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Ls vieilles romances espagnoles ns sont, à proprement parler , que des chroñiques écrites en vers blancs, ou du moins soumis à lé simple assonances elles ne sont point divisées en couplets réguliers , comme les nôtres, ou comme les ballades anglaises. Souvent, après une série plus ou mèins longue de couplets de quatre vers, elles en offrent d’autres d’une étendue indéterminée ‘depuis deux jusqu’à vingt, ou même, davantage, sans que cette division ait aucun rapport avec les matières, ni même avec les phrases, très souvent suspendues d’un couplet à l’autre. | j
Ces romances sont chovaleresques ou historiques ; cellesci beaucoup plus nombreuses ,. parce que chaque ville a: les siennes; celles-là plus curieuses et plus vieilles; ce sont les seules dont j’aie à m'occuper aujourd’hui.
. Le sayant et judicieux auteur de l'Histoire de la Littérature espagnole, M. Boutervek, déclare que ce n’est qu’à la moitié du quatorzième siècle qu’on peut fairere monter, encore avec bien de l'incertitude , les renseigsemens relatifs à l’histoire de ces romances de chevalerie, dont les auteurs sont entièrement inconnus. Feu M. Llorente, que j'ai consulté là-dessus, m'a dit que les plus anciennes, à son avis, dataient du treizième siècle; mais, comme il n’en avait pas l'entière certitude, son opinion rentre dans
celle de M. Boutervek, qu’il convient d’entendre s’expliquer sur ces romances. « Toutes, dit-il, ont, en général, leur prix. Les auteurs de ces petits tableaux prétendaient peu au mérite d’une composition ingénieuse, et moins encore à la correction élégante de l'exécution ; mais le sujet dont ils avaient senti l'intérêt poétique, s’emparait avec tant de force de leur imagination , et leur imagination le reproduisait avec tant de chaleur et de vérité, que toutes les parties du tableau s’ordonnaient d’elles-mêmes pour former un ensemble plein de vie, et qu'il ne restait plus autre chose à faire au poëte que de peindre, avec les couleurs convenables, les situations qui s’offraient à lui. Il les peignait comme il les avait trouvées , sans étude et sans eflort, selon l'inspiration bonne ou mauvaise du moment. Tel est le caractère de ces premières productions du génie nouvellement fécondé et encore ignorant de ses propres forces. Il serait aussi superflu d’en relever les défauts.trop aisés à voir, qu’il serait impossible d’imiter à dessein et de sang froid , un seul trait de cette naïveté pleine d'énergie qui en fait le plus grand charme. »
. Les romances que j’offre ici se rapportent tontes à F’histoire des douze Pairs de France ; ce sont celles que nous voyons fréquemment citées dans Don Quichotte, comme ayant enflammé la folie du valeureux chevalier, par la vivacité des peintures et par les proportions gigantesques des héros. Ces héros, d’ailleurs, quoique fabuleux, ou fabuleusement dessinés, sont'nos compatriotes ; leurs exploits, leurs aventures, leurs amours, ont pour théâtre habituel notre pays: leurs jeux, leurs fêtes, leurs coutumes nous reportent à nos antiquitésnationales ; enfin, c'est d'un cerveau français, de l’auteur de la Chronique de Turpin, que sont primitivement éclos tous ces contes
chevaleresques qui , pendant plusieurs siècles , ont, sous des formes et des déneminations diffgrentes , inondé l'Europe cntière, et donné naissance à tant de poëmes et de romans : voilà pour nous bien des motifs particuliers d'intérêt et de préférence.
On sait que Turpin ou Tulpin était un archevêque de Reims qui vivait du temps de Charlemagne; maisquela chronique écrite en latin sous son nom n’est point son ouvrage. Suivant l'opinion commune, elle fut fabriquée à la fin du onzième siècle par un moine nommé Robert , ‘pendant la tenue du concile de Gonstance, probablement dans la vue de seconder le zèle ardent de l’ermite Pierre, pour la destruction des infidèles. L’auteur suppose que Charle- : magne , dont on connaît le goût pour l'astronomie, étant occupé, pendant une belle nuit, à considérer les astres, saint Jacques, apôtre de l'Espagne, lui apparut dans la voie lactée, lui révéla l’endroit-où reposaient ses cendres, lui ordonna de conquérir l'Espagne sur les Mores , et de lui ériger un tombeau .et une église. Le pieux roi s’empressa d’obéir aux ordres du saint; il partit avec ses douze pairs et une brillante armée , et c’est le récit de sa prétendue expédition, qui fait la matière de la chronique. Peut-être séra-t-on bien aise de se faire une idée de l’esprit dans lequel est composé ce vieux livre si peu connu quoique tant de fois cité ; je vais en rapporter un passage fort curieux : c’est une dissertation théologique entre le prédicateur Roland et le cathécumène Ferragus. Le chapitre est intitulé : « Comment Ferragus le géant disputa de la foy avecques Roland et fut finablement occis par ledict Roland. » J’emprunte la traduction publiée en 1527, par Robert Gaguin, bibliothécaire de Charles vis et de. Louis xu , et qui e est d’un fort bon style, pour le temps.
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Il faut dire d’abord que le géant Ferragus, envoyé contre les chrétiens par l’Améral de Babylone , égalaiten forée quatre hommes des plus vigoureux ; qu'il avait douxe coudées de haut; que ses bras et ses jambes étaient d’une grandeur démesurée ; que grand nombre de chevaliers français, qui s’étaient présentés pour le combattre , avaient été enlevés par lai et jetés dans ses grandes prisons ; et que Gharlemagne n’osait plus lui opposer personne.
« Mais le preux et hardy Roland, son nepveu, le pria très humblement qu'il le laissast aller contre le géant Ferragus , dont l’empereur fat fort dolent , et ne luy voullut promettre sa demande, si non à force. Roland, .qui avait tousjours le cueur prompt et délibéré à combattre pour la foy de Jésus-Christ, augmentation et exaltation d’icelle , fut incontiment arrivé, monta à cheval, et alla vers le géant pour avec luy combattre. Lequel géant le print avec sa main dextre ; et le mist par devant soy sur son cheval, et commença à l’emporter vers son chasteau. Quand ‘Roland vit le oas, il reprint cueur et courage, priant à nostre seigneur Jésus-Christ qu’il luy daignast aider; et puis se tourna vers le géant, Île print par le menton , et le renversa par derrière sur la croppe de son cheval, tellement qu'ils tombèrent tous deux à terre. Après leur cheute, ils se rellevèrent tous deux, et remonta chacun à cheval; et, quant ils furént montez, Reland tira son espée, et cuyda occire ls géant incontinant. Toutesfois il ne luy fist aucun mal, car son cuup desoendit sur le col du cheval de Ferragus, si que le dict Ferragus tomba à bas. Et quand il fut à pied , il tyra sen espée et commença à menacer Roland durement et fère-
ment. Et le dict Roland haussa adonc son espée ; toutesfois Îl ne luy fist-oncques mal; car l’espée luy eschappa suléinént de la rmdin. Adenc, quant Ferragus se vit sans espée , il ferma de poing et cuyda férir Roland ; mais son coup ehent seullement sur son cheval au droit du front ; tellement qu’il tomba mort à terre. Par oela, les deux forts combattans furent à pied , et combattirent de pierres, et à force de poing, quasi jusques à la vesprée ; êt quant le vespre commença à venir; Ferragus demanda trèves à Roland jusques au lendemain ; et adono ordonnèrent les chevaliers qu'ils viendroyent tous deux en la bataille au jour suyvant, sans chevaulx, sans lances et sans espées. Quarit céla fat ettroyé d’une part et autre, chasoun se rétyra en. son hostel. Ils vindrent au lendemain; tont ‘ainsi qu'ils avoyent devisé, jusques au champ de Îa bataille ; hais Ferragus apporta son espée qui peu lui profita; et Roland avait ung pau (pieu) groset long, duquelil combattit avecques le géant par tout le long du jour; toutesfois il ne lay fist aucun mal; et Ferragus se deffendit des poings et de grosses pierres rondes qui estoyent en celley champ à grant abondarice. Le noble Roland faiseit contre Ferragus ; toutesfois il l’avoit beau (rapper, car pierres ni bastons ne luy povoyent mal fire; ains entura tous les coups de Roland. jusques 4 midÿ. Sur célle chaleur du jout, Ferragus eut grant vonlloir de dormir, et pria Roland qu'il luy donast trèves jusques adonc il fust »e-
. poté. Roland obtempéra à sa demande ; et lui qui moalt
estoit prompt ét allègte, ptint ane grosse pierre pour mettre dessoubr son chief, ët la luy scoustra pour le'faire dormir plaÿ légibrettiént. Si l’ün demandait d'adventure pourquoy ne le tue adonc Rélarid , qeant il fust epdormy, je répont que aucun chrestie# be l’eust osé octire; car
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