CHEVALERIE
[andis que sur le continent le Roman allait sans |cesse s'accroissant de nouvelles branches ajouftées, les unes à la fin, le» autres dans le corps même de l'œuvre, le même ouvrage, transporté en Angleterre, y était largement mis à contribution par un romancier, dont le nom varie selon les manuscrits, qui entreprenait à son tour, avec plus d'industrie que de talent, de raconter les hauts faits du héros macédonien. Une faut pas se faire d'illusion sur la valeur littéraire de cette nouvelle composition, qui parait avoir reçu de sonauteur le titre un peu ambitieux de « Roman de toute chevalerie < ». C'est une œuvre également dépourvue d'originalité et de style. Il s'en faut cependant qu'elle soit sans impor-
I. C'est du moins la désignation qu'on lit à Fexplidt des mss. de Paris et de Cambridge.
tance. D'abord elle nous fournit la preuve la plus certaine et la plus ancienne que nous ayons de l'introduction du Roman en Angleterre * . Puis elle a servi de base à l'un des poèmes anglais sur Alexandre. Enfin elle offre, en sa composition même, de curieuses particularités. A ces divers titres elle mérite toute notre attention.
Le Roman de toute chevalerie est inédit, et il se passera peut-être bien des années avant qu'il soit publié. Les manuscrits en sont peu nombreux, incorrects et très dispersés. De plus il sera difficile d'en donner une édition correcte tant qu'on ne possédera pas un texte établi avec critique du Roman de Lambert le Tort et d'Alexandre de Paris. Les observations qui suivent pourront être de quelque utilité à un futur éditeur : elles ne prétendent nullement épuiser les questions que soulève ce poème. Je devrai, notamment en ce qui concerne les sources auxquelles l'auteur a puisé, me borner à des indications assez générales, une étude détaillée exigeant des citations nombreuses que ne per-
I . Entre tous les mss. du Roman dont j'ai donné la description dans la Romania, m seul, le ms. Hatton 67 de la Bodleienne (Roma^ nia, XI, 317-8), a été écrit par un scribe anglais, et il ne contient qu'une parue du Fuem de Cadra. Le ms. Bodley 264 {Romaniay XI. 290-301) a été, à la vérité, achevé en Angleterre, car les rubriques sont l'œuvre d'un copiste anglais; mais le texte a été écrit, sinon en France, du moins par un copiste français. Les témoignages sur la diffusion de la légende d'Alexandre en Angleterre réunis par Warton (1824, I,. 126, 127, 132) et reproduits par Favre (Mil, II, 139-41) sont postérieurs au Roman de toute chevalerie et ne se réfèrent pas spécialement aux poèmes français. Quant à la traduction du Fuerre de Cadres et des Vœux du Paon imprimée en I $80 par Arliiirthnot, et rééditée en 1831 p^r le 9anniit]rne Club, elle est crune époque relativement récente.
mettent pas les limites dans lesquelles je suis tenu de me renfermer.
Je traiterai d'abord avec quelque détail des manuscrits du poème, sujet sur lequel on n'a donné jusqu'à présent que des renseignements très incomplets.
H connfiis du Roman 4ç tout^ chevalerie quatre mss. OH fragments de mss. :
i^ Bibl. nat. fr. 24364^ précédemment ancien fonds 7190^, ou La Vallière 45 (catalogue du duc de La Vallière, n*' 2702). Une note écrite de la main de Cangé sur un feuillet de parchemin relié en tète du volume nous apprend que ce ms. faisait antérieurement partie de la bibliothèque de M. de Caumartin, évèque de Blois (voir le Catalogue des livres de la bibliothèiiue de feu monseigneur Jean-François-Paul Le Febvre de Caumartin. Paris, 1734, n^ 3689). C'est un magnifique livre à deux colonnes^ exécuté en Angleterre à la fin du xiii^ siècle ou au commencement du xiv®, et orné d'un très grand nombre de miniatures d'un dessin fort remarquable. Le texte en est malheureusement fort incorrect. De ce ms. sont tirés les fragments publiés au 1. 1 du présent ouvrage, pp. 195-235. La notice du catalogue du duc de La Vallière est très imparfaite et traite beaucoup moins du livre qu'elle a pour objet que du Roman de Lambert le Tort et d'Alexandre de Paris. Elle attribue le ms. au xii® siècle. Legrand d'Aussy a donné du même ms. une notice assez étendue, mais toutefois bien médiocre, dans le tome Y des Notices et extraits des manuscrits, pp. 121-30.
20 Ms. de la Bibliothèque du chapitre de Durham >
c. IV, 27 b, signalé jadis par M. Fr. Michel comme contenant « une copie du roman d'Alexandre, du xiv^ s. « et sans intérêt. » J'ai décrit ce ms. en 1867 dans mon rapport sur les mss. de Durham 1. J'en ai publié les rubriques ci-dessus, I, 177-93.
3*^ Cambridge, Trinity Collège, O. 9. 34, ms. venant de Thomas Gale, ne figurant pas toutefois dans le catalogue imprimé par Bernard dans les Catalogi libromm manuscriptorum AngVu et Hibernia (Oxford, 1697, fol.) à moins qu'on veuille le reconnaître dans le « liber quidam metris gallicis » inscrit sous le n^ 185 (Catalogi y II, I, 189). Il porte les anciennes cotes 326 et H 12. Ce ms., que je ne connaissais pas lorsque j'ai imprimé le t. I du présent ouvrage, est important, malgré ses nombreuses lacunes, et mérite une description détaillée. Il ressemble beaucoup pour l'écriture et l'ornementation au ms. de Paris; peut-être serait-il un peu plus ancien. En tout cas il est plus correct. Dans son état actuel il commence au vers Meint poindre bien enpris les autres fait corocer, qui appartient au Fuerre de Cadres (Mich. p. 177 V. 32) et correspond au fol. 2\b i\x ms. de Paris ^. Il y a donc au commencement une lacune qu'on peut évaluer à trois cahiers. Ce qui subsiste est réparti entre sept cahiers composés originairement chacun de quatre feuillets doubles, mais dont plusieurs sont incomplets. Le cahier I [ff. 1-8) est complet. Le
\,Arch, des Missions, 2* série, IV, 11 5-6 et 120-2; tirage à part pp. 83-4 et 87-9.
2. Sous cette forme, où le second hémistiche vaut mieux : Maint poindre en pris ad hui fet recorcer.
cahier II (ff. 9-14) a perdu son troisième feuillet double, et de là deux lacunes d'un feuillet simple entre les ff. 10 et 1 1 et 12 et 1 3. Le cahier III (ff. 1 5-22) est complet, mais ensuite il doit manquer tout un cahier. Le cahier IV (ff. 23-29) n'a que sept feuillets simples. Le huitième (seconde moitié du feuillet double extérieur) manque, d'où une lacune après le f. 29. Le cahier V est réduit à trois feuillets simples (ff. 30-32) ; manquent le premier feuillet double, la première moitié du second feuillet double et le feuillet du centre ; restent donc le troisième feuillet double et la seconde moitié du second. Ces pertes portent à trois feuillets simples la lacune entre les ff. 29 et 30^ et causent une lacune de deux feuillets simples entre les ff. 30 et 31 et d'un feuillet simple entre les ff. 32 et 33. Le cahier VI (ff. 33-40) est complet. Le cahier VII (ff. 41-46) a perdu son feuillet double du centre, d'où une lacune entre lesff. 43 et 44. Le poème se termine au f. 44 c, les ff. 45 et 46 restent blancs. Chaque feuillet est à quatre colonnes dont chacune contient 46 vers lorsqu'il n'y a pas de miniature. Mais la plupart des pages sont ornées de miniatures qui occupent ordinairement la place de 12 vers, et il y a souvent, surtout dans la partie qui concerne la description des merveilles de l'Inde, plus d'une miniature par page. J'estime à environ 2,900 vers ce qui reste du poème dans ce ms.
40 Fragment appartenant à la Bodleienne (Oxford), qui servait de couverture à un livre anglais imprimé en 1595. C'est un feuillet simple de o, 18$ sur o, 1 3 5, mais rogné du bas, qui contient dans son état actuel 32 vers
au f et autant âu v'*. L'Jcritufe parait itre du milieu du xiii' siècle. Il m'a été signalé par M. Nelibauer, sous-bibliothéCaire de la Bodleienne. J'en donne en Aote la transcription, y joignant les variantes du ms. de Paris '. Ces vatiaAtes, qui sont fort nombreuses, puis-
u Ainz IDE fust \» rarone de ta teste tolue.
f Je ai a miiate terre a vui conbanie,
1 Mainte terre conquise e mainte geni vencne.
a Si alquïi eti puii duier la déserte iert rendue.
■ A Grèce reni merd». Il terre absolue,
c Que joie e juveote ad pur mei perdue.
• Se Grèce m'ad esté ^r long lem conue
a Graciouie le ment (.iic) mi qucrs la ulue.
u Si je auquet puisse vivre, l'onor iert acreiie. 1
Craciouse l'a nomé, que gradouse estdt.
HonuT e grant ricliesce a la gent prometiejt.
Soi por la sue amur issi s'en conbaleit.
avoient rûiDU| que ^uant que oui lor dooeil.
Si Alisandre fu liez, seignurs, ce fu dreit : Quant il veeit tel ose, esieecer te drit; Onques tel ne fu ne quid que jamèi sàt.
N'a la chaior d'Inde ne al septemtrioaal Treil.
b r\t la beauté des armes tote la terre eiciaire, *-' Reluit l'or e l'argent e il taint reflaire, Eirent il olifimz, cliamdi e dromedaire,
Var. du au. Bibl. «at, fr. a4]Ë4, fol. )o. — 1 de mon chef t. — 1 par vous en sa vencue. — j E meint poepie conquis e la ^enl esconbatue. — 4 Si taka puis endurer. — j En Grèce est meri, — 6 Qui j. en j. ad par m'amur p. — 7 Sa grâce m'ad esté par. — 8 Giaciousemeot Grèce mi» coer» vu» ». — 9 Si aukes en pus v. ta honur en a, — 10 Alii. se rehaiie. — 11 E mercie. — 11 car s. — I } g. hauiesce, — 14 se c. — 1 f 11 avëent granc r. car qu^il □ut. — 16 S'il en fut liez il en ont bon d. — 17 0^ vil un t. o. enlescei se deveit. — 18 One i. ne fu veiie ne ne q. || Méi il n'est pas venu encore al grant deaireit. — 19 n'ai septentrion an frdt. — a t R. or e a. de haulien le teint fldre.
^u'il 7 en a pour presque tous les vers, sont en gêné-* rai très mauvaises. Il est visible que le Copiste de Paris ne comprenait guère ce qu'il copiait* Non seulement il lit
Ventdetit gottfanun, galopent sagittaire* Grant chose ad enpris li reis Alisandre a faire;
25 Si n'est par Dampnedeu a fin ne porreit traire. Si com l'a trové en Solin te gramaire^ Denis^ Magastanas mi troevent Pensamplaire Que alerent par Inde en maint liu solitaire, Virent les granz serpenx e la bestiaire.
30 Des pères qu'il troverent escritrent lapidaire. Autres livres assez qu'il mostrent a Palmaire. Solun ce que je sai yus Toi le veir retraire.
Verso.
Qui escritrent çu'il virent e est autoritez ;
Jeronimus le dit e Solins l'alosez, 3 5 Li bon Magestenes e autres auttors assez.
Qui por ver mervailles furent en Inde alez ;
Car aes bons diz de livres est cist estretez.
Si vus de ce que die, seignurs, ne me creez^
Jeronime serchez e Solins reversez, 40 E en Troie Pompie ce que di trovercz.
Sil tenez por mensonse, a ce vus tenez.
Dès Mede en amond dont vus oî avez,
Tresqu'en Yndien {sic) est Yndien régnez,
23 V. li g. — 24 emprise reis A. — 25 Si n*est de par Deu a fin ne poet. — 26 l'ai t. par Solin en gramaire. — 27 Deniz e Magastes me t. lasamplaire. — 28 en Ynde par m. — 29 E virent les genz e tut le grant. >- 30 Ke i t. descristrent le lapadaire. — 31 E altres 1. a. k'il mistrent en a. — 32 voil ors estraire. — Voici ce qui manque au bas du feuillet du ms. d'Oxford : En la fin d'Orient de Ynde i ad paire | Ynde superior e Ynde la maire | Mes ensemble merchent com Solin est viere.
De Jeronime le ystorien e de Solin.
Solum çoe ke cens dient qui avant sunt nomez | Ki escristrent...
33 ço k'il v. en a. — 34 Jérôme. — 35 Tibon Magastenes. — )7 Car des diz de lur livres est cestui. — 39 Jérôme sur Ethique e S. — 40 E Troçe Pompeie ço. — 41 a ceus vous pemez. — 42 De moi en avint si com. « 43 Treskes en Orient.
mal et écrit de véritables non-sens (Japadaire pour lapidaire V. 30, Tibon pour Li bon, v. j $) ; mais souvent il modifie le texte de la façon la plus arbitraire et la plus maladroite (Sa grâce pour 5^ Grèce v. 7, De moi en avint pour Dès Mede en amont v. 42). En somme, s'il est vrai que le fragment d'Oxford, le ms. bien incomplet de Cambridge, et surtout le ms. de Durham ne sont pas exempts de mauvaises leçons, il est certain que le plus mauvais texte est celui de Paris.
E en la mer d'Aufrike ou gist un déliez, 45 E dès la mer de North desque al mont Casalez.
Li air i est mult saînz, li mount est mult ensentez;
Onques n'i ad yvern, deus foiz i ad esté;
Deus foiz coilt hom les flur, les vins e les blez.
El regn ad cent mil, que chastels que citez, )0 Estre les granz illes e les autres fermetez,
E noef mu pueple de diverse gente nez.
Li tierce part au secle fu long tens contez
Ne vus esmerveillez de ce que ci oiez :
Greignurs sunt les mervailles que vus avant orrez. 5) Uber ad nun cel qui prime fu chacez.
De oure que Alisandre i out ses ostz menez
Sunt sis mil cinc cenz anz e .xxj. meis passez;
Par les reis que entre furent, ce saver poez :
Cent e cinquante rei
60 M 'est mie de mervaille si li puples est grant : ^
^ ^ En cel eure engendrèrent h nom mult enfanz. E si est un peuple que n'est mie grant ; Ja n'istra de son règne e vit ben cent anz, Mult i ad riches ylles, plusors reis mananz.
44 en gist un desliez. — 45 del N. amont çoe sachez. — 46 Li eirs i est s. hom i vit en santez. — 47 N'i ad nul ivers d. f. i est estez. — 48 D. f. i coilt en les fruz. — 49 Al règne ad vint m. I
— S^ Pur la terce part del mund. — $4 Greindres s. 1. m, k'en «
erranz. 65 il vit bien. — 64 e p.
Actuellement, la première question qui se présente à notre examen, et non la plus facile à résoudre, concerne le nom de l'auteur. On lit dans l'extrait du Roman de toute chevalerie imprimé au t. I du présent ouvrage (p. 120, V. 40) le vers qui suit :
Qui mun nun demande, Thomas ai non de Kent.
Telle est la leçon du ms. de Paris. A Tendroit correspondant, il manque au ms. de Durham trois feuillets (voy. ci-dessus, I, 182). Comme ceux qui ont parlé avec plus ou moins d^exactitude de notre roman n'ont connu directement ou indirectement que le ms. de Paris , le nom de Thomas de Kent est entré dans notre histoire littéraire, et je n'ai pas hésité pour ma part à le considérer comme à l'abri de toute contestation dans le rapport où je fis connaître pour la première fois, en 1867^ le ms. de Durham. L'abbé de La Rue, à qui les informations biographiques coûtaient peu, va même jusqu'à assurer que Thomas <c vivait encore dans les (c premières années du xiv^^ siècle. Du moins, » dit-il, « on le trouve mandé à l'échiquier en 1 309 comme « exécuteur du testament de Jean de Cantorbéry »> {Essais, sur les bardes ^ etc., II, 3J2). Il n'y a aucun fondement à faire sur un rapprochement qui n'a d'autre base que l'identité d'un nom fort commun. Il est d'ailleurs probable que le Roman de toute chevalerie appartient au milieu environ du xiii*' siècle, et par suite il est très douteux que le Thomas signalé par l'abbé de La Rue en puisse être l'auteur.
Mais il y a plus : le nom même de Thomas est loin
d'être assuré. Le vers cité plus haut d'après le ms. de Paris est ainsi cotiçu dans le ms. de Cambridge :
Ki mon nun demande, Eustage ai non de Kent (f. 22 r)
Il n'y a aucune raison de préférer la leçon Thomas du ms. de Paris à la leçon Eustace du ms. de Cambridge. Au contraire, une circonstance particulière donne toute probabilité à la leçon de Cambridge : c'est que vers le milieu du poème^ dans le ms. de Paris comme dans celui de Cambridge, on lit cette rubrique : La conclusion del livre Alixandre et de mestre Eustace qui translata le livre (ms. de Paris fol. 44 d, ms. de Cambridge f. 22b). C'est dans la seconde des tirades qui viennent ensuite que se trouve le vers où est nommé Thomas de Kent, selon le ms. de Paris, Eustace de Kent selon le ms. de Cambridge. Le ms. de Paris, qui porte une fois Eustace et une autre fois Thomas, est donc en contradiction avec lui-même. Il serait certainement difficile de dire pourquoi le nom de Thomas a remplacé celui d'Eustace^ mais la difficulté reste la même en toute hypothèse. On sait d'ailleurs que les substitutions de ce genre ne sont pas sans exemple, et, à ce propos, je ne puis m'empêcher de remarquer que dans le texte de la Bible en vers français de Herinan de Valenciennes que renferme le ms. Harleien 5234, ce même nom Thomas a été substitué au nom de Herman, l'auteur véritable K Le nom de Thomas est connu dans la littérature anglo*norroande. Le roman de Hom et
I. Voy. Th. Wright, Biographia britannUa literaria, anglo-normanpenod, p. 335.
Rimel et Pun des romans de Tristan ont pour auteur un Thomas qui avait, pour le dire en passant, un tout autre talent que le rimeur, quel qu'il soit, à qui nous devons le Roman de toute chevalerie.
Appelons donc notre auteur Eustache^ puisque ce nom est le plus autorisé des deux, et voyons comment il a procédé pour composer son roman. C'était très probablement un clerc. On sait qu'en Angleterre les clercs ont pris à la littérature vulgaire une part plus considérable que sur le continent. Son prologue < offre un caractère nettement religieux. Le monde est périlleux pour ceux qui ne servent pas Dieu fidèlement. La vie humaine est brève; elle est pour tous pleine de pièges, pour beaucoup pénible. Cependant il n'est aucun homme, si peu fortuné qu'il soit, qui n'y ait quelque plaisir: tel est du moins le sentiment de notre romancier qui, pour satisfaire à ce besoin de récréation qui est naturel à l'homme, a entrepris de conter l'histoire d'Alexandre. Il l'a contée, comme pouvait le faire un clerc, et un clerc médiocre, du xiii* siècle, avec érudition, mais sans aucune critique» Quant à l'imagination, il ne faut pas lui reprocher de n'en avoir pas montré, car son but était visiblement de produire une compilation nouvelle, non point d'ajouter quelques merveilles de plus à toutes celles que lui fournissaient les récits de ses devanciers. Il fait grand étalage des livres latins qu'il a consultés. 11 cite Aristote, César, Denis, Isidore, Jérôme, Josephe, Mégasthènes, Moïse, Orose, Solin,