, dans la commune hésitation, je me constituai vengeur le la dignité phariséenne ; je n'eus pas de repos que je ne visse ses mains chargées de dures chaînes et la prison publique se refermant
sur lui; la cour entière retentit de mes bruyantes accusations. Mais, je le vois, les chaînes, la prison, les poursuites ne lui causent aucun dommage, tant les esprits d’une multitude impie sont empoi-
sonnés de cette peste exécrable! La corruption a pénétré si avant dans les cœurs, que ses revers le rendent plus honorable, et ses périls, plus intéressant. Et moi, partout où je vais, l'exécration me suit; on me regarde d’un œil sinistre; on me montre au doigt. La faveur publique est pour ce sacrilége qui a détruit toutes nos disciplines et confondu tous nos rangs; autour de sa prison s'entasse et veille une multitude idolâtre. Ah! quelle triste condition que celle de se dévouer aux intérêts du peuple ! que c'est une étude mal employée! Son génie malicieux le pousse toujours à favoriser les pervers et à dépriser les grands. De quel côté me tourner ? À qui me plaindre? Contre quime mettre en courroux et à qui porter secours ? Ce faux prophète est l'idole du peuple ; les rabbins se taisent; le roi approuve; les grands laissent faire; moi seul, sans que personne me prête la main, je porte et soutiens sur mes épaules les rites chancelans de la patrie; seul, je déplore les publiques calamités. Dois-je donc déserter cette tâche? dois-je trahir la religion , les lois, la dignité de notre ordre, et devenir patiemment le jouet de mes ennemis? Sans doute, je le dois. Que puis-je faire, après tout? Retiendrai-je seul un fardeau
que tous les autres repoussent! Qui suis-je pour
m'opposer seul à la ruine publique? que Dieu veille sur ses affaires; dans le désarroi général, c'est bien assez pour moi de songer à moi-même. Telle est ma triste alternative : si je gère mal les
intérêts de l'état, sa ruine retombe sur ma tête, et ceux qui sinclinent hujourd'hui devant moi, me fouleront demain sous les pieds ; si je les administre bien, je n’attire sur moi que l'envie et lingratitude. Je commence donc à goûter l'avis de Gamaliel, quoique ce soit chose fâcheuse que les tardives résipiscences. J’aime mieux après tout qu'on blâme ma versatilité que de punir mon obstination. Qu'on. en pense ce qu’on voudra; je veux m'ffranchir de ces misères, et reritrer en grâce avec le prophète. Je ne pense pas que cet homme simple s’y refuse. Que s’il se montre sévère envers moi, du moins je mettrai en jeu tous les ressorts pour empêcher que sa perte ne me soit imputée ; tout n'ira pas mal pour moi, si je me réconcilie avec le peuple. Mais il me semble voir venff le prophète lui-même. (5) Voyez quelle foule se presse sur les pas de ce sacrilége. Et nous cependant, au milieu de la ville, nous restons oubliés sur nos siéges; mais écoutons d’ abord ce € que dit ce nouveau docteur.
O tout-puissant auteur, régulateur et arbitre des choses, l'air et tout ce que renferment ses vastes régions, la terre et les mers avec tous leurs hôtes innombrables , te confessent leur Dieu, te proclament leur pèré, et, par une route immuable, marchent volontairement dans tes lojs. A ton ordre, le printemps peint de fleurs les campagnes,
( és Re OS Sen
OU LA CAEOMNIE. 239 l'été mûrit la saveur de ses fruits, l'automne répand les flots du vin, l'hiver revêt les monts de givres blanchissans, les fleuves précipitent aux mers qui les repoussent fa masse bruyante de leurs flots: Diane embrase la nuit et Phébus le jour, et . la lumière mobile parcourt à grands pas l'univers. Il n’est rien enfin dansles cieux ou sur la terre, qui ne montre joyeusement son amour à son roi, son obéissance à son père, sa reconnaissance à son créateur. L'homme seul qui devrait, plus que tout le reste, faire éclater pour lui sa joie et sa soumission, méprise ses préceptes et rejette ses lois. Poussé dans tous les crimes, il mesure à ses passions la justice, et met le droit en balance a avec ses forces.
MALCHUS (à part).
Tout ce que tu viens de dire jusqu’à présent est
d'une grande vérité.
" QEAN-BAPTISTE. |
Je suis moins surpris de voir dans l'univers des nations s'égarer, tristes jouets de l'erreur, que le peuple juif qui se vante de l'héritage exclusif de Dieu, et qui invective tous les autres comme aveugles et impies, surpasser en désordres effrénés toutes les contrées de la terre.
MALCHUS (à part).
Ceci encore est incontestable.
Et ce n’est pas seulement sur le mobile vulgaire
240 JEAN-BAPTISTE, que tombe cette accusation. Le lévite qui fait briller sa longue robe éclatante de blancheur, le scribe énorgueilli de la science des lois, et vous vieillards vénérables par vos années, vous êtes tous entraînés loin des sentiers du juste et du vrai. La cause de la veuve et de l’orphelin succombe à votre tribunal; le pauvre est opprimé sous vos richesses; bon droit eu iniquité ; tout se paie parmi vous.
MALCHUS ( à part).
J'étouffe de colère; faut-il dévorer de telles choses ?
. Vous surtoüt, rabbins, qui feignez de surpasser les autres en sainteté et en science, vous, prêtres revêtus d'une dignité sacrée , et toi, pontife, prince du sacré collége, vous dîmez sur tous les fruits de la terre. L’anet, la menthe, la gue, le foin, l'ail et jusqu’à l'ortié, tout vous doit son humble tribut; mais s'agit-il de nqus lire et de nous expliquer les prophètes, et de nous guider dans les chemins d'une vie sainte? vous devenez muets tout-à-coup; on ne vous voit pas, tels que des chiens fidèles, courir én aboyant pour défendre des loups vos bergeries. Ah! c'est vous-mêmes qui êtes les loups, c’est vous-mêmes qui dévorez le troupeau. Sa laine vous couvre, son lait vous désaltère, sa chair vous nourrit ; et c’est pour votre seul profit, que vous êtes pasteurs.
OU LA CALOMNIE. abr
* MALCHUS (à part).
Loin de moi toute lâche réconciliation. Souffrirai-je ce mépris insolent de mon ordre? Dieu er personne m'enverrait du ciel un ordre d'écouter de tels discours, que je lui désobéirais; je ne puis plus me contenir. (Haut) Holà, l’homme de:bien, précepteur de la multitude, est-ce là ta doctrine? Ést-ce de la sorte que tu instruis l'ignorance du peuple?
Si tu es honnête, ce que je dis ne te regarde pas.
| MALCRUS.
T'âppartient-il d'accuser un prêtre? SE JEAN-BAPTISTE.
C’est bien parler, je crois, que de dire le con= traire de ce que disent les méchans.
MALCHUS
. Il Sonvient qu'un jeune homme soit soumis à ses anciens.
Il convient que tous soient soumis à Dieu.
| MALCHUS
T'a-t-il donc ordonné de parler ainsi?
La vérité m'ordonne de manifester ses lois.
oo MALCHUS.
La vérité doit quelquefois être cachée.
BIBLIOTH. ÉTRANG. T, JL. . . 16
Transiger avec le crime, n ‘est jamais chose pro: fitable.
MALCHUS
Le crime est bien plutôt dans la conduite que tu tiens.
Le crime serait à voir périr tant de milliers d'hommes, quand je puis les ramener dans la bonne voie.
MALCHUS
Les ramener! sommes-nous donc des pasteurs de troupeaux ?
Oui, sans doute, si pasteur et écorcheur sont une seule et même chose.
” Méle-toi de tes affaires, et cesse de t’ occuper des nôtres.
Les affaires qui me touchent de si près, deviennent mes propres affaires.
MALCHUS. | Et quelle est, je te prie, ton autorité? Voyonsnous en toi ce Christ promis à nos pères ?
Non.
MALCHUS Es-tu prophète? | 2 JEAN-BAPTISTE.
Je ne le suis pas.
| MALCHUS
Élie ?
JEAN-BAPTISTE, Pas davantage.
| MALCHUS
si donc tu n'es nile Christ, notre espérance; fi prophète, ni Élie, que signifie ce nouveau baptème que tu oses introduire parmi nous? Et enfin, qui es-tu ? réponds?
Je suis la voix criant sur les sommets reculés des montagnes : « Préparez les chemins au Seigneur qui arrive, et rendez droits ses sentiers. À sa présence, les vallées se déploieront en vastes plaines, et les montagnes abaisseront leurs sommets. C’est en son nom que je baptise les peuples, moi qui ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Il est parmi vous, il se promène parmi vous, et personne ne le connaît (6). »
MALCHUS
Quels rêts perfides sont tendus par cet homme, et dans quel labyrinthe il nous entraîne! Mais, dis-moi, par quel miracle prouves-tu cette autorité que tu t'arroges? |
Je pourrais te demander aussi par quel miracle ‘tu prouves ton autorité.
MALCHUS
Oh! Quelle audace opiniâtre! Tu as beau cacher les causes de ton emportement, tout le monde les devine. Tu veux t’élever sur nos débris, fonder ta gloire sur notre ruine, et, à force de méchantes pratiques, devenir un personnage puissant. Mais ce n’est pas nous que tu trompes, c'est toi-même. Tu n'es pas le premier qui sois entré dans cette route de sédition et d'imposture ; puisses-tu le derniér en subir la peine ! Ou plutôt, crôis-en res avis, change de conduite; attache-toi à ramener ceux que tes discours ont égarés, J'ai tant vu de ces prédicateurs de sainteté séduire d’abord le peuple par leur simplicité et leur modestie; puis, lorsque leurs artifices les avaient conduits à la richesse et aux honneurs, manifester péu à peu leur naturel pervers, et fouler publiquement sous les pieds la probité et les mœurs! Si tu veux t'élever par le même chemin, tu es la dupe de ton ignorance; non, ce ne sont pas là les sentiers qui conduisent à la gloire. Docile aux lecons de ma vieillesse et de mon expérience, consulte mieux tes intérêts et ton honneur, et préfère ce qui est sûr à ce qui est brillant.
Si je ne pratique que la justice et ne dis que la
DE En EE ee
ans RU I
OU LA CALOMNIE. 849 vérité, qui pourrait m'impoëer silence? Si mes discours sont faux, que ta science m'éclaire.
MALCHUS
Tu te repentiras, Quand la mort châtiera tes excès. | ‘JEAN-BAPTISTE.
Porte cette menace aux âmes craintives.
Si je vis quelque temps, tu ne t'applaudiras pas de ta rébellion. Tu sauras ce que c'est que de mépriser les vieillards, d’invectiver les scribes, de menacer les rabbins ; en un mot, puisque tu dédaignes notre amitié, peut-être conhaîtras-’u notre haine. | (Tous deux sortent. )
LE CŒUR
Le voleur nocturne évite la lumière: l'assassin redoute les flambeaux révélateurs ; ; l'enfant repousse loin de lui la médecine amère, et le pansement fait tressaillir la blessure; ainsi l’âme que rongent en secret les mauvaises pensées ne supporte pas la vérité. Maïs, austères hypocrites, qui sous
un front pénitent cachez le sordide amour d’un gain criminel, fondé sur les crédulités du vulgaire,
quelque secrets que soient vos crimes, de quel-
ques beaux dehors que soit couverte la sentine impure de yos âmes, votre conscience, au fond, vous mord et yous déchire; vous portez dans yos
entrailles votre propre bourreau qui vous flagelle sans relâche. O trois fois et plus de trois fois heureux celui qui se présente pur à ce tribunal intérieur, et qui ne traîne pasevec lui son supplice de tous les instans!
MALCHUS, LE CHŒUR, ensure LA REINE.
On ne peut fonder sur le roi nulle espérance certaine. 1] trahit la cause publique et sa propre cause, par le vain désir de plaire au peuple et de capter son suffrage. C’est moi qu'il livre à découvert aux traits de la haine publique ; il trouve commode de poursuivre à mes périls, le châtiment de ses injures. Pour peu qu'il s’aperçût que la mort de Jean-Baptiste irritât ke peuple, il s'empresserait de l’apaiser en me sacrifiant. Si, au contraire, la ruine de ce chef d’une faction nouvelle ne causait qu'une légère émotion , à la bonne heure; il exalterait impunément la solennité de ses vengeances. Ainsi les rois se font, du sang des citoyens, des sujets de spectacle et de jeu. Tout ce que le peuple approuve, ils se attribuent, ils s’en proclament les auteurs ; ils attirent à eux la gloire de nos combinaïisons et de nos travaux. Mais si la fureur publique souffle dans une direction contraire à leur . prévoyance, ils rejettent la faute sur leurs ministres, et dans le sang vil de l’innocent noient l’accusation dont ils sont frappés. Le seul être qui sympa-
OU LA GALOMNIE. 247 thise avec mes chagrins, c'est la reine. Telle qu'une tigresse furieuse de l'enlèvement de ses petits, elle poursuit Jean-Baptiste, qui osa lui reprocher devant le. roi son hymen. adultère et incestueux. Tandis que son âme est dévorée des feux récens de la. colère, irritons sa passion par des discours . qui la flattent. Précisément , je la vois venir.
EE CHŒUR
Voici des flammes mêlées à des flammes, et des poisons à des poisons : le péril est au comble.
MALCHUS. °
Salut .. 6 reine! brillant honneur de cette nation , et seule digne de l'éclat d’un tel trône.
LA REINE
Salut aussi, Malchus, docte rabbin. Mais tu sembles triste?
MALCHUS
L'aiguillon qui perce mon âme, est, je crois. le même qui déchire la tienne.
LA REINE
Il se peut; néanmoins explique-toi plus ouvertement.
MALCHUS
Peux-tu souffrir avec patience que ta dignité soit méprisée, que l’autorité de ton nom soit avilie dans la cité sainte, et que le sceptre soit livré comme un jouet aux mains de la populace?
LA RAINE
Que puis-je faire? Quel remède à cette indignité ?
MALCHUS
Quel remède? un courroux digne de ton âme, de ta naissance et de ton lit royal.
LA REINE
Ah! cecourroux, depuis long-temps je l’'éprouve; mes fougueux transports ne se contraignent pas; je pleure, je crie, j'éclate en reproches amers, mais ma colère et mes larmes n’émeuvent personne; les vents emportent mes discours.
MALCHUS
Si tu jouissais auprès de ton époux du crédit que tu mérites, laisserait-il impunies tes injures, ou, pour parler plus vrai, les siennes?
LA REINE
Tu vois toi-même, Malchus, les dispositions du peuple. Peut-être le roi a-t-il cru, par la prison, réprimer l’audace et adoucir l’âpreté farouche de cet homme.
MALCHUS
Erreur; la prison, les fers ne peuvent rien sur l'âme féroce de ce brigand. Les bêtes enchaînées dans les cages sont plus furieuses que si elles erraient sur le sommet embragé des monts. Que ne fera pas, lorsqu'il sera libre, celui dont les fers sont adorés par le peuple? Des provocations apai-
OU EA CALOMNIS. ag sent mal la colère; les esprits irrités par les affronts, s'emportent jusqu'à la fureur.
LA REÏÎNE.
Mais peut-être celui-ci sera-t-il touché des bignfaits; peut-être, quand sa pertinacité devait le perdre, saura-t-il gré à la clémence royale de le sauver.
Ah! ce que tu nommes bienfait, il le regarde comme un outrage; il se souviendra toujours de ses liens, et jamais de sa délivrance.
LA REJNE.
C'est donc un naturel indompté ?
MALCHUS
Tel est le propre de presque tous les mortels; la reconnaissance du bien périt aussitôt; le souvenir du mal ne se perd jamais. Presque toujours les bienfaits sont odieux, quand des offenses.y sont unies. Jean-Baptiste ne pourra se rappeler ton indulgence, sans se rappeler en même temps son crime ; il ne croira pas que tu lui aies pardonné; il croira que quelque calcul secret te porte à différer ta vengeance.
LA REINE
Non, la douceur triomphe des caractères les plus inflexibles.
MALCHUS
Ce qu'une longue habitude a endurci, tu le briserais plutôt que de le fléchir.
__ LA REINE
Fixe donc mes doutes sur ce que je dois faire.
MALEUS. .
Si tu veux t'en rapporter à moi, la conduite à tenir est facile. | LA REINE.
Parle, et j'exécuterai sur-le-champ.
Diligence,-activité, prévoyance ; travail, mettent à fin les plus grandes choses.
LA REINE
Mais si tout cela reste sans effet, ne vaut-il pas mieux se tenir en repos que de se fatiguer pour se rendre ridicule?
| MALCHUS
Souvent le travail supplée à la force. Le chêne élevé ne tombe pas sous les premiers coups; cen’est pas du premier assaut que le bélier renverse les murailles ; ce que vous croyez impossible, le temps l'accomplit ; et que de choses refusées au raisonnement , sont arrachées par l'importunité ! Presse et supplie; mêle les larmes aux prières, le cour- * roux aux conseils, la douceur aux réprimandes. Circonviens ton époux dé toutes les sortes ; poursuis l’occasion par tous les chemins. Si tu ne peux réussir ouvertement, essaye les stratagèmes; quant à moi, j'ai pour maxime de ne m'arrêter que quand tout est fini. (Tous deux sortent.)
LE CHŒUR
Enfin la haine et la vengeance déchaînent sur le prophète sacré la plénitude de leur rage. La calomnie impitoyable se joint, pour le perdre, à la cruelle : tyrannie; mais, quoique dénuées de tout appui, l'innocence et la vérité bravent leurs menaces. Tant de traits dirigés contre une seule tête! tant de piéges pour Ja mort d’un jeune homme! Et lui, tel que le dur chêne battu des fougueux aquilons, ou pareil au rocher que frappe le reflux des mers, aucune crainte ne peut l’ébranler. O pure vérité, déesse vénérable à tous les cœurs, toi quene peuvent détourner de ta marche ni les violences de la force, ni les embüches de l’artifice, seule tu ne redoutes point les revers de la fortune; ta poitrine, impénétrable aux coups du sort, est défendue par une armure que rien ne peut briser, et tu nous apprends à dédaigner le pouvoir indompté des parques, maftresses de la vie et du trépas.
Mais ne convient-il pas d'aller trouver le prophète pour lui apprendre la nouvelle la plus déplorable? Ah! le voici devant les portes de sa prison. (A Jean-Baptiste.) O toi, plus saint encore que les saints parens à qui tu dois le jour, toi, modèle unique de la primitive innocence, veille à ta sûreté tandis qu'il en est temps encore, Le rabbin Malchus te tend des piéges ; la reine cède en aveugle à des conseils furieux ; la cour adulatrice y applaudit; le
roi ne manifeste point ses pensées; on craint de lui dire la vérité ; tes périls sont imminens.
Et quels sont ces périls?
LE CHŒUR
La mort. __ JEAN-BAPTISTE.
. Ainsi la mort me menace?
LE CHŒUR
Plus qu’elle ne menaça jamais aucun homme.
JEAN-BAPTISTE. ° Terrible aux pervers et désirable à l'innocent, la mort saurait toujours bien venir d'elle-même, conduite par la vieillesse, et me délivrer des ruses ‘et de la violence d’un tyran. |
LE CHŒUR
Si tu négliges ton propre salut, sois du moins touché de notre douleur; abaisse un peu la fierté de tes esprits intraitables, et, pour fléchir le roi ; descends aux prières. Ne sois pas impitoyable envers tes ‘amis.
Le soin de leur bonheur est tout ce qui m'occupe. ‘
Où LA CALOMNIF. 253 LÉ CHŒUR:
Puissé le éiel te Maintenir dans ces bons sentimeñs!
Mais il n'est pas besoin de prières; depuis longtemps je suis prêt. Le ro? veut assouvir son éourroux dans mon sang? J'y souscris volontiers; quel meilleur moyen de l'apaiser que de refuser ce qu'il refuse ét dé vouloir ce qu'il veut?
e . LE CHŒUR.
Paroles touchantes! |
| JEAN-BAPTISTE. @. | Quels sont donc les conseils qu’on me donne ? Deux monarques m’imposent des lois contraires ; l’un céleste, est bon, clément, miséricordieux ; l’autre terrestre, est méchant , fougueux et féroce. Celui-ci me menace dè la mort; celui-là me défend de la craindre, et promet une récompense à mon intrépidité. L'un ne peut perdre que mon corps; l’autre peut torturer mon corps et mon âme en des feux fmpérissables. Dites, en ce conflit, auquel des deux je dois obéir?
LE CHŒUR
Si l’occasion d’apaiser le prince est négligée, elle ne se retrouvera plus ; mais la colère de Dieu peut toujours se calmer.
JKAN-BAPTISTE.
Plus le bras de l'Éternel est lent à frapper, plus ses châtimens sont térribles.
Ainsi tu méprises la mort, que la loi divine a voulu rendre redoutable aux humains! Elle a craint que des causes légères n’amenassent le divorce de l’âme et du corps, et tous deux elle les a joints par le lién mutuel de l'amour. +
Non, je ne méprise point la mort, mais Je l'accepte périssable, pour la fuir éternelle; je résigne volontiers à mon créateur la lumière dont il m'avait donné l'usage. | |
“9 1e cœur.
Toi, notre père, tu veux donc nous laisser or-
phelins?
Celui-là n’est jamais orphelin , qui honore en . Dieu son père.
LE CHŒUR
Tu n'es point touché des larmes de tes amis et de tes proches, que tu abandonnes à la fureur du tyran? |
Je les abandonne moins que je ne suis abandonné d’eux ; car je me précipite dans la route que les destins ont ouverte aux hommes depuis le commencement du monde. La mort est la condifion à laquelle nous avons recu la vie; c'est le terme où nous tendons tous. Dieu a voulu qu'elle
OU-:LA CALOMNIE. 255 Tût pour les méchans une peine, et pour les bons un port, un refuge, le trajet d'une longue vie au seuil d’une vie plus longue, en un mot une résurrection plutôt qu’un trépas. C'est l’affranchissement de notre prison mortelle, et le passage à une vie sans limites. Nos pères nous y ont devancés ; nous les y suivrons. Quel athlète, quittant la barrière, nes’élance au but d’un essor enflammé? Quel nocher, errant la nuit sur une mer orageuse, ne se réfugie avec délices dans le port? Quel banni, longtemps promené de solitude en solitude, se plaint d’être rendu subitement à sa patrie? Je me regarde comme un vainqueur qui touche le but d’une main fortunée. Déjà , surmontant les tempêtes de la vie, j'aperçois la terre devant moi. Je rentre de l'exil dans ma maison où je vais jouir de la vue de mon père; car mon père est celui qui resserra la terre dans la ceinture des flots, et lui donna le firmament pour couronne; celui qui régit les changemens calculés des cieux, le conservateur, l'auteur, lé directeur de toutes choses, en qui vivent tous les objets animés ou inanimés. De même que la propension de la flamme est de lancer en haut des tourbillons et celle de l'onde de se précipiter par des issues souterraines, tous ces corps tendant sans cesse à se confondre dans leur foyer, de même notre âme, fille du ciel, aspire sans relâche à rentrer dans l’auteur de la lumière, dans cet être pur et immatériel dont l'aspect seul est une vie et dont l'absence est une mort. Et parét que le Cau-
case m'opposerait ses glaçons, l’air ses orages, la mer ses tempêtes, la terre ses feux dévorans, ma course vers lui serait-elle arrêtée? Non ; eussé-je à braver mille morts, je renverserais ces obstacles pour contempler de mes yeux tant de rois, de prophètesét de juges, habitans des cieux. Il tardedonc à mo esprit de briser cette importune prison du corps qué tôt ou tard il nous faut quitter; car la vie, selon moi, n’est qu'un long esclavage dans une dure prison, O mort, seul relâche à de rudes travaux, port de la douleur et repos du mal, bien qui n’es apprécié que d'un petit nombre de mortels ! toi, la crainte des méchans et l'espoir des bons! recois dans ton hâvre ce frêle corps naufragé, et conduis-le dans la demeure du calme éternel, où la violence, la fourbe, la calomnie ne le suivront pas!
° LE CHŒUR
Bienheureuse constance de l'âme! Et combien sommes-nous misérables, nous que. des frayeurs inertes repoussent de la participation d’une si grande félicité! Ainsi donc, puisque tu arrives au tèrme fortuné de ton voyage, salut ! nous te disons d'éternels adieux. Que les esprits des hommes sont agités de soucis divers! L’innocent ne craint point de mourir; le coupable, si la plus légère menace du trépas vient l’atteindre, frissonne et palpite deterréur. Autant les méchans sont ardens à fuir la mort t parmi les flammes, les torrens et les précipices, autant les justes la recherchent à tra-
OU LA CALOMNIË. 25:
vers tous ces dangers. La mort a des douceurs ignorées des pervers; une vie plus heureuse est sa compagne. Non, nous ne mourons pas tout entiers ; la meilleure partie de nous-mêmes échappe au bücher dévorant; elle s'envole dans les cieux, sa patrie; un siége radieux et inébranlable lui est réservé parmi les hôtes de l'empyrée; tandis que les mânes criminels sont tourmentés dans un lac de soufre par les noires couleuvres des Euménides, ou livrés aux gosiers affamés de Cerbère, ou déchirés par la faim inextinguible de Tantale. De là l’'épouvante des réprouvés et la sainte espérance des élus; de là ce mépris de la mort dans la poursuite d’une vie impérissable. O sirène enchanteresse, vie humaine, amoureuse des biens trompeurs et dédaigueuse des félicités véritables, tes perfides allèchemens nous ferment le port voisin de nous, où réside une paix éternelle. Là ne retentissent point les sons de la terreur guerrière, et le bruit rauque des trompettes éclatantes; les eaux n’y sont point infectées des brigandages du pirate; les forêts point ravagées par les nocturnes attentats du voleur; le désir insensé de la domination n'y sème point parmi le peuple la dévastation et les ruines ; un seul homme n’y foule pas d’ün pied de fer des multitudes immenses, pour s'endormir dans la mollesse d’un fastueux repos; on n'y voit point ce trafic honteux des ames viles qui se ven-
dent pour de vains titres. Mais il y règne une paix :
et un bonheur inaltérables , une probité qu'aucun BIBLIOTH. ÉTRANG. T. NL. 17
258 JEAN-BAPTISTE, nuage n'offusque, une lumière qui ne craint pa le retour des ténèbres, une vie que nulle mort ne fait pâlir, une allégresse qu'aucun deuil ne peut altérer. O douce maison du corps, trop séduisant hosPice, laisse, laisse enfin se: dégager de ses nœuds magiques l’âme habitante des cieux, qui, oubliant sa patrie, s'endort ici dans unt léthargie déplorable et sur un lit dégénéré. Tronpeuse enveloppe de boue, que ta substance s'év: pore, souffre que l'esprit, délivré de tes chaînes, ‘vole se baigner dans les flots d’une pure lumière, et, tout en l’affranchissant de ses mortels soucis, toi-même affranchis-toi de tes douloureus épreuves.
(Jean-Baptiste rentre dans sa prison, le Chœur se retire au fond du théâtre.)
LA REINE
Ce pharisien a trompé mes espérances. Le roi, timide esclave des moindres rumeurs populaire, me trahit par sa faiblesse, et lui-même se trahit. Je tremble que ma fille aussi ne me seconde pa bien. Dans le délire du banquet, le roi, épris des charmes de sa danse, vient de lui promettre i plusieurs reprises de Jui donner la récompen#t qu’elle voudrait ; elle s’est engagée à lui demander la tête de Jean-Baptiste apportée dans un bass, ét elle l’obtiendra. Oui, sans doute, elle l’obtierdra, ou le roi ne m'est pas connu. Libre ainsi d la responsabilité de sa mort, il lui conviendra, j
OU. LA CALOMNIE. 259 pénse , de détourner sur moi la haine et la fureur du peuple; et moi, pourvu que je me venge, J'accepte cette haine et cette fureur. La jouissance vaut bien le prix, c'est un marché qui me plaît. La cruauté, je le sais, est odieuse dans une femme; mais ce qui est plus honteux pour les rois, c’est. de n'être pas vengés. Je vois sortir du palais le roi et ma fille; plus mon espérance cest prochaine, et plus la crainte me saisit; que Dieu, l'arbitre de toute chose, donne à celle-ci une heureuse issue!