II. Quant Alix, li filz Felip fu nez
Par molt granz signes fu 11 jors demostrez :
Li ceuz mua totes ses calitez,
Soleil et luna perdirent lor clartez,
Par poi ne fu li jors toz oscurez^,
Crolla la terre et se mut de toz lez,
En plusors los fu granz la tempestez;
Li reis Felis fu molt espaventez
De ce! enfant qui si fu demostrez :
Ce siniiîe qu'il sera molt senez
Et que li enfes conquerra mainc régnez.
L'imitation ne se poursuit pas avec la même fidélité. Le poème décasyllabique omet le portrait du jeune prince, traité avec une si visible complaisance par Albériç [couplets viii, ix, x] : mais il reproduit dans sa cinquième tirade certains traits évidemment empruntés au onzième couplet de son devancier. Une tirade lui
I. Sauf l'addition des mots li jors, c'est le texte même d'Alberic. La leçon de Venise (I, 238) est assez différente. Par cet exemple et par d'autres, on voit combien, malgré un petit nombre de fautes, la leçon de l'Arsenal est en somme préférable.
RÉDACTION DÉCASYLLABIQUE. I I7
suffit (Arsenal vi) pour nous faire connaître l'éducation donnée à Alexandre, quand Alberic en consacrait au moins quatre (xii-xv) au même sujet, et probablement cinq ou six, car notre fragment s'arrête avant que le poète ait achevé l'énumération des maîtres du jeune prince » .
D'autre part, le poème décasyllabique introduit dans le récit un certain nombre de traits qu'il a sinon inventés^ du moins trouvés ailleurs que chez Alberic : les trente fils de comtes nés le même jour qu'Alexandre et élevés avec lui (Arsenal m) ; la fierté du jeune prince attestée par sa répugnance pour les nourrices (Arsenal iv). Il n'y aurait aucune vraisemblance à supposer ces deux traits empruntés à un texte d'Alberic plus complet que celui de Florence, car ils font également défaut dans Lamprecht.
Notre fragment d'Alberic s'arrête au xv* couplet. Force nous est donc, à partir de ce point, de prendre Lamprecht pour terme de comparaison. Après l'exposé de l'éducation donnée à Alexandre, nous trouvons dans l'auteur allemand (vers 252-269) un court récit dont voici la traduction :
Par là et par bien d'autres enseignements, l'enfant Alexandre devint intelligent, fort et hardi. Il n'était alors âgé que de douze ans. Son esprit était ferme, et, pour tous les biens du monde,
1 . La comparaison avec Lamprecht conduit à la même conclusion, bien que l'auteur allemand ait un peu modifié l'énumération d'Alberic.
2. Ce trait ne peut pas venir du Pseudo-CalUsthènes, car on lit simplement dans valerius, I, i^ (Mûller, p. 12, Zacher, p. 16) : « Post vero regalius et competentius alebatur. »
Il8 CHAP. VI, § 5.
il n'aarait pas voulu m«ntir ni tromper personne, ni par amour ni par malveillance fausser la vérité. Il le fit bien voir à un sien maître qu'il précipita d'un rocher, de fureur, à lui briser le col en deux, parce qu'il lui avait dit un mensonge. Maintenant, des menteurs disent que c'était son père, ce que j'ai * bien de la peine à croire, parce qu'il lui cassa le col en deux.
C'est à peu de chose près le récit de la rédaction en vers décasyllabiques (Arsenal vu) ' :
Quant li .vu. maistre l'orent apris forment, Un en i ot de greignor^ escient Sur toz les autres sot cil d'enchantement^ Neptanebus ot nom, mien^ escient.
Par lo reàume desient la gent Que Alix, ert sis filz veirement ; Plusor distrent, mas il ne fu nient Car poi l'ocist molt engososement* :
De sur un mur l'enpeint el* fondement, Pois l'en pesa, si n'ot le cuer dolent.
Ce récit est tiré du Pseudo-Callisthènés, mais il a perdu toutes les circonstances qui, dans l'original, accompagnent et en une certaine mesure motivent le meurtre de Nectanebus. Écourté comme il se présente tant chez
1. Je restitue le texte à sa forme la plus probable en introduisant dans la leçon de l'Arsenal un certain nombre de variantes empruntées au ms. de Venise.