Cet exploit est annoncé tout au début, au V
couraient sur la naissance d'Alexandre. Le jeune prince, qui ne voulait pas passer pour \xa bâtard, n'hésita point à )€ter son maUre, qui prétendait être son père, du haut en bas d'un mont (Mich. p. 9, vv. 17-21). Ce qui est conté en quelques vers dans ces deux versions est développé en plus de soixante (tirades xxxviii et xxxix) dans le ffls. 789. Le meurtre, qui n'a aucune conséquence dans les autres textes, sert id à amener l'épisode de Bucéphale. Voici comment. Un neveu de Nectanebus porte plainte auprès du roi Philippe qui, en vrai souverain du moyen âge, fait juger son fils par la cour de ses barons (tir. xl, xli). Les barons^ désireux de sauver la vie du coupable, demandent un répit de huit jours, dans l'espoir que, la colère du roi s'étant apaisée^ Alexandre obtiendrait plus facilement son pardon. Le roi y consent, bien qu'à contre-cœur (tir. xlii-xliii] . C'est alors que Philippe reçoit, à titre de présent, un cheval monstrueux et d'une grande férocité. C'est Bucéphale. Les barons jugent qu'Alexandre sera condamné à dompter cet animal, ou, s'il refuse, qu'il sera exilé (tir. xliv, xlv). Alexandre réussit dans son entreprise. Il rentre en grâce auprès de son père, qui consent même à l'armer chevalier. C'est à ce point (tir. xlix) que la leçon du ms. 789 rejoint la version ordinaire (Mich. p. 14). Çà et là, dans ces dernières tirades, on reconnaît l'influence de la version décasyllabique *.
La question qui se présente maintenant est de savoir si la rédaction dont nous venons de donner l'analyse est
I. J'ai indiqué dans les notes la concordance des deux textes.
antérieure ou postérieure à la rédaction ordinaire. Je n'hésite pas à me décider pour la seconde alternative. Il me parait évident que le romancier à qui nous devons le début particulier du ms. 789 a eu sous les yeux la rédaction commune, et qu'il n'en a pas été satisfait; que certains événements lui ont paru mal motivés, que d'autres (la descente au fond de la mer et l'ascension dans les airs) lui ont semblé prendre plus naturellement place dans les enfances d'Alexandre que nulle part ailleurs, qu'enfin certaines circonstances de la version décasyllabique lui ont plu, et qu'il a jugé à propos de les reproduire. Cette hypothèse se concilie très bien avec l'adoption de telle ou telle tirade de la version commune. Tout, dans celle-ci, ne lui a pas paru devoir être rejeté.
LA VENGEANCE DE LA MORT dVlEXANDRE. — SUITES