cf. ci-dessus, p
2. J'aurais dû à cet endroit faire remarquer qu'en cet endroit l'auteur de VHistoria s'était très certainement écarté du texte grec pour paraphraser ce passage d'Orose (III, xx) :
Post, quasi circumacta meta, de Oceano Indum flumen ingressus, Batyloniam celériter rediit ; ubl eu m exterritarum totius orbis provinciarum legati opperiebantur, hoc est Carthaginiensium totiusque Africae civitalum, sed et Hispanorum, Gallorum, Siciliae, Sardiniaeque ; plurimae pfaeterea partis Italiae. Tantus timor in summo Oriente constituti ducis populos ultimi Occidentis invaserat, ut inde peregrinam toto mundo cerneres legationem, quo vix crederes pervenisse rumorem.
chascune contrée. Ainsi que la nouvelle fut partout courue qu'il estoît venu en Babilone pour recevoir les obéissances de tous ceulx des citez et terres longinqucs, lesquelz dès lors se mirent a la voye pour aler devers lui devenir ses hommes et lui obeïr. Ceulx de Carthage devers lui envoyèrent leurs ambaxadeurs, faisans savoir comme eulx et leurs terres du tout mettoient a son plaisir faire, et lui présentèrent Tobeissance de leur seignourie ; mesmement tous ceulx d'Auffrique et d'Espaigne vindrent alors pour lui obeïr ; des parties de Gaulle et de la Grant Bretaigne, de Germanie et de Lombardie et de pluseurs autres contrées occidentales, des isles de Sardaigne et de Danema[r]che, d'Ybernie et d'autres, tant que merveilles estoit de ces choses nombrer et du grant peuple qui devers lui aloit. Si grant pouoir du monde ot entreprins le roy Alixandre que de tous ceulx d'Orient et d'Occident et de toutes les autres parties de la terre qui devers lui en Babilone aloient estoient les chemins si chargez et si plains que a grant paine le pourroit on croire ne considérer que il fust raisonnable. En ce contemple advint que la royne Olimpias mère d'AIixandre out souspechon sur Antipater et Divinuspater qui ou gouvernement des contrées de Grèce estoient ordonnez, qu'ilz avoient pensé de lui tollir Grèce et le attribuer a leur propriété, par quoy la royne escript a son filz a celle fin qu'il s'en donnast garde. Pour ces nouvelles envoya Alixandre es parties de Grèce et manda Antipater et Divinuspater comme en Babilone devers lui venissent, ainsi que les autres y estoient mandez, et que pour lui ordonnast ung autre au pays gouverner... (Fr. 329, fol. 341 c ^).
J'ai fait la citation un peu longue afin de montrer comment J. de Courci sait combiner les éléments va- H 23
nés qutl emploie. Les dernières phrases, en effet, depuis En ce contemple, sont tirées de VEpitome (lll, ; i ) : « Mater ejus scripserat ad eum de simultatibus Anti- » patris et Divinopatris, praemonuitque insidias eorum » cavendas. At ille statuit'Antipatrem ad sese de Ma- » cedonia venire, alio in loco ejus subrogato. >
Dans le rédt de la mort d'Alexandre, J. de Gourd a intercalé (1. V, ch. lxxiii) une prétendue lettre d'Alexandre à Olympias qu'il a empruntée aux Dits moraux dt Guillaume de Tignonville. Il faut que le ton sententieux et religieux de cet ouvrage ait exercé sur notre auteur une bien puissante séduction pour qu'il ait eu l'idée d'adopter cette épitre qui est aussi peu que possible en situation :
Alexandre, serf, filz de serf, qui son corps ordonné aux choses terrienes et en l'autre monde establit son ame, a ma très chère dame et très honorée mère avecques laquele je ne reposay onques et demain me convient fiaire mon demeure en une autre maison qui est moult large, salut. Je vous suppli comme vous ne vueillés ressembler les autres femmes en fragilité et fieblesse de cuer, ainsi comme moy n'ay voulu estre aux autres hommes semblable. Et quant de ma mort je ne ay aucun dueil, car bien certain suy que oncques ne fus ne ne suy immortel... (Fr. 329, f. 342 c) >.
La mort d'Alexandre est pour Jehan de Courci l'occasion d'une comparaison assez | imprévue avec la fin tragique d'Aaéon, telle qu'elle est contée au livre III
I. cf. GttiU. de Tignonville et le texte latin dans Knust, p.46(.
des Métamorphoses. Enfin, au ch. Ixxiiij , consacré à l'histoire des successeurs d' Alexandre, on retrouve, mais sous une forme un peu différente de celle que nous connaissons déjà (ci-dessus, p. {46) l'énumération des douze villes fondées par Alexandre et nommées de son nom. La répartition de ses terres entre ses lieutenants est contée d'après Orose.
Tous les compilateurs de chroniques générales ne jugèrent pas à propos de traiter un sujet de plus en plus rebattu. Au commencement du xV »ècle, Jean d'Outre-Meuse s'excusait ainsi de n'en point parler (édition Borgnet, I, 1 10) :
Je vous racoRipteroye bien tous les fais de Altxandre,
mais ilh n'est pas besongne, car il en est fais des libres en latin et en tranchais qui racomptent bien tout la matere véritable. PUisisl a Dieu que ons ne metist point en franchois giestes moins véritables! Et de tous ses fais qui furent mervelbeux et strennueux et son estât est l'ait un libre por li molt «spécial ■ ; et por tant nos ne parlerons plus de luy, fours tant seulement la u li cas le requierral.