‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 176 sur 178 · Ici cinq ou six lettres grattées · texte numérisé non relu

Ici cinq ou six lettres grattées

Que l'orguel d'AlUandre toraeront a reûs Por çou les endot puis es estres^ desus.

Dusc* al tans Antecrist n'en istera mais nus ;

(Mich. p. 300].

Porus vaincu, « Gos et Margos • s'enfuient c tout droit as mons de Tus » (Mich. p. 313, v. 23)*. Alexandre, désespérant de les atteindre dans les défilés de ces montagnes, les y enferme en murant les passages qui y donnent accès, ir n'est pas difficile de reconnaître ici le reflet d'une vieille légende juive qui s'est peu à peu répandue chez les chrétiens comme chez les musulmans, et dont les manifestations sont fréquentes au moyen âge.

J'avais composé sur l'histoire de cette légende dans les littératures de l'Occident une dissertation qui a été annoncée ci-dessus, p. 170. Je passais en revue les textes où il en est question, dans saint Jérôme, dans Josèphe, dans les mss. B et C du Pseudo-Callisthènes grec, dans VHiS' toria de praliis^ dans les Revelationes de Methodius, dans ^tbicus Ister, dans la lettre du Prêtre Jean, enfin dans la littérature française du moyen âge, et j'essayais d'établir la filiation de ces récits plus ou moins variés dans la forme, mais assez peu quant au fond. Je renonce à publier cette dissertation pour plusieurs motifs. Le principal est qu'elle constituait un hors-d'œùvre, assez peu â sa place dans un ouvrage qui, malgré mes efforts pour faire court, dépasse notablement les limites dans lesquelles j'aurais voulu le renfermer. En effet, l'épisode de Gog et Magog ne tient qu'une

1. Gela n'a pas de sens; en variante il y a (ms. fir. 375) teres. Dans 1509$, fol. 159 entre les puis de Rus.

2. Turs dans quelques ms., notamment dans Bibl. nat. fr. i $095 (fol. 166 v®} qui est un des plus anciens. Mais dans le plus grand nombre des mss. il y a Tus.

bien petite place dans le roman en alexandrins, et d*aiileurs s'y présente sans aucun trait qui permette de le rattacher à un texte antérieur. Telle est du moins la conclusion négative à laquelle j'étais arrivé. J'ai renoncé d'autant plus volontiers à publier V excursus annoncé, que la légende de Gog et Magog a été récemment l'objet de diverses recherches où les textes que j'étudiais ont été mis en œuvre ou au moins signalés I. Tout ce que je veux établir, c'est que le roman en alexandrins n'a pas suivi, pour Gog et Magog, le récit de VHistoria de praîiis. Dans cette version du Pseudo-Callisthènes se rencontre un récit dont voici le résumé : Alexandre ayant conquis l'Hyrcanie et battu les Parthes, poursuit sa routd vers l'Orient au-delà des pays Scythes et trouve une race imm monde, adonnée aux arts magiques et se nourrissant de la chair de toute espèce d'animaux, et même de chair humaine. Alexandre les fait rassembler, hommes, femmes et enfants, et les fait conduire dans le nord (in partibus Aqui' lonis). Puis il prie Dieu de faire en sorte que le monde ne soit plus souillé de la présence de ces êtres impurs. Par la volonté divine, deux montagnes, PromuntoriumelBoreum^st rapprochent, laissant un espace vide de douze coudées. Les êtres impurs sont renfermés dans cet étroit couloir qu'Alexandre fait clore de portes d'airain.

Ce récit a son analogue dans certains mss. du Pseudo- Callisthènes grec. Il n'en dérive pourtant pas. Il se rattache bien plutôt à celui que nous offrent les Revelationes de Methodius 2. On ne le trouve pas dans tous les mss. de YHis-

1. Voir par exemple La leggenda di Gog e Magog, dans l'appendice à la compilation de M. Graf intitulée Roma nella memoria e nelle imaginazioni del medio «vo, II (188}), $07-6^.

2. H n'est pas inutile de remarquer que les Revelationes ont pénétré en Orient dès le xi' siècle au moins. On en a des mss. latins de celte époque (par ex. Bibl. nat. lat. 4871). Il faut donc rejeter

oria, M. Zingerlé l'a rejeté en variante (p. 199) ne le trouvant, semble-t-il, que dans un de ses manuscrits >. On remarquera que Gog et Magog n'y sont pas nommés. Ils ne le sont pas non plus dans le chapitre des Revelationes auquel est emprunté le passage de \ Historia. Mais au chapitre immédiatement suivant les Revelationes énumèrent vingt-quatre rois barbares enfermés par Alexandre « in finibus septentrionis », et les deux premiers delà liste sont Gog et Magog a. Il est superflu de démontrer que ce n'est pas du morceau dont je viens de donner l'analyse qu'a pu sortir l'épisode du roman en alexandrins. Il n'y a aucun rapport entre les deux récits. Le seul trait caractéristique que nous offre ici le roman, c'est la mention des monts de Tus où Alexandre enclôt Gog et Magog. Je ne crois pas que ce nom se trouve en aucun des récits que nous avons de la même légende. Si la variante Turs^ signalée plus haut, était suffisamment autorisée, on pourrait supposer que l'auteur a voulu dire les monts des Turcs. Mais cette hypothèse est fort incertaine. J'aime mieux supposer que l'auteur aura mal lu dans quelque texte latin mons Caspius ou mons ImaùSj car ces deux noms se rencontrent en connexion avec Gog et Magog. L'auteur de cette partie du roman a dû composer cet épisode avec des réminiscences vagues, sans avoir aucun texte sous les yeux.

sans discussion la conjecture de Pavre [Mélanges, II, 29) attribuant les Revelationes à un Methoduis du xiii* siècle. Quant à M. Graf (voir la note précédente), il ne paraît pas s'être préoccupé de la date des documents qu'il a employés.

1. La leçon donnée par M. Z. estasses peu correcte. Je me suis servi du ms. fr. Nouv. acq. lat. 174 (fol. 19) qui est meilleur. On peut voir aussi la version italienne publiée par M Crion, p. 101-2.

2. Le chapitre est intitulé: Quomodo Gog et Magog exeuntes de Caspiis montibus obtinebant terrant Israël ( Maxima Bibliotheca patrum, m, ij4).Ce chapitre a été introduit sous une forme résumée dans les anciennes éditions du Liber depraliis^ vers la fin de l'ouvrage.

P. 28. Lettre d'Alexandre à Aristote. — Une édition de cette lettre a été publiée d'après le manuscrit du Musée britannique Cott. Nero D.VIII, dans un opuscule dont voici le titre : Narratiuncula anglice conscripta^ de pergamtnis exscribebatf nous illustrabat^ eruditis copiam facUbat T. Oswaldus Cockayne, M. A. Cantab. (London, J. R. Smith, MDCCCLXI, in-8% 87 p.) La lettre occupe les pages 51 à 62.

P. 29. -— Pour les vers de Godefroi de Viterbe cités en note, j'aurais dû renvoyer à Pistorius, Germanicorum scrip' torum tomus II, éd. Struve (1726), p. 168.

P. 34 et suiv. Historia de praliis. — Depuis que le chapitre II du présent livre a été imprimé, il a paru divers travaux sur V Historia de praliis^ et notamment deux éditions de cette version latine du Pséudo-Callisthènes. La première en date, parue au commencement de la présente année 1885, a été publiée par M. 0. Zingerlé en appendice à son mémoire intitulé : Die Quellen zum AUxander des Ru' dolf von Em^, qui forme le quatrième fascicule des Germanisticfic Abhandlungen publiés par M. K. Weinhold (Bres-

lau, W. Kœbner). Cette édition est faite essentiellement d'après un manuscrit du xiie siècle appartenant à TUniversite de Gratz. Ce manuscrit étant incomplet du commencement, réditeur s*est servi, pour combler la lacune, d'un manuscrit d'Inspruck. Il a de plus donné les variantes d'un manuscrit de Seitenstetten (Basse- Autriche). Bien que cette édition, faite avec des éléments tout â fait insuffisants, ait peu de valeur, je n'aurais pas manqué de la citer, die préférence â des manuscrits dont l'usage est incommode, si elle avait paru plus tôt.

La seconde édition est la reproduction du manuscrit de Bamberg avec les variantes, presque toujours insignifiantes, de l'ancienne copie de ce manuscrit qui est conservera Munich (voy. ci-dessus p. 35). Elle est intitulée : Dk Vita Alexandrr magni des Archipnsbyters Léo (Historia de preliis), nach der Bamberger und altesten Mmchener Handschrift zum ersîenmal herausgegeben vou D' G. Landgraf (Erlangcn, Deichert, 1885, in-8°).

Depuis que la liste des manuscrits de VHistoria donnée ci dessus, pp. 41-44, est imprimée, c'est-à-dire depuis l'année 1880, j'ai eu connaissance, par diverses publications ou par suite de mes recherches dans les bibliothèques, de plu sieurs autres manuscrits du même ouvrage, que je vais mentionner sommairement ici :

Bale, Libri historici chartacei, E. III. 17, daté de 1481, ff. 1 17-135, incomplet de la fin.

Berlin, ms. latin 49, xv« s.; voir Kinzel, Zwei Recensionen der Vita Alexandri magni, p. 4 (Berlin, Gaertner, 1 884) . Cf. Romania , XI H , 4 5 5 .

Bologne, Bibl. de l'Université, 1951, comm. du xiii«s. — — 2761, xv« s.

392 ADOiTIONS ET CORRECTIONS.

Cheltenham, Bibl. Phiilipps, 4387 (porté aussi, par erreur, sous le tfi 293), xiu« s.

Erlangen, 30s, cité dans l'édition de M. Landgraf, p. 9.

Gratz, voyez plus haut Tédition de M. Zingerlé.

Inspruck, voy. plus haut l'édition de M. Zingerlé.

Leipzig, 143, xar* s,, cité dans l'édition de M. Landgraf, p. 9.

Londres, Musée brit., Add. 30026, fin du xiv s. ou comm. du xv«, écriture italienne.

Madrid, Bibl. nat., F 1^2, fol. 20, fin du xiu* s. (no 8 1 du Catalogue des principaux manuscrits du cabinet de M. J.-'L.-D, de Cambis^ Avignon, 1770, p. 400).

MoDÈNE, Bibl. d'Esté, XI, F 14, fin du xv« s. >.

Munich, 824, xiv* s., cité dans l'édition de M. Landgraf, p. 9.

— 7843, daté de 1450. Ibid, Oxford, Bodleienne, Rawlinson, A 273, xiy« s.

— — — B 149, pp. 133-206, comm. du xv« s.

Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 310, fol. 103 v<*, xii« s, (Didot, vente de i88i, n® 5$) 2.

1 . Ce manuscrit est différent de celui que j'ai indiqué sommairement, et de seconde main, ci-dessus, p. 42, comme se trouvant à la Bibliothèque d'Esté sous le n" XIV. Ce qui caractérise ce dernier manuscrit, c'est qu'il est incomplet du commencement, comme l'a dit Favre d'après qui je l'ai mentionné. Je crois donc pouvoir l'identifier avec le manuscrit actuellement coté X.I.20, xiv« s., qui commence, en son état actuel, à « vobis non dabitur unus miles... ». éd. Zingerié, p. ijj» !• 7- A la suite de ï'Hhtoria il y a dans ce manuscrit un court morceau commençant par « Alexander qui" u puer magnus dicebatur, ticet universis bonitatibus fuisse credatur « ornatus, duobus tamen sordibus legitur fuisse infectus... » Pour la dénomination u puer magnus », voy. ci dessus, p. 4$.

2. Ce ms. présente une intéressante particularité. Il contient la première partie du prologue Certamina. . . jusqu'à investigabiles via

Settenstetten, XXXI, fol. 103, daté de 1435. Voir Topuscule de M. Zingerié, p. 20.

Turin, Bibl. nat., H IV, 12 (anc. K III, 26, cat. de Pasini, II, 113), xiv« s., fait en Italie.

Vienne, Bibi. imp. et roy., 3097, fol. 1 57 v^, daté de

— — • 3247, daté de 1472.

— — 3412, daté de 1395.

Si on ajoute ces vingt un manuscrits aux quarante-deux qui ont été indiqués ci-dessus, pp. 41-4^ , on arrive à un total de soixante - trois manuscrits signalés de VHistoria, mais il suffit de parcourir la série des villes auxquelles appartiennent les manuscrits cités pour voir combien ma liste est encore incomplète. Il est frappant qu'on n'y voit figurer qu'une seule ville de France, qui est Paris. Il n'est cepen* dant pas vraisemblable qu'aucune des bibliothèques des départements ne contienne de manuscrits de cet ouvrage. Quoi qu'il en soit, M. Landgraf, le plus récent éditeur de VHistoria, ne connaît ou plutôt ne mentionne que dix-neuf manuscrits, et encore faut-il en retrancher au moins un qui est indiqué par erreur >. ^

^ius, comme le ms. qu'a dû avoir sous les veux Hartlieb, l'auteur ae la version allemande en prose (vo^. ci-aessus. p. 3), note 3). iVHistoria contient diverses interpolations et reste mterrompue au ol. 126 ^^80 de l'édition de M. Zingerlé) et est suivie des lettres des Brachmanes et d'Alexandre à Aristote.

1. a Explicit historia gestorum A. pueri magni... » Je dois les renseignements que je possède sur ce manuscrit et sur les deux suivants à l'obligeance de M. A. Thomas.

2. Le treizième : c< London (Catal. of Dr. Burneyi) cod. 286 oder 280, mbr. fol. », dit M. Landgraf, qui n'a pas l'air de soupçonner que la collection Burney est l'un des fonds du Musée britannique. S'il avait eu recours au catalogue imprimé, il aurait trouvé que le manuscrit Burney 280 (non pas 286, contient VEpitom< de Valerius.

J'ai signalé, pp. 38*39, l'abrégé de VHistona que l'abbé d'Aura Ekkehart a introduit dans sa Chronique universelle, et j'ai répété d'après M. Waitz, que ce chroniqueur avait rédigé son abrégé d'après le manuscrit de Bamberg. M. Zingerlé I conteste absolument cette assertion qu'il m'avait été impossible de vérifier, puisque je n'avais pas le moyen de comparer l'abrégé en question avec le texte de Bamberg. M. Zingerlé pense que i'abbé Ekkehart a dû se servir d'une leçon assez différente de celle de Bamberg, Cela peut bien être, et cette opinion une fois admise, on pourra même aller plus loin et supposer qu'Ekkehart n'a pas fait lui-même l'abrégé de la légende d'Alexandre, mais qu'il aura introduit dans sa chronique un abrégé qui circulait déjà de son temps. Ce qui me porte à faire cette hypothèse, c'est qu'il existe un assez grand nombre d'exemplaires de cet abrégé. J'en ai déjà signalé plusieurs ci-dessus, p. 39, note, mais il y en a bien d'autres, par exemple dans les manuscrits de Vienne, 395 (xii< s.), 480, 545, et dans un manuscrit de Pavie dont il sera question un peu plus loin. Il est assez peu vraisemblable qu'un ouvrage aussi répandu soit extrait d'une chronique. Il est bien plus probable qu'il y a été introduit.

P. 40. Wilkinus ou Wilikinus de Spolète. — Dans la Romania, X, 5^*534} j'^^ donné des renseignements plus précis sur le nom de cet auteur, et indiqué à la Bibliothèque nationale de Turin un manuscrit qui n'est venu à ma connaissance qu'après riropression de mon second chapitre. J'ajoute encore que la bibliothèque de l'Université de Cambridge possède deux exemplaires du poème de Wilikinus de Spolète: l'un, Gg. 2.34, lui appartient depuis longtemps

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