‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 34 sur 195 · ΒΥ ΝΣ OP UT EP LATE TE · texte numérisé non relu

ΒΥ ΝΣ OP UT EP LATE TE

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Mar Jacques, afin qu'il apprit comment il déroberait son saint corps. Eux, ses compagnons, dormaient à ses côtés, auprès du tombeau, à cause de lui. Or, pendant la nuit, ils creusaient, et pendant le jour, ils recouvraient ce qu'ils avaient creusé. Lorsque leur tâche fut sur le point d’être achevée, ils s'emparèrent des clefs du couvent afin de pouvoir exécuter facilement leur projet. Ils dirent alors aux moines du couvent de Casion : « Nous autres, seigneur, comme nous avons des lettres avec nous, nous ne pouvons pas rester ici auprès de ce malade. Nous laisserons cependant l’un de nous auprès de lui, ainsi qu'une monture rapide, afin que, si Dieu veut qu'il guérisse, il nous rejoigne vite à Alexandrie, dans le saint couvent de sainte (mot à mot Notre-Dame) Zo/i (Zoé?). Priez pour nous ». Quant à l'homme qui avait fait l'insensé par ruse et à son compagnon, ils se levèrent pendant la nuit, prirent le corps de saint Mar Jacques et l’'enveloppèrent dans de la soie; puis, sur leur monture rapide, ils allèrent rejoindre leurs compagnons en Palestine, selon le rendez-vous qu'ils s'étaient donné. Les bienheureux moines du couvent de Casion s'étant levés à l'aurore, et ayant vu que le corps du saint avait été enlevé, pleurèrent et gémirent à haute voix; ils poursuivirent (les voleurs) dans toutes les directions, mais ne les rencontrèrent pas, et revinrent tout tristes à leur couvent. Les bienheureux (moines du couvent de Phesiltha) quittèrent, eux et les clercs, la Palestine, et se rendirent rapidement à la ville de Tella, portant avec eux le saint corps (de Jacques). L'évêque, le clergé et 165 habitants de la ville ayant appris la chose, allèrent à la rencontre du

1-2? afin qu'ils (pussent) s’occuper de dérober. —8 seigneur] mes frères. —9 rester auprès de notre compagnon — 12-13 dans le couvent de Mar Zoïle. — 16-17

puis le placèrent sur leur monture rapide et allèrent. — 20-21 poussèrent de ἡ

hauts cris, et pleurèrent et gémirent et se lamentèrent à haute voix. — 22 mais ne les rencontrèrent pas], mais ne trouvèrent rien. — 94 eux et les clercs] manque. — 25 portant le corps du saint. — 90 Les évêques.

(Thesaurus s. v.) rattache gourna au mot latin wrna, dont il a les significations et au mot grec γοῦρνα, que des Glossae graeco-barbarae cités par Ducange (Glossaire grec, p. 262) font synonyme de ὑδρία, x6yyn « cruche, vase ». Il n’est pas impossible que gourna soit le latin wrna, mais nous avons peine à croire que le mot γοῦρνα, qui n'apparait dans aucun texte littéraire, ait servi d’intermédiaire entre le latin wrna et le syriaque gourna.

corps avec des flambeaux et des parfums, et (en chantant) des hymnes. Is lui firent faire le tour de toute la ville, en l’accompagnant de chants spirituels et de cantiques du Saint-Esprit. Alors ils l'ensevelirent et le placèrent dans son couvent, le couvent de Phesiltha, dans le temple que le saint avait construit de son vivant. Et il est là pour le secours et la guérison de tous, et pour l'honneur et la gloire du Messie, son Dieu, auquel soit, ainsi qu'à son Père et à son saint Esprit, gloire, honneur et glorification, maintenant et en tout temps, et dans les siècles des siècles. Amen.

Ὁ des hymnes et des cantiques. — 4-5 Alors ils l'ensevelirent.. de Phesiltha|. Et alors ils arrivèrent à son couvent, l’ensevelirent, et l’y placèrent avec grand honneur, parce qu'il avait été élevé et instruit dans le couvent de Phesiltha.

— 5-6 dans le temple... de son vivant] manque. — Ὁ de tous ceux qui se réfugient auprès de sa châsse. — 7 notre Dieu. — 8. au saint Esprit. — 8-9 et glo-

rilication, maintenant et en tout temps] manque.

Souscription : Est finie la Vie de saint Mar Jacques de Phesiltha, surnommé Baradée. Que sa prière soit avec nous dans tous les siècles.

Nous avons omis à dessein de traduire la notice qui suit le récit de Cyriaque dans le ms. de Berlin : l'interprétation en présente quelques difficultés.

D'après le résumé que M. Sachau en a donné (1), nous sommes autorisé à la traduire en son nom de la façon suivante : « Est terminée l'histoire de Mar Jacques d'Édesse. Cette histoire ἃ été transcrile à l'instigalion de Mar Theudas (Théodose?), prêtre et stylite du couvent de Phesiltha, dans les jours d'Étienne, higoumène de ce couvent, en l'an 1052 de Séleucus. »

De cette notice ainsi interprétée, M. Sachau tire la conclusion suivante : « L'écrit n° 13 (la Vie de Jacques Baradée) a été transcrit en 1052 de l'ère des Séleucides, c'est-à-dire en l'an 741 ap. J.-C. ; or, comme le manuscrit présente partout la même écriture, il ἃ été écrit tout entier à la même époque. »

Ni la facon dont M. Sachau a traduit cette notice ni la conclusion qu'il a tirée de sa traduction ne nous paraissent présenter de grandes garanties de certitude. Mais avant d'aborder

(1) Verzeichniss der syrischen Handschriften der kôniglichen Bibliothek zu Berlin, Berlin, 1899, in-4°, t. 1, p. 100, col, 2,

ces deux points, il nous faut d'abord dire quelques mots de la Vie de Jacques Baradée par pseudo-Jean d'Asie, et de l'écrit de Mar Cyriaque.

Le IT° volume des Anecdola syriaca de Land contient, outre .

la Vie de Jacques Baradée, attribuée à tort à Jean d'Asie, et éditée, comme nous l'avons dit plus haut, d'après l'add. 12174, une autre Vie, plus courte, de ce même personnage monophysite, qui a réellement Jean d'Asie pour auteur.

Cette dernière Vie forme les chapitres xuix et 1 des Commentarii de beatis Orientalibus de Jean d'Asie (1). Elle décrit, au chap. xuix, l’activité de Jacques depuis son arrivée à Constantinople jusqu'en 566, puis nous fait connaitre, au chap. L, les nombreux évêques déjà consacrés par Jacques à cette époque. Elle ne nous apprend rien sur la jeunesse de Jacques; d'autre part, comme elle ἃ été écrite en 566, elle ne peut pas nous parler de la fin de sa carrière (578).

La Vila spuria, par contre, est une Vie complète, commençant à la naissance du fondateur de l'Église jacobite et allant jusqu'à sa mort. Le regretté orientaliste hollandais H.G. Kleyn a bien montré dans son étude sur Jacques Baradée que cette Vie ne pouvait pas être de Jean d'Asie, et qu'elle n'était, en grande partie, qu'une amplification des chap. xuix et L des C'ommentarii de beatis Orientalibus (2).

(1) Laxn, 0p. cit, p. 249, 1. 19 — 257, 1. 16; dans la traduction latine de Van Douwen et Land, p. 159-164. Les Commentarii de‘beatis Orientalibus nous sont parvenus dans l'add. 14647, qui est daté de G6S8 ap. J.-C. «

(2) Kueyw, Jacobus Baradaeus, p. 105-109. « Apres l'introduction, p. 364 (de a Vila spuria), nous trouvons, dit Kleyn, l’histoire du séjour de Jacques en Syrie, qui manque dans À (= les chap. xuix et L des Commentarti), où il n'y a à ce sujet que quelques lignes, p. 249 et 250. Le récit de la p. 368 correspond très bien à celui de la p. 250, et les p. 369-371 sont la reproduction, avec quelques petits changements, des p. 254-257 (les consécrations d'évèques). A la p. 371, nous retrouvons la p. 250 (dernière moitié) et la p. 251 (première moitié). Viennent ensuite quelques miracles, p. 372 et 373. La p. 574 correspond de nouveau à la p. 291, la p. 375 contient de nouveau un miracle, puis nous obtenons la suite des p. 21 et 252, L'auteur de la Vila spuria continue alors à reproduire, à peu près dans les mêmes termes, le récit de A jusqu'à la fin, en ÿ mélant seulement des mira2les, Une fois arrivé là, il se met à raconter à cœur joie des miracles, et termine par le récit de la mort de Jacques ».

L'add. 12174 et le Sachau 321 ne contiennent pas, ainsi que nous l'avons déjà dit, la même rédaction de la Vie de Jacques Baradée par pseudo-Jean d'Asie. Les en-têtes d'abord ne sont pas les mêmes (1), ensuite Le texte lui-même diffère assez bien. Le ms. de Berlin ne commence qu'à la 1. 17 de la p. 361 du texte de Land, aux mots Jet me > — l'introduction du ms. de Londres y fait donc défaut — et s'arrête à la 1. 1 de de la p. 381. Toutefois, l'absence, dans le Sachau 321, de la dernière partie de la Vie de Jacques Baradée, est due à une cause toute matérielle, à la disparition d'un feuillet(2). Bien que l'examen que nous avons fait de la rédaction du ms. de Berlin ait été un peu rapide, nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que cette rédaction est antérieure à celle du ms. de Londres, et que, dans ce cas-ci encore, comme dans plusieurs autres, le Sachau ‘321 se distingue par l'ancienneté et l'excellence de son texte.

Le Sachau 321 mérite que nous nous y arrêtions un peu. C'est un ms. de la plus grande valeur. Il est le seul ms. qui nous ait conservé la Vie de Sévère, patriarche d'Antioche, par Zacharie le Scolastique; il est encore le seul qui nous donne en entier la Vie de ce même patriarche par Jean, higoumène du couvent de Beth-Aphthonia; enfin, il fournit, pour les autres documents qu'il renferme, un texte qui a toujours été reconnu supérieur à celui conservé ailleurs.

Le Père Bedjan, qui possède incontestablement une connaissance approfondie de la langue syriaque, fait ressortir à plusieurs reprises dans ses Acta Martyrum el Sanclorum (t. V et VI) l'excellence du Sachau 321. C'est d'après ce ms., qui lui parait /rès ancien (3), qu'il a corrigé et complété le texte que le

(1) En-tête donné par l'add. 12174 (Anecd. syr., 11, p. 364, L. 1-4) : wp5l CLÈCE we? As . usols 13a0m:9/ isams uis0 μοο δ» Ιδωδὶ S0L gas Je, Ὁ Jsûnso μϑᾶρ. all np (910 : Hssias spi 50 οὖ : as JL [NL wAavo : [ὕω ds Hools

En-tête donné par le Sachau 321, fol. 166 a : ILosllse “οὐδ 9]. uoapNañifo sans Haas οὐ δ. 1:39» ιωδδι. sol bosag lol go "μὲ meæ Nano fau IS Ja5a9 got | ss où .J5as (ici un mot illisible) lomo -wæha9f sBibaians L5mnd|s waimosolLo «μον uns [βροῦν [9 ΔΆ σον [Laisse (2) Le feuillet disparu faisait partie du dix-neuvième cahier. (3) Tome V, p. vi. Bedjan n’a pas considéré le Sachau 321 comme un ms. daté.

British Museum et la Bibliothèque nationale lui avaient fourni pour les Vies de saint Antoine, de saint Pacôme, de Grégoire le Thaumaturge et pour le panégyrique de saint Basile; c'est ce même ms.quil ἃ pris comme base pour éditer le martyre de saint Pierre d'Alexandrie et le panégyrique de saint Julien. Bedjan avait d'abord transcrit le panégyrique de saint Basile dans l'add. 12174(le ms. de Londres qui contient la Vie de Jacques Baradée et le récit de Cyriaque); en collationnant sa copie avec le Sachau 921, il y trouva « des lacunes très nombreuses et très notables », qu'il fut heureux de pouvoir compléter au moyen du Sachau 321.

D'autre part, la Vie de Pierre l'Ibérien, qui est conservée dans l'add. 12174 et le Sachau 321, a été éditée par R. Raabe d'après le ms. de Berlin; le texte du ms. de Londres est pour Raabe un remaniement du texte primitif (1).

Enfin, nous pouvons ajouter que le Sachau 321 aurait fourni.

à Kleyn, pour la Vie de Jean de Tella, un texte plus correct que l'add. 12174 et l'add. 14622 (2).

Le récit de Mar Cyriaque diffère également dans les deux manuscrits. La rédaction du ms. de Londres (L), si on la compare attentivement avec celle du ms. de Berlin (B), apparait comme un remaniement de cette dernière. L'auteur de 1, ἃ surtout cherché à donner une tournure plus élégante, plus correcte à B, qui est écrit dans un style très négligé. Il a aussi supprimé ou modifié un certain nombre de mots ou d'expressions, parce qu'ils choquaient, semble-t-il, son sentiment religieux. Quelquefois les variantes de L paraissent remonter à une fausse lecture de B; dans d’autres cas, elles sont simplement des fautes d’inattention, qui montrent le caractère récent de L,

(1) Petrus der Iberer, Leipzig, 1895, in-8°, p. vi-vur.

(2) Une collation de la Vie de Jean de Tella (/Zet leeven van Johannes van Tella door Elias, Leyde, ISS2, in-8°) avec le Sachau 321 donne pour la 4° page les résultats suivants : lo 1. 1 pps au lieu de pp; 2° L 3 )»οιβο au lieu de Jp; 3 1. 12 Nes au lieu de Ni (ce qui rend inutile la correction de ss en aùsuo 1. 15); 451. 14 JR ÇaKÇys0 au lieu de JlaÇaKrs0 ; 5° 1. 11 pie au lieu de Rs ; 6° 1. 18 (ogkao, au lieu de (os JRamo,; 7° 1. 19 Los au lieu de LSoño. Dans un de ces cas, le 6°, la variante est sans importance; dans tous les autres, on peut affirmer sans crainte, à notre avis, que le Sachau 321 fournit la véritable lecon du texte. Notons que Kleyn l’avait restituée dans {rois cas (n° 1, 1 et 5), et à peu de chose près dans deux autres (n°*° 9 et 5).

daté, comme nous l'avons dit, de 1197. À un endroit (p. 4, 1. 9), L donne un passage qui manque dans B; ce passage, qui se retrouve à peu près dans les mêmes termes chez Bar-Hébraeus, semble être tiré de l'historien que Bar-Hébraeus, ou plutôt Michel le Syrien, a utilisé pour l'histoire du vu: siècle. En résumé, L s'explique par B, et B ne s'explique pas pur L; on peut donc considérer L, qui est représenté par un ms. du χα“, comme un remaniement de B, dont le ms., si même il n'est pas daté de 711, est en tout cas beaucoup plus ancien que l'add. 12174.

Le ms. de Berlin assigne comme auteur à notre traité Cyriaque, évêque d'Amid, et le ms. de Londres, Cyriaque, évêque de Mardin.

Cyriaque, évêque de Mardin, ne semble pas être connu par ailleurs. Par contre, on trouve des renseignements sur Cyriaque, évêque d’Amid, chez le pseudo-Denys de Tellmahré, chez Denys de Tellmahré, chez Bar-Hébraeus, et indirectement chez Théophylacte Simocattès.

Le pseudo-Denys de Tellmahré nous apprend qu'il succéda “en 978 après J.-C. à Mar Jean sur le siège épiscopal d’Amid (1); Denys de Tellmahré, qu'il mourut en 623 et qu'il fut remplacé par Mar Thomas (2). D'autre part, nous savons par Bar-Hébraeus (3) que Cyriaque d'Amid fut persécuté par les Chalcédoniens, et qu'un évêque de ce parti occupait le trône épiscopal d'Amid, lorsque Chosroës ΠῚ s'empara de la Mésopotamie en 604/8; nous savons encore par Bar-Hébraeus que les églises qui furent alors rendues aux Syriens monophysites, leur avaient été enlevées par Domitien, évêque de Mélitène (4), sous le règne

(1) AssÉMmanr, Bibl. orient., Il, 90: Nav, Analyse des parties inédites de la chronique altribuée à Denys de Tellmahré, p. 11.

(2) Assémanr, ibid,; Cuasor, Chronique de Denys de Tellmahré, p. 5.

(3) Chron. Ecclés., I, p. 263: le passage en question à été traduit plus haut, p. 9, note 1. ᾿ :

(4) Maurice fit monter Domitien sur le siège épiscopal de Mélitène, pendant son séjour en Orient, sous Tibère, comme général en chef des troupes romaines (Jean d'Asie, Histoire Ecclésiastique, N, 19). Domitien était un évèque chalcédonien (ébid.); parmi les évêques monophysites qu'il chassa de leur trône, figure Thomas d'Héraclée, l'auteur de la version du Nouveau Testament dite Héracléenne (Bar-Hébraeus, Chron. Eccl., 1, p. 267). Il mourut en janvier 602 (Théophane, A. M. 6094). Parent de l’empereur Maurice, il fut souvent consulté par celui-ci, qui trouvait en lui, dans les cas difficiles, à la fois un conseiller et un consolateur (Jean d'Asie, op. cit.).

de l'empereur Maurice. Enfin, Théophylacte (1), en nous informant qu'un certain Siméon était évêque d'Amid en 585/6. nous apprend que Cyriaque fut dépossédé de son trône épiscopal entre 582 (début du règne de Maurice) et 585/6 (2).

Telssontles renseignements que nous possédons sur Cyriaque d'Amid; voyons s'ils nous permettent de lui attribuer le récit que le Sachau 321 place sous son nom.

Le récit de Cyriaque contient un passage qui nous indique la date de sa composition. Ce passage est : « {|5 partirent en l'an 933 des Grecs. En ce temps, l'empereur des Romains, Héraclius, arriva, S'empara de toute la région orientale de l'Euphrate el chassa les Perses jusqu'à Nisibe qui constitue la frontière. » La première phrase nous donne comme date l'année 622 après J.-C.; la seconde nous transporte à la fin de la troisième campagne d'Héraclius contre les Perses, en 628. A première vue, il semblerait que les événements auxquels il est fait allusion dans la seconde phrase, se soient passés lors de la première campagne d'Héraclius, en 622; mais l'histoire des campagnes d'Héraclius contre les Perses nous empêche d'entendre ainsi cette phrase. Ce n’est qu'en 628 que les Perses quittèrent la partie de la Mésopotamie dont ils s'étaient emparés sous le règne de Phocas, et que Nisibe reforma, comme du temps de l'empereur Maurice, la frontière entre l'empire romain et le royaume perse. La première campagne d'Héraclius ne fut qu'une expédition préparatoire; elle eut uniquement pour théâtre les régions pontiques. Loin d’avoir été chassés alors de la Mésopotamie, les Perses n'y furent même pas inquiétés. La seconde campagne n'eut pas non plus de résultats décisifs. Lorsque Héraclius se rendit, en mars 626, des bords du lac Van à Sébaste (Pont), il fut poursuivi par les Perses jusqu'au fleuve Saros (Cilicie) (3).

(1111, 8. La date nous est fournie par Théophane, qui place les événements racontés dans ce chapitre de Théophylacte sous l’année du monde 6078.

(2) Cyriaque doit avoir cherché à rentrer en possession de son siège lorsqu'il alla visiter, vers 610, sur l'ordre du patriarche Athanase, les fidèles de la Mésopotamie, dont une partie, les campagnards, ne voulaient pas recevoir les évêques orientaux envoyés par Chosroès. Ainsi s'expliquerait la colère de ces éveques contre Cyriaque et la menace qu'ils lui firent. Cf. p. 9, note 1.

(3) Héraclius fit trois campagnes contre les Perses + la première commenca le Ὁ avril 622 et dura à peu près un an; la seconde s'étend du 25 mars 624 au mois

Composé après 628, notre récit ne peut pas être de Cyriaque d'Amid, qui est mort en 623, selon Denys de Tellmahré. On peut supposer, il est vrai, que la mort de Cyriaque doit être reculée de quelques années. Mais cette supposition a peu de chance d'être fondée, les faits datés chez Denys d'après l'ère des Séleucides étant d'ordinaire placés dix ans trop tard(l). Au lieu d'être reculée, la date de la mort de Cyriaque doit done plutôt être avancée (2).

S'il nous est impossible d'attribuer, avec le ms. de Berlin, notre récit à Cyriaque d'Amid, ne pouvons-nous pas l’attribuer, avec le ms. de Londres, à Cyriaque de Mardin? D’après ce que nous avons dit plus haut de la valeur respective de ces deux mss., nous n'y sommes guère autorisé. Cependant il n'est pas impossible que dans ce cas-ci le ms. de Londres ait gardé la . bonne lecon : le scribe du ms. de Berlin peut avoir été amené, par la ressemblance des mots Mardin (>) et Amid (;1), à substituer un nom qui lui était connu (Cyriaque d'Amid) à un nom qu'il ne connaissait pas (Cyriaque de Mardin). Au rèste, le nom de l'auteur de notre récit importe peu. Qu'il soit de Cyriaque d’Amid on de Cyriaque de Mardin, il est certainement antérieur à la conquête de la Perse et de la Syrie par les Arabes. Il ἃ done été composé quinze ans tout au plus après le pieux vol qu'il raconte.

Abordons maintenant l'examen de la notice qui suit l'écrit de Cyriaque dans le Sachau 321.

M. Sachau, avons-nous dit, l'a comprise de la facon suivante : « Est terminée l'histoire de Mar Jacques d'Édesse. Cette histoire ἃ été franscrile à l'insligation de Mar Theudas (Théodose),

de mars 626; la troisième va de l'été 626 au printemps 628. Cf. sur ces campagnes d'Héraclius l'excellent travail de GerLaxD, Die persischen Feldzüge des Kaïsers Herakleios, dans la Byzantinische Zeitschrift, ΠῚ (189). p. 330-373.

(1) Cf. Cnapor, Chronique de Denys de TellMalhré, Paris, 1895, p. χχχπι, note 1.

(2) En admettant mime qu'Héraclius ait chassé en 622 les Perses jusqu’à Nisibe, et que cette ville ait de nouveau formé à cette époque la frontière entre les Grecs et les Perses, il serait encore difficile de voir en Cyriaque d’Amid l’auteur de notre récit. Quand on le lit, on éprouve l'impression qu'il a été composé plusieurs années après les événements qu'il raconte; or, il aurait été composé tout au plus un au après! — 51 la rédaction du ms. de Londres représentait le texte primitif, notre récit serait au moins postérieur à 629, Cf. p. 10, note ὃ,

prêtre et stylite du couvent de Phesiltha, dans les jours d'Étienne, higoumène de ce couvent, en l'an 1052 de Séleucus. » Le ms. présentant partout la même écriture, M. Sachau tire de cette notice ainsi comprise la conclusion que le ms. a été écrit tout entier à la même époque que la Vie de Jacques Baradée, c'est-à-dire en 741 après J.-C. Cette conclusion de M. Sachau nous parait tout d’abord contestable.

Avant de dater le Sachau 321 de 741, parce qu'il est dit dans la souscription de la Vie de Jacques Baradée (le 13° des 17 écrits contenus dans le ms.) que celle-ci a été copiée à cette époque, ne faut-il pas se demander si la Vie de Jacques Baradée ne peut pas avoir été introduite dans le Sachau 321 avec la clausule d'un manuserit de cette Vie, exécuté en 741? N'arrive-t-il pas que les scribes reproduisent les clausules des mss. qu'ils transcrivent? Et puis, n'est-il pas des plus vraisemblables qu’un ms. de la Vie complète de Jacques Baradée ait été exécuté au couvent de Phesiltha, le couvent où l'illustre fondateur de l'Église Jacobite avait passé une partie de sa vie?

Mais ce n'est pas seulement la conclusion que M. Sachau ἃ tirée de son interprétation de la notice qui est attaquable, c’est son interprétation elle-même.

Deux mots de la notice ont une double signification : su et aps, L'ethpeel = peut signifier « ἃ été transcrit » ou « a été composé », et le mot lagua. « soins, zèle », ou « instigation, instances ».

M. Sachau ἃ traduit su par « a été transcrit » et les. par «instigation ». En rendant = par « ἃ été transcrit », M. Sachau ἃ donné avec raison à lake. le sens de « instigation ». Jamais, en effet, du moins à notre connaissance, un scribe syrien ne dit qu'un ouvrage ἃ été transcrit « par ses soins » (latses) (1); d'autre part, lorsqu'un scribe se fait connaître avec la forme si}, il aime à placer devant son nom les mots 24%,» Le, τὶ Se, «par la main de » pour éviter toute amphibologie (2).

(1) Le scribe syrien aime à se traiter dans les clausules des mss. de misérable, de pécheur; d'homme faible, mou, lâche; d'être souillé, flétri, immonde, répugnant; de fumier, d’immondice, etc. Loin de prétendre avoir transerit un ms. avec soin, il dit qu'il en ἃ gäché, abimé, sali, souillé les feuillets. Cf. Sacsau, Verzeichniss der syrischen Handschriflen der küniglichen Bibliothek zu Berlin. Les clausules des ms. y sont reproduites in exlenso.

(2) SacHau, Verzeichniss etc., ms. n° 9, n° 90, ne 44, n° 68, ne 74, n°75, n° 80,

Si nous donnons maintenant à = la signification de « a été composé » (1), deux traductions sont possibles pour la notice : ou bien la Vie de Jacques Baradée a été composée à l’instigation de Mar Thidas, ou bien par les soins de Mar Thidas.

La première traduction ne nous parait guère admissible : il est peu vraisemblable qu'un auteur ait fait connaître l'année où il a composé un écrit, le nom de la personne qui l’a poussé à le composer, et qu'il ait passé son propre nom sous silence. De plus, l'expression lake, comme les expressions synonymes Laa pas, ass, Pas Ris, précède fréquemment les noms d’auteurs (2).

La seconde interprétation, au contraire, est des plus probables : = dans le sens de « ἃ été composé » appelle en quelque sorte pour llag-s.s la signification « par les soins de ». Cette interprétation aurait l'avantage de donner la solution d’un petit problème littéraire en suspens. La Vie de Jacques Baradée, qui ne peut pas être de Jean d'Asie, comme Kleyn l'a montré, aurait pour auteur Mar Thidas. Il serait tout naturel, on le reconnaitra, qu'un prêtre du couvent de Phesiltha eût composé une Vie complète de Jacques Baradée : le couvent de Phesiltha était l'ancien couvent de Jacques; ses reliques y étaient déposées depuis 622 ; d'autre part, la biographie que Jean d’Asie lui avait consacrée dans deux chapitres des Cominentarii de bealis Orientalibus était fort incomplète. La tâche de Mar Thidas aurait consisté à compléter, à amplifier, le récit de Jean d'Asie, et surtout à l’enrichir d'un grand nombre de miracles; à ce récit ainsi remanié, il aurait ensuite ajouté l'histoire de l'enlèvement du corps de Jacques Baradée par Cyriaque.

Nous n'irons cependant pas jusqu'à prétendre que cette der-

et aussi n° 15, n° 99 et n° 92. Certains de ces mss. sont, il est vrai, des copies exécutées récemment en Orient, mais leurs clausules sont faites sur le même patron que celles des anciens mss.

(1) Οἷς par exemple, dans le Sachau 321, l'en-tête de la Vie de Sévère d'Antioche par Zacharie le Scolastique (Verzeichniss, p. 97, col. 1). celui de la Vie de ce même patriarche par l’higoumène Jean (p. 98, col. 1), et celui de la Vie de Jean de Tella par Élie (p. 98, col. 2). Dans ces trois en-têtes Say signifie « a été Composé ».

(2) Ér.-Év. Asséwaxr et J.-S. AsséMaAnt, Bibliothecae apostolicae vaticanae codicum Mmanuscriplorum catalogus, Rome, 1758-1799, in-fol., t. ΠῚ, p. 240; Journal asiatique, 1888, t. XI, p. 166; 1898, t. XII, p. 348.

nière interprétation soit la vraie; nous la considérons seulement comme la plus satisfaisante des quatre interprétations possibles de la notice. Il s'ensuit que pour nous l’année 741 ne donne pas la date du Sachau 321, mais simplement un /erminus post quem (1).

Post-scriplum. — La Vie de Jacques Baradée par pseudo- Jean d'Asie est encore contenue dans le ms. syriaque 235 de la Bibliothèque Nationale. De la collation que M. Nau ἃ eu l'obligeance de faire pour nous de certains passages de la Vie du ms. de Paris, il ressort que celle-ci présente la même recension que ja Vie du ms. de Berlin. L’en-tête y diffère toutefois un peu :il s'arrête au mot Lu; et omet déjà antérieurement quelques mots (voir l'en-tête du ms. de Paris dans ZorexBERG, Catalogues des manuscrits Syriaques el sabéens de la Bibliothèque nationale, p. 187, col. 1). — Nous avons dit à la p. 15 de notre travail que la recension du ms. de Berlin nous paraissait antérieure à celle du ms. de Londres. L'opinion que nous émettions alors d'après un examen un peu rapide du texte du ms. de Berlin, est entièrement confirmée par l'étude des variantes que le ms. de Paris fournit pour les p. 369,1 à 371,27 de la Vita spuria (Land, Anec. Syr., t. Il). Ces pages de la Vie de Jacques sont un remaniement des p. 254,9 à 257,15 et 250,21 à251,2des C'ommenlarii de beatis Orientalibus de Jean d'Asie. Or, la rédaction du ms. de Paris (— du ms. de Berlin) est plus près du texte de Jean d'Asie que celle du ms. de Londres. Il est donc manifeste qu'elle est antérieure à celle-ci.

(1) On trouvera un fac-similé du Sachau 321 à la fin du Verzseichniss der syrischen Handschriflen ete. Ce fac-similé y représente le plus ancien manuscrit daté de Berlin.

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