‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 29 sur 195 · TENTE · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. " si nous possédons réellement son texte primitif sans altération, pouvait connaître la date de la mort de Sévère (1).

Bar Hebræus donne, il est vrai, une date différente; mais il faut noter d'abord que cette date n’est pas définitivement établie, car le ms. de Rome utilisé par Assémani donne le 28 février 8950 (539) (2) et le ms. utilisé par M£° Lamy porte le ὃ février 854 (543) (3). Nous avions jusqu'ici accepté cette dernière date sans discussion aucune et avions donc été porté à attribuer la composition de la seconde Vie de Sévère à J. B. A., car elle ἃ été composée avant 244, et à supposer qu'elle avait été complétée après 544.

Nous croirions volontiers que Bar Hebræus a placé la mort de Sévère en 543 parce qu'il supposait qu'il avait été remplacé immédiatement par le patriarche Sergius de Tella (4). Or Jean d'Asie nous apprend que Sergius ne fut nommé « qu'un temps d'années » après la mort de Sévère, comme nous l'avons dit (cf. note 1, ci-dessous). C'est l’occasion de rappeler que d'après Sévère d'Aschmounaïn (x° siècle), le successeur immédiat de Sé-

(1) Dans un autre endroit (Land, Anecd. Syr., II, 218-249) Jean d'Asie ne contredit pas le présent passage. Il nous apprend qu'après avoir passé deux ans à Constantinople (exactement depuis l'hiver 534-535 jusqu'en mars 536, ef. ROC! 1900, p. 299, et p. 95 du tirage à part), Sévère se retira dans le désert au sud d'Alexandrie et continue : Loan Nau JLaassÿs μέλαν Ets) où co Ho, « et après un temps d'années passées dans la persécution, il tomba dans une maladie... » Nous satisfaisons suffisamment à la locution vague : « un temps d'années » en supposant un duel et en traduisant : « après deux ans passés dans la persécution, il tomba malade ». Il tomba donc malade en 538 et mourut le 8 février de cette année. — À la page 249, Jean d'Asie nous apprend encore que Sévère n'eut pas aussitôt un successeur; ce ne fut qu'après « un temps d'années », qu'on nomma Sergius de Tella. Cette même locution peut désigner ici un intervalle de cinq à six ans. — Enfin nous verrons plus bas que d’après le mème Jean

-dAsie, Sévère était mort avant que Jacques Baradée ne montat à Constanti-

nople, c'est-à-dire avant 541/2.

(9) Chron. eccl., T, col. 211. La chronique de Michel fournira peut-être une troisième date. Le manuscrit d'Édesse qui est édité par M. Chabot n'est d’ailleurs pas, lui non plus, exempt d'’altérations. — Notons, pour concilier les deux manuscrits de Bar Hebræus; que 3 (le huit) a pu donner facilement Ls (vingthuit), et que le , final qui donnait 854 a pu disparaitre, si le point placé en dessous ἃ été omis ou déplacé. Inversement un point déplacé à pu faire croire à un ; final.

(4) Jacques bar Salibi et les diptyques des Jacobites font la mème supposition. Cf. Assémani, 8, 0., Il, p. 325.

ὃ HISTOIRE DE JEAN BAR APHTONIA.

vère d'Antioche fut un certain Théophane ou Théophile (1). Assémani, qui rapporte cette opinion, déclare préférer en cette matière la tradition des Syriens à celle des Égyptiens. Il faut cependant se rappeler que Sévère mourut en Égypte (2); c'est donc en Égypte qu'on dut songer en premier lieu à lui donner un successeur, lequel put vivre et mourir, comme Sévère, dans les environs d'Alexandrie.

2° Date de la composition de la Vie de Sévère attribuée à JB EAE

L'auteur nous apprend qu'il écrit cette Vie à la demande de Domitius (se), du monastère d'Aphtonia, qui plus tard devint évêque (20C., 1900, p. 295 et 301; pages 89 et 97 du tirage à part). Or nous allons montrer que Domitius fut vraisemblablement ordonné évêque en 544. La Vie en question aurait donc été écrite avant 944.

Jean d'Asie nous apprend en effet (3) que la seizième année du règne de Justin, c'est-à-dire en 541/2 (4), Khéret bar Gabala, roi des Arabes, demande à Théodora d'envoyer des évêques monophysites en Syrie. Elle fait nommer évêque d'Édesse le moine

(1) CF. Assémani, B. 0., 1, p. 325, qui cite Renaudot, Historia patriarcharum Alexandrinorum, Paris, 1715, p. 144 et 145.

(2) D’après les auteurs syriens, il tomba malade au désert; on voulut le conduire à Alexandrie et il mourut en chemin, à Jlass (Ksota) d’après Bar Hebræus, ἃ Παρ (Ksoa) d’après Jean d'Asie, et à Lee (Skoa ou Sakha) d’après les Égyptiens. Ce sont diverses formes d’un même nom. — La ville de &, d’après M. Bargés, est appelée Ξόϊς par Strabon et Ptolémée et choo:r (Skhoou) par les Coptes. Elle se trouve dans la Basse-Égypte sur la branche Sébennitique du Nil dans la province de Garbiyeh. Cf. Homélie sur saint Marc, apôtre et Évangélisle, par Anba Sévère, publiée par l'abbé Bargés, Paris, 1877, p. 4,1. 9 du texte arabe, et p. 115 à 114. — Le texte de Jean d'Asie ἃ donc conservé la véri-

table forme avec une altération de prononciation qui se trouve déjà dans le ,

grec Ξόϊς, comme nous croyons qu'il a conservé la véritable date de la mort de Sévère. Bar Hebræus donne un nom et une date accommodés à la grammaire et à la date de l'avènement du patriarche suivant. — On trouve dans Renaudot (loc. cit., p. 138) que Sévère se cachait dans le village de Saca, chez un homme pieux nommé Dorothée. — Il serait donc mort dans l'endroit où il demeurait, ce qui nous semble vraisemblable, et non dans une ville qu'il traversait pendant qu'on le conduisait à Alexandrie, comme l’écrivent les auteurs syriens.

(3) Land, Anecd. Syr., IL, p. 254-256. Cf. p. 366-370.

(4) Justin fut couronné en effet le 1* avril 527 et régna seul à partir du mois d'août. Cette année comparée aux années grecques (838) dont se servait Jean d'Asie se note 526/7. La seizième année courante du règne de Justin tombe donc quinze ans plus tard (853), c’est-à-dire en 541/2.

Jacques Baradée qui était alors à Constantinople (1). Celui-ci parcourt ensuite tout l'Orient (2) pour y ordonner des prêtres, puis il revient à Constantinople avec deux moines qu'il veut faire nommer évêques afin qu'à eux trois, ils puissent consacrer d’autres évêques (3). Théodore, patriarche d'Alexandrie, exilé à Constantinople, lui donne des lettres de recommandation pour les évêques égyptiens (4); il part donc pour Alexandrie où il fait consacrer évêques ses deux moines, puis il les ramène en Syrie où leur premier acte est de consacrer évêque de Laodicée le moine Domitius du monastère d'Aphtonia. Mentionnons encore parmi leurs autres consécrations celle de Jean du monastère de Mar Bas (Bassus?), comme évèque de Qennesré (5), et celle de Sergius, du monastère d'Aphtonia, comme évêque de Harran (Carrhes) (6). Enfin, ils revinrent à Constantinople et donnèrent un successeur à Sévère d'Antioche dans la personne de Sergius de Tella. — Il nous semble donc, vu le zèle de Jacques Baradée et surtout vu l'urgence qu'il y avait à donner promptement des prêtres, des évèques et un patriarche à l'Église monophysite, que nous pouvons placer la consécration de Domitius en 544 (7), en accordant ainsi deux ans à Jacques Baradée pour

(1) Jean d’Asie nous apprend encore (Land, Anecd. Syr., 11, p. 369, 1. 6-7) que

Sévère était mort au moment où Jacques Baradée monta à Constantinople, . c'est-à-dire avant 541/2.

(2) Peut-être ne faut-il pas prendre à la lettre Fitinéraire que lui attribue Jean d'Asie (loc. cit., p. 255, 1. 1-6, et p. 369, 1. 19-23), mais il est intéressant de le comparer à l'itinéraire suivi par Jean d’Asie lui-même durant la peste de 544. 11 part de la Palestine, traverse la Mésopotamie, la Cilicie, la Mysie, la Syrie, la Lycaonie ([uaa — Iconium?), la Bithynie, l'Asie, la Galatie, la Cappadoce pour arriver aussi à Constantinople (loc. cit., p. 310).

(3) D’après un canon respecté des apôtres, un évêque ne pouvait être consacré que par trois ou quatre évêques.

(4) 11 lui fallait au moins trois évêques pour consacrer ses denx moines.

(5) Il s’agit sans doute ici de Qennesrin (Chalcis) à une journée de marche au sud d'Alep. Ce n’est cependant pas sûr, car le monastère de J. B. A. semble avoir eu un évêque à sa tête à partir d’une certaine époque. En effet une profession de foi de 798 est signée par Georges, évêque de Qennesrin, ef par Constantin, évêque du district de Qennesrin (cf. Wright, Catalogue des mss. syr., p. 419). Nous croirions volontiers que le premier était évêque du monastère de Qennesré et le second évêque du district de Qennesrin (Chaleïs).

(6) 11 peut être question ici de Sergius bar Caria, traducteur de la seconde Vie de Sévère.

(7) Nous savons aussi que Sergius fut patriarche durant trois ans et que trois ans plus tard il eut pour successeur Paul, archevêque d'Alexandrie, or Paul fut nommé patriarche d’Antioche entre 948. οὐ 550 (cf. Kleyn, Æet Leven van

faire ses divers voyages. Nous pouvons donc placer la composition de la seconde Vie de Sévère par Jean du monastère d’Aphtonia avant 14.

3° Détermination de l'auteur de la seconde Vie de Sévère.

Cet auteur se nommait Jean, était supérieur du saint monastère de Beth Aphtonia (ou d'Aphtonia) (1), avait passé à Maiouma après la mort de Théodore) qui vivait encore l'an 511) et y avait vu divers successeurs de Pierre l'Ibérien (2) (ROC., 1900, Ρ. 294, et p. 89 du tirage à part); d’ailleurs il connaissait Sévère et il savait écrire en grec. Tous ces caractères conviennent à Jean bar Aphtonia. Il est appelé en tête de la présente histoire que nous publions : « Jean, supérieur du saint monastère d'Aphtonia » ; après 918, il fit de nombreux voyages : « qui pourra relater ses voyages et ses actes. le nombre de fois qu'il dut fuir pour la religion et pour ses dogmes? » dit son biographe. Il est donc vraisemblable qu'il dut visiter les héritiers de Pierre l'Ibère.

D'ailleurs il avait paru devant l'empereur, comme Sévère, et s’y trouvait en particulier vers l’an 531, quelques années avant l'arrivée de celui-ci (3). Il dut donc le rencontrer durant ses

Johannes van Tellu, Leiden, 1882, p. 62, note 2). Il s'ensuit que Sergius fut patriarche au plus tard en 544 et nous avons vu que Domitius avait été consacré évêque auparavant.

(1) Euono, Ras Fee Jisoans is «ei qua Go Ask}. Ce titre a d’ailleurs été ajouté postérieurement, puisqu'il y est dit que depuis la composition de cette vie, Domitius est devenu évêque.

(2) IS pre Se No HosolL μας oo fil .mafkoais Jiosor où das Joo Nul Loo JEAN cages [5965 sai où pm? ταν ὁ JR Lo Joo ie SON LD Ὁ} Ilorso oasro Flo Hu] «masduso LIsHRwo wat Ji Etopoo τ sel

.aaeul/ Jlaxokodasms Mfsiso

« J'ai pu entretenir Jean, surnommé le Canopite; mais Théodore était mort un peu avant mon arrivée, Jean d’Antioche (l'auteur* des Plérophories) était parti dans une voie très étroite (était anachorète ou reclus?). Les premiers de ce monastère étaient Élisée, Étienne et Philippe; c’étaient des rhéteurs, instruits en toute science, et qui avaient fait leurs études de droit » (ms. Sachau 821, fol. 139). — Or Théodore était à Constantinople avec Sévère, et assistait encore au concile de Sidon en 511 (ROC., 1900, p. 93-94 et 96; p. 83-84 et 85 du tirage à part). Sa mort n’arriva donc que plus tard.

(3) Cf. Land, Anecd. syr., I, p. 278 : « Quand ces lettres pour la défense de la foi eurent été présentées et lues, et que les évêques fidèles, réunis à Constantinople par l’ordre du roi comme nous l’avons dit plus haut, eurent beaucoup parlé durant le long intervalle d’une année, — Jean le rhéteur (LSse), supérieur

voyages, de plus il écrivait en grec puisqu'il composa dans cette langue des hymnes dont plusieurs, que nous publions ci-après, sont consacrées à Sévère. Il pouvait donc écrire la Vie de Sévère. Nous nous étonnons cependant de ne pas trouver dans cette Vie plus de détails qui lui soient personnels; nous ne voyons pas non plus comment faire la coupure pour séparer la partie écrite par J. B. A. du complément qui aurait été ajouté plus tard; enfin et surtout, si Sévère est mort en 558, un successeur de J. B. A., par exemple Jean Psaltés ou le Calligraphe (?) (1), a pu écrire sa Vie quelques années plus tard. Voici donc le résumé de cette longue discussion :

Jean bar Aphtonia paraît à Constantinople avec les évêques devant l'empereur après 531, à une époque indéterminée il retourne à son monastère où il ne passe plus un seul jour sans souffrir ; — Sévère vient à Constantinople de l'hiver 534/5 à mars 536 et retourne au désert au sud d'Alexandrie. —J. B. A. meurt le 4 novembre 537. Le vieillard Alexandre lui succède dans la direction du monastère de Qennesré (2); — Sévère meurt à Skhoou (ou &si<) le 8 février 538. Il avait prédit sa mort au mois d'octobre de l’année précédente. Alexandre, supérieur de Qennesré, meurt vers 94] (?) eta pour successeur un certain Jean; — celui-ei écrit en grec la Vie de Sévère avant 544 à la demande du moine Domitius. Il utilise la Vie écrite par Zacharie le scolastique, quelques souvenirs personnels et quelques ouï-dire. — Domitius est consacré évêque de Laodicée en 544. Le texte grec de la Vie de Sévère est traduit peu après en syriaque par

de monastère, fils d'Aphtonia, les accompagnait et consignait par écrit (toutes ces paroles), — l'empereur ne rejeta pas le concile de Chalcédoine de l’Église, mais manda par lettres saint Sévère le patriarche, qui se cachait en divers lieux. » — Sévère refusa d'abord de venir à Constantinople, mais il accepta bientôt et y vint en 534/5.

(1) Voir plus haut. — Jean Psaltès fut supérieur de Qennesré et écrivit en grec, mais comme il écrivit encore sur Julien, patriarche de 591 à 595, nous avons déjà dit qu'il était peu probable qu’il ait été supérieur avant 544. Il est encore moins probable qu'il ait pu voir Théodore le successeur de Pierre l’Ibère. De plus le successeur immédiat de J. B. A. se nommait Alexandre. — On en est donc toujours réduit à faire une hypothèse. On doit supposer ou bien que la Vie de Sévère écrite par J. B. A. fut complétée plus tard, ou bien qu'Alexandre mourut bientôt et qu’il eut pour successeur un certain Jean, inconnu d’ailleurs, qui possédait le grec et avait parcouru la Palestine. Ce Jean hypothétique serait l’auteur de la seconde Vie de Sévère.

(2) Voir la fin de l’histoire de J. B. A.

Sergius bar Caria qui était peut-être déjà évêque de Harran (Carrhes) (1)..— Enfin cette traduction syriaque est utilisée par Jean d’Asie dans son Histoire ecclésiastique (2).

III. FONDATION DU MONASTÈRE DE QENNESRÉ. — L'œuvre capitale de J. B. A. est la fondation et l'organisation du monastère de Qennesré dans le désert, sur le bord de l'Euphrate, en face d'Europus (Jérabis) (3).

Son emplacement précis est déterminé par le passage suivant de Yaqout (II, 688), dont M. Rubens Duval a bien voulu nous adresser le texte et la traduction;

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Le couvent de Qennesré sur le bord de l'Euphrate du côté oriental, dans la province de Djéziré (la Mésopotamie) et de Diàär-Modhar, en face de Djerbàs (Djerabis-Europus), mais Djerbàs est syrienne. Entre ce couvent et Manbidj (Mabboug), il y a 4 parasanges, et entre lui et Saroug, 7 parasanges. C’est un grand couvent, dans lequel il y avait, au temps où il était habité, 370 moines. Il se trouve écrit dans son temple :

« Ὁ couvent de Qennesré, tu es une retraite suffisante pour celui qui se plaisait aux jouissances du monde.

« Ne cesse pas d'être habité et peuplé, ne cesse pas de fleurir; tu es visité et tu excites l'admiration. »

) On peut traduire par « évêque » l’épithète Lis, qui lui est donnée; Lime «was| ka ,so se traduirait par « l’évêque et saint abbé ». Il pouvait être évêque de Harran et supérieur du monastère où il résidait. La forme grecque az est relativement rare.

(2) Cf. ROC., 1900, p. 295; p. 91 du tirage à part. (3) 11 ne faut pas confondre J;sio AVEC φρο (Chalcis) à une journée de marche au sud d’Alep, bien que les deux localités soient souvent désignées par le

δ. B. A. fit de ce monastère un centre d’études pour les lettres grecques et syriaques où se formèrent plusieurs générations d'hellénistes, et un foyer de vie ascétique où l'Église monophysite alla chercher de nombreux patriarches. Citons parmi les hellénistes : 1° Thomas d'Harkel ou d'Héraclée qui revisa sur les manuscrits grecs la traduction syriaque du Nouveau Testament (1). Il fit cette revision en 616, dans un monastère à neuf milles (Enaton) d'Alexandrie (2). 2° Sévère Sabokt (3), qui y étudia et y enseigna la philosophie, les mathématiques et l’astronomie (4). 3° Jacques d'Édesse, célèbre polygraphe, l’un des principaux écrivains jacobites (5). — Parmi les patriarches monophysites d’Antioche sortis de ce couvent, Bar Hebræus mentionne Julien (591-595), Athanase (596-635), Julien le Romain (688-708), Georges (758-790), Denys de Tellmahré (818-845). Bar Hebræus dit de la plupart qu'ils apprirent à Qennesré les lettres grecques et syriaques (6).

Un manuscrit de Berlin (7) renferme un fragment d’un opuscule de Daniel, évêque d'Édesse de 665 à 681 (8), sur les luttes des moines de Qennesré avec les démons. L'un de ceux-ci se moqua même de la barbe de Jean bar Aphtonia. Le patriarche Athanase, au temps où il était simple moine, avait une telle humilité qu'il allait lui-même, durant la nuit, jeter dans l'Euphrate

Inème mot gisio. À Chalcis se trouvait le monastère de Mar Aqiba (cf. Plérophories, chap. rxxux ; ROC., 1898, p. 336, et p. 78 du tirage à part).

(1) L'œuvre de Thomas d'Héraclée, « l’héracléenne », a été publiée. Cf. Rub. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899, p. 66.

(2) On ἃ traduit quelquefois {ak par « le couvent d'Antoine ». Il faut lire "Evaxov, « ὁ est-à-dire neuf milles », comme l'explique Jean d’Asie (ef. Land, Anecd. Syr., Il, p. 177). Le même Jean d’Asie nous apprend (ἰδία... p. 271) « qu'un couvent grand et renommé de cet endroit était appelé des pères ». — On a déjà trouvé plusieurs mentions d'Enalon dans la Vie de Sévère, ROC., 1899, p. 348, 245, et pages 31, 37 du tirage à part). — Moscus alla aussi à ἼἜννατον (ch. 145 à 147, 177, 184). Il y mentionne le monastère Tovyag& dont Μηνᾶς était supérieur et le monastère de l'abbé Jean l’'Eunuque.

(3) En 659, il fut vaincu par les Maronites dans une controverse publique (ef. ROC., 1899, p. 995; et p. ὁ du tirage à part Opuse. maronites, seconde partie).

(4) Nous avons publié et traduit son Traité sur l’astrolabe plan, Paris, 1899.

(9) Cf. Rub. Duv., La lit. syr., Ὁ. 376-378, et le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, article JACQUES D'ÉDESSE.

(6) Cf. Chron. eccl., 1, 259, 260, 267, 290, 296, 322.

(7) Syr. 167 (Sachau 315), fol. 58-64. Cf. Die Handschr. Verz. der Kônigl. Bibl. zu Berlin, Berlin, 1899.

(8) Cf. Rub, Duval, Æisloire d'Édesse, p. 237.

les ordures du monastère. Il apparut en songe à son second successeur, le patriarche Théodore (619-667), qui semble ainsi avoir demeuré à Qennesré, et lui commande, pour vaincre le démon, de faire apporter du monastère de Mar Jacques de »ams, la main de Sévère, évèque de Samosate. Le démon regrettait aussi que les moines de Qennesré eussent apporté au monastère des reliques de saint Ephrem ; il les appelle « des hommes vénérables, des hellénistes, des hommes illustres ». Au temps de Domilianos, évêque de Mélitène (1) et partisan du concile de Chalcédoine, les monophysites furent expulsés de Qennesré. Cette persécution commença en 599 (2) et obligea Thomas d'Héraclée, devenu évêque de Maboug, à se réfugier à Enaton (3), comme nous l’avons dit. Des moines de Qennesré se réfugièrent dans l'ile de Crète; ils y furent pris par les Perses en 623 et près de vingt d'entre eux furent tués (4). Enfin, sous la domination arabe, le gouverneur de la Mésopotamie, Abdallah bar Darag (Km), rendit le monastère aux monophysites; il fut détruit en 815 par un incendie, et Denys de Tellmahré le fit reconstruire. IV. — Ajoutons quelques synchronismes pour placer la Vie de J. B. A. dans son cadre naturel. — Après le concile de Chalcédoine (451), il y eut entre ses partisans et ceux de Dioscore une lutte que nous avons trouvée esquissée dans les Plérophories. Zénon (474-491) s'efforça « de procurer la paix à l'Église », d'écarter les questions irritantes et de trouver une profession de foi (Hénotique) qui püt être souscrite par tous. Durant cette accalmie eurent lieu les fructueuses luttes contre les païens d'Alexandrie et de Beyrouth, la destruction du temple de Manoutin (Meveuô4 — Menouti) (5) et des livres de magie. J. B. A. na-

(1) Le catalogue des mss. syriaques de Berlin porte puo,xahs fase cmarafRaseon, au temps « du roi Domitianos, partisan du concile de Chalcédoine », ce qui n’a pas de sens. On peut sans doute lire js qui serait une abréviation de Mélitène.

(2) CF. Liber chalipharum, Land, Anecd. Syr:, 1, p. 114.

(3) Cf. Bar Hebræus, Chron. eccl., I, col. 267 : matos No iii Flac We sil] Ke « Persécuté par Domitianus de Mélitène, il se réfugia en Égypte ». Un scribe put d’ailleurs confondre ce Domitianus le persécuteur avec l’empereur Domitien, ce qui nous expliquerait encore l’épithète de as qui lui est donnée dans le ms. de Berlin.

(4) Liber chalipharum, p. 115.

(9) Cette célèbre localité n’est mentionnée ni par M. Amélineau, La géographie de l'Égypte à l'époque Copte, Paris, 1893, ni par M. de Rougé, Créographie ancienne

quit alors (de 475 à 483). Sous Anastase (491-518) eurent lieu des persécutions partielles, comme celle de Néphalius (1); mais l'empereur, fidèle à la politique de Zénon, s’appliqua à écarter les questions irritantes et à imposer silence aussi bien à ceux qui prônaient le concile de Chalcédoine contre le gré de leurs ouailles qu'à ceux qui l’anathématisaient publiquement (2). J. B. A. entra alors au monastère de Saint-Thomas de Séleucie (de 490 à 498) et y fut employé au service de la porte durant sept ans. — Il semble cependant que la seconde partie du règne d’Anastase (511-518) fut en fait favorable aux monophysites. On peut voir là un effet de l'influence personnelle de Sévère et de ses amis sur l'empereur. Durant cette période, Zacharie le scolastique écrivit la première Vie de Sévère et Jean, évêque de Maiouma, les Plérophories.J.B. A. recut l'habit monacal, exerça le métier de charpentier et fut enfin appliqué aux études. — En 518, à l'avènement de Justin (518-527), survint une réaction

violente : l'empereur ordonna d'arrêter Sévère et de lui couper la langue (3); celui-ci se réfugia en Égypte (4) et s’y cacha depuis lors; un grand nombre d’évêques furent aussi expulsés de leurs sièges (5) et les monastères monophysites furent fermés. Jean d’Asie ἃ raconté l'exode des moines d'Amid qui dura neuf

de la Basse-Égypte, Paris, 1891. Cependant elle est mentionnée par Marcien d'Héraclée, S. Épiphane, Étienne de Byzance. Elle nous est connue en plus par deux sources de premier ordre : 1° la Vie des saints martyrs Cyrus et Jean, écrite par saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, le compagnon de voyage de Jean Moseus (ef. Migne, P. G., τ. LXXX VII, %, col. 3410, 3414, 3415, 3694, 3698); 2 par la Vie de Sévère d'Antioche (cf. ROC., 1899, p. 350-352 et 545-550, et p. 33-43 du tirage à part). D'après saint Sophrone, Μενηυθή, que les égyptologues écrivent Mernuler, est un nom d'Isis, etle faubourg de Canope prit son nom de la déesse. Plutarque nous apprend qu'isis était appelée ‘069 et Μεθνέρ. — Il semble y avoir eu à Μενουϑή un temple d’Isis avant et après le patriarche Théophile, 385- 412. Ce temple fut ensuite détruit, et il est remarquable que Zacharie et saint Sophrone font allusion dans les mêmes termes à sa destruction : « un homme bien inspiré cacha le temple d’Isis sous le sable, aussi l’on n’en voit plus de trace » (Vie de Sévère, p. 34). Une partie des statues de ce temple furent cachées dans un sanctuaire clandestin détruit enfin par Zacharie le scolastique.

(1) ROC: 1900, p. 91-92 [note 1, lire νηφάλιος, sobre, au lieu de νεφέλιον], et p. 81-82 du tirage à part.

(2) CF. Evagrius, His!. eccl., 111, xxx.

(3) Zbidem, IV, iv, et Land, Anecd. Syr., ΠῚ, p. 234-235.

(4) Les Coptes fêtent son arrivée en Égypte le 2 Paophi (29 septembre). Renaudot, Hist. patr. Al, Paris, 1715, p. 133.

() CF. Land, Anecd. Syr., Il, p. 247-248.

ans et demi (518-527/8) (1). A cette occasion, J. B. A. fut élu supérieur par les moines expulsés du monastère de Séleucie. Ceux-ci purent sans doute réintégrer leur couvent, car les moines

d'Amid eux-mêmes réintégrèrent les leurs de 527/8 jusqu'en ἡ

939 (2). — En 525, Ephrem, comte de l'Orient, fut nommé par l’empereur patriarche d’Antioche, et chercha dès lors à expulser de son patriarcat, par la force armée, tous les moines monophysites. Il commença par l'Occident (525-531) et expulsa en particulier J.B. A. entre les années 528 et 531. Pendant ce temps, Justinien 1% (527-565) réunissait à Constantinople six évêques du parti de Sévère et six évêques orthodoxes pour leur faire discuter les points litigieux (531) (3). C'est sans doute dans ce conciliabule que J. B. A. servit de secrétaire. Il était désigné pour cette charge par sa connaissance des langues grecque et syriaque et par sa situation. Ephrem expulsa ensuite les moines monophysites d'Amid et des environs (535), comme le raconte Jean d'Asie (4). En 536, un concile réuni à Constantinople sous le patriarche Mennas condamna nommément Anthime et Sévère (3). 1. Β, A. mourut l'année suivante (6).

F. Nav.

(1) Land, Anecd. Syr., I, p. 210, 1. 18.

(2) Ibidem, ligne 26.

(9) Cf, Mansi, t. ὙΠ], col. 817-823. — Les évèques monophysites étaient d’ailleurs accompagnés de cleres et de moines. Zhidem, col. 817, D.

(4) Land, Anecd. Syr., 11, Ὁ. 294.

(5) Cf. Mansi, t. VIII, col. 967.

(6) Pour ne pas trop apitoyer nos lecteurs sur le sort des monophysites si violemment persécutés durant la vie de J. B. A., nous devons ajouter qu'ils persécutaient également les catholiques lorsque l’occasion s’en offrait, — c’est ainsi qu'ils frappèrent Flavien, patriarche de Constantinople, et mirent à mort Protérius, archevêque d'Alexandrie, — et Jean d'Asie, après nous avoir décrit ses souffrances et celles des siens, écrit sans vergogne aucune : « La dix-neuvième année de l’empereur Justinien (546) on s’occupa, grâce à mon zèle, de l'affaire des païens que l'on découvrit à Constantinople; c’étaient des hommes illustres et nobles avec une foule de grammairiens, de sophistes, de scolastiques et de médecins. Quand ils furent découverts, et que, gràce aux tortures, ils se furent dénoncés, on les saisit, on les flagella, on les emprisonna, on les donna aux églises pour qu'ils y apprissent la foi chrétienne comme il convient aux païens ». Cf. Analyse des parties inédites de la chronique attribuée à Denys de Tellmahré, ROC., 1897, p. 481-482, et p. 59-60 du tirage à part. — En somme les personnages de cette époque sont à la fois, à divers points de vue et en diverses années, persécuteurs et persécutés, bourreaux et victimes. S'ils n'avaient personne — pas même un texte — à torturer, ils se torturaient eux-mêmes par des pratiques ascétiques qu'ils inventaient dans ce but.

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(1) pans ? ms.

(2) Le manuscrit semble avoir quelques lettres grattées après 0,%. Il porte ensuite ji.

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(1) Ha Hisasacw Cod.

(2) ba Cod.

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(1) Le ms. portait LÇor où eur, on le corrigea par xas cer our, « SON fils était très beau ». Le sens demande, conformément au texte primitif : « son fils était très jeune ».

(2) Lys Cod.

(9) Le ms. portait . Cemot ἃ été remplacé en marge par - { ᾿ 5

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(1) Ce dernier mot a été ajouté en marge.

(2) Le «5 ἃ été ajouté après coup. Il vaut micux placer cette lettre plus loin

et lire : Sos où Diks Psas cop} PS Je:

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(1) pus figure dans la marge. Lire prus (as.

3) Le ms. porte en marge Räss ©,

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(1) Lire paso;so.

(2) Jlasoasos Cod,

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(1) Lire JR 250

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