PseudocallUthenes^p
2. Lire, d'après le grec, loUas.,. Cassandro; cf. Justin, XII, xiv, et Qttinte-Curce, X, z.
que le crime est accompli par le traître Amipater, et non, comme dans VHbtoria, par Jobas et Cassandre, personnages accessoires dont le poète n'a pas voulu embarrasser son récit. Si maintenant nous rapprochons ce récit de la partie du poème qui a été analysée au § précédent, nous serons frappés des contradictions que présentent ces deux morceaux si étroitement liés l'un à l'autre. Au § précédent nous avons vu le roi, plein de défiance à l'égard de Divinuspater et d'Antipater : ici au contraire il les accueille avec honneur et reçoit de l'un d'eux la coupe empoisonnée. Ce n'est pas la seule contradiction. Nous avons vu plus haut (p. 20;) que le poison ne devait produire son effet qu'après dix jours ; or nous voyons actuellement qu'Alexandre s*aperçoit immédiatement après avoir bu qu'il est empoisonné. 11 est donc impossible que les deux morceaux soient du même auteur.
Poursuivons notre analyse. Nous constaterons de nouveau deux faits : i® que cette branche est parfois en contradiction avec ce qui précède ; 2^ qu'elle est dans la dépendance de VHistoria de pmliis et non plus de Valerius. Alexandre se voyant perdu prend ses dernières dispositions. Il annonce aux douze pairs qu'il fera d'eux autant de rois (M. p. 5 10). Dans l'excès de sa douleur il veut se précipiter dans l'Euphrate, mais il n'a plus la force de marcher et tombe sur ses genoux. Rosenès, la reine, fait éclater son désespoir. Les Macédoniens cependant font un grand tumulte à la porte et menacent de tout briser si on ne les introduit pas auprès d'Alexandre. Celui-ci désigne Perdicas pour régner
sur les Grecs ; il lui lègue sa femme Rosenès et Pinvite à l'épouser dès le lendemain. Il spécifie ce que Perdicas devra faire, selon que Penfant que Rosenès porte en son sein sera un fils ou une fille (M. p. j 1 1). A Tolomé il assigne PËgypte et Babylone * et lui donne en mariage sa mère Olympias. « Mon père l'avait épousée, dit-il, <K mais je rompis le mariage qui était pour moi une ce cause de honte » (M. p. 5 1 2) >. A Clin il laisse la Perse, à Emenidus la Nubie, à Ariste l'Inde ), à Antigonus la Syrie et la Perse jusqu'aux monts de Tus, avec mission de garder Gog et Magog {M, p. 514). Pilotas reçoit Cesaire, la terre de Nicolas, et Lincanor « Aienie et toute Escoraenie^ » (p. 5 1 5). Il revient ensuite à Perdicas qui, au siège de Tyr, a sauté dans la ville après lui s ^ et en récompense de cet exploit il lui donne la Hongrie. A Liones il donne l'Afrique, à Antigonus la Grèce; Arides, le douzième des pairs, reçoit Car-
1. ici le poète a en vue Babylone d'Egypte, le Vicux-Caire, ville très connue au moyen âge, qu'il ne faut pas confondre avec Babylone d'Asie.
2. Cela est en contradiction avec le rèdt du poème, M. p. 50-2, voir ci-dessus, pp. 147-8.
3. Il en avait déjà été investi après la mort de Porus (d -dessus,
ser richement. Le poète ajoute :
S'il le dit, il le tint et bien li a paru,
Quar par celé aventure li est si avenu
Que puis li donna toute la terre au roi Porru.
4. c Alemasgne vos doins et toute Lombardie, » selon le ms. i $09$, fol. 252 V*.
5. Mais nous venons de voir que cet exploit est attribué, p. 218, à Ariste.
thage « où Didon se tua par sa folie pour l'amour « d'Ënée » (p. 517). Enfin Caulus de Macédoine est investi de la Grande-Arménie (p. 517, v. 28).
Ces dispositions testamentaires sont imitées librement de VHistoria de prMiis^ où elles se retrouvent avec des variantes assez nombreuses selon les textes. Elles man-^ quent totalement dans Valerius.
Après avoir fait connaître ainsi ses dernières volontés, Alexandre perd connaissance. Ses compagnons et sa femme Rosenès manifestent tour à tour leur douleur. Alexandre, réveillé de son assoupissement par leurs cris, leur adresse encore quelques paroles et meurt. Tout cela est assez longuement développé. L'imagination du poète s'est ici donné carrière, VHistoria n'ayant consacré aux regrets de la mort d'Alexandre que peu de lignes.
§ 26. Regrets ' des douze pairs. Fin du poème (M. p. 5 29- 550). — Il semble que tout devrait être fini, mais il en va tout autrement. Le récit de l'empoisonnementd'Alexandre est repris brièvement à la p. 529 de l'édition >, puis les regrets recommencent de plus belle et se poursuivent jusqu'à la p. 544. Ce morceau ne peut aucunement être de la même main que le précédent, avec lequel il fait double emploi et qu'il contredit en divers points.
1. Dans le ms. d'Oxford on lit à la fin du poème un explicit ainsi conçu : a Chi finent les regrès d'Alixandre. » {Romanidj XI, 300.) De même à la fin du ms. fr. 790. {Ibid,., ^07.)
2. A la tirade qui commence par le vers : Del bon roi Alixandre dont tiere est orfenine.
La fin du poème (pp. 544-50) contient la description des obsèques faites à Alexandre et du tombeau qui lui lut élevé, l'énumération des villes fondées sous le nom d'Alexandrie, et des réflexions morales du poète sur l'histoire de son héros et sur les enseignements qu'on en peut tirer.
Toute cette fin est incontestablement tirée non plus de VHisîoria de Léon, mais de VEpitome de Valerius. Il est facile de le prouver. A la p. 544 de l'édition, il est dit que l'on c< fit jeter un sort » dans le « temple Jovis T) pour savoir où Alexandre serait enterré. De la statue placée sur l'autel sortit une voix qui ordonna aux Grecs de faire porter le corps à Alexandrie. H n'est pas question de cette circonstance dans VHistoria, tandis qu'on lit dans VEpitome (III,,^ i) : « Cumque de sepul-
c( tura illius jurgia orirentur tandem Jovis oraculum
« consulentes, responsum acceperunt apud i^gyptum « eum sepeliri oportere, non in Memphis, verum in « illa quam ipse sibi sedificaverat urbe. » Voici une autre coïncidence non moins notable. Dans VHisîoria il est dit qu'Alexandre fonda quatorze cités qu'il appela de son nom. La même version ne fait pas mention du nombre d'années de son règne. Or, on lit dans VEpitome (III, 35) : <( Vixit autem annis triginta duobus, <rimperio potitus annis duodecim, condiditque urbes (( duodecim, quas omnes suo de nomine Alexandriam « denominavit. >> Suit l'énumération de ces douze cités. De même dans le Roman :
Si n'avoit que .x. ans quant il fu adobés, (547, 14)
Et quant il en ot .xx. si fii rois coronès, Et .xij. ans régna il^ itens fu ses aés.
L'énumération qui suit dans le poème correspond beaucoup mieux à la liste de VEpitome qu'à celle de VHistoria, On lit encore dans le Roman, à la suite de cette énumération, qu'il y avait sur les murs de ces villes cinq lettres grecques :
.V. lettres de grijois el mur escrites as^ (548, 14).
Puis, à la tirade suivante, le texte continue ainsi :
Por coi i fist ces lettres vos sai je bien a dire. Alixandres ki fu de tout le monde sire D'un lignage Jovis et sifu de s'empire
• On reconnaît là le texte de VEpitome (III, j 5) : <( Insignivit ergo muros earum primorum quinque grae- « corum elementoruni characteribus, uti legeretur in « eis : Alexander rex gerius Jovis, fecit : A B F A E". » Il n'y a rien de cela dans VHistoria. Enfin les derniers vers d'une tirade à laquelle s'arrêtent certains mssJ :
Et quanti! ot tant fait, si com Testore dist, (547, 6.) D'armes ne pot morir, mais que venins Tocist.
reproduisent assez bien la fin de VEpitome : « Et quem « orbis universus ferro superare non potuit, vino et « veneno superatus atque extinctus occubuit. »
1. Ce vers est corrompu dans plusieurs mss. et dans l'édition. Il se trouve à la fin d'une tirade que j'ai publiée d'après la plupart des mss. qui la contiennent; voy. Romania^ XI, 252, 254-$, 262/ 283, 287-8, 300, 306, 313 et 324 (note). Dans un prochain supplément à la notice de la Romania je publierai de nouveau la même tirade d'après le ms. de Venise.
2. Dans le texte grec : AXéÇavSpoc PafftXeirc y^^^C ^^^ ï%v,9i,