Ces numéros se rapportent au ms. de l'Arsenal
RÉDACTION DÉGASYLLABIQUE. 1 1 I
èSj 40.
éz, 2, 19,41, 4î, 50, 60.
ier (er Arsenal), 4, 47, 57, 68.
i>w (ew Arsenal), 49.
i/i, jo, 52,. 62.
or (o fermé), j, 14.
ors (0 fermé), 6.
tt, 35,61,76.
Rimes féminines.
âge, 48.
tfi//e, 38, 66.
aire, 46.
ère, 65.
«Vie, 74.
iney 18, 22, 29.
oine, I ».
Toutes les rimes sont parfaitement exactes et n'offrent aucune trace d'assonance». Targe 473 (Venise 467),
1 . Je ne tiens pas compte de la tirade 26 que j'avais jugée interpolée avant de connaître le ms. de Venise où elle ne se trouve pas.
2. La tirade 8, qui ferait exception puisqu'on y trouve des mots en^et d'autres en €z, est manifestement interpolée, voy. I, 241, la note sur le v. 84 de Venise.
112 CHAP. Vly § 2.
Tyrs 5 i 3 (Venise 511) dans une rime en is^ constatent simplement l'affaiblissement dV suivi d'une autre consonne, fait dont des poèmes généralement bien rimes offrent des exemples > . Cette régularité est obtenue sans qu'il soit fait aucune violence à la grammaire, sauf à la tirade lxv où on voit enchantere et empererCy formes du cas sujet, employées comme régimes, fait dont on trouve dès le xii^ siècle des exemples isolés dans un assez grand nombre de textes ^
Je vais examiner celles de nos rimes qui peuvent nous aider à trouver dans quelle région le poème a été composé. Je ne tire aucune conclusion de la présence d'ostal 61 1 et de tal 68, dans une laisse en al^ parce que ces formes, bien qu'ayant une apparence méridionale, ont de nombreux analogues en langue d'oui, et même se rencontrent assez fréquemment dans les rimes en al de nos chansons de gestes — La rime en aiis est plus intéressante. Elle répond le plus souvent aux finales latines -alus, -alos -alis; mais parfois aussi à ell's, ill's, car on trouve à la laisse j 5 chasîeus 5 18, et eus 540. Le premier de ces
1. Voy., par exemple, Li Bastars de BuiUon^ éd. Scheler, p. 340. A plus forte raison le fait est-il commun dans des poèmes rimes avecquelque négligence, tels que Richars li biaus; voy. l'édition de M. Fœrster, p. xi.
2. Aux exemples réunis par M. C. de Lebinski, Die Declination der Subjstantiva in der oïl-Sprache (Posen, 1878), p. 36, on en peu ajouter bien d'autres, ainsi : emperere {Aiol 493), terre, 1ère {A mis, 1493), lere (Bastars de Buillon, 3788). — On peut aussi citer : Si vengerum nostre emperere dans Isembart et Gormontj v. 493, ce qui serait un exemple très ancien, mais le texte n'est pas parfaitement assuré à cet endroit.
3. Conquête de Jérusalem, éd. Hippeau, 1763, 1769. Caidon, 10179, etc.
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deux mots n'est pas très assuré, puisque le ms. de Venise a chasals (casales), mais il n'y a pourtant dans ce mélange rien de spécial à notre texte S et je ne chercherai pas là un caractère dialectal. Mais ce qui est un caractère beaucoup plus particulier, c'est la présence du mot enclaus (v. 1 14, ms. de Venise v. 116) parmi les finales sus-indiquées. Le passage d'au latin à ouvert est un des caractères distinctifs du français par rapport au provençal qui garde au. Il y a donc là une indication qui conduit à placer la composition du poème décasyllabique en un pays bien voisin de la langue d'oc.
Les rimes ei, eis^ nous conduiront à la même conclusion. La diphthongue ei, correspondant aux toniques latines f , ïj se rencontre depuis la fin du xii« siècle : i*^ dans tout l'ouest jusqu'au 3® degré de longitude O. environ, dans la région comprise entre 46° et 48*30' lat. N., et à partir de cette dernière latitude jusqu'au 2* degré long. 0. environ ; en somme, dans l'Aunis, la Saintonge, le Poitou, l'Anjou, la Bretagne romane, une grande partie de la Normandie >; 2^ dans tout le centre
1. Dans AliscanSy éd. Guessard et de Montaiglon, p. 195-6, une même tirade réunit des finales latines aTs, ait' s (mortax^ amirax, yassaXj esmax), ell's [drapiax, mustiax, vessiax, biaxj chastiaxV ie'l's {solaus). Dans le même poème, le premier et le dernier de ces trois types prennent place aussi dans la rime en eus {morteus 624, soleus 6718) parmi des mots où eus correspond au latin {covoiteus), {eus = o cul os, queus = cocus). Le mélange de ces trois types latins al's ou alt's, ell's et ill's ou ie'Ts est d'ailleurs constant dans le nord de la France ; voy. par ex. les rimes en aus des Congés de Jean Bodel, éd. Raynaud, couplet x (Romania^ IX, 239), le Basiart de BouiUon, laisses 55 et 1 1 1 , etc.
2. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer une délimitation précise, je note seulement en passant que dans toute cette région, surtout vers le sud, i se mêle, dans le cas spécifié, à ei,
de la France, dans une bande de terrain qui s'étend un peu au nord et un peu au sud du 46* degré de latitude. En dehors de ces limites, les formes correspondantes sont en langue d'dil 0/, en langue d'oc é, La question est de savoir si nos finales en ei, eisy appartiennent à l'auteur et au copiste. Dans ce dernier cas, la forme originale serait oi. J'adopte la première hypothèse, pour deux raisons. L'une est que nos deux mss., bien que séparés par des différences considérables, offrent l'un et l'autre ces finales en ei^ ce qui est au moins une présomption qu'elles se trouvaient dans l'original. L'autre est que le paeis 680 (Venise 69)), en provençal pais^ en français païSy ne peut trouver place que dans une rime en eis. Si la tirade où ce mot se rencontre avait été originairement en 0/5, nous devrions supposer une forme paiois qui jusqu'à présent n'a pas été signalée, que je sache, et dont l'existence est au moins très problématique. Etant admis que les finales ei, eis, appartiennent à l'auteur, l'induction légitime est que le poème a été composé soit dans l'ouest de la France, soit vers la limite méridionale des pays de langue d'oïl.
. Nous avons une dernière laisse à examiner, celle en aire (xlii). Le texte en est assuré par la concordance des deux mss., sauf à l'avant-dernier vers où maire a été entendu par le ms. de l'Arsenal au sens de major {que me veez mais maire 4)4), et par celui de Venise au sens de mater [que je voie ma maire 447). La particularité de cette laisse consiste à ce qu'à côté de mots qui, en français, sont régulièrement en aire (Cesaire, contraire, Daire, faire, traire, viaire), elle admet /?a/r« =
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patrera, laire = latro, et, d'après Venise, maire == matrem, formes considérées jusqu'ici comme propres à la langue d'oc. Les formes françaises correspondantes, lere^ père, mère, prennent constamment place en français dans les assonances en é.e^ ce qui a lieu dans notre poème même à la laisse lxv. L'introduction de ces mêmes mots dans une rime en aire constitue une licence qui n'est pas tout à fait sans exemple '. Je crois qu'elle se sera d'autant plus facilement introduite ici que l'auteur était plus voisin des pays de langue d'oc. En somme, les données linguistiques que fournissent les rimes nous conduisent à placer la composition de notre poème dans la partie méridionale des pays de langue d'oïl, et probablement vers l'ouest.
§ 3 . — Sources.
Nous avons actuellement à rechercher à l'aide de quels éléments la rédaction décasyllabique a été faite. Ces éléments sont essentiellement le poème d'Alberic, auquel doit revenir dès lors une part de l'éloge que nous avons fait de son imitateur. L'imitateur laisse de côté les six premières tirades d'Alberic, qui sont une sorte d'introduction historique au poème, et, après avoir dans la première tirade annoncé son sujet, il entre en matière par quelques vers où se retrouve presque mot à mot le septième couplet d'Alberic :
I. Ainsi laire dans Raoul de Cambrai, p. 41. On trouve aussi paire, maire, fraire, en rime avec faire, etc.. dans Jordan Fantosme, laisse 11 ; mais c'est un texte anglo-normana.
Il6 CHAP. VI, § 3.
Alberic.
VII. Reys Alexandre quant fad naz Per granz enseignes fud mostraz :
Crollet la terra de toz iaz, Toneyres fud et tempestaz, Le sol perdet sas claritaz, Per pauc no fud toz obscuraz, Canget lo cels sas qualitaz, Que reys est forz en terra naz.
Rédaction dicasyliabique.