UN MESSAGER, LE CHŒUR
LE MESSAGER
Qui me dira où je trouverai les compagnons du prophète, pour leur porter une affreuse nouvelle? | LECHŒUR.
Si tu en as le temps , arrête-toi ; raconte-nous-la en peu de mots; nous sommes empressés de l’apprendre. |
LE MESSAGER
Mais vous n’en serez pas réjouis.
/ ‘ LE CHŒUR
Ne diffère pas plus long-temps de nous dire ce qui s'est passé. L 3 LE MESSAGER.
Savez-vous ce que la jeune princesse a demandé au roi? | | LE CHŒUR.
Oui, qu'on lui apportât dans un bassin, la tôte coupée du prophète.
OU LA GALOMNIE. 267
LE MESSAGER
La tête coupée du prophète Jui a été portée dans un bassin.
LE CHŒUR
O forfait exécrable! Ainsi, sa vigueur céleste et la beauté de son visage se sont évanouies dans la mort! Cette bouche éloquente nagutre inspirée du souffle d'un Dieu , la voilà donc oppressée d'un éternel silence!
LE L NRSSAGEN.
Pourquoi ces pleurs? pourquoi ces vains gémissemens ?
LE CHŒUR
Comment, dans une telle calamité, s'abstiendrait-on de pleurer et de gémir?
LE MESSAGER
Si l’on doit pleurer les morts, que Îles larmes soient réservées pour ceux dont les espérances sont toutes eusevelies avec leur dépouille mortelle; qui croïent que, de l’engourdissement d’un court sommeil ne doivent pas sortir dans une autre vie leurs membres animés de nouveau; voilà les morts, voilà les malheureux qu'il faut pleurer. Mais personne ne peut être malheureux par les seuls arrêts du sort ; et, quoique l’innocent et le coupable arrivent aux mêmes limites de la vie, celui qui a bien vécu ne meurt pas, Sivous appelez malheureuse une mort violente, vous direz donc qu'ils sont morts