‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 30 sur 195 · SUPÉRIEUR DU SAINT MONASTÈRE D'APHTONIA · texte numérisé non relu

SUPÉRIEUR DU SAINT MONASTÈRE D'APHTONIA

écrite par lun de ses disciples.

1. EXORDE. — Quand je vois les guerriers honorés de louanges, de couronnes, de statues et d’un souvenir indélébile, — on n’a garde de passer sous silence rien de ce qu'ils ont fait de bien, — je m'élève au-dessus de ma capacité et je commets la folie de tenter de faire connaitre notre valeureux (guerrier), au risque de paraître impudent, afin que les chrétiens ne paraissent pas plus injustes que les païens. Il est risible en effet que les fils des paiens soient encore loués jusque maintenant pour leur force corporelle et que nous laissions sans statue les soldats du Messie qui ont montré de la vigueur spirituelle et qui ont vaincu la troupe des démons (1). Et la cause de la renommée de ceux-là est dans l’effusion du sang et les homicides, tandis que, par la victoire de ceux-ci, Dieu est apaisé, les anges sont dans la joie et les hommes dans l'admiration, et la troupe (2) des démons qui n'est pas matérielle souffre de se voir vaincue par des hommes matériels.

J'en arrive donc à célébrer la victoire, à élever ce monument remarquable d'un illustre combat, à couronner cette intelligence victorieuse par des productions appropriées, — car les discours sont les productions de l'esprit ; — mais j'éprouve alors ce qui arrive aux hommes qui aiment les nombreux mets et la gourmandise : quand des mets nombreux et de grand prix sont placés devant eux durant un repas, ils examinent sur lesquels ils porteront la main afin de choisir le meilleur, et celui que leur œil rencontre, quel qu'il soit, leur parait toujours préférable. Voilà que sont placées devant moi les belles actions de (cet) homme, et chacune d'elles se place en avant dans mon esprit comme pour demander à être inserite en tête. Car toutes, les premières et les secondes, et non pas une seule, sont

(1) Nous avons dit (Zntrod., III) que le ms. de Berlin Syr. 167 raconte les luttes des moines de Quennesré avec les démons, (2) Mot à mot ;: la moitié ou la partie.

des actions d'éclat. Nous commencerons cependant notre discours (1) par l'origine.de notre salut, par l'Incarnation de Dieu le Verbe : Avant lui la voie de la perfection n'était pas fréquentée et était accessible à peu de gens, parce que l’idée même du royaume du ciel était trop obscure. Mais quand le Messie eut tracé cette voie, non seulement les hommes, mais aussi les femmes et les enfants, la suivirent avec courage : les uns se hâtèrent joyeusement vers le cirque du martyre etrendirent ainsi au Messie le sang de leur cou (quand on les décapita) en échange de celui qui coula de son côté (2); d'autres se précipitèrent vers les périls de la profession de la foi qu'ils estimaient plus que leur vie; d’autres enfin se livrèrent aux travaux du naziréat (de la pureté), et mortifièrent leur chair enflammée; ainsi ils ne souffrirent pas seulement une mort, mais une mort quotidienne, dans le mépris des mortifications que la religion leur rendait désirables, et dans le dédain de la vie d'ici-bas, puisqu'ils se hâtaient vers le monde à venir. Le chef spirituel de notre monastère imita ces derniers avec une noble émulation, on le vit pur et contesser (la foi), et il fut compté dans les deux troupes (des ascètes et des confesseurs).

2. Sa FAMILLE. — Mais revenons à son pays et à sa famille, car ce ne sont pas là des matières trop infimes pour notre discours. Comme le peintre qui veut dessiner l’image du roi tire profit de l'encre qui est cependant plus vile.que toutes les couleurs, car lorsqu'on l’étend d'abord avec mesure (3) elle fait brilier davantage les couleurs que l’on met par-dessus, de même ces détails (sur la patrie et la famille) sont réputés de peu d’importance, mais quand on les met au commencement et qu'on les expose comme il convient, ils donnent une grande force à ce qui suit. — Nous sommes amenés à remarquer que ces détails sont placés dans un livre inspiré par Dieu, non par hasard ni sans utilité, mais pour nous fournir une démonstration évidente : Z{ y avait un certain homme, dit (le Livre), dans le pays de Hus, qui se nommait Job — et plus loin — et cet homme élait d'illustre famille et du pays où se lève le solerl, et il avait de grandes richesses, etc. (4). Il ne dit pas que c'était un homme inconnu, né de parents obscurs, qui grandit dans une pauvreté laborieuse et abaissée; mais, pour amener facilement la chute de sa puissance et la dispersion de ses biens, il parle d'abord de l'illustration de sa famille et du nombre de ses richesses, pour montrer la grandeur de l'épreuve et rendre sa victoire plus éclatante. La richesse est un grand obstacle à la perfection ainsi que la noblesse de la famille, comme Notre-Seigneur l’a montré dans les Évan-

(1) Ou notre homélie (J;50p50).

(2) Jean, χιχ, 34.

(3) μαχρωσ (?); Cf. μωναρω5

(4) Job, 1, 1, 3. La première partie de la citation porte yes, Hus, comme l'hébreu et la Peschito, tandis que les anciens manuscrits grecs portent ἐν χώρᾳ τῇ Αὐσίτιδι. La seconde partie au contraire est conforme au grec xai ἣν ὁ ἄνθρωπος ἐχεῖνος εὐγενὴς, τῶν ἀφ᾽ ἡλίον ἀνατολῶν, et diffère de l’hébreu et de la Peschito qui portent : « cet homme était plus illustre que tous les fils de l'Orient ». Les derniers mots et il avail de grandes richesses ne se trouvent dans aucun texte.

giles en disant : Zl est plus facile qu'un chameau entre dans le trou d'une aiquille qu'un riche dans le royaume du ciel (1). La richesse est un creuset pour éprouver (le métal), la fournaise du cœur, le signe de Satan, l'antre de l’avarice.

Si donc un homme dit de notre père ce qui a été dit de Job, il ne se trompera pas, car il était en effet d'illustre race parmi les Orientaux de l'autre côté du fleuve, d’un pays proche du patriarche Abraham, car Ourhoi (Édesse) produisit cette perle qui est plus précieuse que Les béryls, les émeraudes et le pays d’Æévila riche en or (3). Ses parents étaient de ceux qui dirigeaient et gouvernaient cette ville, comme l’œil gouverne son corps. Ils abondaïent en richesses, en gloire, en puissance et en honneurs, surtout parce qu'ils étaient riches en justice et en religion. Son père possédait la sagesse profane, car il n'était pas arrivé sans mérite à la charge de rhéteur. La parole est trop faible pour dépeindre toutes les qualités de sa mère nommée Aphtonia, parce qu'elles surpassent toute parole. Elle enterra bientôt son mari, et demeura, jeune encore, avec cinq petits enfants. Elle ne prit pas un autre homme, et ne laissa pas ses enfants supporter les épreuves (qui assaillent d'ordinaire) les orphelins; mais elle placa les uns dans les écoles, et les munit de la science des discours et des lois, et elle sauva les autres du sort malheureux des orphelins en les munissant d'offices impériaux et de charges, et elle leur prépara ainsi une vie facile.

3. SA JEUNESSE. — Quant à notre héros qui n'était pas encore né, cette mère de beaux et bons enfants, tous de sexe masculin, le consacra à Dieu par une sorte de prophétie quand elle le portait encore dans son sein (3). Quand il fut né, elle l’éleva dans sa demeure comme dans un sanctuaire et ne lui laissa pas fréquenter le monde. Elle voulut (ensuite) le cacher promptement au monde afin que celui-ci ne changeñt pas sa sagesse et que la volupté ne lui ravit pas sa virginité. Comme elle s'informait avec soin de la vie des moines, c’est-à-dire des cénobites et de ceux quisvivent en communauté, elle apprit que les uns se conduisent d’après leur propre volonté et selon ce qui leur plait de manière particulière : ils ont une perfection qui n'est pas éprouvée et contrôlée et ne sont bons que pour eux seuls, tandis que les autres qui choisissent la vie commune, embrassent la

(1) Matth., xix, 24. Ce texte est une traduction mot à mot du grec : Εὐχοπώτερόν ἐστι χάμηλον... La Peschito rend cette idée par les mots un peu différents : δας, 69 Na — On sait que ce texte ne doit pas être pris à la lettre, pas plus que celui où il est dit que les Pharisiens rejetaient le moucheron et « buvaient le chameau », Matth., xxur, 24. — On pourrait peut-être aussi voir là une sentence orientale légèrement modifiée dans la traduction grecque de saint Matthieu et dont la forme primitive, conforme au parallélisme constant des écrits gnomiques, serait :

Il est difficile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille Et à un riche d'entrer dans le royaume des cieux. (2) Cf. Genèse, 11, 11-12.

(3) Cette idée se retrouve dans l'hymne de Jean Psaltès que nous traduisons à la fin,

vie apostolique avec des statures et des corps divers, mais ne montrent qu'une volonté, s’aident les uns les autres, s’entrainent mutuellement vers la perfection et se fortifient. Ils s’exercent entre eux à une belle obéissance et à la patience, bien qu'ils se respectent et s'honorent, car ils sont ceints de cette charité qui contient tous les commandements. Ils possèdent tout et cependant ne possèdent rien, car c'est à la communauté. Elle jugea bon de placer son sacerdotal (fils) au nombre de ces derniers, et elle s'informa encore de la communauté la plus parfaite parmi toutes les autres et de la régularité des supérieurs.

Elle apprit par un homme, comme si Dieu l'avait poussé (à cela), que dans le voisinage de Séleucie (1) il y avait un monastère nommé de l’apôtre Thomas (2) qui était plus relevé que tous les monastères, convenait mieux à la vie monastique et était plus soigneux à pratiquer les commandements; mais il n’admettait en aucune manière les jeunes gens.

4. SON ENTRÉE AU COUVENT. — Comme elle voyait que son fils était très jeune, car il n'avait que quinze ans (3), elle agit de la manière suivante : quand il eut été un peu initié aux livres profanes et qu'il eut goûté du bout des lèvres, pour ainsi dire, aux (affaires) ambiantes, elle prit son fils, courut à Antioche, et quand elle approcha de celui qui occupait alors ce siège patriarcal — c'était Palladios (4), — elle le supplia, bien qu'il ne l’eût pas encore vue d’ailleurs, — mais elle était d'aspect et de manières imposantes, — de persuader les moines par des ordres différents de ceux que donnaient les supérieurs de ce monastère. Elle alla ensuite à Séleucie sans perdre de temps, sans placer sa confiance dans les supérieurs, mais en . Dieu qui accueillerait ses prémices comme celles d’Abel (5), car elles étaient bien choisies et offertes. Elle commenca par supplier Dieu, ainsi que saint Thomas son héraut et son apôtre, d'incliner vers elle les esprits des moines. Quand elle arriva au monastère, elle pria les saints de garder l’enfant avec.eux, elle donna aussi la lettre qui avait été écrite à son sujet et la présenta aux moines dès le commencement, pour les incliner en sa faveur. Ils transmirent sa demande à leur maitre, à la porte du monastère; c'était

(1) Près du mont Pierus, à l'embouchure de l'Oronte, à six kilom. au nord du village actuel de Souéïdiéh. — Cette ville fut visitée par Jean Moscus vers l'an 600. Il l'appelle Séleucie près d'Antioche (Σελεύχια ñ πρὸς ᾿Αντιόχειαν). Il y trouva trace des luttes entre les monophysites et les catholiques (chap. LxxIx, Migne, P. G., τ. LXXX VII, 3°; cf. chap. xcv). — Il ne mentionne plus de monastère à Séleucie même.

(2) Au concile de Constantinople (536) figure Jean prêtre et archimandrite du monastère de Saint-Thomas, syrien. — Il s'agit sans doute de notre monastère (Mansi, t. VII, col. 930, 954); ce Jean serait le successeur de B. A. qui fut expulsé vers 530,

(3) Il s'ensuit que Jean B. A. avait quinze ans lorsque Palladios, dont on va parler plus bas, était patriarche d'Antioche, c'est-à-dire de 490 à 498. Nous reproduisons cette date d’après M. Krüger, Die sog. Kirchengesch. des Zach. rh. Leipzig, 1899, p. 335.

(4) Patriarche d’Antioche de 490 à 498.

(3) Genèse, 1v, 4.

un homme vénéré et vénérable qui était arrivé à une extrême vieillesse, car il vécut près de cent ans. Il perdit la vue dans sa vieillesse, comme le patriarche Zsaac (1); il se nommait Théodore. Après avoir fait entrer l'enfant et sa mère, elle lui apprit pourquoi elle s'était donné tant de peine et avait entrepris une si longue route. « Pourquoi, lui dit-il, as-tu passé les autres moines et es-tu venue près de nous? » Elle lui répondit : « Celui qui m'a inspiré, quand je le portais encore dans mon sein, de le lui consacrer, celui-là m'a dirigée vers votre monastère et m'y a amenée ». Elle présenta aussi les lettres avec la requête. Quand le vieillard l’eut entendue, il ordonna d'amener l'enfant à ses genoux; il lui toucha les joues et, les trouvant imberbes, il dit : « Tu ignores donc, ὃ femme, que tu nous demandes de transgresser les lois de nos pères (2)? » Elle répondit : « Non, seigneur, mais je n'ai pas voulu attendre qu'il eût de la barbe parce que je craignais que le monde ne mélât quelque chose de lui à mon offrande. Si l’offrande n'est pas parfaite, l'empressement de sa mère complète ce qui lui manque. Comme un autre Æéli, ὁ homme vénérable, reçois done mon Samuel (3) ». Il répondit : « Je ne transgresserai pas les lois que nos pères ont établies; prends-le donc et va, tu le ramèneras quand tu verras que ses joues seront couvertes de barbe. » Elle, qui ne savait pas insister, prit donc son enfant et s’en alla pleine de tristesse, comme après une offrande maudite. Elle se dirigea tout droit vers le bâtiment où était l’oratoire de l'apôtre. Pendant qu'elle y était, comme le jour baissait, la nuit arriva durant ses prières prolongées. Dieu ne l’abandonna pas, il voulut exalter sa foi et sa (bonne) volonté, comme pour la Chananéenne (4). Il apparut en songe au vieillard, supérieur des moines, sous la figure de l’apôtre : « Pourquoi, lui dit-il, répousses-tu et expulses-tu le vase d'élection qui t'a été adressé? Il deviendra grand, il sera le soutien et le sauveur de ton monastère, quand celui-ci sera comme un navire qui enfonce, il le sauvera en bon timonier et capi-

(1) Cf. Genèse, xxvir, I.

(2) Ces ordres avaient pour but d'assurer la sincérité des vocations en n’admettant que des jeunes gens majeurs. Cependant, pour avoir un recrutement plus nombreux et plus homogène, on s’avisa, comme va le faire notre bon supérieur lui-même, de prendre de tout jeunes gens, mais de les enfermer d’abord dans des écoles ou des dépendances du monastère et de ne les admettre dans la communauté qu’à leur majorité. Les vocations en étaient moins sincères, mais on évitait du moins les scandales « causés par la présence de petits garçons et de jeunes gens imberbes » mentionnés par M. X‘* dans la Revue de l'Orient chrétien 1901, n° 4, p. 590 et p. 546. — Les prélats orientaux du νὴ siècle, en face de semblables désordres, prirent leurs diacres et leurs religieux tels qu’ils étaient et non tels qu’ils leur ordonnaient d'être, et s'engagèrent, pour diminuer le nombre des crimes et des scandales, au nom de l'Évangile et de la raison, à ne conférer une ordination quelconque qu'à des hommes mariés légitimement. Cf. Braun, Das Buch der Synhados, Stuttgard, 1900, p. 69-72. — L'auteur nous dira un peu plus bas, qu'il y avait aussi des moines « relàchés » au couvent de Saint-Thomas, et qu’ils y pratiquaient peu la charité.

(3) Cf. I Rois, 1, 24-28.

(4) CF. Matth., xv, 22-28.

taine, il le délivrera aussi de toute perversité hérétique; va donc, jette et

ramène le filet(l) ».

Quand il sortit de ce songe, il n’attendit pas le jour, mais fit appeler aussitôt cette femme virile et sacerdotale avec son offrande et lui dit : « Réjouis-toi, ὃ femme, si toutefois on doit t'appeler femme, toi qui es si virile contre les sentiments maternels et qui regardes comme un danger de le garder chez toi. Ton offrande sacerdotale, dont la règle ne voulait pas, est acceptée par Dieu; elle n’est pas inférieure au sacrifice d'Abraham et je crois maintenant qu'il ne me faut pas regarder à la taille, comme jadis pour Samuel, mais à la rectitude du cœur. Va donc avec joie, car tu as acquis une descendance dans Sion et des familiers à Jérusalem ». Celle-ci laissa donc le saint dans la paix du monastère avec la promesse des premiers degrés (du monachisme) et retourna chez elle, en adressant des louanges d'actions de grâce au Sauveur qui avait miraculeusement agréé son offrande.

Le vénérable vieillard ne fit pas un moine de cet enfant dès son arrivée, car on prend moins de soin pour conserver ce qu'il est facile d'acquérir, tandis que l’on garde de manière durable ce qui a coûté quelque peine pour être acquis. Aussi, comme un éducateur et un maitre, it le mit à la porte du monastère et ordonna de l’éprouver par le travail corporel et les offices réputés humiliants, afin d'exercer sa patience. Et les travaux qui suivirent ne furent pas moindres que les premiers, mais la fin répondit au commencement et de longs travaux lui furent imposés en attendant que la barbe lui vint. Pour lui, il faisait gaiement son travail, et ces semaines de monachisme ne lui paraissaient être que quelques jours (2), car il aïmait la vie monacale, En vérité, il était exposé au feu du jour et au froid des nuits, comme le patriarche Jacob, et le sommeil fuyait ses yeux, et ce n'était pas pour empêcher ses brebis de devenir la proie des animaux sauvages, mais bien pour être sans reproche dans son service. Le travail était considérable à la porte de ce monastère, qui était placé près du port de la ville des habitants de Séleucie. Il recevait, nourrissait copieusement et renvoyait ceux qui partaient sur les navires où qui revenaient, Le supérieur de la porte, qui pouvait très bien observer Jean, puisqu'il était toujours sous ses yeux, louait, autant qu'on pouvait le faire, la conduite de cet enfant : il fuyait la vaine gloire, était maitre de lui-même et il émergeait facilement parmi les enfants qui, par leur conduite, tendaient à s'amender (de leurs défauts). Parmi ceux-ci, il se faisait grandement admirer par sa profonde humilité, sa sincérité, le sérieux de son visage, son habitude de baisser les yeux sans les laisser errer, son langage mesuré sans exubérance, et la prudence de sa conduite qui l’éloignait à la fois d'unetrop grande promptitude et de l’indolence; de l’une, comme chose inconsidérée, de l’autre, comme n'étant que paresse, au point qu’il en arriva à présenter le caractère de la vieillesse, c’est-à-dire à rendre sa conscience droite, bien qu'il fût encore jeune. Comment énoncerais-je toutes ses qualités? En peu de temps,

(1) Cf. Jean, xxx, 6.

(2) Cf. Genèse, xxx, 20.

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