‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 124 sur 178 · I. ci-desstts, p · texte numérisé non relu

I. ci-desstts, p

volonté, se donner le plaisir de la chasse. L'armée alliée ayant mis le siège, un combat de cavalerie s'engage devant la cité. Cassadran, qui est ici représenté comme l'un des meurtriers d'Alexandre, est fait prisonnier dans le premier engagement et brûlé à petit feu. Peu après, le roi de Hongrie amène par mer aux assiégés un renfort de vingt mille hommes. Une sortie a lieu^ qui est dirigée par Florent, le fils d'Antipater. Alior combine alors une opération qui consiste à attirer les ennemis vers le camp, tandis que lui et Tolomé, placés en réserve, à la tète d'une troupe nombreuse, leur couperont la retraite en se plaçant entre eux et la ville. Les assiégés sont battus, mais pourtant ceux qui échappent au carnage réussissent à rentrer dans Rocheflor. Mais la ville est si forte qu'Alior désespère de la prendre. On consulte alors un maître habile, nommé Sapient, qui trouve le moyen d'affamer les assiégés. On construit deux grands chalands au moyen desquels une partie de l'armée se transporte sur l'autre rive du fleuve, de façon à empêcher le ravitaillement. Un nouveau combat s'engage dans lequel Alior se distingue par de nombreux exploits. Il se rencontre avec Florent, le fils d'Antipater, et réussit à le faire prisonnier. Mais, le combat fini et les assiégés refoulés dans Rocheflor, il s'aperçoit que son frère Ariste manque à l'appel. Celui-ci en effet avait été pris dès le commencement de la bataille. Florent et Ariste sont échangés l'un pour l'autre. Bientôt les Grecs, ayant fait combler les fossés, réussissent à s'emparer de la tour. Antipater, qui fuyait, est pris par Alior, et bientôt Divinuspater, dont il n'avait pas été question

jusque-là, est pris aussi. Les barons délibèrent entre eux sur le genre de supplice qu'il convient de leur faire subir. Licanor en propose un qui est adopté comme le plus cruel. Puis les douze pairs d'Alexandre reconnaissent Alior comme leur seigneur.

§ 3, — Suites diverses.

La vengeance de la mort d'Alexandre est la conclusion dernière du Roman. Alexandre mort et vengé, on ne voit pas ce qu'on pouvait encore ajouter à son histoire. Mais la vie d'Alexandre était devenue peu à peu, comme celle de Charlemagne, bien qu'à un degré moindre, une matière épique, où les romanciers puisèrent longtemps des sujets de poème. Lambert le Tort, Alexandre de Bernai, Pierre de Saint-Cloud et leurs devanciers avaient mis en œuvre à peu près tout ce que la tradition écrite avait conservé de notions historiques ou légendaires sur Alexandre. Déjà Gui de Cambrai et Jean le Neveiois avaient dû trouver ou imaginer les récits par lesquels ils avaient, chacun de son côté, complété le Roman. Ceux qui vinrent après eux firent de même. Les poèmes que je vais énumérersont de pures fictions, qui prennent, à la vérité, leur point de départ dans le Roman, qui lui empruntent quelques noms de personnages, mais n'appartiennent plus, à proprement parler, à la légende d'Alexandre.

Le premier de ces poèmes est celui des Vœux du Paon ',

I . Le paon était considéré comme étant proprement « la viande

dont le héros principal est Porus, et qui a pour auteur Jacques de Longuyon^ romancier dont on ne connait aucun autre ouvrage. Comme on l'a vu plus haut (p. 222), ce poème se rattache immédiatement à l'épisode de Dauris et Floridas ou du duc Meicis. Par suite, il a été dans quelques mss. intercalé dans le corps même du Roman à la suite de cet épisode. Mais le plus ordinairement les Vœux du Paon sont copiés, soit à la suite du Roman, dans les mss. les moins anciens, ceux qui se terminent par la Vengeance de Jean le Nevelois <, soit à part. Ce dernier cas est, de beaucoup, le plus fréquent. Peu de poèmes du moyen âge ont obtenu un succès comparable à celui des Vaux du Paon. J'en connais une trentaine de copies, dont il me parait inutile de dresser ici la liste. Il a donné matière à deux continuations successives. C'est là que pour la première fois sont énumérés les neuf preux, ces types de la vaillance et de l'honneur chevaleresque qui ont inspiré^ de la fin du xiv* siècle au commencement du xvi% tant d'écrivains et d'artistes. Malgré son importance, le poème des Vœux du Paon n'a pas encore obtenu les honneurs de l'impression, et les auteurs assez nombreux qui l'ont mentionné en ont parlé avec peu d'exactitude >. Rappelons qu'il résulte

des preux. » L'usage de prononcer des vœux sur cet oiseau, dans certains festins, paraît avoir été surtout répandu au xiv* et au XV* siècle, principalement dans le nord de la France. Voy. Sainte- Palaye, Mémoires de P ancienne chevaleriey éd. Nodier^ I, 158.

1. Bibl. nat. fr. 791 {Romania, XI, 289), 1375 {ibtd,, 290}, 1(90 (/Wrf.,312;, 2436j(iWrf., 284)

2. L'abbé de La Rue {Essai sur les bardes, etc., Il, 347), et ceux qui Pont suivi (par ex. Dinaux, Troayères brabançons^ p. 391), supposent que Jacques de Longuyon a dédié son poème à Thibaut II, comte de

d'un passage cité par le marquis de La Grange dans son édition de Hugues Capet, p. xix, que le poème fut com* posé à la demande de Thibaut II qui fut duc de Lorraine de 1304 à i}i2y époque de sa mort. Comme dans le passage cité, qui se trouve tout à fait à la fin du poème, l'auteur rappelle les circonstances dans lesquelles Thibaut mourut, il faut admettre que le poème, commencé avant 1 3 12, fut terminé après cette date.

Le succès extraordinaire qu^obtint le poème dtsVœux du Paon suscita à Jacques de Longuyon des émules et des continuateurs. Un certain Brisebarre composa le Restor du Paon, comme complément des VœuxK Le Restor se trouve à la suite des Vœux dans un grand nombre de mss. Nous avons vu (p. 223) qu'il a été admis dans le ms. d'Oxford ; d'où il résulte que Brisebarre composait avant 1338^ date de l'exécution de ce manuscrit^. Rien n'empêche d'identifier l'auteur du Restor avec un Brisebarre de Douai sur lequel on lit, dans les Règles de la seconde Rhétorique ? :

Ou temps dudît Machault fut Brisebarre de Douay qui

Bar, mort en 1296 ou 1297; M. Didot, Essai de classification des Roman f de chevalerie (Paris, 1870), tableau IX, dit que les Vœux du ^aon furent commencés par Brisebarre et terminés par Jacques de Longuyon âVâAl 1 3 12.

1 . Les vers où Brisebarre se nomme ont été plus d'une fms cités ; voy. La Grange, préface de Hugues Capet, p. xvij, et Romania,

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