‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 70 sur 126 · HÉRODE, LA FILLE DE LA REINE, LA REINE · texte numérisé non relu

HÉRODE, LA FILLE DE LA REINE, LA REINE

HÉRODE

As-tu enfin décidé ce que tu veux?

LA GEUNE FILLE.

Oui; mais les promesses des rois sont-elles sûres? sont-elles royales ?

HÉRODE

Ne crains point que les miennes soient viplées ; des sermens les confirment et des témoins les ont reçues. Veux-tu la moitié de mon royaume, ou quelque chose qui te soit plus èher encore? Tes desirs seront remplis ; ; nulle Force ne peut les contrarier.

LA JEUNE FULE.

Nous allons bientôt éprouver si tu dis vrai.

SPP TE CR CR nn Ce

HÉRODE

Parle, explique-toi en toute confiance.

| LA JEUNE FILLE

. Ce que je demande, ce n’est point la moitié de ton royaume; je le possède entier, puisque tu règnes. Je ne désire qu’une chose juste et facile.

HÉRODE

C'est trop tarder; que veux-tu?

LA JEUNE FILLE

La tête de Jean-Baptiste, apportée dans ce bassin. | HÉRODE.

Vierge , quelle parole irréfléchie s'échappe de ta bouche ?

LA JEUNE FILLE. | Ge n'est point une parole irréfléchie.

HÉRODE

Tu demandes un présent qui ne convient point à ton sexe.

LA JEUNE FILLE

Il convient à tout être animé , de perdre un

ennemi.

HÉRODE

Un ennemi pareil est-il digne de la colère royale ?

LA JEUNE FILLE

Qui la provoque par son crime, mérite d’en ressentir les effets. |

HÉRODES

Comment calmer la fureur du peuple?

LA JEUNE FILLE

C'est au peuple d'obéir ; au roi, de commander.

Oui, mais de commander des choses équitables.

LA JEUNE FILLE

Les ordres du roi rendent juste ce qui, de soi, ne l'était pas. , ; HÉRODE.

Mais la loi lui sert de tutrice et de frein.

| LA JEUNE FILLE. | La loi n'étant autre chose que le bonsplaisir du

prince, ce n'est pas la loi qui gouverne, c'est lui qui gouverne la loi.

HÉRODE. | Les discours publics vont me ranger parmi les tyrans. | LA JEUNE FILLE.

Les discours publics sont tremblans sous le pouvoir du sceptre.

HÉRODE

Ils sont tremblans, mais ÿs murmurent.

LA JEUNE FILLE

Que le fer les réprime, HÉRODE.

La terreur garde mal les royaumes.

262 JRAN-BAPTISTE,

LA JEUNE FILLE

Et l'impunité les bouleverse.

, RÉRODE.

C’est l'amour des citoyens qui fait la sûreté des rois.

| LA JEUNE FILLE

Les rois ont besoin d'être craints, et non pas d'être aimés. |

‘ HÉRODE

Les princes cruels sont écrasés sous la haine . publique. | LA JEUNE FILLE.

Et les princes débonnaires se débattent sous le

mépris. @ LA REINE.

À quoi tendent ces vains propos? sans doute à faire évanouir tes promesses. Il me semble que tu connais mal les devoirs des rois; si tu t'imagines que le juste et l’injuste soient pour eux tels que le vulgaire en a l’idée, tutetrompes. Amis, parens, beaux-pères, gendres, frères, sœurs, citoyens, ennemis, tous ces rapports n’ont de réalité que pour la multitude; envers les rois, ce sont de yains noms. Que cel@i qui ceint le bandeau royal jette à ses pieds tous ces vains empêchemens ; qu'il ne croie honteux rien de ce qui lui est utile et salutaire. N’est-il pas vrai que le salut du peuple ne repose que sur celui du roi? $e dévouer aveu-

glément aux rois, c’est donc sauver la chose publique. Le sang de ce vil mortel est-il si précieux, qu'il inquiète tes jours et trouble tes nuits? Retranche cette cause d’alarmes pour l'État, de honte pour le trône, de désordre pour la cité, en un mot, de ravages et de guerres civiles. Ïl faut qu'un exemple terrible et nouveau consacre dans les esprits la sainte majesté du diadême. Cet homme est-il coupable? qu’il expie son crime. Est-il innocent? donne une victime à ton épouse; fais-lui présent des jours d’un ennemi. Ou enfin ta femme n'est-elle rien pour toi? dégage du moins ta parole envers ta fille; et sois monarque et père.

HÉRODE

Sans doute acquitter sa promesse est un devoir sacré; mais, si ma fille veut m'en cppire, elle fera une demande plus sage.

LA REINE

Et si elle m'écoute, ellé ne changera point sa

demande.

HÉRODE

Juste ciel ! faut-il que je me sois lié par un serment téméraire? devais-je engager ma foi à une enfant? Royaume, puissance, vie et mort, devais-je vous livrer aux caprices d’une femme?

LA REINE

Les promesses des rais sont la destinée même

Je vous le livre donc, puisque le refuser m'est impossible ; mais je vous conjüre encore de n’accorder à la colère rien qui soit indigne de votre sexe et de votre rang.

LA REINE

C’est trop de souci; ce soin nous regarde.

HÉROBE.

Si vous êtes cruelles envers le prophète, son sang retombera sur vous.

LA REINE. E Ainsi la dignité royale est vengée; elle ne sera plus à l'avenir un objet de risée et de mépris; le peuple indocile apprendra désormais à parler avec retenue même des mauvais princes, et à supporter d'eux avec une patience égale, ou la justice ou l'iniquité. | ( Ils sortent tous.)

LE GHŒUR.

Royaume de David , tour de Jérusalem, temple et palais de l'opulent Salomon, d’où vient cette atroce fureur contre les prophètes? D'où vient cette soif cruelle du: sang innocent? Toi, prince, qui devrais offrir le modèle des vertus, tu réunis tous les trais de la scélératesse. Larcins, violences, meurtres, fraudes et rapines, ce sont là tes exercices et tes jeux. La piété d’un saint prophète ne peut lui servir de rempart contre ta fureur. Ainsi,

e | OU LA CALOMNIE. 265 le peuple a quitté pour:d'insensibles idoles le Maître et le Père de l'univers ; des pierres et du. bois sont adorés à la place de Dieu; on leur immole des génisses et des agneaux, et l’ouvrier adore l'ouvrage impur de ses mains! On démande la vie à un tronc sans vertu, la parole 4 un simulacre muet. L'homme doué des riches dons de la nature se soumet à une matière inerte et indigente ; les rites anciens sont abolis. Mais, roi cruel, le sang des pieux prophètes se traîne au tribunal du juge souverain. Les pauvres crient; les veuves font retentir le ciel de leurs plaintes. Ah! si je ne suis trompé par de faux augures, yn juste châtiment va s’appesantir sur ta tête. L’arbitre du ciel, de la terre et des mers, qui réprime lorgueilleuse insolence, te contemple du haut du firmament ; il voit les larmes et les tristes prières du peuple, et sa main vengeresse ne.tardera pas à te frapper. Un suberbe vainqueur renversera cette cité qui t'énorgueillit ; tes domaines seront possédés par de barbares soldats ; tes métayers rendront compte à un étranger de tes récoltes et de tes vendanges; et sur les fasieux édifices de Salomon passera la charrue d’un Romain. Hélas! tandis que la céleste faveur te permet encore le repentir, dépouille les ‘vices honteux dont ta vie est souillée, bannis loin de toi les pratiques d’un culte adultère, réprime cette avide fainr des richesses, et cette ardente soif-du sang de tes frères. Mais tu ne te repentiras point de tes vices ; tu ne banniras: point

les rites étrangers, tu rassagieras ta faim dans l’entassement des trésors, et ta soif dans les flots du sang fraternel; ét, en punition de tes excès, tu seras livré à tous les fléaux, à la peste, à la famine, à la guerre, à la pauvreté, jusqu'à ce qu'enfin tes forfaits soient €xpiés par ton propre sang.

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