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que Marine d'Antioche ou Marine d'Alexandrie, transférée en Galice on ne sait pourquoi. Or, comme Marine d'Alexandrie, ainsi que nous l'avons vu, est un personnage tout aussi problématique, il s’ensuivrait que très vraisemblablement des quatre Marine, la pisidienne, la syrienne, l'égyptienne et l’espagnole, les deux premières, c’est-à-dire la martyre et la moniale, auraient seules existé (1).
En résumé, notre sainte aurait vécu probablement au v° siècle; elle serait syrienne et c'est le monastère de Kanoubine qui aurait été le théätre de ses austérités ; enfin, la date exacte de sa fête serait le 17 juillet, jour où elle a dû mourir (2). Si ces conclusions paraissent acceptables au lecteur, elles devront annuler, au moins en partie, le jugement porté par le P.J.-B. du Sollier : « Praeter acta in vitis Patrum relata, dubia omnia sunt quae hanc Sanctam circumstant, nam quis verus ejus natalis seu obitus dies fuerit, ubi terrarum degerit, quo saeculo vixerit, hactenus satis incertum est (3). »
1. Culle de sainte Marine chez les Maroniles. — Sur le versant occidental du mont Liban, dans la Syrie centrale, s'ouvre une longue vallée arrosée par une rivière qui va se jeter dans la mer, après avoir traversé la ville de Tripoli. Sauvage d'aspect, surtout dans sa partie supérieure, elle fut habitée dès les premiers siècles par un grand nombre d'anachorètes et «le
(1) Je ne mentionne que pour mémoire une cinquième Marine, vierge, foncatrice du monastère cistercien de Saint-Mathieu, à Spolète en Ombrie, morte vers 1300 (Act. Sanct., Juin HI, Anvers, 1701, p. 665-667) et une sixième qui aurait vécu en Sicile (/bid., p. 288). De cette dernière il n'y a rien à dire, sinon que les Bollandistes eux-mêmes croient qu'elle n’a pas existé.
(2) Les Coptes, je ne sais pour quel motif, font mémoire de sainte Marine le 15 août (Masori).
(3) Act. sanct., Anvers, 1725, Juillet IV, p. 278. C’est qu’en effet, le savant jésuite a fait de louables, mais inutiles efforts, pour dégager des anciens textes la véritable histoire de Marine et surtout pour la distinguer nettement des homonymes, vraies ou fausses, avec lesquelles on l'a confondue (Zbid., p. 278-286, et Hartyrologium Usuardi, Antverpiae, 1714, p. 91, 345, 408). On peut en dire autant de Le Nain de Tillemont (Mém. pour servir à l'hist. eccl. des six prenriers siècles, Paris, 1701-1712, vol. XVI, p. 167) et d’A. Baillet (Les Vies des saints, Paris, 1701, in-8, vol. VI (mois de juin), p. 415, et vol, VII (mois de juillet), p. 410-416).
cénobites, ce qui lui a valu son nom de Kadicha, c'est-à-dire la sainte. Plusieurs monastères y furent construits, dont quelques-uns existent encore, entre autres celui de Kanoubine, autrement dit, le monastère par excellence (χοινόδιον), qui aurait été fondé, dans la seconde moitié du 1v° siècle, sous Théodose le Grand, et qui a été pendant quelques siècles la résidence d'été des patriarches maronites (1). C’est dans ses murs que, suivant la tradition, Marine aurait été introduite par son père, et c'est à peu de distance de là que se trouve dans le rocher une anfractuosité où elle se serait retirée, lorsqu'elle eut été chassée par les religieux. Toutefois il faut reconnaitre que les Maronites ne peuvent prouver l'existence de cette tradition au delà du xv° siècle.
« Ce n'est qu'à cent pas dé Canubin, écrivait, en 1722, le voyageur De la Roque, qu'on montre la Grotte de sainte Marine Vierge : l’un de ces bons moines nous y conduisit. Eile est formée par la seule nature dans un grand rocher, où l’on arrive par un chemin assez commode : sur le devant du rocher il y a une espèce de terrasse fermée d'une haye, laquelle ἃ vüë sur ja montagne qui est à l’opposite, dans le fond du vallon. Autrefois on n'entrait que par l'ouverture naturelle du rocher; mais à présent il y ἃ une muraille, et une petite porte que l'on tient fermée, parce que tous les jours on dit la Messe dans ce lieu, et qu'on y laisse tout le service de l'autel. La longueur de la Grotte est d'environ quinze pieds, et sa largeur de huit ou dix : sa hauteur est comme celle d'un homme de la plus avantageuse taille jusqu'à l'autel, derrière lequel elle commence à pencher. La dévotion des Maronites est si grande pour ce lieu-là, que leurs Patriarches ont choisi pour leur sépulture le terrain qui est au-devant.. Au sortir de la Grotte de sainte Marine pour retourner à Canubin, on trouve une belle fontaine dont l'eau est aussi froide que la glace; les Maronites en boivent par dévotion, en mémoire de cette pénitente à qui elle a longtemps servi (2). »
1) Sur la vallée de Kadicha et le monastère de Kanoubine, νον. De la Roque, Voyage de Syrie et du Mont-Liban, Paris, 1722, vol. I, p. 50 etsuiv.; E. Poujade, Le Liban et la Syrie, Paris, IS60, p. 17; E. A. Spoll, Le monastère de Kanoubine, dans lUustration, Paris, n° du 23 mars 1861, p. 179-180, avec une gravure.
(2) De la Roque, Op. cil., vol. 1, p. 59.
Les Maronites croient que Marine est née dans la petite ville de Kalamoun, qui est bàtie sur le bord de la mer, à une petite distance au sud de Tripoli (1). Quant au village où vivait la jeune fille qui porta contre notre sainte une fausse accusation, ce serait celui de Torza, qui est situé à six heures de marche environ de Kalamoun et à deux heures de Kanoubine Les habi-
- tants de la vallée prétendent que le séjour de la calomniatrice
dans ce village lui a porté malheur, car il est toujours misérable et a été plusieurs fois détruit par des tremblements de terre (2).
La grotte de sainte Marine, qui se trouve à une centaine de mètres, à l'ouest du monastère, et qui est transformée en chapelle, n’a jamais cessé d'attirer des pelerins, surtout des jeunes femmes privées de lait qui viennent prier la sainte de leur en obtenir (3). Toutefois, depuis que les patriarches maronites ont transféré leur résidence d'été de Kanoubine à Diman, ce monastère ἃ beaucoup perdu de son importance et n'est plus habité que par un très petit nombre de moines. Le culte de sainte Marine en ἃ souffert et la messe n'est plus célébrée dans sa chapelle que le jour de sa fête, c’est-à-dire le 17 juillet.
De la vallée de l’oïdi Kadicha, le culte de sainte Marine ἃ été transporté au loin par des émigrants obligés de fuir le Mont- Liban. Cest ainsi qu'il fut importé dans l'ile de Chypre, vers la fin du χα" siècle, lorsque de nombreux Maronites y chercherent un refuge à la suite de Guy de Lusignan, le dernier roi laün de Jérusalem, et il s'y est perpétué jusqu'à nos Jours. Au retour d'une mission entreprise sur l'ordre du patriarche maronite, M. l'abbé P. Chebli (4) m'écrivait, à la date du 22 jan-
(1) Kalamoun est une petite ville musulmane. La communauté chrétienne maronite qui habite près de là dans la montagne, possède une église où sainte Marine est l'objet d’une grande vénération.
(2) Quaresmius s’est déjà fait l'écho de cette opinion : « Villa ubi filia illa bubulei ab alio corrupta detraxit honori S. Marinae Torza nominatur, semper miserabilis et egena; crediturque id esse ob scelus in sanctam virginem perpetratum : distat a Canobin sex circiter milliaribus » (Æislor. theol. el moral. Terr. Sanct. elucid., Antverpiae, 1639, vol. IT, p. 890).
(3) La même chose ἃ lieu dans l'église de Kalamoun, comme le disait déjà le patriarche Douaïhi (1670-1701), dans sa Chronique, sous l'année 1113.
(4) Je tiens à remercier ici M. /Fabbé P. Chebli, jeune prêtre fort instruit, attaché au patriarcat maronite, M. l'abbé Arida, secrétaire de ce patriareat, et le P. Pierre Hobeïka, curé de Basconta, au Mont-Liban, qui m'ont envoyé, avec
vier 1904 : « Il existe dans l’île de Chypre un village maronite nommé ‘Aix Mapivz, à l'extrémité Nord-Ouest de la province administrative de Nicosie. J'ai visité ce village il y a deux ans. Il compte environ 150 âmes. L'église paroissiale est dédiée à sainte Marine, et les habitants savent par tradition qu'ils sont originaires de la vallée de Kanoubine et qu'ils ont apporté avec eux le culte de leur patronne. Il existe aussi dans l'île d’autres localités portant le nom d'Aix Moapivx; mais je ne les ai pas visitées, parce qu'il ne s'y trouve plus de Maronites. »
Pour terminer, je devrais parler ici des reliques de sainte Marine qui furent conservées à Kanoubine, mais, pour éviter des redites, je crois préférable de ne le faire qu'un peu plus loin, dans le paragraphe où il sera question du culte de notre sainte chez les Vénitiens.
2. Culle de Sainte Marine chez les Arméniens. — Cette Introduction avait déjà paru dans la Æevue de l'Orient Chrélien, lorsque j'ai reçu une importante communication du R. P. Girard, S. J., qui réside actuellement à Constantinople, mais à passé une vingtaine d'années dans le Pont. Il parait que la vierge sainte Marine (sourp Marinos gouis, mpeg Vapliunu fus gn) Serait connue et honorée par la population arménienne d'Erek, localité située à une grosse demi-journée à Fouest de Niksar (l'ancienne Néo-Césarée). Bien plus, suivant la tradition qui existe dans ce lieu, c'est là que la sainte aurait vécu. Mais 16 laisse la parole au P. Girard, qui a visité Erek en 1902 :
© À proximité de fondations qu'on dit être celles de l’ancien monastère, on montre une grotte qui passe pour celle où Ia vierge sainte Marine aurait passé les vingt dernières années de sa vie. On assure, mais je ne sais depuis combien de temps, qu'il n'y ἃ que quelques années qu'on en ἃ emporté une pierre creusée en forme de berceau où la sainte aurait fait coucher l'enfant. Aujourd'hui on y voit encore une petite colonne surmontée d'une autre pierre (probablement un chapiteau mutilé), présentant au centre de sa face supérieure une excavation continuellement remplie d’une eau qui passe pour miraculeuse.
une extrème obligeance, de précieux renseignements sur le culte de sainte Marine dans leur nation.