‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 45 sur 178 · Ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Ouvrage cité, p

2. C'est le cas d'une pièce en patois de Mens (au sud de Grenoble), où on lit soungîa (anc. fr. songier), reproucha {reprochier)^ mija (mangier)f etc. Revue des langues romanes, VIII, IJ5-7.

j. Rodgeirs à Foix, xi« siècle {Musée des archives départ,, n* 25, p. $0), primeirs, à Saint-Guillem-du-Désert, 11 22 (mon Choix d'an-

ALBERIC DE BESANÇON. 8l

La tirade en eys offre à la rime reys^ anceys, ireysy meys, peys^ preys. En français le dernier de ces mots serait pris, les autres auraient ei ou oi. Dans presque toutes les parties de la langue d'oc les quatre derniers seraient en es (es fermé), les deux premiers seulement demeurant en eis. Il s'agit de trouver une région où Vi du latin passe à ei comme en langue d'oil, et où cependant prehensum au lieu de devenir pris reste, comme en langue d'oc, attaché à la fortune de l^. Cette région, je crois la trouver dans l'est de la France, aux environs de 46" ou 450 lat. N. et de j» ou 40 long. E. En effet ê latin devient ei dans toute la vallée du Rhône supérieur ', plus au sud, dans la Val-Soana>, puis à l'ouest, vers Lyon) et Saint-Ëtienne 4, enfin dans l'Isère et jusque dans les Hautes-Alpés$. Dans la même région 1'^ tonique de pre-

ciens textes^ n° 43)^ Lobreir, à CoïKjues vers 11 60 (Masie des arch. dip., n* 45), Sesteir, molineir, à Saint-Céré, arr. de Figeac, vers la fin du XII" siècle. Sesteirs, Gameir, Pelkeir, à Clermont-Ferrand, en 119s. Berengeirs, BerengUirs, Boieirs, Gauteirs, Groleir^ Moreir, à Valence, en 1240 {Rev. des Soc. sav., 4" série, VI, 43*), etc.

1. Voir pour le patois de la vallée de Bagnes, le travail de M. Cornu, Romania, VI, 376-7 ; pour le patois de Vionaz (r. g. du Rhône, à peu de distance de l'endroit où ce fleuve entre dans le Léman) le mémoire de M. Gilliéron, p. 27 {BibL de PÉc. des Hautes Études ^ fasc. XL) ; à Vionaz la continuation de l'e est ai plutôt que ei, mais cela importe peu : l'important est que prehensum soit compris dans les continuations d*e latin long, ce qui a lieu.

2. Voy. le Mémoire de M. Nigra, dans VArchi>io glottobgicOf III,

3. Voir les Œuvres de Marguerite d'Oingt, publ. p. E. Philippon. Lyon, 1877. On y trouve aveirp. 44, heyr (nëres)p. 47, corr«wp. 44.

4. Voir la coutume de Saint- Bonnet (Loire) dans mon Choix d'anciens textes, partie prov., n» 56 ; on y trouve les infinitifs aveir, paeir, sabeir, a côté de formes en er comme aver, puer, tener, et pour le btin es on peut âttr francheisa, meis.

5. Les documents anciens en langue vulgaire sont rares pour ces

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hensum se comporte comme ?, c'est-à-dire ne passe pas à i comme dans le français pris. A la vérité la seule forme que j'aie rencontrée dans les textes est près < et non preisy mais cette dernière forme peut être supposée dans une région où on constate d'autres exemples du passage à'ê latin à ei. Le Dauphiné parait donc être le pays où ê latin peut rimer avec ei provenant de ^ 4* une consonne devenue / (reySj anceys). Le mélange des rimes en eis et en es n'est pas sans exemple dans les poésies des troubadours, mais il y est très rare, et, dans plusieurs des cas qu'on en peut citer», il y a peut-être lieu d'y voir une véritable licence poétique. Ainsi quand Lanfranc Cigala — qui était génois et par conséquent ne saurait être une autorité en matière de langage — introduit metes (metipse) parmi des rimes en eisy il a arbitrairement modifié, en vue de sa rime, la forme régulière meteis.

deux départements ; ceux^ en petit nombre, que je connais^ donnent généralement e pour le cas en question. Cependant il y a meys (mensem) dans le testament de Guigue Alaman, seigneur d'Uriage (prés Grenoble), qui est daté de 1275. Ce document, qui ne nous est parvenu que par Chorier, HisU de Dauphiné, 1, 87 j (réimprimé depuis par J. OUivier dans son travail sur le patois du Dauphiné, France littiraire^ V (1836), 109-10), n'est peut-être pas très sûr quant à la graphie ; toutefois, pour le point qui nous occupe, il est certain aue dans le patois de Grenoble c'est ei qui répond à Ve long et à 1'/ bref du latin ; voir par exemple le Banquet du fies y de Laurent de Briançon, qui vivait au xvir siècle, et qui, malgré son^ surnom, écrivait l'idiome usité à Grenoble. Pour les Hautes -Alpes je trouve treis à Savines (arr. Embrun) en 1442 ; voy. P. Guillaume, Spécimen du langage de Sayines en 1442, Forcalquier, 1880, p. 11.

1 . Près dans la coutume de Saint-Bonnet-le-Château, art. 1 2 de taon édition. En Dauphiné prei, trei (trois), etc., dès le temps de Laurent de Briançon au moins, formes où 1'/ représente un anaen x.

2. M. Bartsch a cité plusieurs exemples du mélange d*is et d'or à la rime, Girmania, II, 460.

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Faut-il, après cela, attacher }riQS d'impjortance à là pré-^ sence de reis (reges) parmi des rimes en ^i dans une pièce d^Albertet de Sistèron ', parce que ce poète était dauphinois? Les rimes en ^ et en ^û ne se rencontrant pas dans les autres pièces que nous avons du même trou* badour , il est impossible de décider si nous avons ici , dans l'unique exemple qu'on puisse citer du mélange de ces deux rimes, une licence ou le résultat naturel dé la prononciation de l'auteur.

Les tirades en in et en ir n'offrent aucune rime qui né soit commune au français et au provençal. Elles ne doivent donc pas nous arrêter. Il en est autrement de la tirade en //, ic, ist^ iz. Ce sont les rimes en isî qui doivent attirer notre attention. Les imparfaits du subjonctif tunquesistj.occisisty vidist, fesist (ces deux derniers hors de la rime^ vers 1 2 et 14), les prétérits fist et prist (celui-ci hors de la rime, v. 39) sont des formes considérées comme propres au français, les formes provençales étant conqueses, aucizes^ m*, fezes. Ce qu'il y a lieu de chercher c'est jusqu'où s'étend vers le sud l'emploi des formes en ist que nous offre Alexandre. Le défaut de documents ayant une date certaine m'empêche de pousser cette recherche bien loin; il me parait toutefois assuré que les formés en question ont régné jusque dans le Dauphiné. Dans la Vie de Beatrix d'Ornadeu on lit

1. Monge^ digatz segon vostra sciensa, Raynouard, Choix, IV, )8; Milà, Trovadores en Espana, 164.

2 . Vis rei>résente un latin v i s s e m plntôt que v i d i s s e m ; c'est de même qu'on a un prétérit yist, vim^ vitz, correspondant au lat. vidisti, vidimus, vidistis.

vousit^ ovLvottcit (y oluissety prov. volgues), 6i , 62, 65, secorit (pour socorres)^ p. 55, etc.*. Les documents anciens du Dauphiné que je puis consulter ne contenant point d'exemples de l'imparfait du subjonctif, je ne suis pas en état de vérifier jusqu'où se sont étendues vers le sud les formes en is qu'offre Alberic.

Les tirades en ou et en our n'offrent rien de caractéristique. A propos de la tirade en our on peut remarquer que la notation du son de l'o fermé est, dans le ms., bien flottante, car les rimes des vers 27-^1 ont our, et celle du v. 32 or, comme meyllor 34, estor 42. Puis nous rencontrons une troisième notation dans enperadur, V. 43?.

Malgré tout ce qu'il y a d'instable, ici comme en tant d'autres textes anciens, dans la notation des sons, je n'ai remarqué aucune contradiction entre la graphie et les rimes. Il est donc permis de considérer, notre copie d'Alberic comme représentant assez bien la leçon originale, et, par suite, d'y chercher des indices sur l'origine de l'ouvrage. Examinons donc encore quelques faits. Pare (patrem) nous offre comme le fr. père la chute du t suivi d'r, la différence est que Va reste intact dans

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