‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 147 sur 195 · TRADUCTION DU TEXTE · texte numérisé non relu

TRADUCTION DU TEXTE

Il y avait jadis un séculier (1) qui voulait se faire moine. Il avait une petite fille et elle lui demandait de la prendre avec lui dans un monastère d'hommes. Il paraissait difficile au père de l'emmener avec lui dans un monastère puisqu'elle était une jeune fille, aussi cherchait-il à la convainere en lui disant: « Si tu veux te faire religieuse, je vais te conduire dans un monastère de vierges. » — Mais celle-ci répondait : « Je ne puis pas me séparer de toi, à mon père. »

Le père, la voyant pleurer nuit et jour pour ne pas le quitter, eut pitié d'elle; il songea à l'emmener avec lui et à changer son nom pour qu'on ne s’aperçüt pas que c'était une fille. Elle se nommait Marie, il l'appela Marine (Marina) (2) comme si elle était un garçon, puis s’en remettant à la Providence, il la prit et alla au monastère. Personne ne s’aperçut que Marine était une jeune fille. Après quelques années, le père de Marine mourut dans toute la perfection du monachisme.

Le supérieur du monastère voyant que Marine se perfectionnait dans la vie monacale et s’y plaisait, et ne sachant pas qu'il n'était pas un jeune homme, lui défendit de sortir par les chemins (pour mendier et quêter?) parce qu'il était trop jeune. Mais les frères devinrent jaloux de Marine parce qu'il ne sortait pas par les chemins comme eux, et le supérieur, s’apercevant de cette jalousie des frères contre Marine pour ce motif, l'appela et lui dit: « Mon fils, puisque tes frères sont jaloux de toi, parce que tu ne voyages pas comme eux, je t'ordonne d'en faire autant. » Marine tomba aux pieds du supérieur et lui répondit : « Tout ce que tu m'ordonneras, à notre père, je le ferai avec Joie. »

Or tous les frères du monastère où était Marine qui allaient

(1) Le ms. C commence par : Mes chers amis, nos pères nous ont raconté qu'il y avait jadis un séculier… Ἵ (2) Le latin porte : « elle se nommait Marina, et il l'appela Marinus ». Nous

croyons que le syriaque donne ici la meilleure version. Car fL;s (Marina Où

Marin) était bien en Syrie un nom d'homme. Cf. Land. Anecdota Syriaca, p.224, 1. 4, et 233, L. 4 et 8. — Il était naturel qu’un traducteur latin, trompé par la désinence, prit Marina (Marine) pour un nom de femme. -

par les chemins (qui allaient mendier”?) passaient chez certain fidèle pour se reposer (1). Quand HMarine fut envoyé en route, comme l'avait ordonné le supérieur, ce fidèle, chez lequel les frères s’arrêtaient, le vit. Celui-ci connaissait tous les frères, car il allait fréquemment à leur monastère. Quand cet homme fidèle vit Marine, 11 le conduisit à sa maison pour qu'il y passat la nuit. Cet homme avait une fille, et la nuit même où Marine était près d'eux quelqu'un la rendit enceinte, et celui qui pécha avec elle et la rendit enceinte lui dit : « Si ton père te demande qui t'a rendue enceinte, réponds-lui que c’est le moine Marine».

Marine continua son chemin, et (plus tard) le père de la jeune fille s’aperçut qu'elle était enceinte. Il l’interrogea : « Qui t'a rendue enceinte? » Elle répondit, comme on le lui avait appris : « C’est le moine Marine qui m'a rendue enceinte. » — Aussitôt le père de la jeune fille courut au monastère et, arrivé devant le supérieur et les frères, leur dit tout en pleurs : « Que vous ai-je donc fait pour que vous rendiez ma fille enceinte? » A ces paroles, le supérieur, plein d'émotion, lui demanda : « Qui a rendu ta fille enceinte? Nomme-le-moi et je le chasserai aussitôt du monastère. » Il répondit : « Marine est celui qui a rendu ma fille enceinte. » Le supérieur ordonna de chercher Marine pour le chasser du monastère, mais on ne le trouva pas dans tout le couvent; on se rappela alors qu'il était par les chemins et le supérieur dit au père de la jeune fille : « Je ne puis faire que ceci : Quand Marine reviendra de sa course, je ne le laisserai pas entrer au monastère. » Et le supérieur ordonna à tous les frères de ne pas laisser rentrer Marine quand il reviendrait.

Quand Marine revint, on ne le laissa pas rentrer au monastère; il commença à pleurer à la porte et demanda : « Quelle faute ai-je donc commise pour qu'on ne me laisse pas rentrer? » Le portier répondit : « Tu as rendu enceinte la fille de cet homme fidèle chez lequel passaient les frères. » Marine fondit en larmes et pria le portier : « Au nom de Notre-Seigneur, dis au supérieur de me laisser rentrer dans le monastère, et tout ce qu'il m'ordonnera au sujet de ma chute, je le ferai. »

(1) D’après Quaresmius, ce fidèle demeurait à Torza, bourgade près de la mer, à six milles de Kanoubine. Acta SS., jul., t. IV, p. 281.

Le portier rapporta tout cela au supérieur qui lui dit : « Va et annonce à Marine qu'il ne verra plus mon visage puisqu'il a fait une telle action, mais qu'il aille où il veut. »

Marine souffrit beaucoup à ces paroles; il s’assit sur la porte du monastère, y pria nuit et jour sur ce qui lui arrivait, et demanda à tous ceux qui entraient et sortaient d'intercéder pour lui auprès du supérieur. Et beaucoup lui demandèrent de laisser rentrer Marine, mais il ne le voulut pas.

Il demeura à la porte, pleurant nuit et jour, et quand la jeune fille pour laquelle souffrait Marine eut enfanté, le père prit l'enfant de sa fille, l'apporta à Marine, et lui dit : « Voilà ton fils, prends-le, et élève-le comme tu veux (1). » Marine le prit en disant : « Gloire à Dieu, qui supporte et soutient des pécheurs comme moi. » Et tous les jours, Marine prenait l'enfant et montait à la montagne vers les troupeaux du monastère où il l’allaitait, puis après qu'il avait bu le lait des brebis il retournait et revenait à la porte du monastère qu'il ne quittait que pour aller nourrir l'enfant, et il demandait à tous les frères qui entraient et sortaient de prier Dieu de lui remettre son péché.

Marine resta pendant quatre ans à la porte du monastère sans cesser de verser des larmes nuit et jour et tous ceux qui entendaient ses plaintes en avaient pitié. Et quand il se fut hu-

milié durant quatre ans à la porte du monastère, il prenait .

l'enfant et le montrait à tous en disant : « Mes frères, priez pour moi, qui suis tombé dans la fornication, et qui ai eu cet. enfant », Dieu inspira au supérieur la pensée de faire rentrer Marine dans le monastère, parce que ses miséricordes s'étendirent jusqu’à lui, et le supérieur ordonna de faire rentrer Marine. Quand il entendit annoncer qu'il allait rentrer au monastère, il se jeta à genoux devant Notre-Seigneur et dit : « Gloire à toi, Seigneur, qui ne te détournes pas des pécheurs comme moi; je te rends grâces de toutes les bontés que tu as eues pour moi. Que te rendrai-je puisque tu me fais rentrer, car j'avais résolu de mourir à la porte? » Et quand les envoyés l'eurent fait entrer, il se prosterna devant le supérieur et de-

(1) On raconte une histoire analogue dans la légende de 5. Ephrem. Il fut

chargé de la faute d’un autre et on lui apporta aussi son prétendu fils pour qu'il Pélevat.

Le

vant tous les frères. Il portait l'enfant avec lui et pleurait amèrement; 11 leur dit : « Pardonnez-moi, mes frères, j'ai irrité Dieu par mes mauvaises actions et vous ai fait beaucoup de peine. Priez pour moi, afin que Dieu me pardonne ma chute. »

Après un grand nombre d'années, Marine rendit son àme à Dieu; il s'était sanctifié dans les œuvres éminentes de la perfection; aucun des frères ne vit jamais son visage s'illuminer et sourire, mais il pleura tous les jours de sa vie. Après sa mort, les frères vinrent pour l’oindre d'huile, comme de coutume, et ils virent que Marine était une femme. Alors le supérieur et les frères envoyèrent vite chercher l'homme qui avait calomnié Marine; il vint, fut dans l'admiration, et pria Dieu de lui remettre le péché qu'il avait commis contre Marine, et tous ceux qui virent et entendirent louèrent Dieu à la vue des grands combats que ses saints supportent pour son nom.

(Le ms. C ajoute :

A Notre-Seigneur Jésus-Christ gloire, honneur, exaltation et louange ainsi qu'à son Père et au Saint-Esprit. Amen. — A l'écrivain, au lecteur et aux auditeurs miséricorde et rémission des péchés dans les siècles des siècles. Amen.)

Fin de l'histoire de la bienheureuse Marine.

EXTRAIT DE L'OFFICE MARONITE (1) (Avant l'Épitre)

Marine s’attrista beaucoup πηι ὦ ὦ Ras

De voir ses frères et le supérieur du couvent

Tourmentés à cause d’elle

Et souffrir douloureusement. + Ne Pise

Jr 550 ox f Lpur

+000 καλὰς" HI Sos

(1) Au 17 juillet, jour où les Grecs fêtent sainte Marine (Marguerite) martyre. Nous devons cet extrait à M. Ghobaira, jeune savant maronite.

VIE DE SAINTE MARINE ΡΠ VAR La vierge pria pour eux LEE ; : Look JNoRs Et pour ses calomniateurs. |: opnoûars (os «ao Par sa parfaite patience : : Jpia οὐ Elle sauva son âme avec les leurs. ὲ 3 LO9NASU as as Ac (Après l'Évangile) Vous avez surpassé les femmes Las {0 ωΞ- RE par vos combats, Ὶ O excellente dans votre patience SN, ol δ.» Ὁ et votre amour! ᾿ 1 fut humilié celui qui avait ca- LH CT a JS lomnié, εἰ »

Et votre estime fut augmentée. sL5it, G,s ι Ξ 28 Jes (Avant le baiser de paix) 53

JL eut poil & Ξ RESTO On vous ἃ jugée d’un jugement tyrannique Sans témoins et sans interrogation ;

Hors du couvent vous avez demeuré avec patience, Accablée par la souffrance durant cinq ans.

(Avant la pelite élévation) use Se jp EL ste ες τ »»" « © ων»

Ο mont Liban, votre gloire s’est élevée!

O couvent de Kanoubine, votre bonheur est agrandi!

Car Marine, honneur de vos moines, En ce couvent a augmenté votre renom.

ue.

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