Oxford
dédiée à Radulfùs, abbé de Samt-AUban. Il ajoute (est-ce encore d'après Leland ?) que Walter, bibliothécaire de la même abbaye ^ attribuait cet ouvrage à Tabbé Radulfus. Voici le texte :
Galfhidus Hemlinotonus ex diversis authoribus.
Galfridus Hemlingtonus, ad fanom Aibani (ut ex scriptis daret) monachus olim benedictinus, inter alios scriptores a Leiando commemoratur. Qui in suis collectaneis refert illum ex antiquis scriptoribus graecis et latiois, rarissimarum historiarum fragmenta collegisse, et in qucsdam disposuisse ac formasse libres, ad necessarium aliquem suae posteritatis usum, opusque illud in quosdam i^uÛKjue?) libros tandem bono ordine digestum, eundem Galfridum abbati suc Radulpho dedicasse dicit. Gualtherus tamen, ejusdem loci bibliothecarius, ipsi potius abbati tribuit illud opus, quam Galfrido. Quocunque vertatur, insignis erat per illam xtatem factura a Galfrido titulum habens :
De Gestis Macedonum, lib. 5.
Num alia Galfridus scripserit nescio. Claruisse fertur anno incarnationis Dominiez 1 1 so, sub rege Stéphane ^.
Vient ensuite Pits (f 1616) avec qui la confusion commence. Selon cet auteur, Leland aurait attribué la compilation en question — et qui est bien la nôtre, comme on va le voir, — non pas à Galfridus, mais à l'abbé Radulfus ; il appuie l'assertion de Leland de celle du bibliothécaire de Saint-Alban déjà mentionné par
1. On peut voir sur cet auteur Th. D. Hardy, Descriptive Cata» logue ofmss, relating to the History 0/ Great Britain and Irelandj II, 417-8 ; III, zxxvi.
2. Scriptorum illustrium majoris BrytannU ... catalogus, Basileae, 1559, in-fol., centuria X, n<* l.
6o CHAP. IV, § I .
Baie. Il sait que certains (quosdam) ont mis cet ouvrage sous le nom de Galiridus Hemlingtonus, mais il ne s'arrête pas à cette opinion. Je cite l'article de Pits < :
Radulphus Albanius vel de S. Albano, natione Anglus ordinis S. Benedicti primum monachus deinde abbas ad S. Albanum. Hune Joannes Fnimentarius in libre de viris
illustribus înter scriptores eruditos memorat Quod ad
hominis attinet scripta, Joannes Lelandus tribuit ei vitam
S. Albani versibus heroïcis pereleganter descriptam^ Item
historiam Alexandri Macedonis. Et ego sane Leiando assentior, quamvis non ignorem quosdam Galfredum Henlingtonum, ibidem monachum, hujus posterions operis auctorem facere. Tamen Gualterus ibi monachus et bibliothecarius expresse testatur quod Radulfus noster ex plurimis antiquis auctoribus tum sacris tum profanis collegerit :
Historiam Alexandri magni, libros quinque.
c Macedonia ante a nomine Emathi... »
Ces derniers mots sont, on l'a vu plus haut, ceux par lesquels commence la compilation historique que nous étudions.
Mais voici que le même Pits, deux pages plus loin (p. 21 5), a sur Galfredus Hemlingtonus un article dans lequel, d'après Leiand, il attribue à ce Galfredus une compilation des historiens grecs et latins dédiée à l'abbé de Saint-Alban Radulfus. — C'est l'assertion de Baie,
1. Johannis Pitsei... relationum historicarum de rébus anglicis tomus primas. Paris, 1619, p. 213.
2. C'est en effet ce que Ton peut voir dans le livre de J. Leiand, De scriptoribus Brltannia (cap. cccxiv], mais on n'y trouve pas ce que Pits dit ensuite au sujet de l'Histoire d'Alexandre.
COMPILATION DE ST-ALBAN. 6l
citée plus haut, par conséquent la contradiction de ce que Pits lui-même vient de dire dans son article sur Radulfùs. Il a donc maintenant contre lui le bibliothécaire de Saint-Alban, dont tout à l'heure il acceptait l'opinion. Cette fois il la rejette, en disant : c< Licet « Gualterus ejusdem monasterii religiosus et bibliothec carius, existimet potius ipsam abbatem illius historiae (c fuisse auctorem. )> Il essaie de se tirer de la contradiction en supposant — supposition bien invraisemblable-— que Radulfùs et Galfridus ont pu écrire chacun un ouvrage sur le même sujet : « Quid obstat utrumque <c de eadem materia scripsisse ? » Enfin, abandonnant cette conjecture si risquée, il termine en disant que l'auteur, quel qu'il soit^ de cet ouvrage, lui a donné pour titre :
Historiam Alexandri Maccdonis^ libres quinque.
En résumé, deux opinions opposées sont attribuées à Leland : d'après Baie, Leland aurait désigné Galfridus comme auteur de la compilation. D'après Pits, à l'article Radulphus, Leland aurait désigné Radulphus; d'après le même Pits, à l'article Galfridus, Leland aurait désigné Galfridus. Pits, perdant complètement la tète dans cet embrouillamini, adopte successivement l'une et l'autre opinion. Sur un point, Baie et Pits sont d'accord : c'est que le bibliothécaire Walter tenait pour Radulphus.
Il restait, après Pits, diverses confusions à faire : elles furent faites. Gérard Vossius emmêla le moine Galfridus de Hemlington avec le moine-bibUothécaire Gual-
tenu, et en fit un « Guaherus Hemlingtonus ■ ». On pouvait encore se tromper $ur l'ouvrage attribué tantftt à Radulphus, tantôt à Galfridus, bien qu'il fût désigné on ne peut plus clairement par la division en cinq livres et par la citation des premiers mots. On s'y trompa. On crut que cet ouvrage n'était autre que VHistoria de prdrliis^ avec lequel il n'a aucun rapport >. Cette erreur a été relevée par Favre qui n'a pas cru nécessaire de la discuter 3.
Il est difficile, en présence de la contradiction des témoignages, de prendre parti pour Pun plutôt que pour l'autre des deux religieux à qui la compilation est tour à tour attribuée. Radulphus est en possession d'un suffrage important, celui du bibliothécaire de Saint-Âlban. Toutefois, a prioriy je me déciderais plutôt en faveur de Galfridus ; si l'ouvrage a été compilé par Galfiîdus et par lui dédié à l'abbé Radulphus, on conçoit sans peine
1. De Historicis latinis, 1. III, cap. li (éd. de 165 1, p. 414) :
<c Radulphus de S. Aibano^ abbas fani S. Albani in Anglia noruit c sub eodem Stephano rege^ ac vitam S. Albam carminé condidit. c Praeterea ex antiquis concmnavit historiam Alexandri Magni libris « V. Memoratur et Johanni Frumentarto in catalogo virorum illus- <x trium, ac a Joanne Lelando (|uoque eruditionis nomine laudatur. « obiit anno mcli. » C'est Topinion de Pits à l'article Radulphus. Vossius poursuit ainsi : « ^qualis huic Gualtbrus Hemlingtonus, « Anglus, monachus ad S. Albanum, et bibiothecarius ejusdem cxno- « bii. Auaor a normullis putatur librorum V de Gestis Alexandri : qui c ab aliis Radulpho Albano, ut dixi, tnbuuntur. »
2. Berger de Xivrey, Notices et extraits des m«., XIII, 191 j Graesse, Die Grossen Sagenkreise des Mittelalters , p. 443, qui renvoie à Pits, lequel n'est nullement coupable de cette connision ; Frocheur, dans le Messager des sciences historiques de Belgique, Gand, 1847, p. 40$ (tiré à part. p. 13].
3. « Cet ouvrage [VHistoria de praliis] a été mal il propos attri- « bué à Radulphede Saint-Alban et à Gualfred Hemlington, écrivains a du xu* siècle. <• Mélanges, II, 67.
COMPILATION DU MS. DOUCE. 6j
h méprise qui a fant prendre ce dernier pour l'auteur du livre ; si Radulpbus est réellement Fauteur, on ne conçoit pas aussi aisément comment le livre a pu être attribué à Galfridus. En tout cas, on peut tenir pour infiniment probable que cette compilation a été iiaite à Saint-Alban au temps de l'abbé Radulpbus, c'est-à-dire de 1146 à II 51.
La compilation de Saint-Alban ne parait pas s'être répandue hors de l'Angleterre, où ont été exécutés et où se trouvent actuellement, comme nous l'avons vu, les deux mss. qu'on en possède, ainsi que la rédaction dérivée (ms. Douce). Elle n'a pu par conséquent avoir qu'une influence fort limitée sur les compositions en langue vulgaire relatives à Alexandre.
§ 2. — Compilation du ms. Douce.
La compilation de Saint-Alban était née du désir de substituer aux fables du Pseudo-Callisthènes un récit authentique. Ce fut là un effort remarquable vers la critique. L'effort ne dura pas. Il se trouva, au xiv® siècle et en Angleterre, un clerc, appartenant probablement au clergé régulier, qui eut l'idée de combiner ensemble Vepitome de Valerius avec la compilation de Saint-Alban. Pour lui, évidemment, tous les récits relatifs à Alexandre avaient une valeur égale, pourvu qu'ils fussent écrits en latin. En somme, il ne fit pas pis que Vincent de Beauvais qui avait aussi combiné tant bien que mal, dans le quatrième livre de son Miroir historial, Vepitome , la lettre à Aristote et Justin. L'œuvre de ce compilateur
anglais nous a été conservée par un seul ms., à ma connaissance du moins, le ms. 299 de la collection Douce à la Bodleienne, dont j'ai déjà dit quelques mots ci-dessus, p. 57. C'est un livre de 1 12 ff. à 34 lignes par page, ayant à peu près le format d'un in-4*' (o"*26o sur 0" 18 5), écrit vers la fin du xiv^ siècle ou dans les premières années du xv^ d'une main certainement anglaise'. Le but du compilateur est essentiellement moral : pour lui l'histoire d'Alexandre est en elle-même édifiante ; elle peut fournir aux hommes de guerre des exemples dignes d'être imités, elle peut aussi procurer une utile distraction aux religieux et les éloigner du vice d'accidie (dr/,if]8eia), Voiseuse, comme on disait parfois au moyen âge, sorte de torpeur morale, de dégoût de l'existence, que la vie monastique engendrait fatalement, et qui, en tant que vice, a été remplacé par les modernes, dans la série des péchés capitaux, par la paresse. Le prologue quon va lire indique avec précision l'objet que le compilateur s'est proposé et les sources qu'il a mises à contribution. Parmi ces sources il en est plusieurs qui ne sont vraisemblablement citées que de seconde main ; il en est une qui date à peu près la compilation, c'est Ranulfus ou Radulfus de Hygden dont le Polychronicon s'étend jusqu'à l'année 1367. L'époque où composait notre compilateur est donc circonscrite entre cette date et les dernières années du xiv^ siècle. L'ouvrage auquel
I. Le ms. dans son état actuel (la reliure est du siècle dernier) n'offre aucune indication de provenance. Il est mentionné par Douce lui-même dans une note imprimée par Weber, Metrical romances, III, )oo, cf. aussi p. 29).