‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 194 sur 195 · SAINTS JUMEAUX ET · texte numérisé non relu

SAINTS JUMEAUX ET

ς πόλιν λεγομένην ᾿Ανθηδόνα ἣν τῇ ἐπ χαὶ διάφορα τελέσαντες θαύματα χαὶ" τοὺς Ho οιχοῦντ τας na ἐν ἀπέθεντο. [Synax. Cpl. 330, 25]. :

{9 vie grecque, qui se trouve dans le manuscrit du Vatican Ottob. 92 τς p. 223-228, raconte les mêmes faits. Seulement, Eugène et Macaire sont décapités à la fin. Et la ville maurétanienne s'appelle Δινδών ; Enfin, la version L des 7rois Jumeaux parle de Macaire seul, mentionne uniquement le miracle de la source et le localise sur le mont Athar près de Nazianze. Voilà un nombre | respectable de variantes. Sans doute, Gildona et Dindon paraissent n'être que des graphies fautives pour ᾿Ανθηδών (1), toujours est-il que la version de jean de Rhodes (Oasis-source jaillissant après la mort) se différencie nettement de la version « maurétanienne » (montagne près d’Anthedon en Maurétanie, — conversion des païens de la ville, — différents supplices, — serpents, dragon, — source jaillissant du vivant des martyrs). Dans L il y a une allusion à la seconde version, modifiée au profit de la Cappadoce.

Ces variantes ne s'expliquent que si la forme primitive de la légende était une tradition assez vague sur certains points, où 1] était question, par exemple, de l'exil des deux saints dans un désert qu’on ne nommait point. Ilest d'ailleurs intéressant de constater que le caractère le plus frappant de ces deux personnages n’est point celui de #arlyrs. Dans la version latine et dans le texte des synaxaires, leur mort n'est pas violente, et L donne à Macaire le titre de confessor, non de martyr. Les presbytres apparaissent surtout comme thaumaturges: la facon dont ils bravent les serpents et les dragons semble à l'auteur de leur Vie la preuve la plus éclatante de leur sainteté. La description de la lutte d'Eugène et de Macaire (surtout d'Eugène) contre

(1) A moins que (rildona, Dindon(a), Anthedon ne dérivent tous trois d'Avuvé(v)s car il n'y ἃ pas d'Anthedon en Maurétanie. La légende d'Eugène et Macaire, telle qu'elle se lit dans les Vies grecque et latine, présente une singulière analogie avee l'histoire des presbytres d'Édesse, Eulogios et Protogène envoyés par Valens εἰς ᾿Αντινὴν(ν) τὴν Θηδαίων, Absolument comme Eugène et Macaire, les deux prêtres exilés d'Édesse conVertissent les Ἕγληνες de la ville. (Theodor. £ecl. Hist., IN, 18) Il ne nous paraît pas douteux que l'histoire édessénienne ait influencé la rédaction la plus tardive concernant Eugène et Macaire.

les trois vipères de Julien, puis contre le dragon d’Anthédon occupe près de la moité des Vies grecque et latine. Une autre particularité curieuse, ce sont les chiffres précis qui figurent dans plusieurs versions, et qui rendent vraisemblable la présence d'indications de ce genre dans la légende primitive.

De la ville de Gildona, Eugène et Macaire se rendent sur la montagne « ad quem fuerant destinati. Qui mons, dit la version latine, XVIII millia passuum in immensam altitudinem parietis more consurgens, repere magis... quam ascendere patiebatur ». Texie grec : αὐτοὶ δὲ ἀπίεσαν ἐν τῷ ὄρει ὅπου (ἦσαν ἐξωρισμιένοι᾽

ctyey δὲ τὸ ἔρος ὕψος ui} ὯΝ Ξιχξεν CE τὸ ρός υὐῦξ μιλιὰ τῇ ὁ

Athar….. Il fit jaillir une source pour les exilés qui devaient aller chercher l’eau à neuf milles de là.

Si donc Eugène et Macaire ne sont pas des martyrs historiques, ce sont au moins les héros d'une légende populaire d’Antioche.

Or, il y ἃ un personnage hislorique du nom d'Eugène qui vers le milieu du quatrième siècle, jouissait à Antioche d'un grand renom de sainteté. C'était un diacre, préposé spécialement aux æenodochia. 11 partageait cette charge avec deux autres diacres, très saints hommes également. Un jour, s'étant rendu à dix-neuf milles d'Antioche, en compagnie de ses deux collègues et d'un Juif, il rencontra un serpent mort d'une espèce très venimeuse. Alors le Juif : « Si vous mangez ce serpent, etque vous ne mouriez pas, je me convertis sur-le-champ ». Eugène n'hésita pas; il prit le reptile, en fit trois tronçons, mangea l'un et donna les deux autres à ses compagnons. Dieu voulut que tous trois se tirassent indemnes de cette dangercuse aventure « pour que se vérifiàt la salutaire parole évangélique : Et ils prendront des serpents dans leurs mains, et s'ils mangent quelque poison mortel, cela ne leur nuira point. »

Comment n'être pas frappé du geste de cet Eugène, si semblable à celui d'Eugène, ami de Macaire?

L'Eugène de tout à l'heure « prenait des serpents dans ses mains ». Une vipère s'enroule autour de son corps, colle sa bouche à sa bouche : ἐθέμην corpus eius amplera est, οἱ os Suum ort sancli martyris tunait quaedam mula deprecationis blandimenta Ssignificans. Et le saint n'est nullement

incommodé de ce venimeux contact. Eugène le diacre introduit dans sa bouche un serpent mort. Nous n'osons insister sur les dix-neuf milles; pourtant nous ne pouvons nous empècher de songer aux dix-huil milles de la vie d'Eugène et Macaire et aux neuf milles de la version L. Toujours est-il qu'il serait assez tentant de voir dans les récits relatifs à Eugène et Macaire un développement postérieur de la légende du diacre Eugène et de ses collègues.

D'où viennent en effet les renseignements que nous finissons de transcrire? Du Chronicon Paschale (Migne, P. G., XCII, col. 721-724). L'endroit est un de ceux où l’on reconnait dans le Chronicon la source arienne, l'Anonymus Gwatkini. Le diacre Eugène est un saint arien. Lui et ses deux collègues sont des lieutenants de l'évêque Léontios, abhorré des orthodoxes, mais très populaire parmi les Ariens d'Antioche. (Le Chronicon en parle en Ces termes : ὁ μαχάριος Λεόντιος, ὁ ἔπίσχοπος ᾿Αντιοχείας τῆς Συρίας, ἀνὴρ χατὰ πάντα πιστός τε ral εὐλαδῆς χαὶ ζηλωτὴς ὑπάρχων τῆς ἀληθοῦς πίστεως)- Si vraiment 66 50η1 deux acolytes de cet hérétique, qui sont devenus les martyrs orthodoxes Eugène et Macaire, bien des choses s'éclairent. Nous comprenons pourquoi l'arien Artémius a été si étroitement associé aux deux presbytres. Nous comprenons pourquoi Eugène et Macaire, saints locaux d’une Église arienne, ne figurent pas plus qu'Artémius, dans le martyrologe hiéronymien, et pourquoi tous trois se sont glissés relativement tard dans le paradis orthodoxe. En un mot c'est un chapitre de plus qu'il faut ajouter à l'histoire de l'hagiographie arienne, naguère esquissée par M5 Batiffol (1).

Quoi qu'il en soit, et si même on n'était pas disposé à accepter notre hypothèse, il est impossible de méconnaître que le passage de L où il est question de Macaire, est une interpolation. D'abord, comme nous le verrons plus loin, la mise en rapport de Macaire et des Jumeaux constitue un for-

(1) Rümische Quartalschrift, 6 (1892, p. 35 sqq. Compte rendu du Congrès scientifique intern. des cath., sect. II (1891), p. 181] sqq.

midable anachronisme. Dans le choix du mont Athar (1) près de Nazianze comme lieu d’exil de Macaire — nous avons vu que cette variante était absolument unique et que les autres versions relatives à Macaire l'envoient en Égypte ou en Maurétanie — dans ce choix, dis-je, transparaïit le désir de rapprocher le saint confesseur des jumeaux cappadociens. Le but de l'interpolation nous est révélé par le long passage qui contient les instructions de Macaire aux jeunes gens. L'expression omnia catholicae fidei nuysteria qui précède cet exposé ne doit pas nous induire en erreur. Il ne s’agit point là d'un catéchisme à l'usage des païens, mais bien d'une série de raisonnements d'allure populaire, destinés à expliquer le rapport des personnes divines et surtout la génération du Fils.

Egalité des personnes : aequalitatem omnipotentiae, nihil maius, nihil minus, idem esse substantiam, omnipotentiam, maiestatem, deitatem.

Ceci rappelle la formule contenue dans la lettre du pape Damase (Théodoret, V, 12 —éd. Gaisford p. 422) : εἴτις μὴ εἴπητ

ς SR ee ee ; : , Πατρὸς χαὶ τοῦ Υἱοῦ χαὶ τοῦ ἁγίου Πνεύματος μίαν θεότητα,

δυναστείαν, ὑἱαν δόξαν, χυριότητα, μίαν βασιλείαν, μίαν θέλησιν χαὶ ἀλήθειαν, ἀνάθεμα ἔστω. Et p. 423 fin. πιστεύοντες... χαὶ βαπτιζόexactement les quatre termes que nous venons de lire, substantiam, omnipotentiam, majestatem, deitatem.

Génération du fils : « Patrem vere patrem esse qui genuit filium, sicut lumen de lumine, sicut fluvius de fonte, sicut verbum de voce etc. Ex eo esse fillum ex quo est pater, sicut ex eo fluvius ex ‘quo fons..… non enim fons aliquando sine aqua esse potuit, sicut nec fons aliquando sine Filio pater. » — Ces expressions et ces comparaisons étaient monnaie courante à l'époque dela querelle arienne. Tousles théologiens ont insisté sur la réalité de la filiation et de la paternité (Athanase, lettre synod. à Jovien dans Théod. IV, 3, éd. Gaisford p.302, 30 : γνησίου χαὶ ἀληθινοῦ υἱοῦ ἐξ ἀληθινοῦ χαὶ φύσει πατρός) Lumen ex lumine est un lieu commun de tous les conciles. La comparaison avec une source est fréquente. Elle servait à réfuter la fameuse proposition

(1) Inconnu des géographes. Sans doute le massif de lHassan Dagh (ancien Antitaurus), au S. de Nazianze.

d'Arius : ἦν ποτὲ ὅτε οὐχ ἦν (ὁ υἱός). Notre passage s'inspire sans doute des paroles d'Athanase (or. ὁ. Arianos 1. — P. G., XXVE, col. 52 A- De Πῶς τοίνυν οὐχ ἀσεθεὶ ὁ λέγων ἦν ποτε ὅτε οὐχ ἦν ὁ υἱὸς- Ἴσον

πηγὴ ξ ee ὮΝ 2° ἐπ cs ζωῆς χα! ris

πὲ nous n'en trouvons τρῆα! d ἘΞ dans les textes théologiques. Les théologiens étaient trop prudents pour multiplier. ces analogies tirées de l'ordre naturel qui pouvaient conduire à des fausses interprétations. Ainsi nous doutons que u{ gaudium ex bono nuntlio rende d'une manière irréprochable l'idée du rapport entre le Fils et le Père. Voilà pourquoi nous disions que cette théologie nous parait en quelque sorte populaire.

Néanmoins, la doctrine est orthodoxe. Malgré la ressemblance avec une formule semi-arienne qui se remarque dans l'expression « ante omnium principium Deus Pater genuit » (Concile semi-arien de Nice en Thrace : τὸν πρὸ πάντων αἰώνων χαὶ πρὸ πάσης ἀρχῆς γεννηθέντα ἐχ τοῦ θεοῦ), il est indéniableque le passage est plein du dogme de la consubstantialité, si le mot même ne s’y trouve pas (1).

Pour nous, d'ailleurs, l'essentiel c’est que le passage porte bel et bien sa date. Visiblement, le rédacteur qui l’a introduit dans l'histoire destrois jumeaux ἃ voulu annexer ces martyrs en prouvant qu'ils étaient morts pour la doctrine christologique que lui-même défendait. Si comme nous le pensons, Macaire est saint qui fut honoré d’abord dans les milieux ariens, l'interpolateur aura fait d’une pierre deux coups en établissant à la fois la pureté de la foi des trois jumeaux et l’orthodoxie d'un confesseur très populaire. Rappelons-nous que nous

(1) Seulement, il est impossible de savoir si tout ceci n’a pas été l’objet d’une retouche orthodoxe dans la traduction latine. Bien que jusqu'à présent nous avons considéré L comme représentant fidèlement un original grec, quelques détails montrent que la traduction ἃ pu être par instants un peu libre La phrase interea ul dictum est, fama ruil el magnas acuil rumoribus iras, avec sa réminiscence poétique laline, est l'indice que le traducteur s'est permis certains enjolivements. Un symbole hétérodoxe aurait été difficilement adopté par un traduc teur occidental.

sommes au siècle où les hérétiques arianisent des saints orthodoxes comme Lucien d'Antioche, sous le nom duquel on fait circuler un Credo suspect. M" Batiffol a montré comment les orthodoxes, en revanche, reprirent à leurs adversaires un certain nombre de saints personnages, comme l'excellent Parthénius de Lampsaque; je crois avoir fait une démonstration analogue en ce qui concerne Artémius. Et certes, on ne peut manquer d'être frappé de la ressemblance entre la profession de foi orthodoxe d’Artémius, dans Jean de Rhodes, et la pure doctriné de Macaire dans L.

Le {erminus ante quem de notre interpolation semble être la fin de la querelle arienne; le {erminus a quo, serait, si nous pouvions croire historique le martyre d'Eugène et de Macaire sous Julien exactement l’année 362; si le compagnon de Macaire est bien le diacre de Léontios, la légende des deux saints n'a d'ailleurs pu se former très longtemps avant cette époque. Nous dirons donc que la rédaction L, a été interpolée dans la seconde moitié du 1v° siècle (1).

C'est évidemment l'interpolation macarienne qui ἃ entrainé les diverses modifications de la légende que l’on remarque dans L. Signalons d'abord une bizarre conséquence de l'introduction de Macaire dans le récit. S'il est naturel que les Tergemini, livrés au feu le lendemain de leur conversion, meurent catéchumènes, la chose devient fort invraisemblable, lorsqu'ils ont passé un certain temps auprès du confesseur Macaire, lequel leur a exposé tous les dogmes de la foi catholique.

Plus tard, lorsque Warnahaire interpolera cette même légende en y introduisant Bénigne, il fera baptiser les enfants par ce saint homme, quitte à tomber ensuite dans une grossière contradiction avec lui-même : car il aura la maladresse de ne point, toucher à la phrase de l'original où les Tergemini se plaignent de ne pas avoir reçu le baptême. Notre

{1) Par parenthèse, le passage interpolé doit être désormais considéré comme le premier en date des textes relatifs aux saints Eugène et Macaire.

interpolateur, plus intelligent, a vu l'écueil, et a cru l’éviter en expliquant ainsi que les catéchumènes de Macaire n'aient pas été régénérés par l'eau baptismale : Baptizali aulem non erant, quia perseculor omnes occiderat sacerdotes, D'abord ce renseignementest faux pour le milieu du 1v° siècle et pour la persécution de Julien. Ensuite Macaire n'était-il pas prêtre lui-même?

Enfin, il nous reste à montrer comment, par un enchainement très logique, l'interpolation macarienne devait provoquer la transformation des Tergemini esclaves en Tergemini hommes libres. Si Speusippe et ses frères sont des esclaves, comment expliquer qu'ils peuvent se rendre impunément sur la montagne isolée d’Athar et y rester assez longtemps en compagnie de leur aïeule et du confesseur? De même, il était impossible qu'ils se retirassent ainsi sans être inquiétés, s'ils avaient abattu d’abord la statue de Némésis, célèbre dans tout le voisinage ? Un acte aussi brutal les eût livrés immédiatement aux fureurs de la populace ou aux sévérités des magistrats, et adieu la visite à Macaire! Aussi le remanieur a-t-1l tout simplement supprimé la mention de cette εἰχονοχλασία — dont la trace a, nous l'avons vu, subsisté dans le récit. — Il fallait cependant que le zèle des néophytes s’exerçàt, d'une facon moins Ccompromettante, il est vrai, mais tout de même probante. Il n'y avait pour cela qu’un moyen. Les martyrs devaient briser des idoles ἃ domicile. C’est pourquoi L nous montre les Jumeaux riches, possédant force temples et autels chez eux. — Nous avons montré comment, plus loin, L oublie cette donnée introduite par lui-même.

Le s{emma suivant pourra donner une idée des rapports généalogiques qui unissent les divers textes étudiés jusqu'ici.

X X — les actes grecs primi- ; D tifs.

(Texte interpolé). à Le original grec dv L’ Les: latine). G Synaxai- SION latine.

71 Warnahaire. “res. æ' —=intermédiaire probable Manuscrit entre les actes primitifs, et (ἃ

de Bruxelles. et les légendes abrégées.

Avant de nous demander quelle est la valeur de cette légende dont nous avons pu, par la combinaison de L et G, atteindre la forme primitive, examinons les indications géographiques qui s'y trouvent. Elles nous permettront de la localiser avec certitude et de la dater approximativement.

Pasmasos:.

(Palmatus et Hermogène. — Origine et date de la légende.)

Les Bollandistes ne s'étaient pas occupés de cette question. L'abbé Bougaud s’est beaucoup amusé de la géographie fantaisiste, qui, à ses yeux, déparait la version cappadocienne. Et 1] faut dire qu'à première vue il semble qu'il n'y ait pas grand'chose à tirer de Pasmasos, pas plus que αὐ Ορθάδων χώμη (vicus Orbatus). Comment espérer, en effet, retrouver ailleurs ce nom de ΠΠχσμασός (Palmasus L) qui ne désigne ni une ville ni un village, mais « une plaine boisée » (τόπος πεδινὸς χαὶ ὑλώδης) où se dressait la statue de Némésis! Et cependant nous croyons pouvoir déterminer exactement l'emplacement de cette plaine.

Il y avait dans le Cappadoce du Sud, aux environs de Tyane, un endroit nommé pour l'ordinaire Pasa, mais parfois aussi Paspasa (ou Paspasos?). C'est M. W. Ramsay (A historical Geography of Asit Minor, p.347 (1) ) qui a établi existence de cette double forme. Grégoire de Nazianze (2) mentionne un certain Georges, higoumène d'un monastère situé près de Tyane, et donne à ce Georges l'épithète de ΠΠασπασηνός (πασπασινός). Certains manuscrits ont ici πασσηνός. Et l’évêque Euphrantès de Tyane, parlant de ce même Georges au V° Concile oecuménique (3), nous donne ce renseignement : « Praedium autem quod dicitur Pasa, in quo et monasterium positum est, cui tunc prae-

(1) Cf. Addenda, p. 449. (2) Ep. 163 (P. G. XXX VII, col. 269 C).

(3) Mansi, IX 258.

Den vocat, duodecim ts Tyanensis distat metropoleos et sub eadem civitate est usque hodie ».

Ainsi donc Pasa ou Paspasa (Paspasos) était un praedium, une propriété à douze milles de Tyane. Remarquons le peu de … fixité de ce nom géographique; cette circonstance rend assez séduisante l'identification du « praedium » de Paspasos avec le τόπος πεδινὸς χαὶ ὑλώδης qu'était Pasmasos.

Ma l'identification n'est pas seulement séduisante. Elle s'impose d’une façon absolue.

M. Ramsay a vu que le domaine de Paspasos n’était autre que a villa Pompali qui figure dans l'{finéraire de Bordeaux à Jérusalem (Migne, P. L. VIT, col. 788-789), de l'année 333 : Voici les relais de la Cappadoce du Sud :

Mansio Anathianpo st RE TC M. XII MUtATIOZ CRUSA RE ARRET RES M. XII ΜΆΠΕΙΟ SasiMaNl rs ER τ ΤΠ M." XII MANSIOPANTAMILIS EPA NAN RE LE M. XVI

« Ibi est villa Pompali (al. Pampali) unde veniunt equi curules.

CIVITAS MIA AN EN PR EE Er M. XII

Inde fuit Apollonius Magus ».

C'était donc près d'Andavilis, aujourd'hui Andaval, à une douzaine de milles au nord-ouest de Tyane, que l’on élevait, dans une propriété désignée sous différents noms, les egui curules, c'est-à-dire les chevaux destinés aux divertissements du peuple romain et à l'usage particulier du maitre. Ces chevaux cappadociens, les plus précieux entre tous ceux que produisaient les haras impériaux, ont été célébrés à l’envi par les poètes du ive siècle. La sollicitude impériale, dans deux édits figurant au Code Théodosien, s'occupe de ces nobles animaux. La valeur en est fixée, par tête, à une livre d’or. A la différence des chevaux espagnols, devenus vieux, ils ne pourront être vendus, mais seront nourris par les « greniers publics ». Leurs noms grecs ne devront jamais être changés (Cod. Theod., lib. X, tit. VIE, De Grege dominico (édit de 395) — Lib. XV, tit. X (édit de 371).

Les édits impériaux nous apprennent enfin qu'on distinguait

parmi ces coursiers cappadociens deux races principales. Il y avait les equi Palmalii, et les equi Hermogenis, ou Hermogeniani. Les chevaux de Palmatius et d'Hermogène! Les noms mêmes que portent dans notre légende, deux des maitres des trois jumeaux! Si quelque doute pouvait encore planer sur l'ingénieux raisonnement de M. Ramsay, voyant dans Paspasos, Pasa, Villa Pampali, un seul et même nom de lieu, et sur l'identification que j'ai proposée, de Paspasos avec Pasmasos, il semble que ce doute doive désormais disparaitre.

Les noms que les édits de 371 et de 395 donnent aux chevaux cappadociens ont fait couler beaucoup d'encre. Qui était Palmatius, qui Hermogène? Le savant Godefroy (Gothofredus) a consacré à cette question trois pages de son admirable Commentaire sur le Code Théodosien (1). Après avoir démontré que les equi palmatit étaient connus dès le rm1° siècle, ce que prouvent les vers suivants de Némésien (Cyneg. 240) :

ἜΣ Cornipedes igitur lectos det Graecia nobis Cappadocumque notas referat generosa propago Argaea, et palmae nuper grex nomine sacrum,

il cite ce passage, alors presque inconnu, d'un glossaire juridique sur le Code, passage qui renferme un fragment d'Hésychius de Milet, et qui figure aujourd'hui à ce titre dans les Fragmenta Historicorum graecorum de l'édition Didot (F. HG AV: p.145):

( συχίου τοῦ Ἰλλουστρίου Ἱστορία ῥωμαϊχή τε χαὶ παντοδαπή]. Fr. 1. Gloss. verborum iuris in Ottonis Thes. iur. ΠῚ, [ἢ πο ἽΝ ματίο οὺς ἐκούρυς, ὁ τοῦ [[αλματίου ἵππος" ὧν δὲ Παλμάτιο

\ ἡσιοῦ ὃ διὰ τυραννίδα ἐδημιεύθη, περὶ οὗ φησιν ὁ Re

\occonoas τὴς Μιλησίας ἐν τῷ πέμπτῳ χρονιχῷ διαστή-

ματι τῆς Jo ἊΣ ταῦτα. ae τοὺς χρόνους Θὐαλ ee ayoÙ ἐν το θείᾳ =

τῆς Karradoz

ἵππὼν τε mere χαὶ τῷ ἄλλῳ ἐ τῳ χομῶν; εἰς

nn τῶν μογαργχούντων ἐφιχνούμενος ἀσελγὴς δὲ εἴ τις ἕτερος, ὡς χαὶ ὑπατιχοῦ τινος

(1) Codex Theodosianus cum perpetuo commentario J. Gothofredi. Lips. 1736, τ. ΠῚ, p. 440-413. Il faut ajouter aux (eslimonia sur les chevaux cappadociens réunis par Godefroy, ce passage de Philostorge (extraits de Photius) — Migne, 70. G. LXV, col. 48: : Ὁ μέντοι Κωνστάντιος μεγαλοπρεπῶς χαὶ εἰς τὸ μάλιστα χεχαρισμένον τὴν πρεσόείαν στέλλων καὶ ἵππους εἰς διαχοσίους τῶν ἐκ Καππαδοχίας εὐγενεστάτων...

ἌΡ “ 20 HAUTES LE EN ΣΝ τ PUS v4

Ἂς CRE ; à à 58 SAINTS JUMEAUX ET DIEUX CAVALIERS.

sil

σοαίμιου τοὔνομα γαμετὴν Αἰθερίαν χαὶ εἰς Σίδην ἐχχομίσαι ἁρπάσαιν Ὁ ét προστατεύων ἐτύγχανε τῆς ἐναντίας τοῦ δήμου μοίρας (1). Σ

Ainsi, Hésychius de Milet (milieu du vi' siècle), auteur εἰ une chronique perdue qui allait du roi Belus d’Assyrie à la fin du -

règne d’Anastase (318), parlait dans son cinquième livre d’un

était possesseur de nombreux chevaux. Par son faste tout royal, ses débordements et une tentative de révolte (τυραννίδα) il s'attira la jalousie ‘et la colère de l'empereur Valérien (253-260), qui confisqua ses biens. Godefroy suppose avec beaucoup de vrai semblance cette que confiscation fut l'origine du haras impérial Ὁ d'Andavilis. Il propose de corriger les mots vi{la Pompali dans l'itinéraire de Bordeaux en ceux de villa Palmati (2). Quelle est maintenant la véritable forme de ce nom propre? ( et L donnent ΠΠ|αλμιάτος (Παλρμᾶτος) et Palmatus. Le fragment d'Hésychius, Παλμάτιος. Le code Théodosien (3) porte, une fois equis Palmatii atque Hermogenis (édit de 371), une fois equis vel equabus sive Hermogenianis sive Palmatiis; dans le prenier cas, deux noms propres au génitif, dans le second deux adjectifs. Ainsi Palmaltius semble servir à la fois lorsqu'il s'agit du propriétaire et lorsqu'il s'agit du cheval. On peut se demander s'il n'y ἃ pas là une erreur, et s'il ne faut pas lire, dans le premier cas, Palmati. De Palmatius, on aurait dû former un adjectif palmatianus; et l'adjectif palmatius bien attesté par la glose juridique (Τ]αλμιατίους ἐχούους) et l'édit de 395 nous renvoie plutôt à la forme que nous trouvons dans les textes hagiographiques. Ajoutons que ce gentilice de Palmatius est absolument inconnu d’ailleurs; tandis qu'il existe au moins un Palmatus historique... Junius Palmatus qui lutta avec succès : Arménie (contre les Perses) sous le règne d'Alexandre Sévere, en l’année 232 (4). La tentation est grande d'identifier le (1) Διότι προστατεύων... μοίρας. Cette dernière phrase qui vient si étrangement se placer après le récit du rapt d’Aetheria, me parait être, soit une glose sur διὰ τυραννίδα ἐδημεύθη, soit une partie du texte qui suivait originairement le mot ἐδημεύθης et qui, passée par inadvertance, aura été maladroitement raccordée à la

fin du fragment, (2) ἘΠ serait peut- -être paléographiquement plus près de la leçon corue 4 (3) Éd. Haenel, col. 987, 1464.

(4) Actae sunt feliciter res... in Armenia per Junium Palmatum Script. Hisl, Aug. (éd. Jordan-Eyssenhardt), I, 298, 18,

chevalier romain résidant à Césarée, entre 253 et 260, avec le général romain opérant en Arménie vingt ans auparavant. L'existence de la forme Palmatius (nom propre) s'expliquerait comme suit : les Grecs entendant employer l'adjectif palmalius, appliqué aux chevaux, etignorants des règles de la dérivation latine, se figurèrentquele nom du propriétaire avait la même forme.

Que faire d'Hermogène? Godefroy n'osait guère choisir entre les différents personnages de ce nom que nous offre l’histoire romaine. Il pensait cependant que la vraisemblance parlait pour le magister equilum Hermogène (‘Esucyévns), qui en 342 fut chargé par l'empereur Constance qui résidait alors à Antioche, d'expulser de Constantinople l'évêque Paul : ‘Epueγένει τῷ στρατηλάτῃ ἐπὶ τὰ θράχια πεμπομένῳ μέρη--..- ἐξωσθῆναι τῆς ἐχχλησίας τὸν Παῦλον. Socrate [Migne, P. G., LXVIT, col. 208-209]. ᾿Πρμογένης... ὃ τὴν ἱππικὴν δύναμιν ἐπιτετραμιμένος στρατηγός. S020mène [Migne, P.G., LXVIT, col. 1049] (1). La populace exaspérée incendia la maison d'Hermogène, traina le #24gister equilum par les rues, et le jeta à la mer. Il est peu probable que cet Hermogène soit le nôtre. On ne voit pas du tout comment ce fonctionnaire aurait pu donner son nom à une race de chevaux. On ne dit pas que ses biens aient passé dans le domaine impérial, comme ceux de Palmatus-Palmatius, et mème cela n’est pas vraisemblable, puisque Hermogène a été tué par des émeutiers, et nullement sacrifié à la défaveur du maitre. Enfin, le document nouveau que constituent nos textes hagiographiques fait de Palmatus et d'Hermogène des contemporains; Ldit que c'étaient deux frères, οἵ. ἃ le laisse supposer. Je sais qu'on pourrait objecter ceci : la légende ἃ pu éclore à une époque très postérieure au Palmatus et à l'Hermogène historiques. Ceux-ci, dont le souvenir avait été perpétué surtout par les chevaux qui portaient leurs noms, ont pu être, par un anachronisme qui n'est pas sans exemple, rapprochés dans le temps comme leurs nomsétaientrapprochés dans l'usage courant (cf. les édits de 371 et de 395). Je réponds que l’interpolation macarienne, écho des luttes dogmatiques pour ou contre le consubstantiel, défend de placer la composition primitive de la légende trop longtemps après la mort du magister equitum de Constance; et plus la

(1) Libanius, Basülic., p. 126.

rédaction de la légende est proche de la mort d'Hermogène, plus l’audacieux anachronisme dont nous avons parlé apparait improbable. Ensuite, il nous semble que le ton général de lhistoire cles trois jumeaux indique une époque plus reculée, une É époque où le christianisme était encore relativement peu répandu. Sans compter qu'un magister equitum de Constance, alors que le christianisme était religion d'État depuis vingt ans, ἃ «Τὰ difficilement être païen, il y a plus d’une phrase dans cette légende qui sent la fin du 111 siècle bien plus que la fin du 1v°. Les mots « faites comme les soldats du roi font aux

soldats du tyran » ne nous reportent-ils pas à la période qui. De.

suivit la mort de Valérien, à cette époque des {rente lyrans, où le mot τύραννος, en latin /yrannus (1), devint par une évolution toute naturelle de son sens primitif le terme propre pour désigner le général rebelle qui prétendait à l'Empire? On pense au règne énergique d'un Aurélien ou d’un Probus, sous lequel le peuple apprenait à chaque instant la déroute et la mort d'un de ces éphémères {yrans qui s'élevaient partout à la fois. Le Rex qui mis en présence des martyrs, les enrôle aussitôt dans son armée, n'est-il pas du type de ces empereurs-soldats? Quand on se rappelle que Palmatus ἃ vécu sous le règne de Valérien, on ne peut donc s'empêcher de protester contre l'identification proposée par Godefroy pour Hermogène. Nous n'avons pas de raison suffisante pour refuser créance à L et à G qui associent Palmatus et Hermogène (2).

Vicus Orbalus où ᾿Ορῥάξων χώμη.

Néonilla. — Junilla. — Turbon. — Néon.

La fin de la légende constitue une sorte d’appendice, qui semble ne pas se rattacher très intimement au reste du récit. Junilla jette son enfant, se déclare chrétienne. On la mène à

(1) Se souvenir que Palmatus lui-même parait avoir joué ce rôle de tyran.

(2) Hermogène a done vécu, lui aussi, vers le milieu du m° siècle; peut-être pourrait-on penser à 1. Junius Septimius Verus Æermogenes (CIL., 1531, 1632), tribunus cohortis, procurator sexagenarius, Connu par deux inscriptions qu'il fit graver en l'honneur d'un consul. D'après les éditeurs du Corpus, ces inscrip-

tions sont de l’année 232 ou des années 295, 254, 253 ou 990.

Ὄρξάξων zou avec Néonilla, aïeule des martyrs, et là, on leur tranche la tête à toutes deux. Pourquoi ce transfert? Pour effrayer les populations, dit L. Mais dans G ce détail manque, et il y a bien des chances pour qu'il manquât aussi dans la légende primitive, dans laquelle Palmatus, Hermogène et Qua-

-dratus avaient affaire à des esclaves et non à des administrés.

On ne voit pas bien, en effet, les riches Cappadociens faisant sortir des esclaves de leurs propriétés pour les faire exécuter à une certaine distance. Quant au rôle de Néon et de Turbon, il n'est pas non plus sans soulever des difficultés. Remarquons d'abord que dans la légende abrégée, déjà plusieurs fois utilisée par nous, qui parait remonter à une source assez primitive, il n’est pas question de Néon. C'est Τούρθων ὁ νοτάριος qui, ayant consigné les réponses des martyrs, va renverser les idoles en criant : « Je suis chrétien ». Dans G et dans L le rôle de l’exceplor est partagé entre Néon et Turbon (055825). Néon écrit sur ses tablettes les actes des martyrs; puis il va renverser les idoles. C'est Turbon qui hérite des tablettes et qui s'en sert, après la mort de Néon, pour rédiger le martyre (seribens victorias confitentium Dominum). Lui-même subit le martyre, mais après les autres.

Ainsi d'après L, la légende des Trois Jumeaux serait l'œuvre même de Turbon. Mais alors comment expliquer qu'un témoin oculaire rapporte une inexactitude aussi flagrante que celle qui concerne la mort de Néon? Car Néon n'a pu abattre la statue de Némésis et toutes les statues qui l’entouraient (L) ni « toutes les idoles du Néméseon elles-mêmes ». D'après L et Gil y avait beau temps que plus un de ces βδελύγματα ne restait debout. Aussi tout l’appendice nous semble-t-il fort suspect. On a le droit de se demander s'il n'aurait point été ajouté pour aulhentiquer le martyre par la mention d'exceplores. ᾿Ορθάξων χώμη fait penser à un groupe de martyrs é{rangers — car aucune localité cappadocienne ne porte un nom analogue — isauriens, s’il est permis d'identifier Ορῥάδων χώμη (vicus Orbatus L, Urbatus W) avec la localité isaurienne nommée officiellement "0763 (2), mais dont le nom indigène, redevenu courant à l'époque byzantine, était 05254,

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