I. Romania, XIV, 36 et suiv
résumés à grands traits, élaguant largement les récits fabuleux. Il n'est pas douteux qu'il connaissait aussi le roman en alexandrins, si répandu de son temps : il y fait même quelques allusions discrètes, mais il ne me semble pas qu'il en ait rien transporté dans sa narration. Pour les extraits qui suivent, je me sers du ms. fr. 20125 de la Bibliothèque nationale, qui est du xiii® siècle :
(Fol. 226 c.) De Neptahabus le roi d^Egypte, qui fu percs Alixandrej si corne pluisor content et aient.
Dit vos ai ariere que li pluisor cuidoient e cuident encore que cis Alixandres estoit Hz au roi Neptanabus d'Egypte, e si vos dirai por quoi il le cuidoient e disoient e dient encore. Cis Neptanabus estoit sages encanteres, et si savoit moût de Tart d'astronomie. Haus [hom] estoit d'Egypte, mais rois n'estoit mie de nas§ion de lignage, mes par l'art de nigromance avoit aquise la segnorie, e si en estoit moût doutés, parce que il en avoit fait noier et perillier en la mer pluisors princes d'Orient, qui, ou grant gent sor la terre d'Egypte venoient. Ensi guoverna il e tint une grant pièce en pais le règne. Mais après ce petit de tans que il estoit apaisés en son roiaume, li Indiein e Arablois e li Turc e cil de Fenice, et cil de Scilhe et li Assiriein e li Alan e cil qui habitoient vers les mons de Caukasos, et li Hiberiein et li Agriophagiein, totes ces gens li corurent seure...
On remarquera le caractère en quelque sorte populaire de l'exposition : l'auteur s'adresse à des auditeurs plutôt qu'à des lecteurs. C'est l'usage général
des chroniques françaises du xiii*^ siècle et des anciens romans de chevalerie en prose. Le morceau qu'on vient de lire suffit à prouver que le compilateur s'est servi de VEpitome de Valerius et non de VHistoria de Léon. On en sera convaincu pour peu qu'on prenne la peine de comparer dans les trois textes l'énumération des peuples qui termine la citation :
Valerius, — Nuntiatum Léon. — Maxime Nacta-
est ei muitas adversus eum nebo,venit super te Artaxerses
gentes una conspiralione at- .Persarum rex cum multitu-
que eadem voluntate consur- dinehostium ex pluribus gen-
rexisse.: scilicet Indos, Ara- tibus. Sunl ibi Parlhi, Medi,
bas Phœnicesque, Parthos Perses, Siri, Mesopotami,
et Assyrios, necnon et Scy- Arabes, Bosphatri, Argivi,
thas, Alanos, Oxydracontas, Chaldei, Bactrii, Scilhes,
SeresatqueCaucones, Hibe- Ircani atque Agriophagi et
ros, Agriophagos, Eunomi- alie plures gentes de Orientis
tes et quaecumque sunt partibus innumerabiles >. Orientis barbarae gentes.
Voici un second extrait qui montrera comment le compilateur sait resserrer sa matière. Ce morceau correspond aux chapitres xviii à xxvi du livre I de Valerius (Epiîome). En le comparant au texte latin, d'après l'édition de M. Zacher, il ne faut pas négliger de lire les variantes, qui souvent représentent le texte dont le compilateur a fait usage. On remarquera en
I. B. N. Nouv. acq. lat. 174, fol. i. Ligne 4, je corrige et en a, et L 9, Agiographi en Agriophagi.
quels termes est expédiée la guerre contre Nicolas, « ... si comme vous avez oy par pluseurs fois conter et dire ». Le récit de la lutte d'Alexandre et de Nicolas est en effet une des parties de l'histoire fabuleuse d'Alexandre que les jongleurs ont traitées avec le plus de développement >.
(Fol. 227 c.) Quant Alixandres et .xv. ans il s'en ala combatre a ceaus de Pile que il venqui par Taîe de sa bone gent e par sa grant proece. E en après se corn bâti il au roi Nicholas oui il venqui en bataille, si corn vos avés oi pluisors fois conter e dire. E après envaï il la cité de Mathome ' cui il sousmist au comandament le roi de Macedonie, e si en fist il as gens de la cité paier le treùt a sa volenté e a sa devise. Après ce repaira il en Macedonie, si racorda sa mère la roîne Olimpias au roi Phelippe qui Tavoit laissée por Cleopatra. E l'ochoisons si fu dou iaissier por ce que Pausonias amoit Olimpiadem e li l'avoit ravie; e por ce Pausonias navra le roi Phelippe a mort, que il le voloit détenir e avoir a feme. Mais Alixandres, en meîsme Tore que li roys Phelippes fu navrez, si corn vos avés oï ariere, prist Pausoniam, si l'amena devant le roi Phelippe cui il mist en la main une moût bone espée tote nue, e si li dist que il s'en vengast a sa volenté si corne de celui qui li avoit la mort donée; e li rois Phelippes tantost ocist Pausoniam 3.
Adonques fu coronez Alixandres a roi de Macedonie, e si avoit tant soulement .xx. ans d'eage. E lors fist il desfermer e ovrir les riches trésors le roi Phelippe son père