‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 139 sur 195 · TRADUCTION DU TEXTE À · texte numérisé non relu

TRADUCTION DU TEXTE À

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit un seul Dieu; bénis, ὁ Seigneur!

En ce temps-là, à mes frères, vivait un re qui s'appelait Abraham et sa femme s'appelait Badura (1). Cet homme était fidèle, aimait les orphelins, les veuves et les pauvres, etlogeait chez lui les pèlerins; il avait reçu de Dieu une fille, mais pas d'autre enfant. Lorsque sa fille grandit et devint comme les femmes, sa mère mourut. Son père prit alors tout ce qu'il possédait, le vendit et dit à sa fille : « Je veux te marier et te donner ces richesses; quant à moi, j'irai sauver mon àme, dans ce monde, avant de mourir, et pleurer mes péchés. » Sainte Marina lui dit : « O mon père, est-il permis devant Dieu que tu sauves ton âme et me jettes dans la honte? Ne suis-je pas ta fille? Et n'as-tu pas entendu ce qui est dit au sujet du bon pasteur, qui se livre lui-même à la mort pour une seule de ses brebis? Je jure que je ne te permettrai pas de sauver ton âme du péché en m'y laissant moi. » Son père lui dit : « O ma fille, je veux aller

dans le monastère d'hommes, mais tu es une jeune fille, ettues …

belle; or le diable est un ennemi manifeste (2)! » Sa fille lui dit:

« Quelle difficulté y a-t-il pour toi de ne pas leur apprendre que je suis une femme? Je me déguiserai en jeune homme et jé revêtirai l'habit des moines, en demandant au Seigneur Jésus-

Christ de me cacher avec toi, et de me donner la force de faire

le bien. » Son père, voyant son vif amour pour la vie monacale,

lui dit de raser ses cheveux. Il l'habilla de vêtements noirs ἊΝ

et distribua ses richesses aux églises, aux prêtres, aux orphe-

(1) A corriger probablement Tadüra, Théodore, ce qui suppose un original écrit en lettres arabes ὃ 3 — = 5%.

(2) Cf. Coran, 11, 162, 204, etc.

lins, aux veuves et aux pauvres, et ne garda que 100 dinars; après quoi il prit sa fille, et la conduisit au monastère.

Ce monastère était sur le mont Liban dans les districts de Tripoli de Syrie, connu sous le nom de « Monastère de Qinobin. » Il se rendit donc avec sa fille audit monastère; là ils furent conduits en la présence du supérieur, se prosternèrent devant lui, et lui demandèrent sa bénédiction, lui et sa fille. L'homme dit au supérieur : « Mon père, je suis venu vers toi, moi et mon enfant, pour implorer tes prières, vivre sous ta protection et sauver nos àmes du péché et des soucis du monde. » Il lui remit alors les 100 dinars. Le supérieur pria sur eux et leur assigna une cellule. Ils étaient pleins d’ardeur pour garder leurs âmes du péché, par le jeûne, la prière et la veille. Après avoir vécu ainsi longtemps, le père tomba malade d'une maladie mortelle et mourut dans la miséricorde de Dieu: Son enfant, Anba Marina, demeura dans une grande tristesse et dans la solitude, ayant perdu son vieux pére; il pleura et s’attrista beaucoup, mais il reprit courage et se fortifia dans le Seigneur Jésus-Christ; elle(1) se leva, pria et dit : « O Seigneur! ne t’éloigne pas de moi, mais fortifie-moi et défends-moi des pièges de l'ennemi et de ses ruses, car je suis faible (un faible arbrisseau). » Les moines causèrent entre eux et dirent : « Pauvre Anba Märina, pauvre petit garcon qui est encore imberbe! » Marina avait un très bel aspect et accomplissait les bonnes œuyres en jeüne, prière et veille.

Ces moines avaient aussi un usage : quelques-uns d’entre eux sortaient et allaient tout autour des villages et recueillaient des aumônes, selon l'usage des monastères. Le supérieur, eu égard à sa jeunesse, aimait Anba Marina, le visitait, le chérissait et fortifiait sa foi. Après quelque temps, les moines qui, à tour de rôle, devaient sortir et aller tout autour du pays, vinrent se prosterner devant le supérieur et lui dirent : « O notre père! ordonne à Anba Marina de sortir avec nous et de parcourir les villages, car depuis le jour où 11] est entré au monastère, il n’est jamais sorti au dehors. » Alors le supérieur appela Anba Märina et lui dit : « Tes frères désirent que tu sortes avec eux et parcoures un peu le monde, et rentres sain et sauf, si Dieu

(1) Le texte passe brusquement du masculin au féminin, et vice versa.

veut.» Anbä Märinä dit : « J'obéis immédiatement, ὃ mon père, très volontiers. » ‘ts

Le supérieur pria sur eux et ils partirent. Quand 16 soir les surprit, ils vinrent à une hôtellerie qui était sur le chemin et y passèrent la nuit. Le maitre de l'hôtellerie avait une fille qui avait été séduite par un de leurs amis, et rendue enceinte par lui, Lorsqu'elle vit le jeune garçon Anba Märinä avec ses com- Ὁ pagnons, elle et l'homme qui l'avait séduite s’entendirent; et celui-ci lui dit : « Si la chose est découverte, et si ta grossesse devient visible, dis : « Ce jeune moine qui ἃ passé la nuit chez « nous avec les autres moines, est celui qui, étant restéseul avec « moi, m'a fait violence. » Quelques jours après, la chose fut découverte, et son déshonneur fut manifeste. Lorsque le père l'apprit, il la saisit, la châtia, l’invectiva, et lui dit : « Qui ta rendue enceinte, toi maudite? Tu m'as déshonoré, ettu as abaissé ma tête, {u m'as humilié parmi les hommes. » Elle répondit : «Il n'y ἃ dans la chose ni doute, ni secret. Ce jeune moine qui était avec les moines qui ont passé la nuit chez nous est celui qui m'a séduite, et il est responsable de mon péché, m'’ayant fait violence contre ma volonté. » Son père l'emmena et la conduisit au monastère qui était dans le voisinage, car l'hôtellerie était à Tourza. Son père alla chez le supérieur du monastère et lui dit : « O supérieur, vous n'êtes pas des moines! vous n'êtes que des bêtes féroces. » Le supérieur lui dit : « Qu’as-tu donc? Quel malheur t'est survenu? » Il lui répondit : « Eh quoi! pourrait-il y avoir quelque chose de pire que cela? Le moine Anba Marina vient et passe la nuit chez nous avec ses compagnons; nous les avons reçus avec tous les égards qui leur étaient dus, et ensuite il est resté seul avec cette jeune fille, mon enfant, et l’a séduite et déshonorée et couverte de honte! Est-ce là notre récompense? » Le supérieur dit : « Attends que les moines rentrent, car il est absent, et nous découvrirons comment la chose s’est passée. S'il est coupable, nous le chasserons du monastère et le traiterons comme de devoir. » Alors le maitre de l'hôtellerie prit sa fille et s’en alla à son hôtellerie jusqu'au moment où les moines absents, et Anba Märina avec eux, rentrèrent et que le père de la jeune fille fut informé de leur retour.

La fille ayant enfanté un garçon, le père de celle-ci se leva

immédiatement et le porta au monastère. Lorsque Anba Märina entra pour saluer le supérieur, celui-ci le chassa en lui disant : « Sors de ce monastère! que je ne te revoie plus jamais! » Celui-ci lui dit : « Révèle-moi quel est mon crime, ὃ mon père, afin que je le confesse. Mais si je suis innocent, ne me crois pas coupable d'une faute que je n'ai pas commise. » Le supérieur dit : « Y a-t-il quelque chose de pire que cela? Tu as séduit la fille de l’hôtelier; il est venu nous faire de rudes reproches. » Elle lui dit : « Tes prières, à mon père! je ne sais rien de cette affaire dont tu parles, et, en {out cas, les hommes pèchent et se repentent, et Notre-Seigneur Jésus-Christ nous ἃ commandé de faire pénitence; pardonne-moi donc, ὁ mon père! » Le supérieur lui dit : « Je t’aimais et j'avais tous les égards pour ta jeunesse, afin que tu fusses, comme tes frères, pur et saint; et tu agis de la sorte! Lève-toi et sors de ce monastère, n'y reste pas un seul instant de plus, de peur que les moines se gâtent, périssent et s'écartent du chemin du salut; tu n’as plus de place au milieu de nous! » Et il lui ôta sa ceinture de moine (?) et le chassa.

Alors il sortit du monastère, et se retira seul dans le voisinage et se construisit une tente où il vivait. L'hôtelier entra chez le supérieur du monastère avec l'enfant, en se plaignant de sa condition; mais le supérieur lui dit : « Voilà que je l'ai chassé du monastère; porte-lui l'enfant. » Alors il alla et jeta l'enfant à côté de lui, et lui dit : « Prends ton fils. Que Dieu exige de toi la peine du mal que tu m'as fait! » Anba Marina prit l'enfant, découpa un maillot dans son manteau, l'en enveloppa; il le porta aux bergers qui étaient sur le mont Liban, et il lui donnait à boire du lait, jusqu'à ce que l'enfant grandit et atteignit l'âge de 3 ans. Anbä Märina supportait la chaleur et le froid en pleurant, de sorte que son corps en dépérit. Tous les moines se rendaient auprès de lui et lui faisaient visite. Après un certain temps les moines se présentèrent au supérieur et lui dirent : « Ὁ notre père! nous te demandons de pardonner à Anba Märinä et de le faire revenir à sa place, parce que nous voyons que son corps ἃ dépéri par suite de ce qu'il souffre en patience. Si son œil était tourné vers la vie mondaine, il serait allé habiter quelque ville et serait entré dans le monde, tandis que depuis le jour où il est sorti du monastère, il vit

enfermé dans cette tente; un jour il mange et pendant plusieurs : jours il ne mange pas. » Le supérieur dit : « Il n'est pas convenable, ὁ mes enfants, qu'un fornicateur habite le monastère! » Lorsque les moines virent qu'il n’accueillait pas leur demande au ᾿ sujet d'Anbä Märinä, ils dirent de commun accord : « Ὁ notre père, si tu ne fais pas revenir Anba Marina et ne lui pardonnes paset ne pries pas sur lui — car il a fait pénitence de tout son cœur et Dieu a commandé d'accueillir les pénitents qui retournent à Lui, — si tu n'accueilles pas notre demande à son sujet, nous sortirons tous de ce monastère, pour nous en aller à un autre ; nous sommes tous des pécheurs et nous demandons à Dieu : le pardon. » Le supérieur, en voyant leur désir de faire rentrer Anba Marina dans le monastère, leur permit de le ramener et dit: « Allez et ramenez-le à sa cellule. »

Ils allèrent chez lui, prirent sa bénédiction et l’amenèrent. Lorsqu'il entra dans le monastère, il alla au-devant du supérieur et le salua en baissant sa tête, et lui dit : « Pour l’amour de Dieu, pardonne mon péché, car J'ai péché, mais je ne commettrai pas ce péché une seconde fois. » Le supérieur pria sur lui et lui pardonna son péché et le fit retourner à sa cellule, avec le petit enfant. Anba Märinä (que ses prières soient sur nous!) entra dans la cellule et y demeura longtemps, sans en sortir, parce que le supérieur lui avait imposé une rude pénitence : jeûne, génuflexions et veille. Anba Marina devint très faible par suite de la pénitence que le supérieur lui avait imposée; son corps était défait et ses membres s’affaiblissaient par suite de la grande mortification; alors il tomba dans une maladie mortelle. Plusieurs jours passèrent sans que les moines le vissent; ils se dirent l’un à l'autre : « Depuis longtemps nous ne voyons plus Anbä Märina à la prière; allons chez le supérieur et consultons-le pour savoir s’il faut aller chez lui! » Et ils allèrent tous chez le supérieur et lui dirent : « Ὁ notre père, depuis longtemps nous ne voyons plus Anbä Marina; si tu le permets, nous irons jusqu'à lui, pour lui faire visite. » Et il leur permit d’y aller. Arrivés à la cellule d’Anba Märina, ils s’arrêtèrent et l’appelèrent une et deux fois, sans qu'il leur répondit. Alors 115 ouvrirent la porte et, étant entrés, trouvèrent qu'elle était morte dans la miséricorde de Dieu, et l'enfant pleurait à côté d'elle. Ils allèrent chez le

de Lin

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