Voyez ci-dessus, pp. jj
lieu d'origine de l'ouvrage K II paraît aussi qu'il n'a pas tout d'abord mis en vers français le texte latin, mais qu'il a commencé par en faire unt version en prose, qu'ensuite il a mise en vers. Ce procédé, si singulier qu'il paraisse, n'a rjen de surprenant dans le cas présent : on a vu plus haut que la fin -de l'ouvrage est en prose. Le temps ou la patience auront manqué au versificateur. Quoi qu'il en soit, répondant à la' requête du roi Lion, Renart s'exprime ainsi :
Sire, et je iray veyr
L'istoire et puis y penseray.
Et le latin je cercheray
De ristoire ancienne et noble
Qui fu faite a Constantinoble^
La ou Alixandre nasqui ;
D'autre lieu ne Tay que d'iqui,
Et sachiez point bourdes n'y a ;
Tout ainsi que le diray va.
Et du latin meïsmement
Je le vous metray en roumant,
Et puis le roumant rimeray.
Tout ainsi le voir vous diray.
Ne oncquez mais ne fu rimée,
Ne ne fu si vraye trouvée,
Que, puis Tan mil trois cens et .xx.
Que cest livre tout nouvel vint,
En cei an fu renouvelles
Et tous le fait sur moy rimes.
(Fol. 6s d, 66 j.)
I. Nous avons vu plus haut, p. 37 rote, que certains manuscrits avaient une rubrique où il est question de Constantinople.
Et plus loin, après avoir conté la conception d'Alexandre, l'auteur poursuit :
Ja plus vraye histore n'orez
Car elle est de Grèce venue
La ou la chose est advenue.
En latin en fust aportée
Et puis en roumant translatée
En Tan que devant vous ay dit,
Que premier en fu fait le dit.
Devant nul tempz esté n'avoit
Rymé, ne nul ne le sçavoit;
Mais tant quist le clerc ceste histore
Que il en trouva la memore.
(Fol. 69 b,)
L'œuvre de liotre clerc champenois ne doit pas être considérée comme une traduction exacte. Il développe, dans une mesure inégale, cela va sans dire, les divers épisodes de la vie d'Alexandre ; il ajoute de temps en temps des circonstances nouvelles, qui n'ont pas d'autre source que son imagination et pas d'autre but que de montrer sa science, sa clergiey comme on disait alors. Ainsi, arrivé à l'épisode de ce Pausanias qui devient amoureux de la reine Olympias, fait la guerre à Philippe et finalement le blesse à mort », il imagine que ce personnage était ui\ des vassaux de Darius, et de la sorte relie cet épisode à la guerre
I . Cet épisode se trouve dans VHistoria Tvoyez Bibl. nat., nouv. acq. lat. 174, fol. 6; cf. / nobili fatti d'AL magnOy pp. 23-6) et dans Valerius, I, 26, mais avec des différences considérables.
contre les Perses. Il suppose aussi que Pausanias était du lignage d'Agamennon ^ La réponse d'Alexandre à la lettre injurieuse de Darius ^ offre un singulier mélange de français et de latin, ainsi [ms. 369, fol. 84 a) :
Se tu me vains tu aras nom Que tu as vaincu ung larron.
Cum veneris mccum pagntm Dum vinceris nullam laudem, Secundum dictum^ habcbis^ Quia latrunculus vincis; Et si vinco te, maximam Pro to acquircm laudem J, Quant j'aray vaincu en bataille Cellui qui tout le monde taille.
L'arrivée d'Alexandre auprès des « bornes d'Her • cule4 » lui fournit l'occasion d'écrire une quarantaine de vers sur Hercule, sur la conquête de la Toison d'or et sur Laomédon (fol. 101). La controverse épistolaire avec Dindimus l'amène à placer dans la bouche de ce dernier une attaque contre les divinités du