‹ Bibliothèque française du moyen âgeChapitre 80 sur 178 · Zamcke, ouvrage cité, pp · texte numérisé non relu

Zamcke, ouvrage cité, pp

ANALYSE ET SOURCES DU ROMAN. l8)

Une fontaine i cort par son canel :

De paradis vient li rius sans fauser.

Il n'est nus hom qui de mère soit nés Qui tant soit vieus ne quenus ne mellés, Que, se il puet el riu ses mains laver, Que lues ne soit meschins et bacelers.

Li riusiaus vient del flun de paradis.

Dex ne fist feme tant ait fait ses delis, Que, s'ele boit de l'aige .j. seul petit, Ne soit pucele comme au jour ke nasqui.

(Ed. Guessard, p. 165-6.)

On voit qu'ici la fontaine a deux vertus^ dont la seconde est attribuée dans le Roman, non à cette fontaine, mais aux plantes qui croissent à l'entour *.

§ 1 8. Les arbres du soleilet de la lune (M. pp. 351-356). — Après avoir quitté la fontaine de Jouvence, Alexandre rencontre deux paysans à qui il demande s'ils savent quelque chose des « merveilles de l'Inde. » Ceux-ci le conduisent auprès des arbres du soleil et de la lune, arbres merveilleux, qui savent parler, et annoncent à

I . D'après une autre tradition le don de rendre la jeunesse était attribué a un arbre. Ainsi dans le roman de Blancandin (éd. Miche lant, p, 85):

Un jor entra en un vergier

Blancandin por esbanoier ;

Arbres i ot moût de manières...

S'i estoit Parbres de jovent

Qui fait rajovenir la gent.

Il y a là probablement un souvenir du lignum viU de la Genèse, n, 9.

i86 CHAP. VII, g i8.

Alexandre sa mort prochaine. Chemin faisant on rencontre des gens qui vivent de l'odeur des épices (Mich. p. j5}, w. }-5). Cet épisode se trouve dans VHistoria de ptédiis comme dans la Lettre à Aristote, mais cette dernière seule fait mention de certains traits qui se retrouvent dans le Roman. Ainsi dans la Lettre (p. 46) et dans le Roman (p. 352), Alexandre commence par croire que les vieillards se moquent de lui ou méditent quelque trahison, et leur adresse des menaces ; on le voit aussi, dans les mêmes ouvrages, se rendre auprès des arbres merveilleux à la tète d'un simple détachement, le reste de l'armée étant momentanément placé sous les ordres de Porus, tandis que dans VHistoria^ lorsqu'on en arrive à cette partie du récit, Porus est mort depuis longtemps. Enfin c'est de la Lettre encore qu'a été tirée, par une interprétation un peu forcée, l'idée que certains hommes vivaient de l'odeur des épices : « Locus autem erat spaciosus et largus, thure et , « opobalsamo abundans.. . His vesci ejus regionis incolae « consueverant » (p. 47).

§ 19. Duel d'Alexandre et de Porus. Mort de Porus (Mich. pp. Î56-J69). — Alexandre retourne en Inde. Il cherche à dissimuler la réponse qui lui a été faite par les arbres^ mais Porus devine la vérité. Il croit le moment venu de venger la défaite que naguère lui a fait éprouver Alexandre. Il lui cherche querelle. Les deux rivaux se séparent irrités, rassemblent chacun son armée et bientôt se retrouvent en présence l'un de l'autre. Alexandre propose, et Porus accepte, de vider

la querelle par un combat singulier. Dans un premier duel, où Alexandre voit Bucéphale blessé à mort, Porus est mis hors de combat. Il se iait guérir, se bat une seconde fois et est tué. Ses hommes se rendent au vainqueur qui leur donne pour seigneur Ariste, Pun de ses pairs. — Il y a deux parties à distinguer : i® la préparation au duel; 2^ le du4- La seconde partie a son origine dans VEpitome, 1. Ill, ch. 4. Naturellement il y a des différences; par exemple, dans le Roman le duel a deux reprises séparées par un certain intervalle, mais cela n'a pas d'importance. La première partie au contraire, la préparation au duel, est de l'invention du poète français. Le Roman a intercalé la matière de la Lettre à Aristote entre les chapitres ^ et 4 du troisième livre de VEpitome. Or il y a entre ces deux documents un désaccord qui va jusqu'à la contradiction. Dans VEpitome le duel du chap. 4 est la suite et la conclusion de la bataille indécise du ch. 3. A aucun moment Porus et Alexandre ne sont alliés. Au contraire dans la Lettre il n'est pas question de duel, et Porus vaincu (ci-dessus § 11) se fait l'allié d'Alexandre et ne cesse pas de l'être. L'auteur du Roman, en combinant deux situations totalement différentes, a fait ce qu'avait fait avant lui certain copiste de VEpitome qui entre les chapitres ; et 4 du livre III a intercalé presque toute la lettre > . Mais il l'a fait d'une façon moins mécanique, en motivant par une transition de sa façon le duel qu'il empruntait à VEpitome,

I. Ms. de Wolfenbûttel (D); voy. Zacher, Epitome, pp. vij et 54. Il est bien possible que le poète ait eu sous les yeux un ms. ainsi

l88 CHAP. VII, § 20.

§ 20. Trahison de Divinuspater et d^Antipater, — La reine Candace (Mich. pp. 369-; 82). — Alexandre donne l'ordre à Divinuspater et à Antipater de se rendre auprès de lui à Babylone. Aussitôt ces deux personnages forment le projet de l'empoisonner. Le poète français s'est donné beaucoup de peine pour motiver cette résolution, et il y a médiocrement réussi. Il est visible qu'il n'a pas compris le texte assez obscur de VEpitome (1. III, début du ch. ^i). Le texte complet de Valerius, qu'il n'avait pas à sa disposition *, est plus clair. Puis il passe subitement à un autre sujet, et nous raconte, toujours d'après l'Epitom^ (III, 18-24), l'épisode de la reine Candace. Il modifie en divers points le récit. Le peintre envoyé par Candace pour faire le portrait d'Alexandre n'est pas nommé dans le latin >. Ce peintre a dans le Roman un nom célèbre : c'est Apelle (Mich. p. 572, V. 18). Le « rex Bebryciorum » à qui Alexandre reprend la bru de la reine Candace est devenu « le duc de Palatine » ou de « Baletine » (Mich. pp. ^3, V. 7, }74, V. 1 1, etc.). Enfin, dans le Roman, la reine prouve à Alexandre sa reconnaissance d'une façon bien autrement complète que dans le latin (M. p. 380).

§21. Marche sur Babylone. Ascension d'Alexandre en une nacelle enlevée par des griffons. Combats devant Ba-

I . On a vu plus haut (p. 24) (][ue, pour ce chapitre, le texte du ms. de Corpus est identique à celui de VEpitome,

1. « nia clam mittens unum e pictoribus suis. » Epit. III, 19. De même dans le texte complet.

bylone (Mich. pp. ^83-446)^». — Alexandre se dirige vers Babylone, la seule terre dont il n'ait pas encore la seigneurie. Il se propose de distribuer à ses compagnons le trésor de Pamiral, mais de respecter la propriété des pauvres gens et des bourgeois (Mich. p. ;8}-4). Ils passent par une contrée déserte appelée Sixte (Mich. p. J85, V. 4)2. En cette terre habitent des oiseaux hideux et gigantesques qu'on nomme griffons. Le roi en fait attacher sept ou huit à une chambre de bois et de cuir frais qu'il a fait construire exprès, et dans laquelle il prend place. Il élève hors de cette sorte de nacelle un morceau de viande attaché à la pointe d'une lance. Les griffons- s'enlèvent aussitôt entraînant la nacelle dans le sens où Alexandre dirige la lance. Il monte ainsi jusqu'auprès du ciel de feu. L'excessive chaleur le contraint de redescendre, ce qu'il fait ^ en abaissant la lance (Mich. pp. 386-9). On reprend la marche vers Babylone. Les Bédouins (il y a là un souvenir des croisades) apportent des vivres à la ville (Mich. p. 391, V. 30). On passe le Cobar (ibid. v. 32) J. L'amiral envoie un messager à Alexandre pour l'inviter à se retirer ; à cette condition des présents considérables lui seront offerts. Nabusardan4, sénéchal de

1. Premier vers (Mich. p. 28), v. 9) commençant en divers mss. par une capitale ornée : Alixandre U rois est au tref descendus,

2. La leçon Sixte ou Siste est assurée par l'accord du plus grand nombre des mss. En esture ms. 375, fol. 198 v b, est une leçon isolée.

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