Voy. ms. de l'Arsenal, vv
2. Epitome, éd. Zacher, p. 22, 1. 5 et var., dans le grec 'Axapvavcbv.
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mand et au poème français, supposer l'existence d'un texte intermédiaire entre les deux poèmes et les rédactions latines. Ce texte intermédiaire ne peut être que le poème d^Alberic. Il est probable que Tidée de Césaire, nom que les croisades avaient fait connaître en Occident, aura été suggérée à Alberic par une fausse interprétation, — peut-être aussi une mauvaise lecture — d^Acernanum ou Acernarum.
Mais arrêtons-nous un instant encore sur cet épisode, et voyons comment il se présente dans les versions latines. La comparaison entre Valerius et Léon nous révélera des différences très notables. Chez Valerius, qui est fidèle au texte grec, Alexandre^ âgé de quatorze ans, se rend à Pisa * (Elide) pour prendre part à la course. Là il rencontre le roi Nicolas qui, après lui avoir adressé un salut un peu dédaigneux auquel Alexandre ne répond pas, finit par l'injurier et lui cracher au visage. Alexandre s'insurge, et répond en souriant à Nicolas : i< Je te jure que dans la course qui va avoir lieu, je te a battrai. » (Liv. I, ch. xviii.) Alexandre faisait preuve d'une pleine possession de soi-même que les gens du moyen âge auraient peut-être admirée, sous le nom d'humilité, dans la vie d'un saint, mais qu'ils n'eussent guère appréciée chez un jeune prince. Il est tout clair que rien de cette scène ne pouvait subsister dans la rédaction en langue vulgaire. Dans le chapitre suivant, Valerius, fidèle au texte grec, décrit assez longuement la course où
I . On a beaucoup disserté sur cette ville, ou plutôt sur ce nom : voy. Busolt, Forschungen zur griechischen Geschichte (Breslau, 1880),
Alexandre fut en effet vainqueur. Mais ces détails n'offraient plus guère d'intérêt, et même n'étaient probablement pas de tout point intelligibles au temps où le texte de Valerius fut mis en abrégé. Aussi VEpitome a-t-il réduit le chapitre xviii à ces quelques mots :
Non multo post, ubi dies certaminis advenit, Alexander, primum Nicolao superato et reliquis qui certamini adfuerant, corona redimitus, rapatriât Macedoniam.
Prenons maintenant le récit de Léon. Nous remarquons tout d'abord que les circonstances de la rencontre d'Alexandre et de Nicolas sont indiquées avec peu de netteté. Évidemment le traducteur n'a pas compris ou a cru que ses lecteurs ne comprendraient pas la scène dés jeux olympiques^ aussi l'a-t-il à peu près supprimée. Alexandre entre en Péloponèse sans qu'on sache pourquoi : il rencontre Nicolas à la tète d'une armée. La dispute s'engage comme dans Valerius, et se termine de même par la confiance qu'exprime Alexandre qu'il l'emportera sur Nicolas dans la course en char : ce ... Quia, tt si mecum certaveris, ludendo cum curru vincam. » On ne comprend pas très bien cette allusion à une course en char qui n'a pas été annoncée et qui n'est guère en situation, puisque rien n'indique chez Léon que les deux rivaux se soient rencontrés en un lieu destiné à des jeux^ mais ce qui suit est bien plus extraordinaire : (( Et te et patriam tuam per arma roihi subjugabo. » On ne conçoit guère cette conséquence excessive d'une lutte toute pacifique. Mais c'est que la lutte doit être tout autre chose que pacifique. La suite nous montre
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Alexandre fixant avec son rival le jour d^un véritable combat, comme pour ce qu'on nommait au moyen âge bataille aramie^ puis retournant dans sa patrie, rassemblant une armée, et venant au jour dit livrer bataille à Nicolas qu'il tue de sa propre main. A la suite de sa victoire, Alexandre subjugue le royaume de son adversaire, et est couronné par ses soldats ainsi que son cheval : « Et coronaverunt eum milites et equum ejus. » Si on compare ce récit à celui de Valerius d'une part, et à ceux des poèmes d'autre part, on ne pourra s'empêcher de reconnaître qu'il ressemble beaucoup plus à ceux-ci qu'à celui-là. Chez Valerius, il y a non une guerre, mais un concours entre deux rivaux : Nicolas, vaincu, n^est nullement dépossédé de son royaume. Chez Léon comme dans les poèmes^ il y a guerre : Nicolas est tué, et sa terre passe aux mains d'Alexandre. Toutefois, à examiner de près le récit français, — qui seul peut être pris comme terme de comparaison, le récit allemand étant trop écourté, — on remarque que, à part le fait essentiel de la guerre entre Alexandre et Nicolas, les circonstances sont tout autres que chez Léon ; d'où il est permis de conclure que l'idée de transformer en une guerre véritable, avec ses conséquences les plus extrêmes, la scène des jeux de Pise décrite par le Pseudo-Callisthènes et d'après lui par Valerius, est originale chez Léon et chez Alberic, source du poème allemand et du poème en décasyllabes. C'est spontanément que le traducteur Léon , ayant sous les yeux le Pseudo-Callisthènes, et Alberic, ayant sous les yeux Valerius, auront transformé un récit que son caractère H 9
trop particulièrement antique rendait peu intelligible et surtout peu intéressant pour des gens du moyen âge. L'hypothèse contraire, diaprés laquelle Alberic aurait eu recours à la version de Léon, n'est véritablement pas suffisamment appuyée par le rapport très léger qu'offrent les deux récits, et d^autre part il est peu admissible qu' Alberic, après avoir puisé dans Valerius, comme on Ta vu précédemment^ ait eu^ pour un point isolé, recours à l'autre version latine de l'histoire d'Alexandre.
C'est avec l'épisode de Nicolas que se termine la rédaction en décasyllabes. Dans les deux mss. que nous possédons de cette rédaction, l'histoire d'Alexandre est continuée et complétée à l'aide du poème en alexandrins de Lambert le Tort et d'Alexandre de Paris. Comme les deux mss. du poème en vers décasyllabiques offrent des leçons parfois très différentes, il est impossible qu'ils soient copiés Tun de l'autre ou tous deux d'un original commun. Il parait donc probable que si le texte décasyllabique s'arrête au même point dans les deux mss., c'est qu^il n'en a pas été composé davantage.
Et Alberic ? s^arrêtait-il au même point que les versions en décasyllabes, ou poursuivait- il l'histoire d'Alexandre jusqu'à sa mort? On conçoit qu'on ne peut répondre à cette question que par des conjectures. Entre les conjectures qu^on peut former, celle qui me parait la plus vraisemblable est qu' Alberic n'avait pas achevé son poème ; qu^il ne l'a conduit que jusqu'au point où s^arréte la rédaction en décasyllabes, c'est-à-
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dire jusqu^à l'épisode de Nicolas inclusivement. Ce qui me suggère cette hypothèse, ce n'est pas le désir d'établir une correspondance parfaite entre Alberic et le remaniement de son œuvre, c'est ce fait incontestable qu'après l'épisode de Nicolas, c'est-à-dire à partir du y. 482 de l'édition de Weismann, le récit de Laroprecht change de caractère. Jusque-là le poète allemand manifeste, par comparaison avec les récits latins, une originalité, une quasi-indépendance dont nous savons maintenant qu'il faut attribuer l'honneur à Alberic. A partir de ce point, on retrouve aisément sous sa narration facile, mais un peu commune, les textes latins qu'il a suivis avec une fidélité relative : à savoir VEpitome de Valerius, la lettre d'Alexandre à Aristote^ etViter ad paradisum. Prenons par exemple l'épisode qui fait immédiatement suite à la guerre contre Nicolas. Nous y lisons (vv. 451-519) qu'Alexandre, au retour de son expédition contre Nicolas, apprit que son père avait répudié Olympias et pris une autre femme nommée Cléopâtre. Affligé de cette nouvelle, il se rendit auprès de son père et lui plaça sur la tète la couronne qu'il avait enlevée à Nicolas, lui faisant connaître en même temps combien il lui était pénible de le voir abandonner Olympias pour une autre femme, et jurant qu'il arriverait malheur à celui qui lui avait donné un tel conseil. Sur ce, un chevalier appelé Lysias, homme impudent et habile parleur, lui adresse des paroles inconvenantes. Alexandre, furieux, lui jette à la tète un hanap d'or. Philippe^ saisi de colère, se lève, et en voulant se précipiter sur son fils, il tombe et se casse la jambe. Alexandre cependant s'éloigne, me-
naçant de son épée quiconque voudrait l'arrêter. Bient6t après cependant, il se réconcilie avec son père et l'amène à reprendre Oljnipias. C'est le récit même de VaJerius ■ reproduit avec une fidélité que jusqu'ici nous n'avons point eu occasion de constater. It y a donc chez Lamprecht, à panir du point précis qui vient d'être indiqué, un changement de direction très notable, qui s'explique tout naturellement si on suppose que la source française a fait tout à coup défaut à Lamprecht, et dont il est malaisé de se rendre compte dans toute autre hypothèse.
I. De Valcrim et non poini de Léon. Chez et dernier, la femme pour laquelle Philippe abandouia Olympiai l'appelle Cetiopetra ou GeUiopatre, et non, comme itra Valeriui, Clèopitre. Puis c'est avec un blton qu'Aleuadre frappe Ltûai, au lieu que chez Vilerius et chez Lamprecht il lui lauce une coupe 1 U lïle, etc.