RENCONTRE DU PRINCE BAUDOUIN
Li marquis de Mantoue, Danès Urgel, sutnommé le loyal , est sorti de sa belle ville, allant à la chasse aux bords de la mer.
Avec lui vont ses fauconniers et leurs oifeaut ; avec lui vont ses-veneurs et leurs chiens.
Avec ‘lui vont les chevaliers de sa garde ; ; la chassæ suit la riwiere du P6. *
La journée était chaude; c'était la veille de la St.-Jean. Ils s'arrêtent dans un bosquet pour sc rafraîchir. Le marquis leur ordonne à tous de s'asscoir aux bords d’une fontaine. Des viandes toutes préparées leur sont servies pour déjeüner. Lerepas fini , ils se mirent tous à parler de l3-chasse , selon leur -coutume.
Îs étaient aux pieds d’un taillis que baïgtiait la fontaine; tout à coup ils entendirent ün ‘grand bruit qui sortait d’éntre les arbrisseaux. Tous prétérent l'oreille pour découvrir ce que c'était; ils aperçurent dans le fourré un cerf haletant de soif : et qui courait boire. 3
Les chasseurs se hâtèrent de détacher les chiens; qui sautaient de joie, dans l'espoir de le saisir.
Le cerf qui s’en aperçut, retourna sur la monhtagne. Chevaliers et chasseurs remontèrent à che val et l’y suivirent. Ils le suivirent à la piste, pénsant à toute heure l’atteindre, et couraient tous sans respirer. Chacun se sépare des autres selon la vitesse de son cheval, et sans préndre gardé au mdquis. C'était un cerf très légér ; il leur ft faire bien du cliemin ; et, malgré la bonté des chiens, il leur fut impossible de le joindre, *
Le bois était fort épais ; tous se perdirent dans sa profondeur; et si bien que là nuit les y sürprit.
Quand ‘Île marquis de Mantoue se vit seul en un bois si touffu qu’il ne pouvait cheminer, il se mit à errer cà et là, s'égarant de plus én plus, et finit par ne plus savoir où il était.
L'obscurité de la nuit était grande; le tonnerre commençait à gronder avec force; le ciel couvert de nuages était sillonné de continucls éclairs. Alors le marquis se mit à sonner dé son cor, pour ap< peler les chasseurs. Il en sonna par trois fois; mais les chasseurs étaient trop loin pour l’entendre.
Son cheval était rendu de lassitude, à fort
d'avoir sauté de rochers en rochers. Il tombait à chaque pas, et ne pouvait aller plus loin.
Le marquis, fort tourmenté, lui rendit les rênes, et se laissa mener par l’animal où il voulut.
Le cheval était de race; le courage lui revint, et il courut l’espace de dix milles, sans s'arrêter un moment.
Il ne suivait pas de route droite, mais se jetait dans les passages praticables, st fit si hien que le marquis-arriva dans un chemin frayé.
. Ce chemin le conduisit à une forêt de pins si étendue, qu'il lui fut impossible de rien découvrir.
Ï aurait bien voulu s'y reposer sans aller plus loin, mais le désir de rejoindre les siens lui fit poursuivre sa route. | e
. À peine sorti de la forêt, il venait d'entrer dans un vallon , lors@u'’il entendit un grand © cri de déiresse,
Il conjactura que c était celui d'un homme, quoiqu 'ilne distinguât pas bien ce que ee pouvait être. .,
Le marquis en ressentit du trouble et de l épouvante, mais, encore bien qu'il fñt vieux, le courage ne lui manqua point. |
J1 se mit à cheminer droit devant lui, non pas à chéyal, mais à pied ; il lui fallut quitter san cheval qui était trop harassé pour le suivre, et qu'il laissa dans un pré voisin. Il passa de là tout auprès d'un ruisseau, et, dans ün terrain sablonneux, vit un cheval mort qu’il se mit à considérer.
, DES DOUZE PAIRS DE FRANCE. 339 Il était armé pour la bataille et avait les jambes coupées. Un peu plus loin, uñe voix se fit entendre: « 0 sainte Marie, notre Dame , aie pitié de moi; Je te recommande mon âme; qu'il te plaise de la garder! .
» Dans cette triste agonie, sois ma force el ma consolation ! .
» Implore pour moi ton divin fils! Qu'il me pardonne- mes péchés, et me reçoiïive dans son sein | » | Le marquis, entendant cela, fut saisi d’une vive épouvante; il retroussa son manteau sur son bras et tira son épée;
Puis, se déteurnant du chemin, il grimpa la montagne, et arriva aŸ lieu d'où partait la voix.
11 allait cà-et là,, coupant les rameaux pour éclaircir la route, et regardait de tous côtés, tàchant de découvrir ce que ce pouvait être.
Le chemin-par lequel il marchait était couvert de sang; il ressentit de vives angoisses,
Et frissonna dé tout son corps. TH mit long-temps à parvenir jusqu'au lieu d'où la voix se faisait entendre.
Fafin, au pied d’un gros chène, il vit un chevalier couché, armé de toutes pièces, mais sans épée ni poignard.
.1.était renversé sur la terre, et ne cessait de pousser des plaintes, dont le marquis fut attendri.
æ our entendre ce qu'il disait, il résolut de se
340 | ROMANCES tenir à l'écart, et se mit à écouter attentivement, sans bouger ni faire de bruit. °
Mais il convient de rapporter ce que le chevalier disait : « Où es-tu donc, damt de mes pensées, disait-il, toi que mon mal touche si peu?
» Ou tu ne sais pas mes tourmens, ou tu es fausse et déloyale. |
» Mes blessures légères t'attendrissaient, et à présent que j'en ai de mortelles, tu n'en tiens aucun compte!
» Que dis-je? ah! je ne t'accuse point; ma douleur est insensée et téméraire.
» Tu iguores mon trépas et mes affreuses angoisses ; c'était ma mort que je cherchais, en voulant me rapprocher de toi?
» Lorsque je l'ai trouvée, je ne dois accuser personne, et toi, moins que tout autre, à mon bien, toi qui.ne voulais pas me faire mourir.
» Mais quoique tu sois innocente de ma mort, mon malheur n'en est pas moins extrême.
° Ô mon épouse bien-aimée, n’cspère pas être à moi ; nous ne nous reverrons plus qu’au jour du jugement.
» Si jamais je te fus cher, voici l'instant de me le prouver, non pas en t'abandonnant au désespoir, mais en priant pour le repos de mon âme.
» Ô mon cousin Montésinos, Mérian, prince aimable, adieu! notre compagnie est détruite.
» N'espérez plus me voir; et ne vous fatiguez pæ
à me chercher; ce serait peine inutile, vous ne ne trouveriez pas.
» O vaïHant Don Renaud! ô bon paladin Roland! ê brave Don Urgel! ô normand Don Ricard!
- »s 0 marquis Don Olivier! à grâcieux Durandart! 6 archiduc Don Astolphe! ô grand duc de Milan !
» Où donc êtes-vous tous, qui n ‘accourez pas à mon secours? |
» O empereur Charlemagne, mon bon seigneur légitime, si tu savais ma mort, comme tu viendrais la venger !
L Quoique mon meurtrier soit ton fils, ta justice n’en serait pas moins prompte, puisqu'il m'a tué en trahison, lorsque je venais l'accompagner.
» O prince Don Charlot, quel indigne transport t’a excité à m'égorger ainsi, lorsqu'à ta prière je venais pour te garder? Malheureux que je suis, qui ne soupçonnai pas qu'un chevalier de si haute naissance pût commèltre une telle lâcheté! :
x Je croyais venir à la chasse, et je suis venu à la chasse de moi-même. Je ne regrette pas de mou- rir, puisque c'est chose naturelle ;
x Mais de mourir comme je meurs, sans l'avoir en rien mérité, et sans que ma mort puisse jamais être connue de personne. :
» O Dieu puissant, Dieu de justice et L de vérité, :
venge ma. mort. innocente, .et daigue avoir pitié de cette âme pécheresse ! |
5412 ROMANCES » O ma mère ! Ô reine infortunée! Dieu te con-
solcra ; elle est brisée, la glace fidèle où tu prenais plaisir à te regarder.
» Tu tressaillais sans cesse en craignant pour moi quelque malheur , à présent tu ne craindras plus.
» Tu me donnais dans les joûtes et les tournois des conseils maternels ; à présent, tu n'as plus de conseils: à me donner.
» O noble marquis de Matitoue, mon oncle. où êtes-vous, et ne pouvez-vous entendre mes plaintes douloureuses ?
» Quel chagrin vous éprouverez quand vous cesserez d'avoir de mes nouvelles , et ne saurez en quel lieu je suis?
x Vous m'aviez fait héritier de vos états, mais c'est vous qui hériterez de moi, quoique vous soyez plus vieux. |
» OÔ monde trompeur, nul ne peut se fier à tes biens; le plus.élevé est le plus voisin de sa chute.»
En parlant ainsi, il ne cessait de pousser des soufirs; des soupirs si douloureux qu'ils brisaient le cœur (10). | : Le marquis épérdu n’en peut pas écouter daväntage; tout son sang se glace dans ses veines.
Il arrive auprès du chevalier et lui parle ainsi d'üne voix altérée :
« Chevalier, apprenez-moi votre mal? Avez-vous des blessures mortelles? ,
Lorsque Baudouin l’entendit, il leva:la tête, croyant que c'était son écuyer, et lui répondit :
«Ami, que viens-tu me dire? m'amènes-tu quelqu'un pour me confesser? Je touche à mon derr nier moment.
» Ce n’est pas mon corps qui m'occupe; c'est de mon amë que je suis en peine. + Le marquis comprit bien qu’il le prenait pour un autre.
I reprit, avec un tel trouble, qu'à peine pôuvait-il parler : «Je ne suis point votre écuyer; je n'ai jamais marigé votre pain. |
» Je suis un chevalier qui, passant ici par hasard , ai entendu vos plaintes douloureuses, et me suis approché de vous.
» Puisque vous êtes chevalier comme moi, faites effort pour m'apprendre vos maux ou vos peines.
» Ce monde est un mélange de biens et de maux; dites-moi donc, Seigneür, qui vous êtes et de quelle nature est votre mal.
» Sil'on peut vous secourir, je vous promets de le faire; ne craignez donc pas, bon chevalier , de me dire la vérité. »
— « Grand merci, seigneur, de votre bonne volonté, » répondit Baudouin.
: Mon mal est celui de la mort; on ne peut ÿ apporter remède. J'ai vingt-deux blessures , dont chacune est mortelle.
» Mais la plus grande douleur que je ressens est .de mourir en ce lieu, où personne ne pourra savoir ni pleurer ma mort.
» Car j'ai été tué en trahison , sans mériter aucun mal. |
» Je vous ai dit la vérité sur ma foi, comme vous me l’aviez demandée ; et je m'appelle Baudouin, c'est le nom que me donnent tous ceux qui parlent l’idiôme de France.
* Je suis fils du roi de Dacie, je suis son fils né de sa chair, un des douze pairs qui sont assis à la même table.
» La reine Dona Ermeline est ma mère, le noble marquis de Mantoue est mon oncle,
» Frère de mon père; et la belle infante Sibille est mon épouse.
+ J'ai été mis dans cet état par Don Charlot, fils de l'empereur, qui voulait que ma femme répondit à sa passion criminelle.
» Et comme elle s’y refusa, il s'en vengea sur moi, croyant l’épouser lorsque je ne serais plus. Tandis que je venais pour protéger ses jours , il m'a frappé en trahison, après. m'avoir appelé de Paris pour lui aider à mettre à fin une aventure périlleuse.
» Qui que vous soyez, chevalier, je vous conjure de porter dans Paris la nouvelle de ma mort déplorable.
» Si vous n'allez pas à Paris , Seigneur, répandez cette nouvelle dans Mantoue, La peine que vous prendrez vous sera bien payée ; ,
» Ou si vous ne voulez point de salaire, vous recevrez de vifs remercimens. »
DES DOUZE PAIRS DE FRANCE. - 345 . Le marquis, à ce discours , demeura sans force et sans voix; il se laissa tomber sur la terre, et son épée lui échappa des mains.
Puis, dans son désespoir, il se mit à arracher sa barbe et ses cheveüx blancs.
Ce ne fut qu'après beaucoup de temps qu'il se releva sur ses pieds, s’approcha du chevalier, et se, mit en Mevoir de le désarmer.
Après lui avoir ôté son armet, il se mit à le considérer; le blessé était baïgné dans son sang ; la pâleur de la mort couvrait son visage. Il était défiguré au point d'être entièrement méconnaissable ; on ne pouvait, pas non plus le reconaître à sa voix ; et le marquis toujours doutant si ce qu’il venait d’entéhdre était mensonge ou vérité, prit Je parti de lui essuyer le visage avec un pan de son habit. Dès qu'il eut ainsi nettoyé ses chairs, il le reconnut ; alors le baisant sur la bouche , il fondit en larmes. Les mots qu'il lui disait, c’est grande douleur de les raconter : «O0 mon neveu Baudouin, mon bon neveu, qui vous a traité de la sorte? Qui sous a conduit en ce lieu? Qui est-ce qui vous a tué.et m'a laissé en vie? Mieux eüt valu ma mort que,.la vôtre, à l’âge que vous avez. .
Vous ne me reconnaissez pas, mon neveu; au nom de dieu, parlez-moi! Je suis le triste marquis que vous aviez coutume d'appeler votre oncle.
» Je auis le marquis de Mantoue qui ne dois pas
vous survivre, et que la douleur de'votre perte va précipiter au tombeau. |
»O malheureux vieillard, qui pourrait me réconforter? Dans une perte semblable, toute consolation est un redoublement de douleur.
» Vous me faisiez oublier la mort de mes fils ; à présent, mon bon neveu, ils me sont ravis une seconde fois.
«Je vous regardais comme mon enfant et mon héritier, et c'est moi, malheuréux ! nê qui dois vous mettre en terre |
» Mon neveu , c'en est fait ; je ne puis plus vivre! viens, Ô mort, quand tu voudras, je ne veux pas te retarder. Mais celui qui te redoute le moins, tu le fuis pour accroître son mal.
s Qui portera cette affreuse nouvelle à votre mère? qui entreprendra de la «consolèr?
2 J'ai toujours ouï dire , et j'en reconnais aujourd’hui la vérité, que quiconque vit long-temps doit se résigner à de grands maux.
x Pour quelque chétif plaisir, que de douleurs ÿ Jui faut endurer !»
Le marquis ne cessait de proférer de tels discours, pleurant de ses deux yeux, sans pouvoir se calmer. .
Pour Baudouin, dès qu'il reconnut son oncle, il sentit renaître son courage, ét fit effort sur luimême en sa mortelle agonie.
Ïl serra autant qu'il put le marquis dans ses bras défaillans, et, maîtrisant de son mieux ses souffances , il lui dit :
«Ne pleurez pas, mon oncle; au nom de Dieu,
ne pleurez pas; vous redoublez ma peine, et jetez l'angoisse dans mon âme.
» Mais Ja grâce que j'ai à vous demander, c’est que vous ne m'abandoriniez pas dans ce lieu säuvage; non, jusqu'à cè que la vie m'ait laïsté, nè me laissez pas. Alors vous vous rendrez auprès de ina mère, et mettrez tous vos soins à la conseler ; car je crains bien que ma mort n "emporte lés restes de sa vie.
s Vous irez aussi trouver ma tendre épouse ; la plus vive douleur que je ressente est de ne pouvoif lui parler. » |
Comme ils en étaient là, s son écuyer revint avec un ermite qu'il avait trouvé dans la forêt,
Homme de vie très sainte, et éngägé dans les. ordres de prêtrise. Lorsqu'il parut, Faube était. sur le point de naîtré: -
Il rendit à Baudouin le courage, et se mit à l'exhorter d'oublier te monde pour ne se souvenir que de Dicu.
Le marquis et l'écuyer s'éloignèrent, pour le Jaisser libre avec le mourant.
Et le marquis, succombant à sa fatigue, s'en-. dormit.- |
Baudouin se confessa, de son miéux, rappelant: dans sh confession toutes . les fautes qu'il avait: commises. : n
Enfin ; les dernières äpproches de la mort sefirent donloureusement sentir; il poussa un soupir. profond;
ar ©
Et, appelant le marquis son oncle : « Adieu, dit-il, mon oncle, adieu! voici mon dernier moment.
» Je quitte ce monde, et vais rendre mes comptes à mon créateur; ce que je vous ai recommandé, ne l’oubliez pas;
» Donnez-moi votre bénédiction, ,» et votre main à baiser. »
Bientôt il perdit le sentiment et la parole; ses dents se serrèrent, et ses yeux roulèrent dans leur orbite.
Le marquis réveillé courut à lui, ne cessant de le bénir et de pleurer.
L'ermite lui donna l'absolution et se mit en prières ; peu de momens après, Baudouin n'était plus.
À cet aspect, le marquis retomba en défaillance; l'ermite lui prodigua les plus tendres soins. Le marquis, en homme sage et avisé, reprit courage, et, puisque le mal était sans remède, il ouvrit son âme aux consolations. Mais l’écuyer, plongé dans le plus violent désespoir, se déchirait les habits et le corps. La terre était jonchée de sa barbe et de ses cheveux. Enfin ke marquis dit à l'ermite : « Au nom de Dieu, mon père, appreñezmoi où nous sommes; quelles sont ces terres?
quels en sont les seigneurs? À qui cette forêt appartient-elle? Comment la nomme-t-on? » — « Vous saurez, Seigneur , répondit l’ermite, que ces terres sont désertes. Elles étaient peuplées autrefois,
. mais tous leurs habitans périrent dans les cruelles batailles que soutint la chrétienté. On: nomme ceité forêt, la forêt de deuil et de douleurs , parce que nul chevalier n'ose.y mettre le pied, sans éprouver quelque grand désastre ;
» Elle appartient au marquis de Mantoue; ot d'ici à Mantoue la grande cité, on compte cent milles d'étendue, sans bourgsni habitations.
» Si ce n'est un ermilage qui est à six lieues d'ici, et où je me suis retiré pour vivre sépâré du
monde. Pre,
» L'habitation la plus proche est à vingt mikles;
c'est un gros bourg dépendant du @&uché de Milan. » Voyez, seigneur, ce que vous désiréz, et en quoi je puis vous être utile; je le ferai volontiers,
stant pour le service de Dieu, que par ‘égard pour vous et par charité.»
. Le marquis alors le pria de vouloir bien demeurer auprès du corps,
Tandis que l’écuyer et lui iraient chercher son cheval qu'il avait laissé dans un pré voisin. L'exmite consentit à les attendre ; soudain le marquis et l'écuyer se mirent à la recherche du cheval; ét, tandis qu’il cheminaïient , le premier dit à l’autre :
« Bon écuyer, que Dieu te garde de mal! Apprends-moi ce que ton maître venait chercher en ce pays, quelles sont les causes , quel est l’auteur de sa mort? » L’écuyer répondit : « Par la foi que je dois à Dieu, je ne puis satisfaire à.tdut ce que
3h90. . ROMANCES
vous. me demandes; je vais vous raconter ce que J'ai vu. Mon maître étant à Paris à la cour de l’empereur, le prince Den Charlot l’envoya chercher.
» Îls restèrent tout un jour à parler secrètement ; et, quand la nuit fut venue, ils se revêtirent de leurs armes.
» Ils chevauclièrent en grande hâte. et sortirent de la ville , armés de toutes Pièces, comme pour le combat.
. » J'accompagnais Baudouin, et Charlot était suivi d'un page. Il y a eu hier quinze jours que pous sommes sortis fle Pris.
» «C'était hief que .nous arrivâmes à cette forêt de deuil; mon seigneur «et Don Charlot nous ordonnèrent de les atténdre. .. ,.
“+ Ïls entrèrent seuls dans cette vallée de dou leur ; et le page de Don Charlot s'endormit.
. sPour moi, pensant à Baudouin, je ne pus rcposer ; je m'éloignai du chemin, et je grimpai sur anarbre. "+ ju: hrs. 4 ,
4.” Je regardais de tous côtés quand je les verrais revenir. Enfin , après beaucoup de temps J'entendis hennir des. chevaux, . Lu
‘» Je vis passer trois chevaliérs ; mon maître n'était point avec aux; ils étaient paignés « de sang ; cela me parut mauvais signe... ;
s L'un d'eux était Don. Charlot: je t'ai pas pu remarquer Îles deux autrés. J'avais si grand’peur, que je n'ôsai pas les prier ‘de me dire
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> Où était Baudouin , et en quel lieu ils l'avaient laissé. de descendis de l'arbre et entrai dans cette forêt de pins , ,
* Je me mis à chercher partout. Baudouin. mon seigneur , mais je ne pus le trouver. Je ne cessais, pourtant, de m'attacher aux traces des chevaux. Enfin, à l'entrée d’une plaine sablonneuse, je vis les pas de deux chevaux , et plusieurs afireux À indices.
» La terre était couverte de sang ) spectacle épouvantable! sur les bords du. ruisseau, je vis le corps du cheval de mon maître,
» Et, à quelques pas de là, Baudouin lui-même expirant.
» Lesang sortait de tous ses membres, et à peine
pouvait-il parler.
» Je le soulevai de terre, et essuyai ses blessures; alors il me demanda par signes d'aller Jui chercher un confesseur. |
» Voilà, noble Seigneur, ce qui s’est passé. «°-
* Tandis qu'ils parlaient aïnsi, ils arrivèrent au lieu où le marquis avait laissé son cheval ; il sauta dessus et prit l’écuyer en croupe.
Ils' retournérent bientôt trouver’ l'érmîte:, ‘et convianrent avec lui de transporter le corps à son ermitage. Ils le posèrent sur te cheval, et tous trois marchèrent à pied ; l'ermité les conduisait. :
Arrivés à l’ermitage en grande diligence, ils achevèrent de détacher l'armure dont le corps de Baudouin était couvert.