‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 102 sur 195 · SPORE POP ΨΥ, ὙΠ · texte numérisé non relu

SPORE POP ΨΥ, ὙΠ

yrage inédit sur sainte Marine (1), ἃ déjà rejeté une troisième date, celle de 1213, donnée dans une Vie manuscrite qu'il a eue sous les yeux et que je crois être contenue dans le « codicetto membranaceo » du xv° siècle, conservé, au dire de (ἃ. Bianchini (2), dans les archives de 5. Maria Formosa. Comment ce dernier auteur a-t-il pu l'accepter (3), le texte en question plaçant également la translation « sub tempore Jacobi Theopoli Venetorum ducis »? En 1215, le doge était Pietro Ziani.

Les Maronites sont persuadés que la dépouille mortelle de sainte Marine ἃ été conservée très longtemps dans le monastère de Kanoubine et qu'un jour, à la suite de circonstances dont ils n’ont pas gardé le souvenir, elle leur à été enlevée. 1 ne leur en serait resté qu'une faible partie, un bras de la sainte. Comment donc ce corps at-il pu être apporté à Venise de la « Romaigne », c'est-à-dire de quelque monastère de Constantinople ou des environs? Ne serait-il pas authentique? Il est facile de répondre à cette question. Les Byzantins ont toujours vivement reproché aux Latins d'avoir dépouillé leurs églises d’un grand nombre de reliques. Si le reproche est vrai, il ne l’est, en tous les cas, pas moins que celui qui peut être adressé aux Byzantins eux-mêmes. Car enfin, si les Latins ont trouvé de si nombreuses reliques à Constantinople, n'est-ce pas parce que beaucoup d’églises des diverses provinces de l'Empire en avaient été dépossédées au profit de la capitale? L'histoire n'est-elle pas là pour attester par d'innombrables exemples ce pieux et incessant drainage qui pendant des siècles ἃ accumulé dans les monastères de Byzance, du Mont- Athos et de vingt autres localités de la Thrace, tant d'objets précieux tels que reliques, livres liturgiques, icones, etc.?

Que le corps de sainte Marine ait été ainsi obtenu de gré ou de force des moines de Kanoubine et transporté dans quelque monastère de Constantinople, à une date qu'on ne peut préciser, c'est chose fort possible et fort probable. Et quoi de plus naturel alors, qu'à une époque où les Grecs trafiquaient si fa-

(1) Biologia 5. Marinae, p. 49-50. Voy. plus loin, dans les Appendices (N° 1, Ῥ. 287), la description de ce manuscrit.

(9) Lachiesa di S. Maria Formosu, Venezia, 1892, p. 95. (Voy. plus loin, p. 289.) (3) 1bid., p. 34.

cilement de leurs reliques les plus vénérées, un riche Vénitien ait pu se faire céder le corps de notre sainte (1)?

L'église paroissiale de Venise à laquelle fut confié ce précieux dépôt était sous le vocable de saint Libéral et de saint Alexis, mais elle ne tarda pas à prendre le nom de sa nouvelle patronne. Lorsqu'elle fut démolie, vers 1818, le corps de la sainte fut déposé dans l'église de 5. Maria Formosa, où il se trouve à l'heure présente et continue à être l’objet d'une grande dévotion (2).

Je crois bien faire en reproduisant ici les pages intéressantes que Théodore d'Amadeni ἃ consacrées aux précieux restes de sainte Marine dans son curieux manuscrit (3) :

« Statum igitur, quo S. corpus hodie subsistit, et in quo conspicitur explicare desideravi, partim ut magnalia Dei enarrarem, partim utS. Marinae singularem praerogativam annunciarem. Ut huic desiderio meo facerem satis aliisque vera edicere possem, petii S. corpus propius intueri, et exactius examinare. Obtentà gratià, cum veneratione accessi, et sindone involutum vidi, eà nimirum (ut creditur) quà huc allatum fuit. Indè explicatà sindone ipsum caput consideravi, quod carne spoliatum est, à collo verû reliqua corporis membra carne et pelle vestita admirando prodigio conspiciuntur ; ad cervicem caro, ad latus versus iugulum caro, cartilagines, ac nervi per partes ossibus adhaerent; ab humeris scapulae et interscapilium usque ad dorsum inferius non nisi carnem pelle tectam exhibent. Ipse thorax et pectus illaesa sunt; hinc credendum est quod viscera et intestina omnia adhüc contineant. Brachia cooperta carne apparent; dexteri tamen pars à cubitu usque ad manum turgida et quasi inflata videtur. Dextera manus brachio iuncta manet, carne pelle et unguibus insignis : sinistra à corpore

(1) L'existence de la tradition arménienne rapportée plus haut et que j'ignorais lorsque ces lignes ont été écrites, rend évidemment plus problématique l'authenticité du corps de sainte Marine qui se conservait chez les Maronites. Quant à celui qui est vénéré actuellement à Venise et qui y a été apporté de Constantinople, avait-il été transféré dans cette dernière ville de Kanoubine du Liban ou d'Erek dans le Pont ou d’ailleurs, c'est ce qu'on ne peut décider en présence de traditions contradictoires.

(2) Voy. les Appendices, sous le n° 2. L'église de Sainte-Marine était située près d’un canal qui porte encore le nom de « Rio di Santa Marina ».

(3) Biologio S. Marinae, p. 65-68. Voy. les Appendices, sous le n° 1.

separata est, de quà propterea infrà agendum erit. Separationis violentis indicia in supereminentibus nervis ettendinibus carni hinc indè coagulatis admirantur. Coxendices ac femora tantà carne repleta sunt, ut tumida iuxtà ac rotunda videantur. Indè genua ac poplites, tibiae ac-surae, ipsa quoque suffrago et planta pedum cum talis et calcaneis, cum digitis et halluce à corruptione illaesa sunt. Hine, pellis colorem fulvum imitatur, et tenaciter carni adhaeret, sed (quod omnem admirationem superat) in pluribus locis sese mollem et tractabilem pracbet. Hic status corporis praerogativam exhibet eximiae castitatis, praerogativam purissimae virginis, praerogativam ὃ. Marinae.

« Hàc praevià informatione corporis, ad manus à corpore separatae explicationem pergo : est ea, ut suprà dixi, sinistra, ut reliquum corpus carne et pelle tecta, non tamen distenta per longum, sed pollice dempto (qui separatim ostenditur) ac quatuor digitis à secundo articulo reflexis, thecae argenteae inauratae inclusa ut hic conspicitur (1). In thecà, cum inseriptio duplex, una aversa, altera lateralis offendatur, utramque graeco idiomate, utillic habetur, ponere, deinde latino sermone ut res magis inclarescat, explanare statui.

Inscriptio lateralis Lhecae in qu manus S. Marinae. conservatur.

Quaerantur ista cuius haec manus sit :

Martyris ista Marinae sanctae,

Cuius potentia fregit draconum capita.

Hanc quaerendam impulit me devotio.

Quaerens igitur inveni illam ex desiderio, Ad ornatum igitur festinavi ornatae ex se.

(1) Le manuserit contient ici une aquarelle qui représente ce reliquaire.

Inscriplio aversa eiusdem thecae in quA praedicta manus custoditur.

Oo

ι Lans δύον pe τῶν νοητῶν πνευμάτων, ΄ ᾽ , 4 , ΄ Νίχην rar αὐτῶν χαὶ χράτος τε παρέχοις, VE : 2 RS Ἀγάλογον νέμουσα τῇ σχέσει δόσιν.

Parvus quidem iste erga magnam est, Attamen infinitus ob studium affectus.

Igitur non marcescens flos martyrum, Turbine libera intellectualium spirituum, Victoriam super ipsos et robur praebe, Proportionale impertiens devotioni donum. »

La description du corps de sainte Marine n'est pas sans importance, car elle paraît fournir une preuve de son authenticité. Il suffira pour cela d'en rapprocher ce que nous apprennent la tradition et les livres des Maronites. Chez ces derniers, én effet, on regarde comme un fait certain que, lorsque le corps de Marine fut enlevé du monastère de Kanoubine, on y laissa une partie du bras de la sainte, laquelle fut conservée longtemps par les moines, jusqu'au jour où elle disparut à son tour. Or, Théodore d’Amadeni nous dit précisément que le corps qu'il a si minutieusement examiné, était privé de la main gauche et que les traces de la violence avec laquelle celle-ei avait été arrachée étaient parfaitement visibles sur l’avant-bras (1).

Quant à l’autre relique décrite par notre auteur, c'est-à-dire la main détachée autrefois du corps de sainte Marine, qui aurait été retrouvée et apportée à Venise, il est certain, d'après l'inscription grecque reproduite plus haut, qu'elle n'a aucun rapport avec le corps en question (2). Cette inscription dit for-

(1) Évidemment il n'ya une concordance parfaite entre ces deux affirmations que si cette partie du bras de la sainte conservée à Kanoubine était une "ain, et une main gauche. Je n'ai pu savoir malheureusement ce qu'est devenue cette relique, qui existaitencore du temps du patriarche Douaïhi (1670-1704), comme 1116 rapporte dans sa Chronique. Voy., de plus, la note 1 de la p. xvr.

(2) Le pouce de cette main était conservé à part dans un petit reliquaire en argent portant cette inscription : Λήψανον τῆς ἁγίας Mapivac.

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mellement qu'il s'agit d'une relique de sainte Marine ἡια)"tyre. Théodore d'Amadeni est d'abord quelque peu désorienté par cette assertion, mais aussitôt, pour calmer ses doutes et persuader ses lecteurs que la relique est authentique, il s'efforce de démontrer, à l’aide de nombreuses citations, qu'on donnait parfois, au figuré, le nom de martyr à un saint qui n'avait pas été mis à mort, mais qui avait eu à supporter de grandes mortifications (1).

Il n'y ἃ évidemment aucun compte à tenir de cette explication. La vérité, la voici. La pieuse femme qui avait pris à tâche d'enrichir l’église Santa Marina de cette main qui manquait au corps de sa patronne, était grecque. Les Grecs, nous le savons, vénèrent le même jour que les Vénitiens, c'est-à-dire le 17 juillet, une sainte Marina; mais celle-ci est un personnage différent, une martyre qui a versé son sang pour sa foi à Antioche de Pisidie. C’est certainement une de ses mains que l’on croyait avoir renfermée dans le petit reliquaire (2). Nous sommes donc ici, une fois de plus, en face de cette confusion qui s’est établie dès l'origine entre Marine la moniale et Marine la martyre, et que nous retrouvons partout et toujours sous des formes diverses.

1 αἱ déjà dit que les Vénitiens célèbrent la fête de sainte Marine le 17 juillet. Comme ils sont les seuls dans l'Église latine qui aient adopté cette date, il faut qu'ils l’aient empruntée aux Maronites. Cela ne serait-il pas une nouvelle preuve de l’authenticité du corps de la sainte? Il semble, en effet, que la connaissance cle la véritable date de sa fête a dû être conservée par ceux qui ont successivement possédé cette relique, depuis le Jour où elle ἃ été emportée du monastère de Kanoubine jusqu'à celui où elle à été déposée dans l’église Santa Marina de Venise. Cette explication me parait plus plausible que celle donnée par le Martyrologe romain (3) et la leçon propre du bréviaire de

(1) Biologia S. Marinae, p. 69-70.

(2) Je n'ai pas, bien entendu, à rechercher ici si cette relique, en tant que provenant de Marine d’Antioche, est authentique ou non. Il me suflira de dire qu'une autre main gauche de la même sainte aurait été conservée en Belgique (νον. Act. Sancl., Juillet V, Anvers, 1727, p? 28), et qu'une /roisième main, également de cette martyre, se trouve encore, à l'heure actuelle, dans le trésor du monastère de sainte Catherine, au Mont-Sinaï.

(3) « Venetiis Translatio sanctae Marinae Virginis. »

Venise, d'après laquelle cette date serait celle de la translation du corps de la sainte à Venise (1). Il n’est pas étonnant qu'à une époque relativement récente on ait cherché dans cette translation l’origine de la fête du 17 juillet, puisque l’on ne savait plus à Venise, en admettant qu'on l’ait jamais su, que le corps de la sainte, apporté de Constantinople, avait été conservé antérieurement au Mont-Liban. La leçon historique de l'office de sainte Marine, propre au diocèse de Venise et qui ne doit pas être bien ancienne, nous dit, en effet, que cette sainte aurait vécu en Bithynie (2), assertion empruntée, sans aucun doute, à la traduction latine du texte grec métaphrastique de sa Vie.

Ὁ. C'ulle de sainte Marine à Paris. — Au Nord du Parvis de Notre-Dame, dans la Cité, la rue la plus voisine de la cathédrale était autrefois celle de Saint-Pierre-aux-Bœufs. Quand on s'y engageait, en venant du Parvis, on y voyait, à une très courte distance, sur la droite, l'église paroissiale à laquelle elle devait son nom, et à peine avait-on dépassé cet édifice qu'on apercevait, avant d'arriver à la rue Chanoinesse, qui existe encore, et toujours sur la droite, une étroite impasse se terminant contre la facade d’une toute petite église, dédiée à sainte Marine. Cette église se trouvait donc à quelques pas, en arrière et au nord, de Saint-Pierre-aux-Bœufs, et sa façade était à peu près sur la même ligne que celle de Notre-Dame. Autrement dit, si elle existait encore, elle serait un peu en saillie sur le côté oriental de la rue d’Arcole actuelle.

La paroisse qui avait Sainte-Marine pour centre religieux, était la plus petite de Paris, mais, à un certain point de vue, elle était la plus importante. En effet, comme elle était la seule qui fût à la collation des évêques, plus tard des archevêques de Paris, ceux-ci en avaient fait la paroisse de leur maison. La plupart des historiens qui lui ont consacré quelques pages, ou plutôt quelques lignes, disent qu'elle était fort pauvre et ils ajoutent qu'elle ne comptait qu’un très petit nombre de parois-

1) Il se pourrait d’ailleurs qu'on ait choisi le jour même de la fête de la sainte pour placer solennellement son corps dans l’église Saint-Libéral. (2) « In Bithynia floruit. »

siens (1). Sans doute les officiers et les serviteurs de l’évêque étaient peu nombreux et peu riches, mais grâce à la proximité du Palais de Justice, où siégeait le Parlement, des gens de loi, conseillers, avocats, etc., durent toujours habiter près de Sainte- Marine. Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir les quelques registres de comptes et autres, provenant de la cure et de la fabrique, qui sont conservés aux Archives nationales (2).

L'église Sainte-Marine fut vendue le 2 février 1792, et son acquéreur ne tarda pas à y installer un théàätre populaire. Plus tard, elle fut transformée en atelierde menuiserie d’abord, de teinturerie ensuite. Elle a été démolie, sous le règne de Napoléon IT, lorsque ce quartier de la Cité fut bouleversé par la construction de la nouvelle rue d’Arcole. Seuls, quelques Parisiens se souviennent encore actuellement de ce modeste édifice qui, pendant huit siècles au moins, fut le témoin du culte rendu par leurs ancêtres à une sainte dont le nom et l'histoire ne sont plus connus que de rares érudits.

On ne sait ni quand ni par qui fut bàtie l’église Sainte-Marine (3). Les historiens ne peuvent que placer sa construction à une époque d'autant plus éloignée que les titres connus par eux, dans lesquels elle est mentionnée, sont plus anciens. Nous les

(1) « Dix ou douze personnes sont paroissiens de ladicte église », écrit Jacques Du Breuil en 1612, tandis que, en 1754, l'abbé Lebeuf nous apprend que « cette paroisse n’est composée que d'environ vingt maisons ».

(2) Voici l'indication de ces registres, avecles cotes sous lesquelles ils sont pla cés : (LL 842) Registre des délibérations de messieurs les curé et marguilliers de la paroisse Sainte-Marine commenceant au mois de febvrier 1669 (c’est-à-dire au 2? février, jour de la Purification, etse terminant au 3 avril 1689); — (LL S13) État des fondations faites dans l'église et paroisse Sainte-Marine en la cité et le Procès-verbal de son E. Monseigneur le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, portant réduction des fondations, 1718; — (LL 841) 1° Énumération des services que le curé Isoard doit célébrer pour des membres de la confrérie de $. Roch et S. Sébastien établie dans l'église Sainte-Marine ; 2° Procès-verbaux des délibérations de l'assemblée de ladite confrérie; — (LL 845) 1° Sommaires du contenu de divers inventaires des droits et biens appartenant à la cure et à la fabrique de Sainte-Marine; 2° Procès-verbaux de délibérations de l'assemblée des marguilliers et paroissiens ; 3° Noms de messieurs les marguilliers de l'église et fabrique Madame Sainte-Marine pris sur les comptes (de 1995 à 1754).

(3) L'abbé Lebeuf nous apprend que dans la première moitié du xvur siecle cette église, quoique fort petite, était cependant plus vaste que l'édifice primitif, lequel avait dû être remanié et agrandi trois cents ans plus tôt. Il ajoute que les quatre ou cinq marches qu'il fallait descendre pour y pénétrer étaient une preuve de son antiquité. Voy. aux Appendices, sous le n° 6.

voyons reculer ainsi cette époque au delà de 1400, de 1228, de 1214 et enfin de 1045 (1). Cette dernière date (2) est celle d'un acte dans lequel Henri I‘, roi de France, donne à Imbert, évêque de Paris, la petite abbaye construite par son père Robert IT, à Saint- Germain-en-Laye, ainsi que ses diverses dépendances, entre autres, « l’église de Sainte-Marine dans l'ile de Paris ». Aïnsi Sainte-Marinie qui n'a pas été bâtie, semble-t-il, du temps de Henri I‘, remonte au moins au règne de Robert le Pieux (996- 1031). C'est, on le voit, un âge respectable pour notre petite église, et nous devons rejeter complètement la supposition de l'abbé Lebeuf, d'après laquelle elle aurait été construite, au

commencement du x siècle, par quelque riche Vénitien établi

dans la Cité, en souvenir de la patronne de sa ville natale.

Plus erronée encore est l'opinion de certains auteurs qui ont imaginé que Sainte-Marine tirait son nom des mariniers des bords de la Seine, qui l’auraient fait bâtir en l'honneur de la Vierge, protectrice des navigateurs. Si une pareille hypothèse avait obtenu créance dans le peuple, elle aurait certainement fait attribuer à sainte Marine une influence surnaturelle, basée sur une fausse étymologie de son nom, comme cela est arrivé pour un si grand nombre de saints, tels que saint Expédit, invoqué pour la prompte expédition des affaires, sainte Fare, qui obtient la guérison des maladies d’yeux, etc. Au lieu de cela, notre sainte fut toujours l’objet d'un culte spécial dont l’origine doit être cherchée dans son histoire plutôt que dans son nom, et que l’un des nombreux auteurs qui nous l'ont fait connaitre décrivait ainsi : « C’est dans cette église que se font par autorité de justice les mariages des filles qui ont failli à leur honneur; l'usage ancien était de leur donner un anneau de paille (3) ». Cette coutume a son importance, car ainsi que l’a déjà fait remarquer M. l'abbé Nau, «elle montre que sainte Marine honorée à Paris était bien l'héroïne faussement accusée d’avoir « failli à

(1) On trouvera reproduits dans les Appendices les passages où cesauteurs discutent sur l'origine de Sainte-Marine.

(2) L'acte en question n'est pas daté. La date de 1045 est donc approximative, Jaillot avait adopté celle de 1056.

(3) Le Maire, Paris ancien el moderne, Paris, 1689, vol. II, p. 87. Voy. aussi Les curiosilés de Paris, de Versailles, par M. L. ἢ, (Le Rouge), Paris, 1716; vol. I, p. 20, ainsi que plusieurs des textes sur l’église Sainte-Marine, reproduits plus loin dans les Appendices. '

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« son honneur ». Les peines qu'elle avait endurées et les mérites qu'elle avait acquis à cette occasion étaient sans doute censés devoir profiter aux personnes accusées, avec Justice cette fois, de s'être trouvées dans la même condition (1) ».

Il est évident, en effet, que sainte Marine était connue dans le diocèse de Paris fort longtemps avant que son corps eût été apporté à Venise. Son histoire figurait dans ces vieux légendaires que nos pères aimaient tant à lire, et peut-être des Maronites, établis à Paris, avaient-ils contribué par leurs récits à la rendre populaire. Les plus anciens bréviaires et missels manuscrits du diocèse font toujours mention de la mémoire de cette sainte, à la date du IS juin (2). Je n'ai pas à revenir ici sur les motifs qui ont dû faire adopter cette date (3). Lorsque, dans le bréviaire de Paris, publié par ordre de Mf de Vintimille, fut insérée, en 1736, une leçon historique concernant sainte Marine (4), on ne se préoccupait pas beaucoup de la valeur des documents à l’aide desquels on rédigeait les leçons de ce genre. Aussi, dans ces quelques lignes, voit-on accumulées plusieurs erreurs.Il y est dit, par exemple, comme dans la leçon propre au bréviaire de Venise, que sainte Marine était originaire de Bithynie, détail puisé dans la Vie métaphrastique de la sainte et qui doit être faux, ainsi que nous l'avons vu (5). En second

(1) Æevue de l'Orient chrélien, Paris, vol. VI, 1901, p. 981.

(2) Et naturellement aussi les anciens bréviaires et missels imprimés, par exemple le Breviarum parisiense de M£' Pierre de Gondy (Paris, 1584), où on lit à cette date du 1S'juin : « Commemoratio Marinae virginis ».

(3) νον. p. vu-vin.

(4) γον. p. 52. L'oraison de l'office de sainte Marine a toujours été, à Paris, celle du Commun des Vierges.

(9) Dansle Marlyrologium ad usum Ecclesixe Parisiensis, publié par Jean Le Munerat (Parisiis, per Guidonem Mercatoris, 1490), on lit, à la date du 18 juin : « Alexandrie : Marine Virginis ». Cette ligne est tirée du Martyrologe Romain, sauf que le mot « passio » a été supprimé ici, parce que la légende de Marine étant connue à Paris, on savait bien que cette sainte n'avait pas subi le martyre. Quant au mot « Alexandriae », s'il ἃ été maintenu, c’est que cette légende ne s’y opposait pas, puisque, dans la version latine, la seule qui fût alors en usage en France, elle ne mentionne pas la région où Marine a vécu. Lorsque, plus tard, l'auteur de la leçon du bréviaire de 1736 transporta Marine d'Égypte en Bithynie, il crut faire acte de science en faisant cette correction d’après la Vie grecque attribuée au Métaphraste, que l’on considérait alors comme plus exacte, parce qu'elle contient plus de détails que la Vie latine. Ces tâtonnements et ces divergences, dont les exemples ne sont pas rares, prouvent que dans nos livres liturgiques, il est beaucoup d'indications historiques qui doivent être soumises à un sérieux contrôle.

lieu, on y prétend que Marine vivait vers le milieu du vure siècle, ce qui est aussi inexact. Enfin, on affirme que les reliques de la sainte conservées dans son église avaient été apportées de Venise, ce dont on n’a aucune preuve.

Du Saussay est le plus ancien auteur qui signale l'existence, à Paris, de reliques de sainte Marine, mais il se garde bien de nous dire qu'elles provenaient de Venise (1). Une soixantaine d'années plus tard, en 1701, Adrien Baillet écrit ceci : « Serait-ce de Venise qu'on aurait fait venir à Paris les reliques dont l’auteur du martyrologe de France dit que l'église de sainte Marine a été enrichie depuis longtemps (2)? » On voit donc que l’auteur de la leçon du bréviaire de MF de Vintimille a pris sur lui de transformer une simple hypothèse en fait certain. La mention de cette origine n’a pas été maintenue dans le bréviaire de M# de Talleyrand-Périgord, réimprimé sous ME de Quélen en 1822, non pas qu'on eût alors des doutes sur celleci, mais parce que les reliques ne se trouvaient plus dans 1 ὁglise Sainte-Marine, laquelle n'avait pas été rendue au culte après la Révolution; mais elle ἃ été rétablie dans l'édition publiée, du temps de M£' Affre, en 1847, avec cette indication supplémentaire que les reliques avaient été déposées dans l’église métropolitaine. En effet, ces reliques auraient été enlevées de l'église Sainte-Marine, lorsque celle-ci fut vendue en 1792, puis transférées (je ne sais si ce fut immédiatement ou plus tard) dans le palais archiépiscopal, qui s'élevait autrefois à l’extrémité orientale de la Cité. Enfin, en 1831, lorsque ce palais fut saccagé au cours d'une émeute, elles furent sauvées et transportées à Notre-Dame. Voici ce que m'écrivait à leur sujet, dans une lettre datée du 12 juillet 1902, M. le chanoine Pousset, archiprêtre de Notre-Dame : « On conserve dans le trésor de la cathédrale une des deux clavicules de sainte Marine, enfermée dans un simple tube de verre, scellé du sceau de M“ Darboy. Je crois me souvenir que les religieuses de l'Hôtel-Dieu ont dans

1) « Decimo sexto kalend. Augusti.…. Eodem die beatae Marinae Virginis, cuius pignoribus dudum decorata Augusta Parisiorum Lutetia antiquam habet sub eius patrocinio (cui Episcopalis familia addicta est) Ecclesiam paræcialem » (Marlyrologium G'allicanum.…. studio ac labore Andreae Du Saussay. Lutetiae Parisio= rum, 1637, vol. I, p. 440).

(2) Les Vies des Saints, Paris, 1701, in-8, vol. VII (mois de juillet), p. 516.

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