‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 133 sur 178 · Ibid.f · texte numérisé non relu

Ibid.f

2. Il suffira de citer ce passage de la p. 125 : c Ce qui m'a le M plus choqué dans le vol impudent du romancier anglois, c'est c< l'affectation qu'il met à ne jamais citer l'Alexandriade, ni ses deux « auteurs (Lambert le Tort et Alexandre de Paris). Il pousse même « la mauvaise foi jusqu'à se réclamer d'un autre et à le nommer « comme une des sources où il a puisé. Dans un endroit on lit ; La « conclusion dtl Une Alexandre et de mestre Eustace, qui translata ce c( livre. J'avoue qu'on peut attribuer au copiste cette espèce de som- « maire en prose ; mais ce qui prouve qu'il est de l'auteur et que <( celui-ci ne l'employait que comme une ruse pour dépayser ses « leaeurs, c'est que dans deux autres endroits il cite lui-même cet « Eustache : Si com raconte Ystace, fol. 42, col. 1 ; Ce nous raconte ff Estace, fol. 29 v% col. i. 1 — Je ne reprocherai pas à Legrand d'Aussy de s'être embrouillé sur ce nom d'Eustache que par une nouvelle erreur il identifie à la ligne d'après avec Wace, auteur du Brut : il est certain que le ms. de Paris porte deux noms : Eustace dans une rubrique, et Thomas de Kent dans la teneur du poème. Il y a là une difficulté dont nous ne nous sommes tirés qu'avec le secours du ms. de Cambridge qui, dans l'un et l'autre cas, donne Eustace (voy. ci-dsssus, p. 282). Mais, en tout cas, la supposition de Legrand, que le nom d'Eustace aurait été introduit là uniquement c pour dépayser les lecteurs », était aussi invraisemblable que malveillante. Ce n'est toutefois pas encore là ce que je reproche à Legrand. Ce qui est de sa part l'indice d'une bien surprenante légèreté, c'est l'assertion qu'Eustace figurerait encore aux folios 29 et 42. Or, ce nom ne figure ni là ni ailleurs. Legrand a pris ces deux indications, non dans ie ms., où elles ne se trouvent pas, mais dans une note de Cangé reliée en tête du volume. Il n'a pas vu que Cangé renvoyait aussi clairement que possible, non pas au Roman de toute chevalerie, mais à deux mss. du Roman d'Alexandre à lui appartenant (maintenant Bibl. nat. fr. 790 et 791) où en effet se retrouvent les deux citations, aux folios indiqués. Il s'agit d'Eustache, auteur du Fuerre de Cadres y ci-dessus pp. 240-1. Comme le Fuerre est intercalé dans le Roman de toute chevalerie, Eustache devrait paraître dans le ms. de Paris, mais il se trouve par un singulier hasard que la tirade où il est mentionné fait défaut dans ce ms. En revanche elle est conservée dans le ms. de Cambridge, fol. 4 : Mutfut grant la perte, Çoe nus' conte Eustace.

Nous n'avons, pour déterminer, l'époque où vivait Thomas de Kent, que des indices bien incertains. La langue notamment ne fournit pas de caractères chronologiques bien assurés, car, en Angleterre, le français varie non pas seulement selon les temps, mais encore et surtout selon les personnes. Toutefois, et sans entrer dans un examen de détail qui, ici, ne serait pas à sa place, je crois pouvoir dire que la langue d'Eustache, une fois purgée des fautes introduites par les copistes, est encore trop voisine du pur français pour être postérieure au milieu du xiii® siècle. Je crois donc ^u'Eustache composait sous le roi Jean ou, plus probablement, dans les premières années de Henri III. J'ajoute qu'il ne parait avoir connu du Roman français que les anciennes branches '. Il ne semble pas que l'exemplaire qu'il a eu sous les yeux ait contenu, ni l'épisode de Floridas et Dauris, ni le voyage au Paradis, ni la Vengeance de Gui de Cambrai. Il y a là encore un indice d'ancienneté relative.

L'un des anciens poèmes anglais sur Alexandre, le King Alisaundery en 8o} i vers, publié par H, Weber dans le t. I de ses Metrical romances ofihe îhirteenîh, fourteenth and fifteenth centuries (Edinburgh, 1810, in-8**) 3, est tiré en grande partie du Roman de toute chevalerie. C'est

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