I. T. I, p. 2)8. Ce couplet manque dans le ms. de l'Arsenal
RÉDACTION DÉCASYLLABIQUE. I09
l'absence du secours que nous eût apporté le ms. de Fauchety je me décide pour la seconde de ces deux hypothèses. Dans la strophe en question, cinq vers sur neuf sont trop longs. Il y a là une proportion de fautes que n'oifre point dans ses autres parties le ms. de Venise. D'ailleurs, il m'est impossible de reconnaître dans ces vers mal conçus et mal écrits la main à laquelle nous devons le reste. Je suis donc porté à croire que le clerc Simon est, non point l'auteur des 800 vers décasyllabiques, mais l'arrangeur qui a complété à l'aide du poème en alexandrins l'histoire commencée dans ces 800 vers. Je lui attribue la paternité du second couplet de Venise, celui où il se nomme, et de sept ou huit des tirades de raccord, en alexandrins, servant à relier les deux parties ' .
Les soixante-dix-sept tirades dont se compose la version décasyllabique > peuvent prendre place parmi les œuvres les mieux écrites du moyen âge. Le style, bref et coupé, comme c'est l'ordinaire dans les chansons de geste, est d'une rare fermeté; l'idée, ordinairement comprise dans les limites d'une seule tirade, n'est jamais développée outre mesure. Les images poétiques, des descriptions brillantes mais singulièrement précises, y abondent. La forme des tirades concourt à mettre en relief tout le récit. Elles sont courtes comme dans les
1. Les autres sont, comme on l'a vu plus haut, empruntées au poème en alexandrins.
2. Le nombre des tirades est égal dans les deux mss. A celui de PArsenal manque la deuxième tirade de Venise, mais le ms. de Venise n'a pas la tirade XXVI de l'Arsenal.
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plus anciens poèmes^ Boèce et Rolant par exemple; mais elles présentent aussi la trace d'une recherche dont les poètes des premiers temps ne s'étaient pas préoccupés < : l'auteur vise manifestement à construire des couplets d'une longueur à peu près égale, de dix vers environ. Ses dizains ne sont pas parfaitement réguliers comme ceux de la vie de sainte Euphrosyne, par exemple >^ mais la tendance est évidente. Le nombre de ceux qui deviennent réguliers, si on combine les deux leçons de l'Arsenal et de Venise, est d'ailleurs assez considérable. Les rimes entre lesquelles sont réparties les soixantedix-sept tirades du poème sont celles-ci :
Rimes masculines.
aly 635.
ant, 36.
aus (als dans Venise), 12, 15, 55.
aut, 28.
«, 3^ 7Jeis, 17, 70.
ent,7, 5, II, 20, j6, 69, 77.
1. M. G. Paris pense que « la plus ancienne poésie vulgaire a sans doute été composée en strophes de peu d'étendue et d'un nombre égal de vers. » Saint Alexis y p. 129. a En strophes de peu d'étendue », oui : on peut l'affirmer avec certitude pour toute notre ancienne poésie, mais que les premières strophes aient été régulièrement composées d'un nombre égal de vers, que les tirades de longueur variable soient sorties de tirades égales, c'est ce qui ne me paraît ni prouvé ni même vraisemblable.
2. Oxford, Bodleienne, Canonici Mise. 74; voy. mes Rapports, p. 205. — Cette vie a été éditée depuis par M. J. Herz, voy. Romania, IX, in< *