‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 38 sur 195 · DE BASILE LE MALÉINOTE · texte numérisé non relu

DE BASILE LE MALÉINOTE

LÉON CLUGNET

VIE ET OFFICE

DE

MICHEL LE MALEINOTE

SUIVIS DU TRAITÉ ASCÉTIQUE DE BASILE LE MALEINOTE TEXTE GREC PUBLIÉ PAR

Louis PETIT, A. A.

PARIS

ἘΠ ΈΑ ΓΕ ΤΕ A" PICARD ἘΠ᾿ ἘΠῚ 9 82, rue Bonaparte, 82

VIE

AVANT-PROPOS

Le regretté P. Martinov termine ainsi la trop courte notice qu'il ἃ consacrée, le 12 juillet, à saint Michel Maléinos : Z{lius vita latuit hactenus Lalinos (1). Avant d'en arriver à cette affligeante constatation, le docte jésuite avait énuméré complaisamment tous les monuments de la littérature sacrée des Slaves en l'honneur de ce saint : longue légende du Prologue ou Ménologe abrégé de la liturgie slave; court synaxaire, renfermant tous les faits essentiels contenus dans le Ménologe; représentation de Maléïnos, entre les martyrs Proclus et Hilaire, dans les Éphémérides gréco-russes; office propre enfin, signalé, sinon publié, par les éditeurs grecs des Ménées. Et Martinoy ajoute avec sa concision ordinaire : Quod sanclum minime obscurum prodit abunde.

Non sans doute, Michel Maléinos n'est pas un saint obscur; mais il est peu connu, pour ne pas dire totalement ignoré du monde occidental. L'Europe savante aurait pu en avoir connaissance surtout par les Grecs, et ceux-ci ont traité Maléinos avec une discrétion rare. Le Ménée imprimé porte, à la date du 12 Juillet, cette simple mention (2) : Τῇ αὐτῇ ἡμέρα. Μνήμη τοῦ ὁσίου

(1) Annus δοοὶ. græco-slavicus, Bruxelles, 1863, p. 176. (2) Éd. de Venise, 1880. p. 56.

τοῦ ἁγίου ᾿Αθανασίου, τοῦ ἐν Αθῳ. Le synaxariste ajoute à une notice analogue le distique traditionnel, aussi vide de sens que de poésie :

Nicodème signale pourtant en note l'existence d'une Vie de Maléinos dans divers manuserits de l’Athos; il en donne même l’incipit : Οὐχ ἔργοις χρὴ μόνον θαυμάζειν τὴν ἀρετήν. Quantau contenu, le moine écrivain n’en dit mot. L'éditeur des Ménées donne lui aussi en note l'acrostiche d'un canon en l'honneur du saint : ᾿Αγαλμα τερπνὸν τῶν μονοτρόπων cé6w. Cette pièce fait partie d'un office complet (ἀχολουθίχ). dont on trouvera plus loin le texte intégral.

Le public grec avait pourtant entre les mains, depuis longtemps, une Vie assez étendue de notre saint. Dans le premier volume de sa ΙΚαλοχαιρινή (2), paru en 1656, Agapios Landos avait donné en grec moderne une paraphrase de la légende originale, paraphrase que M. C. Doukakis n’a pas manqué d'insérer dans son Μέγας Συναξαριστής (3). Ce pastiche peut être rangé parmi les moins mauvais qu'ait commis le moine crétois; la légende primitive n'y est pas trop défigurée. Maïs il y a mieux que cette paraphrase incolore; il y a l'original lui-même, dû à la plume de l’un des premiers disciples de Maléïnos.

A M. Chrysanthe Loparev, l'un des maîtres de l'érudition hagiographique en Russie, revient l'honneur d’avoir le premier dépouillé eette pièce, pour en montrer tout l'intérêt. Les résultats de son enquête se trouvent consignés dans un article des Bizantiskij Vremennik (4).Si tous les problèmes soulevés par la lecture du document en question n'y sont point résolus, c'est que M. Loparev a moins voulu les résoudre que les poser; au futur éditeur de la Vie était réservée l'élucidation complète de

(1) Συναξαριστής, éd. de Nicodème, Zante, 1868, t. IT, p. 172.

(2) Sur ce livre,voir E. Legrand, Bibliographie hellén. du XVII siècle, t. 11, p. 89 et 527. Le second volume de l'ouvrage d'Agapios n’a jamais vu le jour, mais il existe en manuscrit à Jérusalem.

(3) T. VII (mois de juiHet), Athènes, 1895, p. 195-207. Je ne mentionnerai que pour mémoire la réédition de cette paraphrase accompagnée d'une traduction russe, donnée en 1896 par l’archevèque Serge, Saint-Pétersbourg, 11 + 32 + 12 pages. Cf. Biz. Vremennik, WI (1896), 399-400.

(4) T. IV (1897), p. 22-27.

ces divers problèmes. M. Manuel Gédéon paraissait devoir être cet éditeur. Parmi les appendices dont il a fait suivre son Βυζαντινὸν Ἥ ορτολόγιον, on rencontre de larges extraits de la biographie de Maléinos (1). Avec un effort de plus, le savant byzantiniste de la capitale eût pu doter enfin la science hagiographique du texte intégral de cette biographie. Malheureusement, abandonnant cet effort à d’autres, il s’est borné à un travail de sélection.

Mais, en vérité, à quoi bon choisir dans une œuvre comme celle-ci, où les menus détails, souvent dépourvus d'intérêt en eux-mêmes, valent surtout par l'ensemble, où la topographie et l'histoire se prêtent un mutuel appui, où le moindre trait de mœurs peut nous aider à reconstituer par degrés l’état social des Byzantins”?

Ici d’ailleurs nous n'avons pas affaire à un pastiche quelconque. L'hagiographe est un contemporain, un disciple de son héros, avec qui il a vécu une quarantaine d’années, un écrivain qui ne laisse point égarer sa plume en digressions infinies, mais garde sans cesse sous les yeux celui dont il veut retracer la vie. Il ne saurait en effet y avoir de doute : le Théophane, auteur de la biographie, est bien le Théophane dont il est parlé vers la fin du récit.

A Byzance, un hagiographe qui se respecte ne manque jamais de parler un peu de lui, de faire accomplir en sa faveur quelque miracle par son héros, de nous initier parfois aux plus intimes secrets de sa conscience. Théophane s’est naturellement conformé à cet usage. C’est une manière comme une autre d'indiquer ses sources, que de nous dire combien a été longue sa fréquentation avec Michel Maléïnos. Cette nt je l'ai dit déjà, n’a pas duré moins de quarante ans : ὃς (— Θεοφάνης) χαὶ ἐπὶ τεσσαράχοντα ἔτεσι τῷ ἁγίῳ ἐξυπηρέτησεν Mae ée de très bonne heure, x γεαρᾶς ἡλικίας, elle ne souffrit pas la moindre interruption jusqu’à la mort du saint, οὐδὲ τὸ βραχύτατον ἀποσπασθῆναι τούτου χαταξεξάμεμος. Et ce n’était pas une simple cohabitation ; Théophane remplissait auprès de son père spirituel un service quotidien, lui permettant de noter avec soin les traits de sa physionomie morale, les moindres détails de sa vie,

(1) Ὃ ἐν Κωυσταντινουπόλει Env. φιλολογ. Σύλλογος. Παράρτημα ἀρχαιολογιχὸν τοῦ ΚΔ ΚΣΤ΄ τόμου. Constple, 1896, p. 91-98,

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ἀδιαστάτ ως συγὼν αὐτῷ χαὶ τοὺς RAT ριχοὺς JAPAIT PAS ἀχριδῶ ς ἐναπομαξάμενος. Non content de rendre à son maitre les services d'ordre matériel comme « de lui verser de l’eau sur les mains », Théophane faisait encore fonction de secrétaire; c'est lui qui transcrivait les compositions de Michel ou les livres du couvent, car, ajoute-t-il modestement, il n'avait pas pour la calligraphie de médiocres aptitudes : εἶχε γὰρ πρὸς τὸ χαλλιγραφεῖν οὐ μιχρὰν ἐπιτηδειότητα. Encore une fois, il n’y ἃ qu'un hagiographe byzantin à par ἢ en si bons termes de ses petites qualités. Si Maléinos accomplit quelque prodige en faveur d'autres moines, on a soin de nous présenter d’abord ces derniers sous des traits peu flatteurs ; mais quand il s’agit de Théophane, le ton change absolument. A défaut d'autre indice, ce procédé pourrait nous permettre d'affirmer l’absolue identité des deux Théophane, du disciple préféré du maitre et de son biographe.

Nous n'avons pas d’autres détails sur cet écrivain; mais il est fort probable qu'il mourut au monastère de Kymina, où il était entré dès l’âge le plus tendre. Comme il vécut avec Michel pendant quarante ans et que ce dernier passa à un monde meilleur le 12 juillet 961, nous devons fixer en 921 environ l'entrée de Théophane dans la vie religieuse. Étant alors très jeune, ἐχ νεαρᾶς ἡλιχίας, Mais ne pouvant toutefois avoir moins de quinze ans, il a dû venir au monde dans les premières années du x° siècle, vers 906.

Les manuscrits qui m'ont servi de base pour l'établissement du texte sont les suivants :

1° Le codex Δ. 79 du monastère de Lavra au Mont Athos (— L). C'est un beau manuscrit en parchemin du χα“ siècle environ. Aucune note, ni au début ni à la fin, n'indique la date exacte du volume ou le nom du copiste. Pour la fin, il ne saurait en être autrement, car le manuscrit s'arrête brusquement au bas du f. 37S"; le reste ἃ disparu. Tel qu'il est, il contient des discours en l'honneur des saints fêtés durant les deux derniers mois, juillet et août. Notre Vie occupe les ff. 136Y-148r. C'est le manuscrit que j'ai pris comme base pour l'établissement du texte. Les autres présentent d’ailleurs avec lui de si légères différences, qu'à mon avis ils dérivent tous de celui-là, directement ou non.

Le codex Coutlloumousianus 494 (— C). Comme tant

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d'autres, ce volume n'a pas été compris dans le catalogue hàtif de M. Sp. Lambros; il est en papier. La note suivante de la page 1237 nous renseigne exactement sur le copiste et sur l'époque où il vivait :

C’est un recueil de légendes ou éloges des saints (ΠἸανηγυριχοὶ

A5yc:) pour les derniers mois de l’année liturgique. Les tables occupent les quatre premiers feuillets. Vient ensuite un feuillet blane, et, p. 1-1237, le texte copié par le moine Sophrone. Les pp. 1238-1250 sont d’une autre main. Le volume, incomplet de la fin, s'arrête brusquement au bas de la page 1250.

3° Le codex 41 du Séminaire théologique de Halki, près de Constantinople (— H). Ce volume du xvi° siècle, également en papier, présente une grande analogie avec le précédent; tous deux doivent dériver d'une source commune, mais le copiste de Halki ne nous ἃ point dit son nom. J'ai paginé moi-même ce volume, écrit d'un bout à l'autre sur deux colonnes à la page. La Vie de Maléïinos occupe les feuillets 153-168", 1% colonne. On lit en tête de la première colonne du f. 153% : μηνὶ τῷ αὐτῷ εὐ, λόγος χ-. L'éloge de Maléïnos est donc le vingtième du recueil. Π est curieux de voir indiqué comme le jour de la fête le 13 juillet, au lieu du 12.

4 Le codex 550 de Vatopédi (— V). C’est un volume en par-

chemin de 510 feuillets. On lit au f. 5107 : ἐτελειώθη τὸ παρὸν βιθλίον ἐν ἔτει Go De ne unvi pal τῆς ιεὴς ἰνδιχτιῶνος, χαὶ οἱ ἐντυγ- "άνοντες τούτῳ, TUE ᾧ γράψαντι Ὑρηγορίῳ τῷ ἐν μοναχοῖς ἐλαγίστω : δόξα σοὶ ὁ θεὸς πάντων ἕνεχα ὧν ποιεῖς, δόξα σοι. C'est donc

au mois de mai 1422 que le moine Grégoire ἃ achevé la transcription de ce volume. On y trouve 24 discours pour diverses fêtes ; le premier est pour le 2 juillet; le dernier, pour le 31 août. La Vie de Maléïnos occupe les ff. 238%-258". Si l'on excepte les fautes d'orthographe, plus nombreuses ici que dans les manuscrits précédents, la différence avec eux est presque nulle. Aussi, pressé par le temps, me suis-je borné à prendre les va-

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