‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 166 sur 178 · CHAP. XIII. — ÉPISODES · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — ÉPISODES

aioçois escria sa gent et pais se fery entre les fooraigiers plus asprement comme devant n'avoit fait, dont l'ocdsion fut grande d'une part et d'autre.

Quant Permenon vey le secours qui lui estoit ytsas et sa g«nt ocdse, il fut tons foursenez. Sy prinst un cheval a rencontre de Gadîffer qui ses gens decoppoit ainsi comme a sa voulenté et le fery de son glaive parmy le corps; sy chut mort par terre, dont ce fut dommage et pitié, car poa remainst de meilleur chevallier en vye. Loy mors tonte sa gens fut desconfie et la cité prinse qui chier est vendue. Ce mb a fin, les fourriers se retrairent par devers le grant ost pourveu de victailles dont Tost avoit mestier.

TÉMOIGNAGES DIVERS. CONCEPTION VARIÉE DU CARACTÈRE D'aLEXANDRE SELON LES TEMPS.

les chapitres précédents ont montré combien I grande a été pendant toute la durée du moyen âge la popularité dont a joui l'histoire fabuleuse d'Alexandre. Les légendaires exploits du conquérant macédonien ont été racontés dans la langue des clercs et dans celle des laïques, en vers comme en prose, et lorsque la matière fournie par les récits du Pseudo-Callisthènes et par quelques écrits de moindre importance fut épuisée, les trouvères ne furent pas en peine d'attacher aux narrations poétiques de leurs devanciers des suites dont leur propre imagination avait fait tous les frais.

On conçoit qu'une histoire si souvent répétée a dû être l'objet d'allusions fréquentes dans la littérature du moyen âge. Elles sont en effet si nombreuses qu'il y aurait peu d'utilité à en faire un relevé complet. Je rap-^

porterai pourtant ici quelques-uns de ces témoignages, soit à cause de leur ancienneté, soit parce qu'ils nous font connaître certaines formes de la légende sur lesquelles nous sommes d'ailleurs imparfaitement renseignés.

Je ne parlerai que pour mémoire des témoignages fournis par les troubadours. Ils ont été réunis à peu près tous par M. Bartsch '^ et il y a d'autant moins lieu de les reproduire ici qu'ils ne nous apprennent rien; sinon que l'histoire fabuleuse d'Alexandre était connue dans le Midi de la France. Les plus anciens ne sont pas antérieurs à la fin du xii^ siècle, et il n'en est aucun qui ne puisse être rapporté soit aux versions latines du Pseudo-Callisthènes , soit au roman en alexandrins ^. Il se peut assurément qu'il ait existé, en outre du fragment de la Laurentienne, un poème pro* vençal sur Alexandre, mais jusqu'ici nous n'en avons pas la preuve.

1. Germania, II, 4 $4-9. Il faut en retrancher les vers de Gui' raut de Cabreira et de Peire de La Mula où est nommé Daire Ros ou lo Ros. En effet Daire le Roux n'est pas, comme on l'a cru, Darius; c'est un personnage du roman de Thèbes; voyez Constans, Légende d'Œdipe, p. 357. — Un témoignage qui n'a pas encore été cité, à ma connaissance du moins, est celui d'Aimeric de Sarlat, troubadour des premières années du xrii* siècle, qui, dans sa pièce Fis e leials, s'adresse ainsi à sa dame : « Mille fois, dans » ma pensée, j'ai préparé ma requête, mais la peur me fait oublier » votre louange, comme il arrive dans le tertre changeant où on » oublie ce qu'on sait le mieux », Si corn hom fai dins del tenre camjan (Para. Occit. 239). C'est une allusion au tertre aventureux, ci-dessus p. i $1 .

2. Nous avons la preuve matérielle que notre roman français en alexandrins a été lu dans le Midi. Le ms. Bibl. Nat. fir. 24365, dont l'écriture a une apparence assez méridionale, contient quelques notes marginales en provençal ; voy. Romanidy XI, 280.

Dans la littérature des pays de langue d'oui, le plus ancien témoignage que je connaisse est celui de Wace, dans le Roman de Rou :

Alisandre fud reis puissanz, Duze règnes prist en duze anz; Mult eut terre, mult eut aveir, E reis fud mult de grant poeir; Meis sis conquest poi lui valut :

Envenimez fud, si murut > .

Le poète normand parait avoir été mal servi par sa mémoire : les textes (Valerius, Léon, le Roman) s'accordent à dire qu'Alexandre fonda douze cités en douze ans de règne, mais non point qu'il ait conquis douze royaumes. Un témoignage qui ne peut pas être beaucoup moins ancien est celui d'Etienne de Fougères, chapelain de Henri II d'Angleterre et évêque de Rennes de 1 168 à 1172, époque de sa mort.

Quant reis est plus en sa grant gloire.

Qu'il a eu partot vitoire, Si donques aveit en mémoire D'Alixandre le proz Testoire,

Com il ala par le désert, Comment l'ocistrent li cuivert, Et com il fu peis descovert, Idonc savreit tôt en apert 2.

1. Vers 107 et suiv., p. 293 de mon Ruueil à* anciens textes.

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