‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 174 sur 178 · I. Bibl. nat. fir. 257, fol. 2 a · texte numérisé non relu

I. Bibl. nat. fir. 257, fol. 2 a

ia fragilité de nostre veue ; et dessoubz mer le tonneau romproit se le voire estoit tendre, et se espès estoit, il ne verroit goutte.

Mais Alexandre ne devait pas encore cesser d'être présenté en exemple aux puissants. Ceux qui sont destinés à occuper d'eux éternellement l'humanité sont soumis à de perpétuels renouvellements qui les font apparaître successivement sous des aspects appropriés à chaque époque. L'exemple qu'Alexandre pouvait donner aux seigneurs du xv® siècle, Vasque de Lucène l'exprime à la fin de sa traduction, en ces termes :

Puisque Alexandre conquist tout Orient sans grant nombre de gens d'armes, sans geans, sans enchantemens, sans miracles et sans sommes d'argent moult excessives, comme il appert assez par ce livre, il n'est pas doncques impossible que ung autre prince le puist reconquester. En oultre, s'il n'a point samblé difficile a Alexandre de conquester tout Orient pour saouler le vain appétit de sa gloire, il m'est advîs que moins difficille devroit sembler a un bon prince christien icelui conquester pour le réduire a la foy de Jhesu Crist, car ja soit ce que le traveil et la paine d'Alexandre et du christien fust égal, le prouffit et gloire mondaine de tous deux en ce cas presque pareil, touteffois Alexandre y gaigna ou acrut sa dampnacion, et le christien y acquerroit sa gloire perpétuelle. Alixandre tua millions de gens pour régner en Orient sans l'oster de nul erreur, et le bon chrestien y regneroit ostant les presens et advenir de erreurs et de mort perpétuelle.

Ce sont les idées que les conquérants de l'Amérique

se chargèrent bîentAt de réaliser, croyant, par une nouvelle coïncidence, aborder aux rivages de cène Inde merveilleuse qu'Alexandre avait, sinon conquise, du moins explorée.

LES SUPPLÉMENTS A QUINTE-CURCE DU MS. 82 DE CORPUS CHRISTI COLLEGE (OXFORD).

Lorsque j'ai annoncé ci-dessus, p. 21, n. 2^ une notice sur les suppléments à Quinte-Curce que renferme le manuscrit de Corpus, j'ignorais que ces mêmes suppléments se trouvaient dans le ms. 1869 du Vatican, et en partie dans le ms. Ottoboni 2053 de la même bibliothèque. En effet, les premières feuilles du présent ouvrage ont été imprimées avant la publication de l'article où M. Antoine Thomas a étudié ces deux manuscrits dans la Revue cri-' tique du 28 juillet 1880 (pp. 75-78). M. Thomas ayant fait connaître le caractère et les sources de ces suppléments', ma tâche se trouve fort allégée, et je n'ai plus qu'à indiquer de quelle manière ils sont introduits dans le manuscrit de Corpus.

Ce manuscrit contient deux suppléments. Le premier commence ainsi :

I. M. Thomas a fait des mêmes suppléments, d'après le ms. Vat. 1869, une copie qu'il a bien voulu me communiquer.

382 APPKNDICE.

(Corpus f p. $.) iNciPiT HisTORiA MAGNi Alexandri. Alexandef vesanus juvenis, qui nichil grande concepit animo, et cui pro virtute felix temeritas fortune cessit in gloriam...

C'est le morceau coté MI dans la notice de M. Thomas (pp. 76-77). Dans le ms. Vat. 1869, ce morceau est divisé en deux parties qui se trouvent à une grande distance l'une de l'autre. M. Thomas a bien vu qu'ils ne devaient former qu'un tout. Cette sorte de supplément, destiné à remplacer tant bien que mal les deux premiers livres de Quinte-Curce, a été rédigé d'après Senèque, Justin, Fréculphe, Quinliien, Aulu-Gelle, Julius Valerias, etc. Les sources en ont été indiquées avec précision par M. Thomas dans l'article mentionné ci-dessus. Il se continue jusqu'à la page ] 3 du manuscrit, où il se raccorde ainsi qu'il suit au texte de l'auteur :

At Aiexander Macedones instantes ne impune sinerent hostes abire rogabat. Ipse vero fugientium terga premebat; resistentium adverses vultus feriebat. Jamque non pugna sed cèdes erat, cum rex, misericordia motus, Macedonibus ut a cedibus abstinerent edixit. Persarum igitur in hoc pFelio magna cèdes fuit, reliqui vel capti sunt vel fugati. De exercitu vero Alexandri novem pedites et centum xx»i équités cecidere. Quos rex impense, quod maximus honor est apud Macedones, humitos stratis equestribus donavit, eorumque cognatis immunitates concessit. Post hanc victoriam major pars Asie ad Alexandrum {p 1 3- b) defecit K Dthinc ad urbem Celenas pefvenit, cujus médium interfluit Marsias amnis prt ceteris liquidissimuSj unde et a poetis, tjus amore nimphe ttneri dicuntur. Ad quam premisit caduceatorem qui nunciaret ciyibus, ni se dederent, ipsos ultima passuros. Quibus petentibus inducias sexaginta dierum^ postquam nichil a Dario auxilii missum est^ urbem

I. Ici s'arrête le texte du supplément dan> Vat. 1869. oîi se trouve ensuite cette rubrique : Explicit liber secundus. Tercium et reliquos qui sequuntur quere inferius post hystoriam Freculfi.

sequi dederunt Altxandro. Tandem ad urbm cui nomen est Cordium pervertit . Hec quondam régis Mide fait nobilissima inter cmtates Phrigie. Qua capta Jovis tbmplum intrat ubi vehiculum quo

CORDIUM MiDB PATRBM VECTUM ESSE CONSTABAT ASPEXIT, CULTU HAUT SANE A VILIORIBUS VULGATISQUE USU ABHORRENS.

Ce qui est en italiques est un abrégé du début de Quinte- Curcc i; ce qui vient ensuite, en capitales, est le texte même de cet auteur, III, 2.

Ce premier supplément n'est pas sans intérêt pour Thistoire de la légende d'Alexandre, parce que, comme l'a remarqué M. Thomas (article précité, p. 78), il a été traduit presque en entier par Vasque de Lucène dans son Quinte- Curce.

Passons au second supplément.

Le texte de Quinte-Curce s'arrête, p. 126 a^ à ces mots (X, 12) « qui sub eodem rege victuri sunt ». Tout le reste de la page et toute la page 1 27 ont été laissés en blanc, et â la page 128 vient le morceau coté par M. Thomas IIMV (parce qu'il est, comme le précédent, divisé en deux parties dans le manuscrit du Vatican 1869 2) :

1. Le début textuel de Quinte-Curce, tel que nous l'avons actuellement, figure à la page i du manuscrit parmi les additions mentionnées plus haut.

2. Dans ce manuscrit, la première partie, qui est fort courte, se trouve au fol. 210, la seconde au fol. 172. Voici, d'après le manuscrit d'Oxford, le passage où se rejoignent ces deux morceaux que le manuscrit du Vatican sépare. Le second morceau commence à igitur :

{Ms. de Corpus^ p. 128 a.) « ... Sed fata aliter disponebant. Alexander solUcitus erat de subjugando sibi Occidente; fata vero de preparanda ei morte. Hic cogitabat qualiter gloriosius regnando vivei^et, illa vero qualiter miserabilius interiret. Igitur Mésopotamie pretoribus imperat, ut predictum est, quaiinus cesa materia in monte Libano, deveciaque ad urbem Syrie Thapsagas navigia prepararentur, ingentesque carine et septiremes fabricarentur, Babyloniamque ducerentur... »

Alexander apud hommes armis et amplitudine cordis id assecutus erat, ut jam non esset Alexander hominis nomen sed vtrtutts numen et bellorum terror, eique videbatur unius orbis angusta possessio, que deorum omnium sufficit domicilio. Igitur, insociabilis laudis et glorie...

Ce morceau, qui sert, dans le manuscrit de Corpus comme dans celui du Vatican, à combler la lacune du 1. X de Quinte-Curce, est pareil dans les deux textes, sauf quelques variantes et la transposition de quelques phrases, sauf aussi une légère addition dans le manuscrit de Corpus. La dernière phrase du supplément est dans Vat. 1869 :

Tacentibus cunctis : Heu ! inquit, quantum sanguinis mea morte fusura est Macedonia, quuntis cedibus replebitur mea morte orbis terrarum ' 1

Et aussitôt reprend le texte de Quinte-Curce (X, 14) : « Intuentibus lacrime oborte... » Mais dans le manuscrit de Corpus, le supplément a de plus vingt-cinq lignes environ empruntées en partie à Justin (XII, 1 5), en partie à Quinte-Curce lui-même (X, 14), de sorte que le texte de Quinte-Curce ne reprend véritablement qu'après les mots en italique (empruntés à Justin, XIII, i) de cette phrase (ms. de Corpus, p. i}o b) :

Extincto igitur Alexandro, ipso etatis ac victoriarum flore, primo ploratu lamentisque et planctibus tota regia personabat. Mox velud in vasta solitudine...

Mais ce n*est pas le texte pur de Quinte-Curce : il y a çà et là des interpolations, et les deux derniers chapitres

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