‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 51 sur 178 · I. voir ci-dessus, p. 89, n · texte numérisé non relu

I. voir ci-dessus, p. 89, n

poète étranger qui a pu commettre quelque erreur. Peutêtre ne ferait-on pas une conjecture trop hardie en supposant que Lamprecht aurait lu Besançon au lieu de Briançon.

§ 4. — Sources d'AIberic.

Cherchons maintenant à quelles sources Alberic a puisé ses informations sur Alexandre. Voyons comment il les a mises en œuvre. Tâchons de nous représenter ridée qu'il se formait de son héros et, par suite, de déterminer le caractère du poème.

Alberic a connu les fables du Pseudo-Callîsthènes par la version de Valerius ; mais il a connu aussi l'histoire authentique : « Il y a des faiseurs de contes qui disent « qu'Alexandre fut le fils d'un enchanteur : ils mentent, « les vils calomniateurs ! Vous auriez tort de les en « croire, car Alexandre fut d'impériale lignée et fils du « roi des Macédoniens. »

Cela veut-il dire qu'au temps d'Alberic il circulait déjà des poèmes romans composés d'après les données du Pseudo-Callisthènes P Cette hypothèse n'est nullement nécessaire. Il me parait plus probable qu'il n'y a là rien de plus qu'une allusion aux versions latines de cet ouvrage, et particulièrement à celle de Valerius. L'auteur, abandonnant pour un instant la fable, s'en tient à l'histoire vraie pour tout ce qui touche à l'origine de son héros. Il sait que Philippe, père d'Alexandre, était fils d'Amyntas^, et qu'Olympias, sa femme, était sœur

1 . Au lieu de Amint al rey {rey, et non pas nV, est h leçon du

d'Alexandre, roi d'Epire. Ces notions ne peuvent guère avoir été empruntées qu'à Justin ou à Orose ; et on se décidera sans doute en faveur de ce dernier, si on corn* pare ces vers :

Et prist moylier, dun vos say dir, Quai pot sub cel genzor jauzir, Sor Alexandre al rey d'Epir ...

Olimpias, donna gentil, Dun Alexandre genuH.

avec le passage suivant d'Orose (III, xi) :

... Sed quoniam aliquantum romanas clades recensendo progressus sum, vel Alexandri istius mentione commonitus, de Philippe Macedonum rege, qui Olympiadem hajus Alexandri Epirota sororem uxorem habuit^ ex qm AUxandrum Magnum genuit, paucissiniis annis rétro repetitis magna parvis, in quantum potero, colligam.

Les mots soulignés sont visiblement l'original des trois derniers vers cités. Gardons-nous toutefois de croire qu'Alberic ait été particulièrement scrupuleux en matière historique. H n'hésite pas à dire d'Alexandre, le père d'Olympias, « que jamais il n'avait fui en combat ni a daigné servir [même] un empereur » (vv. 42-3), éloge qu'il a visiblement tiré de son propre fonds. De même il veut (vv. 37-8) qu'Amyntas, le père de Philippe, se soit aussi distingué à la guerre, et n'hésite pas à le mettre aux prises avec Xerxès, soit invention de sa part, soit confusion dans ses souvenirs.

ras.} baroriy v. 37, il serait peut-être plus juste de lire Amintal (= Aminta P) rey haro.

En grandissant de la sorte les ancêtres de son héros, le poète se conformait à une tendance générale au moyen âge, où les saints eux-mêmes, qui devraient se recom* mander par leors seuls mérites, sont autant que possible honorés d'une naissance illustre. C'est le même sentiment qui l'a amené à repousser avec énergie la légende qui faisait d'Alexandre le fils d'un enchanteur. Il est curieux de voir comment un même désir, celui de glorifier le héros macédonien, a conduit les Égyptiens à soustraire ce héros aux conditions naturelles de sa naissance, et le poète roman à l'y ramener. En attribuant à Alexandre une naissance surnaturelle, les Égyptiens avaient témoigné de leur admiration pour un prince qui s'était montré plein de respect pour leurs usages et leurs institutions. Du même coup, en lui donnant pour père leur dernier souverain, ce Nectanebus [Nakhtenephen] dont le souvenir leur était resté cher > , ils faisaient en quelque sorte du roi macédonien un de leurs compatriotes. Nectanebus avait succombé sous les attaques des Perses, et c'est à la suite de victoires remportées sur les mêmes Perses qu'Alexandre avait pu rendre pour un temps à l'Egypte son ancienne splendeur. Alexandre devenait ainsi pour l'Egypte un être surnaturel et un héros national. Mais, pour un chrétien, Nectanebus n'était rien de plus qu'un magicien, un « enchanteur », comme l'appelle Alberic, c'est-à-dire un homme digne du bûcher. Faire de lui le père réel d'Alexandre, c'était dépouiller celui-ci de son

I. Voy. Maspero, Histoire ancienne des peuples de POrient, 187$, p. J66-7.

origine royale pour le réduire à la condition de bâtard. Si donc la légende égyptienne de la naissance d'Alexandre a été rejetée, c'est moins pour être trouvée en contradiction avec d'autres récits que parce qu'elle était considérée comme attentatoire à l'honneur du héros.

Mais Alberic n'a pas dédaigné d'emprunter à cette légende certains traits qui, tout apocryphes qu'ils étaient, contribuaient à grandir le personnage. Le Pseudo-Callisthènes raconte que la naissance d'Alexandre fut marquée par des prodiges.

Valebiub, Epitome, 12 : Qui ubi ad humum lapsus est, motus protinus insequitur terrae et tonitruum crêper, ventorumque conflictus et fulgurum coruscatio, uti viseres omni mundo hac partitudine curam elaboratam^

Léon, B/^/. nat. N, acq. l, ij^^fol. 3 : At ubi puercecidit in terram, statim factus est terremotus et fulgora et tonitrua magna et signa per totum mundum. Tune siquidem dilatata est [nox] et usque ad plurimam diei partem extendi visa est. Tune etiam saxa de nubibus grandini mixta ceciderunt et velut terram lapidibus verberarunt.

J'ai cité les deux versions pour qu'on puisse voir en quoi elles diffèrent et de laquelle des deux Alberic s'est servi. J'incline à croire qu'il a connu la première. On remarquera que la seconde est plus développée. Il y est parlé d'une pluie de pierres qu' Alberic n'aurait sans doute pas oubliée, s'il en avait trouvé la mention dans le texte qu'il avait sous les yeux. En outre, c'est dans

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