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ÉTUDE HISTORIQUE ET TOPOGRAPHIQUE PAR

Juzes PARGOIRE, A. A.

Le mont Saint-Auxence appartient tout ensemble et à l'hagiographie byzantine et à la topographie suburbaine de Constantinople. Son nom lui vint, et sa haute fortune monastique aussi, du fameux solitaire dont une des Vies est éditée pour la première fois dans les pages qui précèdent. Sans la grande renommée de cet homme, l'expression ὄρος τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου n’eût jamais été connue et la hauteur que ces quatre mots désignent n’eüt jamais été l'objet de si fréquentes mentions chez les auteurs byzantins. D'où il suit, on le comprendra sans peine, que l'histoire de la montagne doit commencer par celle de l’anachorète.

L’anachorète saint Auxence n’a point manqué de biographes. Un auteur inconnu (1) écrivait sur lui une cinquantaine ou une soixantaine d'années après sa mort, et c'est l’œuvre de cet ha-

(1) MM. O. Bardenhewer, Les Pères de l'Église, trad. franc., t. III, p. 48, et P. Batiffol, Littérature grecque, p. 262, l’appellent Georges; M. Ὁ. Bardenhewer, loc. cit., et E. Marin, Les moines de Constantinople, p. 478, en font un disciple d’Auxence. Ce dernier point est sûrement faux. Quant à la question du nom, j'ignore sur quoi l’on se base pour mettre celui de Georges en avant.

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giographe anonyme, à peine retouchée par Syméon le Métaphraste, qu'il nous est donné de lire aujourd'hui, publiée par Migne, dans la collection métaphrastique (1). Le même travail primitif a également servi de base à la Vie d'étendue plus courte et de style plus simple que la compilation de C. Doukakis est allée prendre au monastère athonite des Ibères (2).

Il faut en dire autant de l'élégant résumé que le zèle infatigable de M. Léon Clugnet arrache aujourd'hui aux ténèbres de la Marcienne. Une autre Vie anonyme, signalée en plusieurs manuscrits, ἃ vu naguère quelques-unes de ses phrases paraître, d'après le codex 186 E de Lavra, dans le supplément de l’Héortologe byzantin (3). M. M. Gédéon, l'auteur de ce dernier ouvrage, y ἃ de même transcrit, en résumant le reste, quelques paragraphes d'un discours biographique du célèbre Michel Psellos sur notre vénérable οἱ {héophore père Auxence le Grand (4).

A ces cinq documents faut-il, avec M. M. Gédéon (5), en ajouter un autre? Cet auteur signale en effet une sixième Vie, manuscrite, dans la bibliothèque patriarcale de Jérusalem et le catalogue de M. A. Papadopoulos-Kerameus. Mais c'est une méprise de sa part, La Vie manuscrite en question ne diffère point, autant qu'on peut en juger par l'éncipif, de la pièce que M. M. Gédéon lui-même a rencontrée dans le codex IS86 E de Lavra et dont il a inséré l'analyse, ainsi que de petits extraits, dans son Héortologe byzantin (6).

Au total, malgré l’apparente abondance de biographes, trois Vies publiées #n extenso, fort semblables entre elles, et deux

(1) Μιαχε, P. G., Ὁ. CXIV, col. 1377-1436.

(2) C. Douxakis, Μέγας Συναξαριστής, février, p. 242-252.

(3) M. GÉDÉON, Βυζαντινὸν ἑορτολόγιον, p. 279-283.

(4) Op. et loc. cit. L'auteur ἃ rencontré ce discours dans le codex 99 T de Lavra. On le trouve également ailleurs, par exemple dans le codex 78 d'Esphigmène; S. Lausros, Catalogue of the greek manuscripls on mount Athos, n° 2091, τ. 1. p. 179, et dans le codex 672 du Vatican, PP. Borraxpranr, Calalogus codicum hagiographicorum graecorum bibliothecae Vaticanae, p. M.

(5) Op. cit., p. 278.

(6) Δ. Papadopoulos-Kerameus, ‘lepocovurtexn βιδλιοθήχη, ne signale, en dehors de la Vie imprimée dans Migne, que celle dont les premiers mots sont Καλοὶ μὲν χαὶ où ἐξ ἀλλοδαπῆς χώρας χαρποί, t. Il, p.315 et 536, et t. III, p. 526, et ces mots sont bien identiques à ceux que M. M. Gédéon place au début de sa biographie athonite, op. cit., p. 278.

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Vies analysées à grands traits, peu différentes des deux précédentes, voilà tous les documents hagiographiques dont nous disposons à l'heure qu'il est pour esquisser la carrière d'Auxence. Au cours du présent travail, pour plus de commodité, ces cinq pièces seront citées comme suit : la première, celle qui est dans Migne, sous le nom de Métaphraste; la deuxième, celle qui est dans Doukakis, sous la rubrique Anonyme A; la troisième, celle que nous devons à M. L. Clugnet, sous la rubrique Anonyme B; laquatrième, celle qui est résumée par M. M. Gédéon, sous la rubrique Anonyme C; la cinquième, résumée dans le même auteur, sous le nom de Psellos.

Syméon le Métaphraste et les trois biographes anonymes ignorent à peu près complètement les débuts de leur saint. Ils savent cependant que Auxence naquit tout à l'orient de l’empire, en Syrie, et qu'il y fut élevé dans les principes d'un christianisme aussi éclairé que profond (1). Le futur anachorète, ajoutent-ils, prit de bonne heure le chemin de Constantinople afin ΟὟ chercher fortune auprès d'un sien oncle qui servait avec le grade d'oplio dans l'un des quatre corps de la garde palatine. Là, en arrivant, Auxence eut la douleur d'apprendre que ce parent venait de mourir. Il n’en réussit pas moins, robuste de corps et beau de visage, à se faire inscrire sur les rôles de la garde, non point comme son oncle dans la cohorte des numériens, mais dans la quatrième des sept compagnies de scholaires affectées au palais sacré. C’est là, dans la quatrième schole, que Syméon le Métaphraste et les trois anonymes prennent leur héros pour nous dépeindre assez au long sa vie de soldat pieux et de moine héroïque.

Michel Psellos, qui ne connait pas mieux l'origine du saint, fournit du moins quelques détails un peu différents sur son entrée dans la garde palatine. D’après lui (2), avant de venir à Constantinople, Auxence avait pris part à plusieurs campagnes, et son oncle, un oncle paternel, était stratège. Ces deux renseignements, s'ils étaient mieux certifiés, aideraient . beaucoup à. s'expliquer la si facile incorporation du jeune Syrien dans des troupes d'élite comme l’étaient celles de la

(1j ΜΕΤΑΡΗΒΑΒΊΕ, ?, col. 13803; ANONYME À, p. 242; ANONYME B, p. ὃ; ANONYME C, p. 279.

(2) Psezcos, ὁ}. cit., Ὁ. 279; Cf. ANONYME B, p. 9,

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garde. Psellos déclare en outre que l'empereur introduisit Auxence dans le premier escadron de ses cavaliers. Il n'y ἃ rien là, en dépit des apparences, qui contredise nécessairement les précédents auteurs. Ceux-ci, en effet, nous apprennent eux-mêmes, au cours d'un récit de miracle(l), que leur scholaire était à cheval, et nous savons positivement, par ailleurs, que les sept scholes palatines se composaient les unes de fantassins et les autres de cavaliers.

A ces données des biographes, auteurs quelque peu tardifs, ne pouvons-nous ajouter les indications d’un historien contemporain? S'il est vrai, comme l’a écrit avec infiniment de vraisemblance le bollandiste G. Henschen (2), que l'Auxence de Sozomène se confond avec notre Auxence, les débuts de ce dernier s'illuminent pour nous d’un jour tout nouveau. Sozomène parle d’Auxence à propos d’un événement du règne de Théodose [°', à propos de la translation d’un chef plus ou moins authentique de saint Jean-Baptiste, ou plutôt à propos du prêtre Vincent qui profita de cette occasion pour quitter la secte macédonienne et devenir catholique. « Ce Vincent, écrit l'historien (3), était Perse d'origine. Au temps de Constance, alors que le christianisme était persécuté dans sa patrie, il se réfugia sur les terres de l'empire avec Addas son neveu. Vincent, entré dans les rangs du clergé, s'y éleva jusqu’à la prêtrise. Addas, lui, contracta mariage et ce fut un grand bien pour l'Église, car il devint le père d'Auxence, homme très ferme dans sa foi, très sûr dans son amitié, très pur dans sa vie, esprit curieux d'apprendre, également versé dans les auteurs profanes et les auteurs chrétiens, caractère modeste, nullement vain soit de sa faveur auprès de l’empereur et à la cour, soit de sa haute position militaire. De lui, d’ailleurs, il est sans cesse question . parmi les moines les plus éprouvés comme aussi parmi les laïques zélés qui ont fait connaissance avec lui. »

De quels laïques zélés, de quels ἄνδρες σπουδαῖοι, s'agit-il dans ces dernières lignes? Les cinq biographes nous donnent la réponse en disant que le scholaire Auxence était un fervent des offices liturgiques et surtout des veilles prolongées toute la

(1) Mérapur., 8, col. 1384; ANONYME A, p. 243. (2) Acta Sanctorum februarii, édit. Palmé, t. Il, p. 769 et 770. (3) Historia ecclesiastica, VIT, 21, MiGxe, 70, G., t. LXVII, col. 1484.

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nuit (1). Il fréquentait les églises, il aimait les manifestations du culte, il payait de sa personne pour en promouvoir l'éclat, bref il comptait parmi ces chrétiens d'élite organisés en confrérie que les v° et νι" siècles appelaient philopones, zélés ou compagnons (2). Voilà ce que disent les cinq biographes, et, ce disant, ils confirment de tous points l'identification faite par G. Henschen, l'identification de leur Auxence avec l’Auxence de Sozomène.

Trois des σπουδαῖοι qui édifiaient alors Constantinople se lièrent plus particulièrement d'amitié avec notre scholaire. Le premier, Sittas, nous est inconnu, mais il suffit de son nom. pour dire qu'il devait être d'origine orientale. Le deuxième, Marcien, avait appartenu au navatianisme; il s’enrôla plus tard dans le clergé, devint économe de la grande Église, multiplia les fondations religieuses et mérita d’avoir sa mémoire fêtée par l'Église grecque le 10 janvier (3). Le troisième, Anthime, était alors fonctionnaire au palais (4), et c’est avec lui surtout que le scholaire faisait de longues stations dans les églises, dans celle en particulier de Sainte-Irène au bord de la mer (5). Peu de temps après, de laïque zélé, Anthime devint prêtre; il rendit une vie nouvelle aux grandes vigiles en y introduisant des chœurs d'hommes et de femmes, s'illustra comme mélode, et vécut de manière à conquérir une place au catalogue des saints où son nom figure au 7 juin (6).

(1) Mérarur., 2 et 5, col. 1580 et 1381; ANONYME A, p. 242; ANONYME B, p. 4; ANONYME C, p. 279; PsELLos, p. 279. |

(2) F. Nav, Vie de Sévère patriarche d'Antioche, Paris, 1900, p. 36; S. PÉrRIDËs, Le monastère des Spoudaei à Jérusalem et les Spoudaei de Constantinople, dans les Échos d'Orient, t. IV (1901), p. 224-231.

(3) Sur saint Marcien de Constantinople nous avons deux Vies, celle de Syméon Métaphraste dans Migne, P. G., t. CXIV, col. 429-456, et celle d’un certain Sergios publiée d’abord par M. A. Papadopoulos-Kerameus, ᾿Ανάλεχτα ἵεροσολυμιτιχῆς σταχνολογίας, t. IV, p. 258-270, puis, sur un manuscrit beaucoup plus complet, par M. M. Gédéon, Βυζαντιτὸν ἑορτολόγιον. p. 271-277.

(4) Quelle était sa fonction? Les biographes qui en parlent le font en termes plutôt contradictoires. Syméon Métaphraste, 2, col. 1380, confirmé par l’Anonyme B, p. 4, dit qu'Anthime était alors δεχανὸς ἐν ὀρδίνῳ τοῦ θείου παλατίου. Michel Psellos, op. el loc. cit., écrit qu'Anthime ἐν βασιλείοις ἀνθῶν... τὰς βασιλικὰς σφραγίδας πεπίστεντο, φύλαξ τῶν βασιλείων ἐπιστολῶν χαὶ ὧν χαὶ λεγόμενος.

(5) Μέταρμα.. 0p. et loc. cil.; ANONYME A, p. 242; ANONYME B, p. 4; PsELLoS, 0}. el loc. cit.

(6) S. PérmipÈs, op. cil., p. 228-230,

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Outre ces trois amis, le scholaire en avait un autre, nommé Jean, qui menait la vie solitaire non loin de l'Hebdomon. L'Anonyme de Doukakis et Michel Psellos (1) nous présentent ce Jean comme un s/ylite; Syméon Métaphraste (2) le fait vivre debout (3) dans ce qu'il appelle un χλουδές, nous dirions une cellule étroite en forme de prison ou de cage (4). Auxence, grand admirateur de cet anachorète, ne devait pas tarder à suivre son exemple.

Un jour vint, en effet, où les vertus et les miracles du scholaire universellement connus ne lui permirent plus de goûter à Constantinople sous l'habit du soldat cette tranquillité dont son âme éprouvait l'indicible besoin. Ce jour-là, Auxence donna sa démission. Il passa dans la Bithynie, courut à une dizaine de milles de Chalcédoine et s’y établit sur un rocher, au flane du mont OxIa (9).

Auxence fut trouvé là, un mois plus tard, par de petits pâtres qui cherchaient tout en pleurs leur troupeau fugitif. D'abord, en apercevant de loin son costume à la saint Jean-Baptiste, les pauvres enfants le prirent pour une bête fauve et se mirent à fuir précipitamment; puis, rassurés par ses appels et renseignés sur le lieu où se cachait leur troupeau, ils le tinrent pour un saint et lui amenèrent tous leurs parents ainsi que tous les paysans d'alentour. Ceux-ci, excellents chrétiens, s'empresserent de se mettre sous la protection de ses prières. « Montez,

(1) Op. el loc. cit.

(2) Op. et loc. ci.

(3) Si nos trois hagiographes sont dans le vrai, il faut dire que saint Daniel de l'Anaple ne fut pas le premier stylite de Constantinople. Cf. l'excellent travail du R. P. H. Delchaye sur Les Slyliles dans la Revue des questions historiques, 1895, p. 22-103 et dans le Compte rendu du [11 Congrès scientifique international des catholiques, τ. NV, Sciences liüstoriques, p. 191-232, ainsi que l'article du R. P.S. Vailhé sur Les Stylites de Constantinople, dans les Échos d'Orient, τ. 1, p. 305-507.

(4) Le mot χλουθός est écrit avec une majuscule dans le texte grec de la Patrologie et transcrit tel quel, également avec une majuscule, dans le texte latin; mais c'est à tort qu'on y ἃ vu un nom propre de lieu, ainsi que le prouve l’emploi de ce mot comme nom commun en plusieurs autres passages de cette même Vie de saint Auxence.

(5) Μέταρηκ., 9, col. 1385: Axoxyue A, p. 244 et ANONYME B, p. 5. D’après l'Anonyme C, p. 280, la montagne s'appelait Πέτρα ᾿Οξεῖα, pierre pointue. Michel Psellos, p.281, donne ce dernier nom, non pas à la colline, mais au rocher même où Auxence vécut le premier mois.

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lui dirent-ils, au sommet de la hauteur et de là intercédez pour nous. » Lui, touché de cette requête, y accéda (1). Les paysans construisirent tout au haut de la montagne une petite cellule flanquée d'un χλουόός et le fervent anachorète s'enferma dans cette sorte de cage en chantant ce verset du psaume (2) : « Me voici comme le moineau solitaire sur son toit. »

La vie que mena saint Auxence, les visites qu'il reçut et les merveilles qu'il accomplit dans son ermitage du mont Oxia, ce sont là des points fort intéressants, mais auxquels je ne puis m'attarder. Je dirai plutôt que l'ex-scholaire se trouvait encore dans son étroite retraite lorsque le quatrième concile œcuménique s'ouvrit à l'église Sainte-Euphémie de Chalcédoine, le ὃ octobre 451. Cette mention du concile, faite par tous les biographes (3), mérite de nous arrêter, car elle est le meilleur des jalons chronologiques plantés dans la vie de saint Auxence.

Tout d’abord, cette mention permet de voir combien a été distrait Du Cange, lorsqu'il a écrit après le nom d’Auxence les quatre malheureux mots que voici : Qui sub Heraclio viril (4). En second lieu, elle nous montre ce qu'il faut faire de la trentecinquième année du règne de Théodose le Jeune inscrite par Syméon Métaphraste (5) et un des biographes anonymes (6) tout au commencement de leur récit.

M. M. Gédéon ἃ pris cette date pour celle de l’arrivée d'Auxence à Constantinople (7). En est-il vraiment ainsi? Je ne le crois pas. J’estime, au contraire, que la trente-cinquième année de Théodose IT est celle où notre scholaire quitta la capitale (δ) pour s’en aller vivre dans la retraite. La trente-cinquième année

(1) Mérargr., 11, col. 1385; ANONYME A, loc. cil.: ANONYME B, loc. cil.; PSELLOS, p. 281.

(2) Psaume cr, 8.

(3) Mérapur., 23, col. 1397; ANONYME A, p. 216; ANONYME B, p. 73 ANONYME C, p. 280; PsELLos, p. 281.

(4) Constantinopolis christiana, IV, 8, 19, édit. Venise, p. 107.

(3) Op. cil., 2, col. 1380.

(0) AxoxYuE A, p. 212. L'Anonyme B, p. 3, indique seulement la trentième année : le mot πέμπτῳ ἃ été oublié par l’abréviateur ou omis par quelque copiste.

(7) M. GÉDÉON, Τυπιχὸν τῆς ἐπὶ τοῦ βουνοῦ τοῦ Αὐξεντίου σεθασμίας μιυνὴς Μιχαὴλ τοῦ ἀρχαγγέλονυ, Constantinople, 1895, p. 7.

(8) M. T. Evangélidès, Οἱ βὶοι τῶν ἁγίων, Athènes, 1896, p. 197, met Auxence en garnison à Nicomédie et c'est de là qu'il l'envoie mener la vie érémitique. Malheureusement pour l'auteur, pas un des cinq biographes ne souffle mot de Nicomédie.

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de Théodose le Jeune courut du 1% mai 442 au 30 avril 443. Qu'on ne l’oublie pas et l'on suivra sans peine les preuves qu'il nous faut donner ici pour établir dans la vie d'Auxence un point chronologique assuré,

Auxence, affirme un des auteurs anonymes (1), mourut extrêmement vieux, εἰς ἔσχατον al βαθὺ γῆρας ἐλάσας, C'est-à-dire septuagénaire au moins, ou même octogénaire. Or, comme nous le verrons en son temps, il mourut dès avant le 15 février 473. C’est donc, sans contredit, qu'il était né dans le dernier quart du 1v° siècle ou, pour le moins, aux toutes premières années du γ΄. Né à cette date, il avait, sinon dépassé, du moins atteint la quarantaine en 442. Or, lors de son arrivée à Constantinople et de son enrolement parmi les scholaires, il était, déclare un second biographe anonyme (2), dans sa toute prime jeunesse, ἄρτι τελῶν εἰς ἡδῶντας rai πρὸς τὸν ἴουλον βαίνων χἁτὰ τὸ πρῶτον ἄνθος τῆς φύσεως. L'âge de quarante ans, de quarante ans et plus peutêtre, représente-t-il cette prime jeunesse chez une recrue? Assurément non. Donc, si les auteurs invoqués ici n’ont point fait erreur, la trente-cinquième année de Théodose ne saurait être celle où Auxence devint scholaire.

Sozomène nous fournit la base d'un second argument. Cet historien, au témoignage des critiques (3), termina son œuvre en 443, au plus tard en 441. Or, on a vu plus haut en quels termes il parle d'Auxence et comment il en fait un des chrétiens les plus remarquables de Constantinople, un des fonctionnaires les plus haut placés à la cour. Pareil éloge et pareils renseignements se comprendraient-ils, écrits dès avant 443 ou 444, de l'humble Syrien venu s'enrôler tout jeune dans le scholariat entre mai 442 et avril 443? II ne se trouvera personne à le penser, je crois. C'est done que la trente-cinquième année de Théodose n'est point celle où Auxence débuta dans la garde palatine.

Une troisième preuve, plus convaincante que les deux précédentes, nous est fournie par cette mention du ΤΥ" concile dont j'ai déjà fait pressentir toute l'importance chronologique. Un des miracles d'Auxence antérieurs au IV° concile, c'est-à-dire

(1) AxoNyME A, p. 251.

(2) ANONYME C, p. 279.

(3) P. Barirroz, Liltéralure grecque, p. 218.

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au 8 octobre 451, eut lieu, nous disent trois biographes (1), au mont Oxia durant la dixième année de son séjour sur la colline : d'où il suit, même en usant de la plus grande largeur possible, qu'Auxence avait abandonné le métier des armes et la vie du monde dès avant le ὃ octobre 442. Par ailleurs, je le rappelle encore une fois, c'est le 1° mai 442 que Théodose inaugura sa trente-cinquième année de règne : d'où il résulterait, en suivant l'opinion de M. M. Gédéon, que saint Auxence n'arriva de Syrie à Constantinople qu'après le 30 avril 412. Mais alors à quoi se réduit le séjour de notre saint dans la capitale? A quoi se réduit son scholariat? Enrûlé après le 1* mai 442, Auxence est démissionnaire avant le 8 octobre 442 : est-ce possible? Peuton placer en un laps de temps si restreint tout ce que les biographes rapportent de lui comme scholaire de la garde”? Point du tout, évidemment. Disons donc que la trente-cinquième année de Théodose IT n’est point celle qui vit l'enrôlement militaire d'Auxence.

S'il en va ainsi, une question se pose : pourquoi les deux biographes mentionnent-ils cette trente-cinquième année au début de leur récit? C'est, je crois, qu'ils entendent fixer par là le moment où notre Syrien cessa d'être soldat et devint anachorète. En écrivant : La {rente-cinquième année de Théodose le Jeune, il y avail un scholaire.…., 115. veulent indiquer le terme, nullement le début de son scholariat.

M. M. Gédéon, en dépit même des expressions employées par les deux auteurs, veut absolument que ce soit le début. Aussi, n'osant réduire le scholariat d'Auxence à deux ou trois mois de service, prend-il quelque liberté avec les textes et affirme-t-il que le saint ne partit pour le mont Oxia que vers 448 ou 419. Comment obtient-il cette date? Simplement, ainsi qu'il nous le révèle dans une note (2), en remplaçant par διετία la δεχαετία de vie solitaire que les trois biographes indiquent avant le IV° concile. La correction, je le crains, ne laissera pas que de paraître hardie et parfaitement inacceptable à quiconque lira

(1) Mérapur., 14, col. 1388; AnonyME B, p. 6; Axonyme À, p. 245. Ici, pour sauvegarder le coup d'œil typographique, l'éditeur Doukakis a mal coupé son texte : il faut avancer le point à la ligne et commencer le premier alinéa de la page 245, immédiatement après le premier mot de cette page.

(2) Τυπιχόν, p. 7. note 3.

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le texte du Métaphraste et des deux Anonymes. Si les trois hagiographes portaient le mot δεχαςτία, on pourrait peut-être à la rigueur supposer une faute de copiste pour διετία. Mais comment substituer ce petit mot aux longues périphrases qu'ils emploient? L'Anonyme de M. Clugnet écrit : Δέχα δὲ διατρίψας ἔτη (1). L'Anonyme de Doukakis porte : Δέχατος μὲν οὖν ἤδη τῷ μεγάλῳ ἐν τῷ ὄρει ἀσχουμιένῳ τούτῳ χρόνος διήνυστο (2)... Quant au Métaphraste, il dit : Περὶ τὰ δέχα οὖν ἔτη διατρίψαντος αὐτοῦ ἐχεῖσε (9).--» et il répète cette donnée chronologique un peu plus bas une seconde fois. Où trouver dans ces expressions les éléments du modeste διετίχ Ὁ Mais pourquoi, d'ailleurs, vouloir corriger sans motif? Les trois auteurs disant qu'Auxence florissait à Constantinople en 442, nullement qu'il arriva dans la capitale à cette date, toute correction est superflue.

S'il tenait à corriger, M. M. Gédéon aurait dù faire observer que l'Anonyme de Doukakis a excédé en employant le verbe διήνυστο. Cet Anonyme affirmant lui-même qu'Auxence était encore scholaire en mai 442, le miracle opéré avant le concile ouvert le 8 octobre 451 ne peut certainement pas avoir eu lieu dix ans pleins après le jour de son entrée dans la vie érémitique.

S'il tenait à rectifier, M. M. Gédéon aurait dû s'attaquer à un autre passage de Syméon Métaphraste. D'après le Métaphraste, entre le prodige assigné à la dixième année de vie anachorétique et la tenue du IV° concile général, il se serait écoulé un certain nombre d'autres années. C'est, dit-il (4), πρὸς τοῖς δέχχ μετὰ χαὶ ἕτερα ἔτη que les Pères se réunirent. Or, pareille assertion ne saurait être acceptée. Syméon le Métaphraste affirmant lui-même qu'Auxence était encore scholaire en mai 442, le miracle opéré durant la dixième année de sa vie érémitique ne peut certainement pas avoir eu lieu quelques années avant le concile ouvert le 8 octobre 451. De ces années supplémentaires, l'Anonyme de Doukakis, si fréquemment d'accord pourtant avec Syméon, ne souffle mot. Sans nul doute, nous sommes ici en face d'une de ces incidentes malheureuses dont le

(1) ANONYME B, p. 3.

(2) ANONYME À, p. 245.

(3) MÉrapur., op. cit., 14, col. 1388.

(4) Μέταρηκ.. op. cit., 22, col. 1396.

imite noté dt titi

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trop facile auteur des métaphrases ἃ le secret et qu'il faut de toute nécessité jeter par-dessus bord.

Ces questions de chronologie vidées, reprenons la vie de notre solitaire là où nous l'avons interrompue. Donc, au moment du concile, Auxence habitait sa prison du mont Oxia. Le soupçon qui pesa sur lui de tremper dans les erreurs d'Eutychès fut cause que l'empereur donna l'ordre de l'en arracher. Descendu au bas de la montagne, il fut mis sur un chariot qui,

passant par le lieu dit Σιγίδες (1), Συχίδες (2), ou Διγίδες (3), et par l'église du saint martyr Θαλελαῖος (4), le conduisit au couvent de Saint-Jean-Baptiste (5) ἐν τῇ Φιλίῳ (6), ou τῆς Φιάλης (7), ou encore τοῦ ᾿Αντιφίλου (8). De là, après un séjour assez prolongé, Auxence fut transporté au monastère de saint Hypace (9), debout près de l'église des saints apôtres Pierre et Paul à Rufinianes (10). Quelques jours ou quelques semaines plus tard, un dromon de la cour vint prendre Auxence pour le déposer à l'Hebdomon auprès de l'empereur Marcien. Auxence, après son

(1) Mérapur., 30, col. 1400.

(2) AxoxymE B, p. 8. De cette localité tirait peut-être son surnom le moine Σιχιδίτης à qui sa doctrine sur la corruptibilité du corps de Notre-Seigneur Jésus- Christ au saint Sacrement attira une condamnation de la part du patriarche Jean Kamatéros en 1199. Ernreu, Caesares, vers. 600% et seq., Mine, 20. G., τ CXLIIT, col. 244 et 215; Dosrraée, Περὶ τῶν ἐν ἹἹεροσολύμοι: πατριαρχευσάντων, VIII, XII, 2, p. 807.

(3) AxoNYuE C, p. 280. M. Gédéon, Βυζαντινὸν ἑορτολόγιον, p. 215, préfère cette dernière leçon à toute autre; mais pourquoi son manuscrit unique aurait-il raison ?

(4) Mérapur., 31, col. 1401; AxXOxYME A, p. 247; ANONYME B, p. 8.

(3) Mérapar., 32, col. 1401; Axonyue C, p. 280; PsecLos, p. 281.

(G)-Mérapur., loc. cit.

(7) AxonyuE B, p. 8.

(8) AxoxvueE C, loc. cit. M. Gédéon, op. et loc. cil., présente cette dernière lecon comme la seule vraie. Avant de se prononcer de la sorte, il aurait mieux fait de voirsi la majorité des manuscrits soit du Métaphraste soit des Anonymes ne s'inscrivent pas en faux contre son codex unique.

(9) Michel Psellos, p. 281, écrit à propos de ce monastère : τοῖς τοῦ μάρτυρος Yrariov χαταλάυπεται θαύμασιν. Ila tort d'appeler cet Hypace martyr, car le saint dont il s'agit ici mourut tranquillement sous l'habit monastique le 90 juin 446. Il a raison, par contre, de signaler ses miracles, car cet Hypace mérita le titre de thaumaturge, comme le prouve un manuscrit liturgique du xr siècle, contemporain par conséquent de Psellos, où sa fête se trouve annoncée en ces termes : τοῦ ὁσίου πατρὸς ἡμῶν χαὶ θαυματουργοῦ Ὑπατίον τοῦ ἐν Ῥουφιαναῖς, CLÉOPAS KoïkyLinËs, Κατάλοιπα χειρογράφων ἱεροσολυμιτιχῆς βιδλιοθήγης, p. 22.

(10) J. Ῥάκοοικε, Rufinianes, dans la Byzantinische Zeilschrift, t. VIIL, p. 429-477

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entrevue avec ce dernier, fut porté à Constantinople où le patriarche Anatole, lui ayant fait lire la définition conciliaire, eut le bonheur de constater la parfaite pureté de sa foi. Ainsi, du moins, parlent deux biographes (1). Au témoignage des trois autres (2), le saint fut appelé deux fois de Rufinianes par l'empereur; sa conférence avec Anatole et son adhésion aux décisions dogmatiques du concile furent la conséquence de sa seconde entrevue avec Marcien.

Et maintenant, quelle date assignerons-nous à ces faits? Jusqu'ici, à la suite des historiens comme Baronius (3) et des hagiographes comme G. Henschen (4), tout le monde les place durant Ja tenue du concile, c'est-à-dire entre le ὃ octobre et le 1°" novembre 451. Les cinq biographes, il est vrai, se prononcent dans ce sens. D'après Syméon Métaphraste (5) et l'Anonyme de Doukakis (6), les Pères auraient eux-mêmes sollicité la présence de l'illustre anachorète à leurs travaux. D'après l'Anonyme de Gédéon (7), Marcien n'aurait pas dédaigné de venir en personne présenter Auxence aux membres de l’auguste assemblée. D'après Michel Psellos (δ), les hésitations du saint auraient causé beaucoup d'inquiétudes au prélat. Il me semble, pourtant, que les choses ne se passèrent pas ainsi, et les preuves ne manquent point, si je ne m'abuse, pour reporter ces événements en 452. Du moins, si Auxence fut arraché du mont Oxia dès octobre 451, ses rencontres avec l'empereur et le patriarche ne furent que de l’année suivante.

Remarquons tout d'abord que les Pères ne restèrent pas assez longtemps réunis pour avoir vu se passer tout ce que les biographes nous racontent des faits et gestes d'Auxence entre sa descente du mont Oxia et son adhésion à la doctrine du concile. Celui-ci ne dura, on le sait, que du 8 octobre au 1“ novembre 451. Comment placer en ces trois semaines le message

(1) AxoxYME A, p. 247; PSELLOS, p. 282.

(2) Axoxywe B, p. 9 et 10; Axoxvme C, p. 280 et 281: Mérarxr., 38-42, col. 1405-

(3) Annales, ad annum 451, n° 159.

(4) Acta Sanctorum februarii, t. IL, p. 770.

(5) Mérarsr., 23, col. 1396.

(6) AxoxyuE À, p. 246 et 251.

(7) Axoxyue C, p. 281.

(8) PsELLos, p. 282.

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de Marcien à l’anachorète, la sortie de ce dernier de sa solitude, son long séjour au monastère de Saint-Jean-Baptiste, son plus long séjour au couvent de saint Hypace, son voyage à l'Hebdomon, son voyage à Constantinople?

Notons en second lieu que les circonstances de l'entrevue d'Auxence et d'Anatole à Constantinople nous transportent hors d'octobre 451. Dans cette entrevue on communique à l'anachorète la partie des actes conciliaires relatifs à la doctrine. Or, définie le 22 octobre et signée ce jour-là ainsi que les deux jours suivants, la déclaration dogmatique du concile ne fut proclamée que le 25. La rencontre d’Auxence et d'Anatole eut donc nécessairement lieu après cette date. Mais comment supposer que ce fut avant la fin du concile? Du 25 octobre au 1°’ novembre, les Pères se réunirent en session tous les jours, parfois même deux ou trois fois le jour (1). et le patriarche, très intéressé à certaines affaires, à la rédaction et au vote du 28° canon par exemple, ne dut guère quitter Chalcédoine ces jours-là, surtout pour aller dans sa cathédrale consacrer à la conquête d’un simple ermite des moments si précieux.

Observons enfin que la conférence tenue à l'Hebdomon entre Auxence et Marcien se trouve fixée par un des trois anonymes à une date qui ne concorde pas du tout avec celle du concile. Si l’anachorète, dit cet auteur (2), fut conduit à l'Hebdomon, c'est que la cour se trouvait là. « L'empereur s’y était rendu, accompagné du sénat, pour célébrer la fête du disciple bien-aimé dans son église, et il célébrait cette solennité avec de grandes pompes. » Or, de quelle fête s'agit-il ici? Laissez de côté, comme de juste, les dédicaces et les synaxes d'ordre tout à fait secondaire spéciales à telle ou telle chapelle (3), et vous ne trouverez dans le calendrier liturgique de Constantinople que deux solennités de saint Jean l’évangéliste, l’une au 26 septembre et l’autre au 8 mai. De ces deux solennités, c'est celle du 8 mai qui se fêtait à l'Hebdomon. Ainsi le pensait déjà Morcelli. Zn quo potissimum hodie, dit-il en parlant de ce faubourg sous le huitième

(1) HÉrÉLÉ, Histoire des conciles, trad. franc., t. HI, p. 3.

(2) Axonyue C, p. 280.

(3) H. DeLenaye, Synaxarium Ecclesiae Constantinopolitanae (Propylaeum ad

Acta Sanctorum novembris), Bruxelles, 1902, col. 204, 153 468, 26: 799, 3; 812, 21; 866, 9; 878, 6.

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jour de mai (1), eliam synaxim aclam esse crediderim. Sa manière de voir esten plein accord non seulement avec le témoignage des Synaxaires (2), mais encore avec celui de Constantin Porphyrogénète. L'impérial auteur écrit d'une part :

Ἰωάννου τοῦ θεολόγου, τῶν δεσποτῶν ἀπιόντων ἐν τῷ σεδασμίῳ αὐτοῦ γαῷ τῷ ἐν τῷ Διιππίῳ (3). Et il ajoute d'autre part : Τῇ δὲ ὀγδόη τοῦ αὐτοῦ μαΐου υνηνὸς τελεῖται πρρελεῦσις τῆς Vi 5 "Est χαὶ τελουμένης τῆς λειτουργίας προτίθεται χλητώριον αὶ λοῦνται χατὰ τύπον οἱ τῆς συγχλήτου πάντες χατὰ τὸ ποσὸν 2 τραπέζης (4). On sait la force de la tradition et de l'étiquette à Byzance. Si, au x' siècle, c'est le ὃ mai et non le 26 septembre que la cour se rendait à l'Hebdomon avec le sénat, c'est aussi le 8 mai et non le 26 septembre qu'elle s’y rendait avec le sénat au v° siècle. D'autant que la fête du 8 mai, qui paraît la plus ancienne des deux (5), est plus indiquée pour une église aussi vieille que celle de saint Jean l'évangéliste à l'Hebdomon, église que Constantin le Grand aurait bâtie (6), où Théodose I°' aurait déposé durant quelques mois le chef de saint Jean-Baptiste (7), où dans tous les cas pénétrèrent en 400 les Goths de Gaïnas (8). Ainsi, la conclusion s'impose : c'est au printemps, le 8 mai ou l’un des jours environnants, que saint Auxence vit l'empereur à l'Hebdomon. Et ceci nous transporte loin d'octobre 451. Et ceci nous montre en même temps quels durent être les vrais rapports de notre solitaire avec le concile.

Les autorités religieuses s'étant occupées, une fois le synode tenu, d'assurer le triomphe de l'orthodoxie parmi les moines de la capitale et des alentours, le solitaire du mont Oxia se trouva soupçonné, comme beaucoup d’autres, de ne pas tenir la doctrine d'Eutychès en suftisante abomination. Enquêté, faisant mystère de sa foi, il fut contraint de quitter sa retraite et de vi-

(1) Calendarium Constantinopolilanum, t. I, p. 99.

(2) H. DELEHAYE, 0p. eil., col. 82, 16 et 664, 30. .

(3) De Cerimoniis, Miexe, P. (., t. CXIT, col. 1036.

(4) Op. cit, col. 1408.

(5) M: Duchesne dans ses prolégomènes au Martyrologium hieronymianum ne nt du moins que de celle-là, Acta Sanclorum novembris, t. IT, p. LAXVIT.

(6) Anliquilates Constantinopoleos, Miexe, P. G., τ. CXXIT, col. 1276.

(7) G. Connus, De aedificiis, Mix, P. G., t. CLVII, col. 592.

(8) SocraTe, /istoria ecclesiastica, νι, 6, Micxe, P. G., τ. LXVII, col. 680,

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vre dans un monastère orthodoxe jusqu'à ce qu’il eût fourni les explications nécessaires. Voilà, si je ne me trompe, le seul fond de vrai. Quant aux détails contraires donnés par les biographes, je ne crois pas me hasarder beaucoup en les regardant comme inventions de panégyristes. Les deux faits qui rendirent à Auxence la liberté de ses mouvements, je veux dire sa comparution devant l'empereur et son adhésion à la doctrine conciliaire, sont, autant qu'on peut se fier à l'Anonyme, du mois de mai 492. Je choisis l'année 452, au lieu de telle ou telle des années suivantes, pour rester le plus près possible de ce concile que les quatre biographes mettent au centre de leur récit.

Reconnu orthodoxe et libre de quitter le couvent de saint Hypace, l’ancien scholaire s'empressa de reprendre le chemin de la solitude. Toutefois, il ne retourna pas au mont Oxia. Ce fut une autre hauteur plus voisine, le mont Σχῶπα (1), Σχέπα (2) ou Σιχοπὸς (3), qui le reçut. Là, sa vie ne différa point de ce qu'elle avait été sur la première colline. Ses vertus, ses miracles ne cessèrent de lui attirer une foule chaque jour croissante de visiteurs. Certains chrétiens, conquis par son exemple, reçurent de lui l'habit érémitique et vécurent dispersés dans les environs (4). Certaines chrétiennes, désireuses de l'avoir pour guide, reçurent de lui le même habit et fondèrent un couvent au pied de sa montagne (5).

C’est dans ce couvent, dit des Trikhinaires, que le saint anachorète devait trouver son tombeau. On sait qu'il mourut après dix jours de maladie, un 14 février (6), sous le règne de Léon (7). le 14 février 473 au plus tard par conséquent (S); mais il est impossible de dire en quelle année précise, les biographes se bornant à nous le montrer fort avancé en àge (9) et survivant à saint Syméon Stylite (10).

(1) Mérarar., 43, col. 1413.

(2) ANONYME A, p. 247.

(3) Axoxyue B, p. 10; Axoxvue C, p. 38]; PSELLOS, p. 282.

(4) Μέταρηκ., 92, col. 1421; ANONYME A, p. 249; AxoNYME B, p. 1].

(9) Mérarur., 61 et 62, col. 1429-1432; AxONYME A, p. 290; AxoxYME B, p. 13; ἌΝΟΝΥΜΕ C, p. 283; PSELLOS, p. 283.

(6) MéraPar., 69 et 66, col. 1436; Axoxvue A, p. 251; Axoxyue B, p. 13 et 14.

(7) Mérapur., 67, col. 1436; AxoxvuE B, p. 11.

(8) L'empereur Léon descendit en effet dans la tombe en janvier 474.

(9) AxoxYuE A, p. 251.

(10) Mérarur., 96, col. 1428; ANONYME A, p. 249; ANONYME B, p. 12.

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Si les religieuses fixées au pied du mont Skopa réussirent à obtenir et à garder les reliques de leur père spirituel, ce ne fut pas sans peine. Les desservants de l'église Saint-Zacharie, bâtie dans le voisinage au lieu dit Θέατρον (1) ou Θεατρώδης (2), prétendaient s'approprier ce trésor. Les moines de Rufinianes élevaient des prétentions analogues, prétentions d'autant plus fondées qu'ils avaient autrefois longuement hébergé le saint, qu'ils l'avaient accompagné au chant des hymnes et des psaumes jusqu'au mont Skopa (3), qu'ils y avaient construit son ermitage (4) et qu'ils étaient restés en étroites relations avec lui (5). Malgré tout, les religieuses obtinrent gain de cause, et le corps du saint reposa dans leur couvent.

Ces reliques furent plus tard l'objet d'une translation. L'archevèque Antoine de Novgorod, venu en pèlerinage dans la capitale byzantine tout à la fin du xu° siècle, déclare les avoir rencontrées dans l'intérieur de Constantinople, à l'église de l'Anastasis (6). [l écrit au sujet de cette église : Le saint père Auxence, qui vivail sur la colline…., y est enterré. Et son témoignage est confirmé par celui d'un codex liturgique antérieur de quelques années. Ce codex termine la notice de saint Auxence en disant : Τελεῖται δὲ ἡ αὐτοῦ σύναξις ἐν τὴ μονὴ τὴς ἁγίας ᾿Αναστάσεως, ἔνθα χαὶ τὸ ἅγιον σῶμα ἀγαχομισθὲ ἀπόχειται (7). Mais aux siècles précédents, tandis que les restes de l’anachorète reposaient en terre bithynienne, c’est un autre sanctuaire de la ville, celui du monastère de Callistrate (8), qui avait le privilège de célébrer plus solennellement la fête du saint au jour anniversaire de sa mort, le 14 février.

Aujourd'hui l'Orient ne possède guère plus du corps d'Auxence que les reliques gardées aux trois monastères athonites de Saint- Pantéléimon, de Zograph et de Xiropotamo (9). Mais il continue

(1) ANONYME Δ, p. 251.

(2) Mérarur., 66, col. 1436.

(3) Mérapur., 43, col. 1413.

(4) Zbid.; ANONYME A, p. 247.

(2) Μέταρμα., loc. cit.

(6) B. ne Kuairrovo, {linéraires russes en Orient, τ. I, p. 105.

(7) Π. DELEHAYE, 0p. cit, col. 465, 92.

(8) H. DELEHAYE, 0p. cil., col. 465, 16.

(9) Κα. Loparev, Aniga Padovnik skazanie miest sviatuikh v Tsariégrad Antonija arkhiepiskopa Novgorodskago υ 1200 godu, Saint-Pétersbourg, 1899, p. cr.

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toujours de célébrer sa mémoire au 14 février. Le canon chanté à cette date est anonyme et ne dit rien de neuf, si bien qu'il y aurait davantage à tirer peut-être de tel petit sceau de plomb (1), où l'illustre ermite du Skopa nous est représenté debout, revêtu de l'habit monastique, la barbe assez longue et terminée en pointe.

Ne confondez pas, comme on le fait trop souvent, notre saint Auxence avec un sien homonyme signalé, au 18 avril, dans la notice de saint Cosmas, évêque de Chalcédoine. Ce Cosmas, bien qu'on l'ait écrit (2), n’est pas du γ᾽ siècle : je crois avoir suffisamment prouvé ailleurs (3) qu'il vécut sous les iconoclastes et qu'il mourut peut-être vers 822. L'Auxence expressément donné comme son compagnon de lutte (4) est done un iconophile de cette époque, iconophile point autrement connu du reste, à moins qu'il ne faille l'identifier avec l'higoumène Auxentios qui posa diverses questions d'exégèse à saint Théodore Studite et en reçut une lettre de réponse parvenue jusqu’à nous (5).

Terminons sur cette remarque la vie de notre ermite. Le résumé qu'on vient d'en lire s'est borné aux seuls points chronologiques ou géographiques susceptibles soit de présenter quelque difficulté, soit de fournir quelque renseignement. Le reste regarde plutôt les hagiographes, s'il s'agit des miracles et des vertus qui remplirent l'existence du scholaire et de l’anachorète, les hymnographes ou les liturgistes, s'il s’agit du rôle que joua l'ancien σπουδαῖος de Sainte-Irène aux origines de la poésie ecclésiastique. Je n'ai point voulu empiéter sur leur terrain et leur ai laissé le soin d’ajouter tous les développements qui seraient moins à leur place dans le présent travail d'histoire et de topographie byzantine.

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