‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 133 sur 195 · ΤΟΡΟΙ 8H OT · texte numérisé non relu

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*.. toute notre affaire avant notre arrivéeen ce lieu. Or, l'hégumène voyant la détermination de l'homme, et ayant appris de lui que sa femme était morte, il le reçut et commanda qu'on lui donnât une habitation comme à tous les frères. [Et l'homme] prit l'argent qu'il avait sur lui, deux cents pièces d’or, et le tendit à l'hégumène, en disant : « Fais-moi la charité de recevoir de moi cette légère aumône, et de l'employer pour les * gens de ce monastère, afin que nous ne leur soyons pas à charge. » L'hégumène lui dit incontinent : « Les gens qui sont dans ce monastère n'ont pas besoin d'argent, car leur règle est de travailler de leurs mains pour vivre. Que si l’un d’eux tombe malade et s’affaiblit, les frères ont compassion de lui et le supportent du travail de leurs mains, pour gagner sa charité. Telle est la coutume de ce lieu saint. Cette montagne n’a pas besoin ἡ d'or, mon fils. Ce dont nous avons tous besoin, c'est le salut de nos âmes. Celui qui veille sur nous est fidèle etriche. Retourne plutôt dans le monde, où une foule de gens sont dans le besoin, eux, leurs femmes et leurs enfants, ayant faim et soit et étant nus. Distribue-leur cet argent, puis reviens vers nous, et alors nous te receyrons avec joie, toi et ton jeune fils. » Mais l'homme se prosterna la face contre terre et, adorant l'hégumène, il lui dit : « Je t’en supplie, * mon Seigneur Père, ne me laisse pas revoir le monde de crainte que je nuise à mon âme. »

L'hégumène, voyant son anxiété et le désir de son cœur pour la vie monacale, commanda au frère de service qui les emmena de sa présence. On lui rasa les cheveux et on lui mit la coiffure monacale. Et il passa sept ans, avec son jeune fils Marinos, dans la pratique de l’ascétisme et de la vie religieuse. Il enseigna comme il faut l'écriture à Marinos, * et lui fit apprendre les Psaumes et les Antiennes.

Or le père de Marinos tomba malade de la maladie de sa visitation (1) et se trouva dans un état critique. L'hégumène étant venu lui faire visite, il lui dit : « Mon Seigneur Père, je crois que ceci est ma dernière maladie. Je t'en prie, lorsque je serai sorti de mon corps, n’éloigne pas ton serviteur Marinos de toi; qu'il reste à ton service jour et nuit. »

Etil arriva qu'après quelques jours *, il s’endormit et s’en alla vers Dieu. L'hégumène prit Marinos auprès de lui et l’instruisit comme il faut dans les règles de la vie monacale. Et il arriva que lorsque celui-ci fut grand, personne ne connaissant son secret, il s’adonna à de grandes ascèses (mortifications) et de nombreuses polities (pratiques religieuses). Les frères, voyant que son menton ne se garnissait pas de barbe, le surnommèrent Marinos l'Eunuque. Son àme recherchait la retraite * et il supplia l'hégumène, lui disant : « Je rougis de ne me trouver qu'avec des mondains. » L'hégumène, voyant qu'il était grand, lui donna l'habitation de son père. Il y resta seul, faisant de grandes ascèses, en sorte que son nom devint célèbre partout.

Puis l'ennemi de notre race, le serpent ancien, devint envieux suivant son habitude et mit cette pensée dans l'esprit des frères qui se rendaient à Kimé (2) à cause de l'institution de la Diaconie : «" Prenezavec vous Marinos l'Eunuque, afin qu'il veille à la Diaconie, car il s'en perd une grande partie chaque année. » Il prièrent donc l’hécumène qui le leur accorda. Ils ne savaient pas le méchant piège dont l'ennemi voulait se servir pour affliger Marinos. Il était une fille du gouverneur de la ville, chez qui les moines descendaient, et qui leur faisait du bien et grande Charité ᾿ς

. dehors, mais il ne permit pas à lui ni à son fils de se mêler aux frères.

OrMarinos passa douze ans dans cette résignation, sans comp-

(1) C'est-à-dire : dont il devait mourir. Cf. le syriaque p,oae, (2) Kimé en copte sahidique est le nom de l'Égypte.

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ter les cinq années qu'il passa en dehors de la porte. Il ne faiblit pasiun ΒΘ OUT σε τ μος

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Il ne demanda même pas du pain au monastère, pas même une datte. Et il ne fut pas attristé à la pensée de l’or que son père avait donné aux moines. Mais il se contentait, * pour sa subsistance, du travail de ses mains. Il se nourrissait d'un peu de

pain, de sel et d'eau. Or il arriva que lorsque son terme en ce.

monde fut échu, suivant la règle commune à tous les hommes, il tomba malade, et la fièvre s'empara fortement de lui. Le portier entra chez lui et le trouva couché sur la terre, une pierre sous la tête. Il lui dit : « Que t'est-il arrivé, mon frère Marinos? » — Celui-ei répondit : « Souviens-toi de moi * (dans tes prières), ὁ mon Seigneur Père, car, aujourd'hui, je suis malade. C'est le Dieu de vérité, Jésus-Christ, qui te donnera ta récompense (pour ce que tu as fait) pour moi et mon petit fils; car je crois, ὃ mon

bien-aimé Père, que c'est ma dernière maladie. Achève donc ta

miséricorde envers moi, pour Dieu. Quand je serai sorti de mon

corps, prends mon petit fils auprès de toi, instruis-le bien dans

la crainte du Seigneur, la règle de nos Pères, et le travail des

mains pour sa subsistance. Et je t'en conjure par mon *. .

ne laisse personne: τος Ὁ EME πο τ et Re MAIS ai MOIMIAICNATE

Or il arriva qu'en ce moment.

portier entendit la voix de son petit fils pleurant et disant :

« Malheur à moi! ὃ mon bien-aimé Père, car tu m'as rendu mi-

sérable aujourd'hui. » * Etil alla vers lui et trouva qu'il était déjà mort. Etil s’assit et pleura jui aussi. Et après un peu (de temps) il se leva pour étendre (?) son corps. Il regarda ses membres et découvrit que c'était une femme, comme toutes (les autres femmes). Il examina ses seins, et les trouva plutôt petits et desséchés par la mortification.

Dès qu'il sut que c'était une femme, il déchira ses habits, se couvrit la tête de cendres et, tout en pleurs, il * alla trouver le vieillard hégumène, en s’arrachant les poils de la barbe.

En le voyant, le vieillard se troubla et lui dit : « Qu'est-il

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arrivé, mon fils ? » — Il lui dit : « Malheur à moi, mon Seigneur Père, le courroux de Dieu va descendre du ciel sur nous. » — Le vieillard lui dit : « A cause de quoi? » — Il lui dit : « A cause de Marinos, le serviteur de Dieu. Car voici vingt ans que nous lui avons fait endurer toute espèce de souffrances, sans que nous sachions [la vérité], * et il n’a pas faibli un seui jour. Il est mort cette puit même, et j'ai trouvé que c'était une femme, tout comme ma mère qui m'a mis au monde. »

Le vieillard éleva la voix et pleura. Il s'arracha les poils de la barbe et s'écria disant : « Seigneur Jésus-Christ, ne me faites pas périr à cause de mes péchés, car ils sont grands. » Les frères se réunirent tous pour entendre sa voix, comme, en pleurant, il disait : « * Bienheureux es-tu, Marinos, martyr du Christ Jésus. Levons-nous, ὁ mon fils, et pleurons sur nous, et accourons vers un faible vaisseau (?) qui a confondu tous les moines. Allons la vénérer, avec d'abondantes larmes, afin qu'elle prie Dieu pour nous, pour qu'il détourne de nous sa colère, par égard pour elle. Car l'ennemi ἃ fait ce qu'il ἃ voulu-:en nous, car voici longtemps que, sans le savoir, nous lui avons donné satisfaction, tandis que nous irritions Dieu. »

* Tous se levèrent donc avec le vieillard, et se rendirent à l'habitation extérieure où Marinos gisait, le petit-fils étant assis auprès de lui et pleurant.

Dès qu'ils s'aperçurent que c'était vraiment une femme, ils élevèrent leur voix, en pleurant; et, la face contre terre, ils adorèrent le Seigneur, en disant : « O Dieu, ne nous détruis pas pour le péché dont nous sommes coupables envers ce juste. »

Et après un instant ils dirent : « Ensevelissons son corps en tout honneur. »

Et les frères de la Diaconie en Kimé se levèrent et dirent : « * Envoyons chercher le gouverneur de la ville pour qu'il voie ce qui est arrivé et qu'il sache avec les gens de sa ville que nous sommes innocents de la souillure de sa fille impure. Car voici bientôt vingt et un ans que la honte ne nous permet pas de découvrir nos visages dans la ville. »

Aussitôt ils l'envoyèrent chercher, et ils ne touchèrent pas au corps du saint Marinos jusqu'à ce qu'il arriva fortement ému et eut ‘reconnu le péché qu'il avait commis. Il se prosterna le visage contre terre, et adora le vieillard et tous les frères, pleurant

et disant : « Je vous en supplie, priez Dieu pour moi, afin qu'il | ait pitié de moi et me pardonne le péché que j'ai fait. Car depuis ce temps-là rien ne m'a réussi ni dans mon corps, ni dans mes biens. »

Le vieillard et les frères se tinrent debout près du corps de Marinos, et ils l’ensevelirent comme il faut, en tout honneur, comme une martyre”; ils la soulevèrent et la portèrent à l'église; ils célébrèrent la synazxe et communièrent (1) en son honneur. Puis ils l’'emportèrent, chantant des Psaumes en la précédant, et ils déposèrent son corps auprès de ceux des archimandrites.

Ils revinrent à leurs habitations contrits, et pleurant à la pensée de la grande vertu de cette femme, et de la patience avec laquelle elle avait supporté tant de maux pendant si longtemps, ne disant jamais un mot (d’excuse), quoique pure et innocente “de cette faute; mais se reposant sur le roc inébranlable.

Ce jour-là, le vieillard hégumène entretint les frères, disant : « Mes enfants, ne négligeons pas notre salut. Mais imitons la vie de cette martyre, de cette vierge, de cette athlète sainte qui s’est contenue pendant sa vie si courte, qui a supporté ces grands maux et ces avanies qui n'étaient que pour un temps, et va, maintenant, hériter les biens éternels dans le siècle futur, par celui qu’elle ἃ aimé et sur qui elle s’est appuyée, Notre-Seigneur Jésus. Par qui gloire à lui-même et à son bon Père et à l'Esprit- Saint maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen. »

(1) Cf. Epiphan., Exposit. Fidei calholicæ, n°5 22, 23 (M., XLIL, col. 1080) et la note de Pétau sur ce passage (M., tbid., col. 1106).

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