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« Des pèlerins dignes de foi m'ont affirmé qu'ils l'avaient complètement épuisée avec un linge, puis, qu'au bout d'un moment, sans qu'il y eût supercherie de la part de personne, ils en avaient retrouvé autant. Cela peut fort bien s'expliquer sans miracle, si la grotte est fort humide, et que l'eau y suinte le long des parois et tombe de la voûte.
« En dehors des ruines situées à proximité de la grotte et qui seraient celles de l'antique monastère, on ne voit ni couvent moderne ni aucune habitation. Il ne se fait aucune fête spéciale dans ce lieu et l'on ne s'y rend pas à une date déterminée. Pendant la belle saison, c’est un but de promenade pour les habitants des environs; on y fait un repas champôtre, et tout est dit. Pourtant les gens pieux y récitent quelques prières. »
L'existence de cette tradition dans un lieu si éloigné de la vallée de Kanoubine et dans un milieu arménien, qui sans doute l’a reçue d’une communauté grecque antérieure, n'est pas de nature, cela va sans dire, à confirmer la légende maronite que j'ai rapportée. Sans doute, cette dernière se présente à nous sous une forme plus développée et s'appuie sur diverses circonstances précises; mais, comme je l'ai déjà dit, on ne peut la suivre plus haut que le xv° siècle. Quant à la tradition arménienne, si elle s'offre à nous avec moins d'ampleur, on ne peut s'empêcher de remarquer que, pour avoir survécu ainsi jusqu'à nos jours à Erek, dans une région si souvent bouleversée par les guerres et les invasions, elle doit y avoir été solidement implantée il y a plusieurs siècles.
Ainsi donc, dans l'état de la question et en l'absence de documents probants, il est impossible de décider si c'est à quelque distance d'Erek, dans le Pont, ou à Kanoubine, dans le Liban, que sainte Marine ἃ vécu. J'en suis même à me demander sil n'existe pas en Orient d'autres localités, inconnues de moi, qui réclament également l'honneur d'avoir été habitées par notre sainte.
En tous les cas, si la tradition arménienne rend moins sûre la tradition maronite, elle contribue au moins à donner une plus haute idée de l'importance qu'avait autrefois le culte de sainte Marine.