‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 105 sur 178 · Perrot dans le ms · texte numérisé non relu

Perrot dans le ms

Que maufès est lî arbres dont H frais ne meure*, Ne dedenz lit a chien ne querez ja ointure.

A considérer le contexte, on pourrait prendre ce passage pour une citation et non pas comme la mention de l'auteur de cette partie du Roman. Toutefois, ce serait làj à mon sens, une hypothèse assez peu probable/ Il n'était guère d'usage au moyen âge de citer comme autorité des contemporains, surtout lorsqu'ils avaient composé en langue vulgaire. Acceptons donc Pierre ou Perrot de Saint-Cloud comme l'auteur de la dernière partie du poème, celle qui commence à la page 5^9 de l'édition.

Pierre de Saint-Cloud est connu surtout comme l'un des auteurs à qui nous devons cette longue suite de contes facétieux auxquels on a donné le nom fort impropre de Roman de Renart. S'il ne fut probablement pas le premier qui s'essaya sur cet inépuisable sujet, il ne fut pas non plus le dernier : il eut des successeurs dont l'un le mentionne pour dire qu'il n'a pas épuisé la matière :

Perrot, qui son engin en s'art Mist en vers fere de Renart Et d'Isengrin son chier compère,

Lessa le mieus de sa matere

(Edit. Martin, t. I, p. i ; Méon, vv. 9649 et suiv.)

Le nom de Pierre ou P|rrot est fort commun^ mais on ne peut douter que l'auteur ait eu en vue Pierre ou Perrot de Saint-Cloud, lorsqu'on lit au début d'un autre conte de Renart :

I. Est-ce une allusion à Matt. IH, 10 : « Omnis ergo arbor c que non fadt fructum bonum ezcidetur et in ignem mittetur » i

Signor, o! avis assez, Et ans et jors a ja passez, Les aventures et le conte Que PiEBRE DE Saint Cloot conte De Renart et de ses affaires.

(Chabaille, Roman de Renart^ supplément^ p. i .)

Assurément les compositions de Pierre de Saint-Cloud sur les aventures de Renart étaient en vogue. Nous ne voyons pas qu'aucun de ses émules ou successeurs ait joui d'un succès égal. Et cependant, dans l'état actuel de nos connaissances, il n'y a qu'un seul des nombreux contes de Renart qui nous sont parvenus qui puisse lui être attribué avec certitude. C'est celui qui commence ainsi :

Pierre qui de Saint Clost fu nez S'est tant traveilliez et penez Par proiere de ses amis Que il nos a en rime mis Une risée et un gabet De Renart qui tant set d'abet....

(Méon, I, vv. 8451 et suiv.)

Il se peut que tel ou tel des contes anonymes doive lui être restitué, mais sur ce point on n'a pu former, jusqu'à présent, que des conjectures plus ou moins aventurées ^

Je n'ai trouvé matière à aucun rapprochement entre l'unique conte de Renart qu'on soit en droit d'attribuer

I . Les recherches longues et minutieuses de M. Jonckbloet {Etude sur le roman de Renart^ pp. 135 et suiv.)) en vue de déterminer parmi les branches anon)rmes celles qu'on peut attribuer à Pierre de Saint- Cloud, n'ont abouti à aucun résultat certain.

2)2 CHAP. Vllly § 2.

à Pierre de Saint-Gloud et la seconde partie de notre quatrième branche d'Alexandre. Mais cette circonstance s'explique assez naturellement par le peu d'étendue des deux textes comparés et surtout par la différence du sujet et de la forme '. En somme, je ne vois pas d'impossibilité à ce que le Pierre de Saint-Cloud à qui nous devons au moins un des contes de Renart soit identique au personnage du même nom qui est mentionné^ très probablement en qualité d'auteur, dans la seconde partie de notre quatrième branche.

Le nom de Pierre de Saint-Cloud soulève une dernière question qui ne peut être ici passée sous silence, encore bien qu'elle ne soit pas susceptible, à mon avis, d'une solution définitive. Il résulte de la combinaison de deux passages de Guillaume le Breton et de Césaire de Heisterbach^ qu'en 1209 plusieurs sectateurs de l'hérésiarque Amauri de Beynes furent poursuivis et condamnés les uns au feu, les autres à l'emprisonnement

1. M. Jonckbloet, qui a étudié la même question, n'est point arrivé à se faire une opinion. A la p. 129 de son Etude sur le roman de Renart, if pense que ce nom de Pierre de Saint-Cloud a été interpolé dans le j)assage précité à? Alexandre y et il fait à ce propos cette remarque naïve que « le nom d'un trouvère du zii*. siècle ne peut pas se placer naturellement dans la bouche d'un des pairs d'Alexandre », comme s'il n'y avait pas dans la même partie du poème bien d'autres anachronismes ! Il suppose d'ailleurs sans raison que le passage où figure Pierre de Saint-Cloud est corrompu. Plus loin. pp. 330 et suiv., revenant sur la même question, il paraît assez disposé à admettre que Pierre de Saint-Cloud a pu travailler à V Alexandre. Cette seconde opinion me paraît plus juste que la précédente. Mais il faut avouer que M. Jonckbloet la défend par des raisons qui, en |;énéral, reposent sur des erreurs de fait ou sur des circonstances parfaitement insignifiantes

(PP- 3n-6).

2. Bouquet, XVII, 83. Cf. J. Havet, Bibliothèque de l'École des chartes f 1880, pp. $13-4.

perpétuel. L'un d'eux, « Petnis de Sancto Clodovaldo, » qualifié de « sacerdos, » échappa au châtiment en se faisant moine. Plusieurs érudits > ont reconnu dans ce « Petrus de Sancto Clodovaldo » notre Pierre de Saint- Cloud, poète français. Pour ma part je n'y contredis point : la date des poursuites n'est postérieure que de vingt ans, trente ans peut-être, à la date probable de la partie de l'Alexandre où figure Pierre de Saint-Cloud. Ce point sera établi dans le chapitre suivant. Mais il reste à savoir si l'identité des noms et le rapport des dates est une raison suffisante d'admettre l'identité des personnes. Il y a un certain degré de probabilité : il n'y a pas certitude.

Au point où nous en sommes, il est, sinon prouvé, du moins vraisemblable : i^ que la première partie de la quatrième branche est d'Alexandre de Paris ; 2° que la seconde partie de cette même branche est essentiellement de Pierre de Saint-Cloud. Mais je ne veux pas dire qu'Alexandre de Paris soit resté tout à fait étranger à cette seconde partie. Il a pu englober dans sa compilation l'œuvre de Pierre. Inversement, il est possible que les tirades composées par Pierre soient une interpolation. C'est là une question qu'il serait prématuré de vouloir résoudre en l'absence d'une édition critique de cette partie du poème. Ce qu'on peut tenir pour certain, c*est qu'Alexandre de Paris, que nous avons vu se nommer à l'approche de la troisième branche, nous faisant savoir qu'il avait mêlé ou ajouté ses vers à ceux de

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