I^- VIII, § I
Dam quel ordre les autres branches sont-elles venues s'agréger à la branche III, c'est ce que je ne saurais dire, du moins en ce qui concerne les branches I et IV. Pour la branche II, je la crois la plus récente de toutes. J'étudierai les quatre branches dans l'ordre suivant : III, IV, I, II.
§ I . — Troisième branche.
Cette branche est celle qui a pour auteur Lambert le Tort ^ Le début en est indiqué de la façon la plus nette par une tirade d'introduction, qui en annonce le contenu. Je cite cette tirade d'après l'un des mss. qui me paraissent la donner sous la forme la plus complété, sinon la plus correcte, le ms. Bodley 264 de la bibliothèque Bodleyenne, à Oxford.
I. Lambcrs li tors (le tort ou le tortu) est certainement la bonne leçon. Elle est donnée par le plus grand nombre des mss., à savoir par Arsenal (voy. t. I, p. 60), par Venise [ibid., p. 274), par les mss. fr. 575 (Romaniaj XI, 267), 792 {ibid., 27$), 789 {ibid., 277), 791 {ibid., 286), 137$ (ibid., 290), par le fragment des archives du Comité (ibid,, 321). A la même leçon se rattachent la leçon évidemment fautive Lambtrs ./• tors du ms. fr. 368 [ibid.^ 309) et du ms. d'Oxford (ibid. y 295), comme aussi la leçon tout à fait absurde, un clers du castel et tour de Parbre, du ms. 24366 (ibid., 270). La leçon // cors (le court) ne se trouve que dans le ms. 24365 (ibid., 281), d'où il est. bien probable que Fauchet (Œuvres, 1610, fF. 539 v et > 54 r") l'aura tirée, car il a eu ce ms. entre les mains, comme le prouvent diverses notes de son écriture (Romania, XI, 280). Cette leçon, évidemment sans autorité, a fait fortune, grâce à Fauchet, et a servi de base à de ridicules prétentions généalogiques mises en avant par un certain breton appelé Lecourt de la Villethassetz, prétentions qui ont été soutenues dans une brochure spéciale par un professeur de l'Université (Eug. Talbot, Recherches sur Vorigine bretonne de Lambert li Court, trouvère du XII* siècle, Dinan, 1853, in-S"). Nous n'avons sur Lambert le tort d'autres renseignements que ceux qu'il est permis de tirer de son œuvre.
TROiSlÈMIE BRANCHE. 2 1 5
Qr entendes, seignors, que ceste estoire dbt :
De Daire le persant qu'Alixandres conquist,
De Poron le roi d'Inde qu'il chassa et occist.
Et de la grant vermine qu'es desers desconfist,
Et des bornes Ârtu qu'il cercha et enquist,
De Got et de Margot que il enclost et prist
Et estoupa lor terre du mur que il i iist,
Que jamès n'en istront jusqu'au tans Antecrist ;
Ainsi com Appelles s'ymage contrefist,
Du roi de Palatine qu'il pendi et deffist,
La roïne Candace qu'en sa chambre le niist«
Et de la vois des arbres qui de sa mort li dist,
Ainsi comme Aristotes Tentroduist et apprist ;
La verte de l'istoire, si com li rois la fist,
.L clerc de Chastiaudun, Lambert .i. tors, escrist,
Qui del latin le tret et en romans la mist.
Reprenons maintenant un à un les articles de ce sommaire, en tenant compte des variantes qu'offrent les autres mss., et voyons comment ces articles s'adaptent au texte de la branche que nous étudions.
De Daire le persant qu'Alixandres conquin. Donc le récit commençait avec la guerre de Perse. Tout ce qui précède — l'histoire de la jeunesse d'Alexandre, le récit de la guerre contre Nicolas, le siège de Tyr — était omis. C'est qu'en effet Lambert le Tort ne se proposait pas de refaire ce qui avait été fait avant lui. L'enfance d'Alexandre et la guerre contre Nicolas avaient été racontées dans le poème en vers décasyllabiques>, et quant à l'expédition contre Tyr, il est probable — nous