TEXTE GREC PUBLIÉ
Par Léon CLUGNET.
A proprement parler, ce n’est pas une « vie » de saint qui est donnée dans le récit dont je publie le texte. En effet, tout ce que nous y découvrons sur l'existence du personnage qui en est le héros, c’est qu'il fut soldat d'abord et moine ensuite. De sa vie religieuse son biographe se contente de dire qu'elle fut admirable, et de sa vie militaire il nous apprend seulement qu’elle ne se termina pas dans un massacre qui aurait dû lui être fatal. Ce que cet auteur veut uniquement nous faire connaitre, c'est le fait qui a déterminé le changement d'existence de Nicolas, c'est-à-dire qui l’a arraché des camps, pour le pousser ensuite dans un monastère. Bien entendu, la description de cet événement, c'est-à-dire d’une tentation à laquelle Nicolas fut soumis, de la résistance victorieuse qu'il y opposa et de la récompense qui
lui fut accordée, en conséquence, est accompagnée de détails extraordinaires et surnaturels. Quelle est la part qui, dans l'exposé de ces circonstances merveilleuses, peut être attribuée à l'imagination de l’auteur du récit, c'est ce qu'il ne m'est pas permis de préciser avec assurance. Je me contenterai donc de résumer brièvement le récit en question.
Nicolas devait être un jeune homme dans toute la force de l’äge en S11, lorsque l'empereur Nicéphore 1“ exécuta sa désastreuse expédition contre les Bulgares (1). Il naquit donc vers la fin du vin° siècle, et vécut probablement pendant toute la première moitié du 1x°. Incorporé dans l’armée grecque, ilpartitavec elle dans la direction de la Bulgarie. Un soir, il entra dans une hôtellerie pour y passer la nuit. Mais, au lieu de reposer paisiblement, il fut importuné par la fille de l'hôtelier qui, l'ayant remarqué et s'étant éprise de lui, vint par trois fois le solliciter à commettre une action coupable. Comme bien on pense, le saint jeune homme repoussa vivement cette malheureuse, non sans lui adresser les plus vifs reproches. Le lendemain, il se remit en route. Mais voilà que la nuit suivante, un personnage à l'air grave et sévère, sans doute Notre-Seisneur, lui apparut pendant son sommeil. Il était assis et avait la jambe droite croisée sur la gauche. En même temps l'attention de Nicolas était attirée dans le lointain sur une bataille engagée entre les Bulgares et les Grecs, dans laquelle tout l'avantage était pour ces derniers. Cependant, invité par le redoutable personnage à le regarder de nouveau, puis à reporter ses regards sur les deux armées, il vit que celui-ci avait croisé cette fois sa jambe gauche sur sa jambe droite et qu'au même moment les Grecs, cessant d'être victorieux, étaient au contraire taillés en pièces par les Bulgares. Quand l’extermination fut achevée, il fut étonné en apercevant sur le champ de bataille, qui était littéralement couvert de cadavres, un petit emplacement de la grandeur d'un corps humain, qui seul restait vide. Alors l'inconnu lui expliqua que cette place était celle sur laquelle il aurait dù être tué lui aussi, mais que le succès avec lequel il avait repoussé la tentation, la nuit précédente, lui avait valu d’être épargné.
Peu de temps après cette vision qui, sur le moment, l'émut
(1) D’après le Συναξαρίστης il était déjà soldat en 802 (νον. plus loin, p. 32, 1. 18).
vivement, Nicolas se trouva dans la région montagneuse où l'armée grecque, après avoir obtenu quelques succès contre l'ennemi, fut à son tour cernée par celui-ci et totalement anéantie avec son chef, l'empereur Nicéphore (1). Échappé miraculeusement à la mort, il se souvint de la prédiction qui lui avait été faite et, poussé par sa reconnaissance envers Dieu, il abandonna le monde et se retira dans un monastère, que l’auteur du récit omet malheureusement de désigner.
Voilà à quoi se réduit ce que nous savons de notre soldat devenu moine. On ne peut que s'étonner du petit nombre et du manque de précision des détails qu'on vient de lire, surtout si l’on songe que Nicolas vécut à une époque relativement récente et qu'il dut acquérir par ses vertus une certaine célébrité, puisque l'Église grecque l'a inscrit au nombre de ses saints. Cette Église, en effet, fait sa mémoire le 91 décembre, mais ne lui ἃ pas consacré d'office spécial.
Dans les ménées gréco-hellènes actuellement en usage, la leçon historique qui le concerne est, à part deux ou trois variantes insignifiantes, identique au texte donné ci-après, ce qui prouve que les rédacteurs du synaxaire ont reproduit parfois en entier les Vies des saints, telles qu'ils les trouvaient dans les recueils manuscrits, au lieu de les abréger, ainsi qu'ils l'ont fait si souvent.
Le ménologe de l'Église russe, dans lequel la mémoire de Nicolas est maintenue, nous fait connaître deux détails que necontient pas la leçon grecque. Le premier, c'est que le saint moine
(1) Voici comment Théophane (Chronographia, édit. de Bonn, 1839, p. 765) raconte la destruction de l’armée grecque, après que l’empereur Nicéphore eut repoussé les propositions de paix faites par le roi des Bulgares :
Ὃ δὲ τῆς εἰρήνης ἐχθρὸς ταύτην οὐ προσήχατο, ἐφ᾽ οἷς χαὶ χαλεπήνας ἐχεῖνος, τὰς τῆς χώρας εἰσόδους χαὶ ἐξόδους περιπεφραγμένος ξυλίνοις ὀχυρώμασι, πέμινας κατησφαλίσατο. Νιχηφόρος δὲ τοῦτο γνοὺς, εὐθέως, ὡς ἐμόρόντητος, ὅ, τι πράξοι, ἠγνόει περιάγων. Kai τοῖς συνοῦσι τὰ τῆς: ἀπωλείας ἔλεγεν, ὅτι κἂν πτερωτοὶ γενώμεθα, μηδεὶς ἐλπίσῃ διαφυγεῖν τὸν ὄλεθρον. Ταῦτα δὲ ἣν ἐφ᾽ ἡμέρας δύο, πέμπτην καὶ παρασχενὴν, τὰ μηχανή, ματα. Καὶ τῇ νυχτὶ τοῦ σαδόάτου τάραχοι χαὶ ὄχλοι ἐνόπλων περὶ Νιχηφόρον χαὶ τοῦς σὺν αὐτῷ ἀχουόμενοι παρατάξεις πάντας ἐξενεύρωσαν, πρὸ δὲ τῆς ἡμέρας ἐπελθόντες οἱ βάρδαροι χατὰ τῆς Νιχηφόρου σχηνῆς, καὶ τῶν σὺν αὐτῷ μεγιστάνων ἀναιροῦσιν αὐτὸν οἰχτρῶς.
Le seul détail historique, relatif à l'expédition de Nicéphore, qui soit donné dans la Vie de Nicolas et qu’on ne trouve pas dans les chroniqueurs byzantins, est
- que les troupes bulgares, qui furent. d’abord défaites par les Grecs, se composaient de 15.000 hommes.
aurait mérité par ses vertus le don de prédiction. Le second, beaucoup plus important, est que Nicolas aurait été de race slave (1). Sur quelle preuve les Russes appuient-ils cette dernière assertion, c'est qu'il m'est impossible de dire.
L'Église grecque unie n'a pas maintenu le nom du moine Nicolas dans son calendrier. On ne le voit pas mentionné, par exemple, à la date du 21 décembre, dans l'édition romaine des ménées. À plus forte raison ne figure-t-il pas dans le martyrologe romain.
J'ai trouvé l'histoire grecque de Nicolas dans deux manuscrits de la bibliothèque du Saint-Sépulcre de Jérusalem (x et xv’ siècle) et dans un manuscrit de la bibliothèque de Berlin (xvu° siècle). Les deux manuscrits de Jérusalem contenant des textes peu différents l’un de l’autre, je ne reproduis en entier que le plus ancien des deux. Quant au texte du manuscrit de Berlin, comme il offre un bel exemple de l’orthographe invraisemblable dont faisaient usage certains copistes, 16. crois bien faire en le donnant également. Pour le lire, on devra rectifier une ponctuation désordonnée, corriger et compléter l’accentuation, réunir certains mots qui doivent être unis et changer un grand nombre de lettres en d’autres ayant le mème son. Enfin j'ajouterai à ce texte celui du Συναξαρίστης, imprimé en grec vulgaire du commencement du xix* siècle. On aura ainsi sous les yeux l'histoire du moine Nicolas sous toutes les formes où elle a paru chez les Grecs.
Je n'ai pas pu utiliser les textes donnés par trois manuscrits du Mont Athos (2), textes qui doivent ressembler de très près à celui du manuscrit de Berlin.
Voici le résumé de l'histoire du moine Nicolas donné dans le J/enologion- Mheauecro8s de M. A. von Maltzew (Berlin, 1900, vol. I, p. 575) : P. π85) caarane 1 ΟΠ ΓΙ HOIROBOALEME npuuMr. Huknroph. TyrecHo CcraceHHBrt Ha BONE HPOTHBB BorrapB BB 811 το, ἢν HPHHAIB HHOUECTBO U TAKB YTOANIB L'OCHOXY HOABNTAMM, UTO CHOAOÔMACA AaTA Hpos0opruBocT. CK. BB IX B.
(2) Ces manuscrits, qui sont tous trois du xvu° siècle, portent dans le catalogue de Lambros (Cataloque of the Greek manuscripts on Mount Athos, Cambridge, 1895-1900) les n°° 4608, 4872, 6296,
AIATH2IE
TOY ΟΣΙΟΥ NIKOAAOY
(Bibliothèque du Monastère du Saint-Sépulcre de Jérusalem : ms. du fonds grec 675 (fin du xur° siècle), £ 137.)
\ 2 N/ ! - ε , 5» ω = 2 Mu δεχεμοίῳ χὸ υνήμιη τοῦ ὁσίου πατρὺς ἡμῶν Νιχολάου μοναχοῦ τοῦ ἀπὸ τῶν στρατιωτῶν.
Α τ" Ne ΟΝ = A À ; Ἴ ᾿ Ο ἐν ἁγίοις πατὴρ ἡμῶν Νιχόλαος στρατιῶτης γέγονε" XL
κα \ ᾿ x ἐξῆλθε χαὶ αὐτὸς σὺν τῷ See τεπέδῳ. Kai Ôue ἐρχόμενος πρὸς ἑσπέ-
2 ; N ραν, χατέλυσεν ἐν πανδοχείῳ᾽ χαὶ συνδειπνήσας τῷ mn
LA ΕΣ i A ΄, ᾽ " ΄ ᾽ - ε δ νίαν σου, χἀμὲ τὸν ταλαίπωρον εἰς Ydou πέταυρον ἀγαγεῖν. Ἢ δὲ
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οἱ δαίμονές σε ταράττουσιν, ἵνα χαὶ τὴν αὶ σου εἰς χόλασιν 5 “ A # A LL x ἐμδάλωσι, nai τὴν παρθενίαν σου διαφθείρωσι, χαὶ γέλως χαὶ 1 à y M NE EE ὄνειδος πάσῃ τῇ συγγενείχ σου ἀποχαταστήσωσί σε; Οὐ βλέπεις el 3 A € ΕΣ A \ 20 = ΓῚ ων Ρ 2 \ L È 4 € ΄ ὅτι χἀγὼ ὃ ἐλάχιστος πρὸς ἔθνη βάροαρα καὶ πόλεμον καὶ αἱμάτων ἐχχύσεις πορεύομαι τοῦ Θεοῦ ἐνδυναμοῦντός μὲ; Πῶς οὖν μιάνω ἐχχύσεις πορεύομαι τοῦ Θεοῦ ἐνδυναμοῦντός μὲ; [lé DAT