‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 79 sur 178 · Par A. de Humboldt; voy. Zacher, ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Par A. de Humboldt; voy. Zacher, ouvr. cité, p

ANALYSE ET SOURCES DU ROMAN. l8^ -

§ 17. La fontaine de Jouvence (Mich. pp. Î47-51). — L'armée poursuit sa marche par un pays étrange en sa variété. Elle suit une vallée où règne un froid intense et où le sol cède sous les pas des chevaux (M. p. 347). Plus loin les Grecs sont assaillis par une pluie de sang (M. p. 348, v. 4). Enfin ils arrivent à la troisième des fon* taines annoncées plus haut (§ 14), à la fontaine « qui, quatre fois le jour, rajeunit les gens » (Mich. p. 349, V. 8) et qui dérive de l'Euphrate, Pun des fleuves du Paradis (Mich. p. ^$0, w. 16-7). Les compagnons d'Alexandre, et avec eux les deux vieillards qui les gui* dent, se plongent dans l'eau de cette source et en sortent avec l'apparence d'hommes de trente ans. Au cinquième jour l'armée se remet en marche. C'est la célèbre fontaine de Jouvence, dont la renommée s'était répandue en Occident dès le xii" siècle, et qu'au commencement du xvi° encore le capitaine Pons de Léon cherchait en Floride. D'où vient cette fable? Est-ce de l'Orient? Peut-être, mais ce n'est pas un auteur oriental qui nous la fournira. Il existe à la vérité un récit persan, qui figure sous des formes assez différentes, dans le Chah Nameh de Firdoûsi et dans l'Iskender Nameh de Nizàmi, où l'on voit Alexandre parvenir en une région ténébreuse où coule la fontaine de vie qui rend immortels ceux qui boivent de son eau K Mais cette fontaine doit bien plutôt être

I. Voy. Vogelstein, Adnotationes,,, ad fabulas de Alexandro magnOj p. 23 ; Ethé, Àlexander Zug zur LebmsquelU in Lande dtr FisUmiss, dans les comptes-rendus des séances de l'Académie de Munich, 1871, pp. 339-405. M. Ethé s*est surtout attaché à faire ressortir le caractère philosophique et religieux du récit de Nizâmi. Voir aussi Grion, Nobili fatti di AUssandro, zcvu-c.

identifiée avec celle qui confère l'immortalité et qui, nous l'avons vu plus haut, disparut après qu'Enoc, pour son malheur, s'y fut baigné (voy. d-dessus, § 14) : la fontaine dont nous nous occupons actuellement a une propriété tout autre : elle rajeunit. Ajoutons, comme signe particulier, qu'elle sort du paradis. Cette fontame, je la retrouve bien en Orient, mais non pas dans la littérature orientale. Elle est clairement indiquée dans le texte le plus ancien de la lettre de Prêtre Jean^ dont la composition appartient au troisième quart environ du XII® siècle > :

Quod nemus^ situm est ad radicem mentis Olimpi, unde fons perspicuus oritur, omnium in se specierum saporem retinens; variatur autem saper par singulas horas diei ac noctis, et progreditur itinere dierum .trium, non lenge a paradyso unde Adam fuit expulsas. Si quis de fonte illo ter jejunus gustaverit, nullam ex illa die infirmitatem patietur, semperque erit quasi in state .xxx. dilorum annorum, quamdiu vixerit^.

Je ne puis donner ce texte comme l'original du récit français : il y a dans le Roman bien des détails qui n'ont sans doute pas été tous inventés par le poète et dont la lettre de Prêtre Jean ne dit rien. C'est un récit parallèle. J'en dirai autant du passage de Huon de Bordeaux où le héros de ce poème trouve la fontaine de Jouvence dans le jardin de l'émir Gaudise :

1. Voy. Zamckc, DerPriester JohanneSy dans les Mém. de l'Acad. de Saxe, classe de philologie et d'histoire^ VII, 878.

Page 1