‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 82 sur 195 · IV. — IDENTIFICATION DU MONT SAINT-AUXENCE · texte numérisé non relu

IV. — IDENTIFICATION DU MONT SAINT-AUXENCE

Jusqu'ici nous avons simplement résumé l'existence des principaux anachorètes établis au vieux mont Skopa du ν au γῇ" siècle. Comme les Vies de saint Auxence, de saint Bendidianos et de saint Étienne, qui nous ont fourni la matière de ce résumé, sont aussi les documents qui nous renseignent le mieux sur la position de la hauteur illustrée par l'ascétisme de ces grands ermites, le moment semble bien venu pour nous de recueillir leurs diverses données topographiques et de chercher, en y ajoutant toutes autres données éparses ailleurs, à identifier

et mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1894, planche XIII.

(1) E. Murer, Manuelis Philae carmina, épigrammes Lxm-Lxvi, t. I, Paris, 1895, p. 90 et 31.

(2) H. DELEHAYE, 0p. cit, col. 263, IS.

MONT SAINT-AUXENCE. 509

le sommet bithynien à qui l'ex-scholaire de Théodose le Jeune donna son nom.

Si je dis sommet bilhynien, c'est que les auteurs byzantins qui s'attardent à la position du mont Saint-Auxence le placent tous dans la Bithynie. Sur quel point de la Bithynie? Dans cette partie de la province qui regarde Constantinople, avoisine Chrysopolis et constitue le territoire de Chalcédoine. Chalcédoine est comme le pivot autour duquel roule toute la vie de saint Auxence. Si les biographies de ce dernier et celles de saint Étienne le Jeune ne suffisaient à convaincre les plus difficiles, il serait aisé d'apporter ici plusieurs autres textes absolument péremptoires. Ainsi, par exemple, cette phrase de l’auteur anonyme qui a narré les faits et gestes d'Athanase, patriarche de Constanti-

nople : ἀπᾶρας πρὸς τὸν τοῦ Αὐξεντίου βουνὸν παραγίνεται; τὸν ἀντιχρὺ

᾿ Βυζαντίου Fe Zw χείμενον (1). Ainsi, encore, ces quelques mots

du patriarche CHRIS dans son panégyrique de Grégoire Pa- Jamas : τὸν Αὐξεντίου βουνὸν ὃς ἀπαντικρὺ Βυζαντίου πρὸς ἀνατολὰς ἐν Χρυσουπόλει πέραν πρὸς τῷ ἀχρῳ χεῖται τῆς Προποντίδος (2). D'autre part, une parole très explicite de saint Étienne le Jeune, le typikon de Michel Paléologue et une lettre de Maxime Planude placent formellement notre colline dans le diocèse de Chalcédoine. Parlant du quatrième concile œcuménique, saint Étienne le fait tenir ἐν τῇ χαθ᾽ ἡμᾶς Καλχηδοναίων μιητροπόλει (3). Parlant des honneurs dus par ses protégés auxentiens à leurs pasteurs ecclésiastiques, Michel Paléologue dit : ἡ δὲ προσήχουσα τοῖς ἀρχιΞρεῦσι τιμὴ ἀξίως ἀποδιδόσθω τοῖς ἱεραρχοῦσι χατὰ χαιρὸν ἐν τῇ ἁγίχ un τροπόλει τῆς Χαλχηδόνος (4). Parlant d'un monastère auxentien à lui donné par l'ordinaire du lieu, Maxime Planude écrit : χαὶ Map δεσπόζειν αὐτοῦ διὰ βίου μοι παντὸς ὁ Χαλχηδόνος ἐξέδοτο (9). La position du mont Saint-Auxence au nord-ouest de la Bithynie ne saurait donc faire le moindre doute.

Cette première constatation nous permet de rejeter sans autre examen l'opinion qui voudrait fixer le séjour del'ermite Auxence

(1) Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome, t. XNII (1897), p. 51.

(2) Mie, P. G., t. CLI, col. 566.

(3) ἔτιενχε, op. cit, col. 1144.

(4) M. GÉDÉON, Τυπιχόν, p. 23.

>) M. TREu, Maximi monachi Planudis epistulae, p. 41.

00 MONT SAINT-AUXENCE,

dans l'Arganthon. L'Arganthon, autrement dit Samanly-Dagh, est le petit système montagneux qui sépare le golfe d’'Ismidt de celui de Ghemlek et projette le Bouz-Bournou, ancien cap Poséidôn, dans la Marmara : il ne se rattache évidemment pas au territoire de Chalcédoine. L'opinion que je réfute ici doit, je crois, son existence aux deux auteurs des Βιθυνιχά (1). M. M. Gédéon en a déjà Done le mal-fondé dans ses ᾿Αναμνήσεις βιθυνιroi ἐνγέα ἡμέραι ὑπὸ τὸ ᾿Αργανθώνιον ὄρος (2), et l’on s'étonnerait de la retrouver encore dans les Vies des saints de M. T. Évangélidès (3), siM. T. Evangélidès ne nous avait familiarisés avec les assertions les plus étonnantes. Un Auxence vécut, il est vrai, sur l’Arganthon (4), mais cet Auxence, le héros de l'anabaptisme (5), n'a rien de commun avec l’anachorète dont treize siècles le séparent.

Une erreur topographique antérieure à celle des auteurs des Βιθυνιχά, mais tout QUSE regrettable, est celle de Reiske. Dans une note sur le τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου βουνός, Reiske a écrit : Erat apud Prusam et Olympum (6), et, pour le prouver, il est allé chercher dans le glossaire grec de Du Cange (7) cette petite citation empruntée à la vingt-cinquième homélie de Damascène le Studite : χυνηγοῦντας μὲ ἄλλους πολλοὺς εἰς τὸν “Ολυμπον τῆς Προύσης πρὸς τὸ τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου παραθοῦνιν. Cette phrasemne saurait suffire ἃ transplanter notre montagne si loin de Chalcédoine. En effet, à Jeter un simple coup d'œil sur l'homélie d'où elle est extraite, on constate que le témoignage n'a rien de sérieux et qu'il se contredit. La contradiction consiste en ceci, que l’auteur, après avoir parlé de l'Olympe et de Brousse, place le mont Saint-Auxence tout auprès de Constantinople.

(1) M. Kzeonvuos et ΚΗ. Papanopouros, Βιθυνιχά, Constantinople, 1867, p. 3 et 39.

(9) Travail paru à Vienne dans la Πρόοδος du 15 février 1889, p. 26.

(3) Οἱ βίοι τῶν ἁγίων, Athènes, 1896, p. 197. L'auteur, en se contredisant, se montre en partie mieux inspiré, pourtant, à la page 86].

(4) Sur cette région l’on consultera, en dehors de l'étude déjà signalée de M. M. Gépéonw, les "Eyyoxgor λίθοι χαὶ χεράμια du même auteur, Constantinople, 1893, p. 31, et les Βιθυνικαὶ σχιαγρχφίαι" Τὸ Κατιρλί de M. P. Macri, Constantinople, 888.

») Auxence le Charlatan, ainsi qu’on le surnomme chez les Grecs, jouit d'une influence énorme sur les foules au milieu du xvru° siècle sous les deux patriarcats de Cyrille V, 1748-1751 et 1792-1757, ainsi que sous le quatrième patriarcat de Païsios II, 1751-1752.

(6) Note au De Cerimontis, Micxe, P. G., τ. CXII, col. 933.

(7) Sub verbo παραθοῦνιν.

MONT SAINT-AUXENCE. 61

Il affirme du moins que, partis du palais impérial à la nuit tombée, Léon l'Arménien et Théodote Mélissène avaient atteint la colline à minuit (1), et comment cela serait-il possible si la colline avait été réellement voisine de Brousse? Il est peu sage, on le voit par ce détail, de se fier à Damascène Studite pour affirmer que le mont Saint-Auxence appartenait au groupe de l'Olympe.

Π n'appartenait pas non plus au territoire de Nicomédie. M. A. Ehrhard l'a cru, puisqu'il a écrit que saint Étienne le Jeune était vom Berge des hl. Auxentios bei Nicomedien (2). M. A. Lombard le croit encore, puisqu'il nous parle du monastère du #10nt Saint-Auxence, près de Nicomédie (3). Rien de moins vrai que ce voisinage. Si, dans une phrase que nous citerons tout à l'heure, Étienne l'hagiosophite mentionne le golfe de Nicomédie à propos de la colline, c'est qu'Étienne l’hagiosophite, comme plusieurs autres auteurs, fait commencer le golfe de Nicomédie à la pointe de Héraea, aujourd'hui Phéner-Baghtché, tout à côté de Chalcédoine.

Donc, notre montagne est à chercher dans les environs de Chalcédoine et de Chrysopolis, en tirant vers l’est. Chalcédoine, aujourd'hui Kadi-Keuï, et Chrysopolis, aujourd'hui Seutari, voient beaucoup de collines s'élever à leur horizon du côté de l'Orient. Pour diriger les recherches et arriver à un résultat, il faut demander aux auteurs des renseignements supplémentaires.

Commençons par les biographes de saint Auxence. Narrant le retour de l’ex-scholaire dans la solitude après les événements de 452, l’auteur primitif conservé dans Syméon Métaphraste écrit : Οὐχ εἵλετο ὁ μαχάριος εἰς τὸ πρότερον ὑπόστρεψαι ὄρος; ἀλλ᾿ εἰς ΤΟΝ τος χύτερον χαὶ τ πλησιώτερον δὲ ὑπάρχον

ουφινιανῶν, τοὔνομα Σχῶπα (4). L ΠΘΗ ΤΩ de Doukakis pour la même occasion nine ainsi : Οὐχ εἰ ὄρος, ἀλλ εἰς ἕτερον τραχύτερόν τε χαὶ παραπολὺ ὑψηλότερον Drome οὕτω χα-

λούμιενον ἄνεισιν (9). L'Anonyme de M. L. Clugnet dit de même

(1) Θησαυρός, Athènes, 1893, p. 332.

(2) Dans Καὶ. KrumsAcuEr, Geschichle der byzantinischen Lilteralur, 35 édit., p. 193. (3) Op. cit., p. 162.

(4) Mérapxr., col. 1412 et 1413.

(5) ANONYME A, op. cil., p. 247.

qu'Auxence τὸ τῆς ᾿Θξείας μὲν ὄρος χαταλαδεῖν οὐχετὶ προσέθετο, ἄλλο δὲ λίαν ἄναντες χαὶ ὑπερνεφὲς χαὶ τραχύτατον (Σιχοπὸν τοῦτο χα-

λοῦσιν ἐγχώριοι) χατειλχήφει (1). De son côté, l'Anonyme de M. M. Gédéon affirme aussi qu'Auxence ne retourna pas ἐπὶ τοῦ ἔρους τῆς "Oésia ας, ἀλλ᾽ εἰ ᾿ Ω ἔ

Ξ : AE ρα βουνοῦ τῶν πέριξ βουνῶν τε χα

ἀπόπτου μετέωρόν τι χαὶ ὑπερόρ chel Psellos (3), ἠξίου τοὺς ἐπ τὴν σχηνὴν τούτῳ συμπήξασθαι, € θέσιν εἰλήφει, τραχυτέραν δὲ τὴν φύσιν παραπολύ.

Chez le biographe de Bendidianos, notre colline est l’objet d'une peinture effroyable où triomphe l'exagération. Notons seulement que, de Constantinople, elle 2e à Bendidianos sous la forme d'un ὄρος μαχρὰν ἀπ᾿ ἐχεὶ ὑψηλὸν χαὶ ὑπέρνεφον... πολλὰ τραχὺ χαὶ χαχόθολον, na! πολὺς ἀνήφορος, χαὶ ὕστερημένον ἀπὸ ὅλα τὰ βρώσιμα (4).

Le premier historien de saint Étienne le Jeune, tout en comparant sa montagne aux sommets les plus fameux de l'Écriture, Horeb, Carmel, Sinaï, Thabor et Liban, ne laisse pas d'écrire cette phrase un peu plus utile : ἔστι δὲ τοῦτο τὸ ὄρος

MN

Me saut À ee . ἘΞ πρὸς τὸν εἰσπλεόυμενον NES χόλπον, τῆς τῶν Βιθυνῶν με-

ee ἣ \ το ἄρχξι... ὑψηλὸν μὲν παρὰ πᾶντας τοὺς

ρῶν ἐπαρχίας, ἀντιχρυς, HAL συγχειμένους λόφους, nt τε χαὶ ξηρόν (5). De son côté; après avoir mentionné la colline Saint-Auxence, le métaphraste byzantin ajoute : χεῖται δὲ τοῦτο ἀντικρὺ Βυζαντίου περὶ τὴν τῶν Be θυνῶν ἐπαρχίαν, τοὺς ἐχ γειτόνων βουνοὺς ἰχανῶς ὑπερχείμενον (6): Les métaphrastes modernes n'ont fait que mettre cette phrase en grec vulgaire (7).

Les historiens et les chroniqueurs sont, comme de juste, moins explicites que les hagiographes. Le patriarche Nicé-

(1) AxoxyuE B, op. cil., p. 10.

(2) AxoxyuE C, 0p. cit., p. 281.

(3) PSELLOS, 0p. cil., p. 282.

(4) ANOxYME F, op. cit., p. 384.

(5) ἔτιεννε, 0p. cil., p. 1089.

(6) AxoNYME D, op. cil., 284.

(7) Acapios Lanpos, Νέος παράδεισος, p. 199; K. Douxakis, Μέγας Συναξαριστής, novembre, p. 602.

mie

tu jo RE

phore, par exemple, se contente d'écrire que l’ermitage de saint Étienne le Jeune était ὑπὸ τὴν τοῦ μεγίστου ἔρους ἱδρύμιενον ἀχρώρειαν, ὃ χαλοῦσι τοῦ ὁσίου Αὐξεντίου λόφον (1). Par contre, Nicéphore Calliste ne se refuse pas quelques indications topographiques : Auxence, dit-il, se retira χατὰ τὸ ἀντιχρὺ Βυζαντίου διαχείμενον ὄρος ἀνὰ τὴν Βιθυνῶν πάντας τοὺς περιχύχλῳ βουνοὺς ὑπερχείμενον (2).

De tous ces textes, trois renseignements précis se dégagent Nous savions déjà que le Skopa se dressait à l’est de Chrysopolis et, par conséquent, de Chalcédoine. Nous savons, en outre, désormais : 1° qu'il était le point culminant de la région; 2° qu'il était plus élevé que l'Oxia; 3° qu'il était plus rapproché de Chalcédoine que l'Oxia. La première de ces conclusions se présente appuyée sur trop de témoignages pour être mise en doute. La deuxième se trouve dans le même cas : Michel Psellos donne bien au Skopa une altitude inférieure à celle de l'Oxia, mais cette affirmation isolée ne peut l'emporter sur [ΔΓ firmation contraire de tous les autres auteurs. Quant à la troisième conclusion, elle s'impose d'elle-même dès que l'on connait les lieux : s'il était, comme le déclare un de nos textes et des meilleurs, plus voisin de Rufinianes que l'Oxia, le Skopa était nécessairement aussi plus voisin de Chalcédoine, car Rufinianes, localité correspondante au moderne Djadi-Bostan, se trouvait seulement une heure à l’est de cette ville et bien en deçà de la ligne des montagnes.

Si l’on ajoute à ces données que le mont Oxia, plus éloigné que le mont Skopa, s'élevait à dix milles environ de Chalcédoine, ὡς ἀπὸ δέχα μιλίων PTS RRE comme dit un hagiogra-

phe D OU δέχα μιλίοις Χαλχηδόνος διέσχον, Comme dit un autre (4), OU σημείοις ὡσεὶ δέχα τῆς Χαλχηδόνος ἀπέχοντι, COMME dit un troi-

sième Ὁ), on n'aura pas de peine à trouver une indication précise. Dix milles, cela équivaut à quinze petits kilomètres. Quel est, à l’est de Scutari, moins de quinze kilomètres à l'est de Kadi-Keuï, le seul sommet qui dépasse tous les sommets

(1) MNicephori opuscula historica, p. 72.

(2) Historia ecclesiastica, x1v, 532, Miexe, P. (., τ. CXLVI, col. 1219, (3) Sym. MÉrapur., 0p. cit., col. 1385.

(4) ANONYME A, op. cil., p. 244.

(2) AxoxvuE B, op. cil., p. 5.

64 ἔ MONT SAINT-AUXENCE.

environnants et réponde aux descriptions citées ci-dessus? C’est le Kaïch-Dagh. Le Kaïch-Dagh représente donc le mont Skopa ou mont Saint-Auxence.

Cette identification, je me hâte de l'ajouter, n'a absolument rien d'une découverte. A. Paspati l'a défendue, voici de longues années déjà (1), et, depuis, plusieurs topographes ont répété ce qu'il avait dit. Seulement, avant comme après, la question n’a pas toujours été traitée avec toute la clarté désirable, d'où quantité d'erreurs et de confusions que notre devoir ici est de relever.

Et d’abord, il nous faut regretter que l’on ait parfois regardé les expressions géographiques mont Oxia et mont Skopa comme deux noms différents d'un seul et même sommet. Ainsi, pour le moins, en ἃ agi M. W. Tomaschek (2). Cette méprise échappée à la sagacité du savant géographe n’a pas besoin d'être réfutée, tant elle est évidente.

Tout aussi évidente, mais plus ancienne et plus répandue, l'erreur qui fait du‘mont Saint-Auxence l'ancien Oxia. Nous la trouvons déjà dans certains livres ecclésiastiques byzantins. Ainsi, le Synaxaire de Sirmond (3) et le Ménologe dit de Basile (4) font vivre, dans leur notice du 1° février, saint Bendidianos à l'Oxia. Non content de cela, le Ménologe de Basile ne craint Ds d'ajouter, au 14, touchant le scholaire du v° siècle : Τὸ ὄρος τὸ λεγόμενον τῆς ᾿Οξείας, πλησίον Χαλχηδόνος τ ἀπ᾿ ἐχείνου ὠνομάσθη τὸ ὄρος τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου (5). Du Ganges en tombant dans cette erreur, lui ἃ donné tout le crédit qui s’attache, très justement d'ailleurs, à son grand nom. Il confondit l'Oxia avec le mont Saint-Auxence dans une note à son édition de Jean Cinname (6). De même, plus tard, annotant Jean Zonaras, il écrivit : Collis seu mons in partibus Bithyniae desertis, 10 circiter millibus a Chalcedone dissitus qui primo

Οξεῖα, deinde Βουνὸς τοῦ Αὐξεντίου dictus est (7). De ceux qui

(1) Τὰ ἀνατολικὰ προάστεια τοῦ Βυζαντίου dans 1᾿ Ἑλληνιχὸς Φιλολογιχὸς Σύλλογος, t. XII, p. 49: Τὰ βυζαντινὰ ἀνάχτορα, p. 193, note 9.

(2) Zur historischen Topographie von Kleinasien in Miltelaller, Vienne, 1891, p. 4 εἴ ὃ.

(3) H. DELEHAYE, 0p. cit, col. 438, 29.

(4) Mixer, P. G., τ. CXVII, col. 2%.

(3) Op. cit., col. 315.

(6) Historiarum, lib. Il, Micxe, P. G., τ. CXXXIIL, col. 347, note 54.

(7) Mix, P. G., τ. CXXXV, col. 98, note 99.

hé

MONT SAINT-AUXENCE. »)

ont erré sur les traces de Du Cange, sans renommer ici M. ΝΥ. Tomaschek, le nombre est grand. M. M. Treu est de ceux-là (1). De ceux-là aussi, malgré sa connaissance des lieux, M. M. Gédéon (2).

C’est une distraction évidemment qui a conduit M. M. Gédéon à ce résultat fâcheux. Le mont Saint-Auxence, dit-il lui-même, doit son nom au long séjour du saint ermite qui y vécut ἐπὶ πολυετίαν (3). Or, déclare-t-il ailleurs, ledit ermite ne passa que deux années (διετίαν) à l'Oxia (4), tandis qu 11 resta sur le Skopa depuis le IV° concile Jusqu'à sa mort(9), c'est-à-dire ue 451 à 470/472 (6). Donc . Vous concluriez, vous : Donc le mont Saint-Auxence représente l’ancien Skopa. M. M. Gédéon conclut, lui : Donc le mont Saint-Auxence représente l’ancien Oxia (7). Et, fixant le mont Saint-Auxence au Kaïch-Dagh, ce qui est très bien, il relègue le mont Skopa à l'Aïdos-Dagh, ce qui est très mal. Évidemment, encore une fois, l’auteur a été victime d'une distraction.

Pour nous, répétons bien haut que l'Oxia n’a rien de commun avec le mont Saint-Auxence. C'est au Skopa que le grand erlite vécut la dernière et la plus illustre partie de sa vie anachorétique. C’est au Skopa qu'il établit le monastère des Trikhinaires. C'est au Skopa qu'il mourut et qu'il eut son tombeau. C'est au Skopa que Serge, Bendidianos et leurs successeurs se remplacèrent dans son ermitage. C’est le Skopa, par conséquent, qui s’appela mont Saint-Auxence.

Quant à l'Oxia, présenté par les biographes comme le premier séjour de l’ex-scholaire, il n’est jamais plus mentionné ni dans l'hagiographie, ni dans l'histoire. Du Cange et tous ceux qui estiment l'y avoir rencontré se sont laissé induire en erreur par l’homonymie. J'ai montré ceci en détail dans une étude sur Les monastères de saint Ignace et les cinq plus petits

(1) Maximi monachi Planudis epistulae, p. 215.

(3) Op. cil,, p. 6.

(4) Op. cil., p. 7 et note 3 de la page 7.

(9) Op. cit, p. 8.

(6) Op. cit., p.9. Je donne ici la chronologie de M. M. Gédéon. Elle ne concorde pas toujours avec celle que j'ai essayé d'établir en résumant la vie de saint Auxence, mais ceci importe peu à la question que nous agitons en ce moment.

(7) Op. cit., p. 11 et 73.

66 MONT SAINT-AUXENCE.

ilots de l'archipel des Princes (1); traiter ici la question une seconde fois serait me répéter inutilement. Mieux vaut, l’identité du mont Skopa et du mont Saint-Auxence vengée, revenir à la colline en qui nous avons reconnu cette hauteur.

C'est, on ne l'a pas oublié, le Kaïch-Dagh, ou, pour lui donner son nom plus complet, le Kaïch-Bounar-Dagh. En ture, Kaïch- Bounar-Dagh signifie, d'après Paspati, montagne de la source de cuir (2), et d'après M. J. Miliopoulos, montagne de la ceinture des sources(3). L'emploi du cuir au temps jadis dans la canalisation des eaux de la magnifique source qui jaillit là, telle serait la raison de cette appellation entendue dans le premier sens. La présence de cette même source et de sources secondaires tout autour de la hauteur, telle serait la cause de cette dénomination comprise dans le second sens. De Kaïch- Bounar-Dagh est venu par abréviation Kaïch-Dagh, seule forme d'un usage courant aujourd'hui. Mais Kaïch-Dagh, la montagne du cuir où de la ceinture, pourrait bien aussi, insinue M. J. Miliopoulos (4), être la montagne de la glissade. Le sens du mot turc kaëch permet, en effet, cette interprétation : quel dommage que la nature du terrain, pas plus glissant là qu'ailleurs, ne la favorise pas davantage!

Quoi qu'il en soit de l’étymologie de son nom, le Kaïch-Dagh est une hauteur bien caractérisée. Il se détache sur l'horizon, conique et noir, terminant au nord la petite chaîne dont la colline de Mal-Tépé, sur le rivage de la mer, et les îles des Princes, au milieu des flots, sont comme les anneaux extrémes. Il s'appuie à cette chaîne par son flanc méridional. Isolé des trois autres côtés, son isolement le grandit. Avec ses 430 mètres d'altitude, il en impose plus que l’Alem-Dagh, qui en compte 445, plus même que l'Aïdos-Dagh, qui en mesure 528 (5).

L'Alem-Dagh, la montagne de l'étendard, n'a jamais été pris, que je sache, pour le mont Saint-Auxence. Les 16 kilo-

(1) Zaviéstia russkago arkheologitcheskago Instituta v Konstantinopolié, τ. ΝῊ (1901), p. 88.

(3) Βουνὸς Αὐξεντίον, dans la Bysantinische Zeitschrift, t. IX, p. 71.

(4) Op. et loc. cit.

(5) J'emprunte ces chiffres à H. Kiepert, Specialkarte vom Westlichen Kleinas»

sien.

MONT SAINT-AUXENCE. 67

mètres qui le séparent de Rufinianes à vol d'oiseau et les 1ὃ qui le séparent de Chalcédoine le jettent hors de la zone où les hagiographes font vivre le scholaire devenu ermite. En revanche, l’Alem-Dagh passe généralement pour le Damatrys des Byzantins. En fait, selon moi, cette dénomination de Azματρύς s'appliquait réellement au moderne Alem-Dagh et aux hauteurs voisines, mais elle s'appliquait aussi, très certainement, à la région plus basse, mais fort accidentée, qui se déploie au sud jusqu'au pied du Kaïch-Dagh. Par là s'explique sans peine la phrase où Théophane le Chronographe fixe le séjour de saint Étienne le Jeune εἰς τὸν ἅγιον Αὐξέντιον εἰς τὸ πλησίον ὄρος τοῦ Aouarpu(l).

L'opinion que je viens d'exposer sur la situation de Damatrys est celle de M. X. Sidéropoulos (2). Le travail de ce consciencieux investigateur me dispensé de réfuter Hammer (3), qui plaçait Damatrys aux deux Tchamlidja, près de Scutari. Il me dispense également de corriger le patriarche Constantios (4) qui restreignait Damatrys au seul Alem-Dagh. Mise en œuvre de tous les textes byzantins relatifs à la question, il devra aussi dispenser le lecteur de recourir à la compilation faite par Tafel de tous ces mêmes passages (5).

Si l'Alem-Dagh n'a été l'objet d'aucune identification erronée, il n’en va pas de même de l’Aïdos-Dagh. L'Aïdos-Dagh est la montagne de l'aigle, car le mot aëdos n'est qu'une corruption du grec ἀετός. Entre son faite et le sommet du Kaïch- Dagh on compte 9 kilomètres à vol d'oiseau. La distance n'est pas excessive, on le voit; encore est-elle assez considérable pour qu'on ne confonde pas les deux collines en une seule. Voilà pourtant la confusion commise par M. (ἃ. Albert dans son

(1) Chronographia, ad annum 6257.

(2) Περὶ τοῦ Δαματρύος τῶν Βυζαντινῶν dans 1 λληνιχὸς Φιλολογιχὸς Σύλλογος, Supplément archéologique du t. XVII, p. 190-194 et du t. XIX, p. 19-24.

(3) Constantinopolis und der Bosporos, Pesth, 1822, t. I, p. 25.

(4) Διατριδὴ περὶ τοῦ ᾿Αλέμ-Δαγι, dans les Συγγραφαὶ ἐλάσσονες réunies par Th. Aristoclès, Constantinople, 1866, p. 369-378.

(3) Symbolarum criticarum geographiam bysantinam spectantium partes due, part. I, p. 88-90. Le texte de Codinus dont Tafel écrit aux dernières lignes : ΔῊ facit ad locum nostrum qui Astam spectat, non Europam, et dont il ne veut absolument point sous le seul prétexte que Codinus de aedificiis Constantinopolitanis agit, non asiaticis, ce texte-là ne doit pas être rejeté, du tout, et la raison invoquée contre lui ne signifie rien, car Codinus ἃ rangé parmi les édifices de

68 MONT SAINT-AUXENCE.

Die Prinieninsel Antigoni und der Aïdos-Berg (1). La môntagne que l’auteur décrit et qu'il identifie très justement avec le βουνὸς τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου est le Kaïch-Dagh ; mais pourquoi l'identifie-t-il aussi avec lAïdos-Dagh? Un simple coup d'œil Jeté sur une carte, une simple question posée aux indigènes lui eût épargné cette bévue.

Dans la montagne de l'Aïgle, je l'ai déjà dit, M. M. Gédéon a voulu voir l’ancien Skopa (2). Inutile, après tout ce qui précède, de nous arrêter à cette opinion erronée. Les autres topographes y placent presque tous le mont Oxia, premier séjour du grand ermite, et ceci mérite davantage de nous retenir un instant.

Est-il possible que l'Aïdos-Dagh représente l'ancien Oxia? Je ne le crois pas. Pour l'OXia, il faut une montagne située à 10 milles, autrement dit à 15 kilomètres, de Chalcédoïine : or, l’Aïdos-Dagh se trouve à 20 kilomètres de cette ville. Pour l'Oxia, il faut une altitude inférieure à celle du Skopa : or, l'Aïdos-Dagh ἃ 528 mètres, tandis que le Kaïch-Dagh, ancien Skopa, n'en ἃ que 430. Comment, dans ces conditions, proclamer l'identité de l’Oxia et de l'Aïdos-Dagh? Paspati(3), qui l'a proclamée le premier, et M. 1. Miliopoulos (4), qui la proclame après lui, n’ont sans doute point réfléchi à ces deux petites difficultés. Dans tous les cas, ils n'ont apporté aucune preuve à l'appui de leur assertion. Et c’est pourquoi je préfère, en ce qui me concerne, identifier le mont Oxia avec l’un des sommets plus voisins.

Avec quel sommet? N'était que la distance de Rufinianes au Kara-Bach-Baïr n'est guère supérieure à celle de Rufinianes au Kaïch-Dagh, je chercherais le mont Oxia dans le Kara-Bach- Baïr. Cette hauteur s'élève à 14 kilomètres de Chalcédoine, ce qui répond assez exactement aux 10 milles indiqués par les hagiographes. Il ἃ 406 mèêtres de hauteur, ce qui remplit la condition d’infériorité voulue vis-à-vis du Skopa. Sa posi-

Constantinople quantité de constructions sises dans la banlieue asiatique, et sises parfois à une distance considérable.

(1) Article paru dans les Mitteilungen des Deutschen Excursions-Clubs in Constantinopel, 1891. fascicule I, p. 24-51. La partie qui se rapporte à notre sujet occupe les pages 44-48.

(4) Op. cil., p. 69.

MONT SAINT-AUXENCE. 69

tion générale est telle, par ailleurs, qu'elle cadre à merveille avec toutes les données des Vies de saint Auxence. Il est tout naturel, en particulier, que de là les gens de l’empereur Marcien aient conduit l’anachorète au monastère de Rufinianes. Si la partie occidentale du Kara-Bach-Baïr paraît trop rapprochée, on peut se reporter à sa partie orientale, à l’un de ses contreforts. Rien n'empêche même de passer à l’un des sommets plus éloignés, mais en deçà de lAïdos-Dagh (1).

J'ajouterai, avant de terminer ce trop long chapitre, deux ou trois phrases sur l’'onomastique de la hauteur dont nous esquissons l'histoire. Appelée Σχῶπα ou Σχοπὸς en 452, au moment où saint Auxence alla s’y établir, elle ne tarda pas à prendre le nom de son hôte illustre. De bonne heure, pour les écrivains οἱ dans le beau langage, elle ne fut plus que l'£p3, 16 βουνὸς ou le λόφος τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου: pour le peuple et dans le parler courant, elle ne fut plus que | "Ayros Αὐξέντιος tout court (2). Les livres liturgiques eux-mêmes, désireux de distinguer l'anachorète de son homonyme martyr, n'osèrent conserver le vieux nom Skopa et se contentèrent d'écrire : A2 τιος ὁ ἐν τῷ βουνῷ. Vint Constantin Copronyme. Cet iconoclaste forcené était doublé d'un grand laïcisateur : lépithète saint lui déplaisait au suprême degré, et ses courtisans, comme aussi tous les adeptes de son hérésie, le supprimaient partout. L'un d'entre eux allait-il à l’église des saints Apôtres, 11 disait « 068 vais εἰς τοὺς ἀποστόλους ». De même : « εἰς τοὺς τεσσαράχοντα νον υρας », S'il allait à l’église des saints quarante martyrs;

τὸν μάρτυρα Θεόδωρον », OÙ « εἰς τὸν «μάρτυρα ᾿Αχάχιον »,

( s'il ἔτι à celle d'un de ces deux saints (3). Pareillement, dès qu'il pouvait détruire un sanctuaire, Copronyme s'empressait d'imposer à son emplacement le nom de l’ancien patron, mais avec l'adjectif ἅγιος en moins. L'emplacement du sanctuaire de sainte Maure, choisi pour les exécutions capitales, fut baptisé Μαῦρα (4). Celui du sanctuaire de saint Pélagios

(1) Pour plus de détails, voir mon Autour de Chalcédoine dans la Byzantinische Zeilschrift, t. XI, p. 348.

(2) Ὑπέορηλνε, ad annum 6297.

(3) ÊnENxE, op. cil., col. 1144.

(4) ἔτιεννε, 0p. cit, col. 1169.

70 MONT SAINT-AUXENCE.

ou de sainte Pélagie, affecté à la sépulture des païens et des condamnés, fut dénommé τὰ ΠΠελαγίου où τὰ [eæyias (1). Notre

colline ne pouvait échapper à cette manie de laïcisation : ὁ τοῦ Αὐξεντίου βουνός (2), ὁ Αὐξέντιος tout court (3), furent les deux seules dénominations employées par l'empereur et les iconoclastes.

La tourmente iconoclaste passée, le nom de Mont Saint- Auxence redevint général. Il est peu probable que l’appellation Σχῶπα ou Σχοπὸς ait eu un regain de vie à cette époque. Constantin Porphyrogénète semblerait pourtant l'indiquer. Parlant des sommets d'Asie Mineure par où se transmettait à Constantinople la nouvelle des incursions sarrasines, il cite notre colline en ces termes : ‘O τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου βουνὸς ὁ Σιχοπὸς προσαγορευόμενος (A). Mais jusqu'où peut-on se fier à cette simple phrase d’un auteur qui ne se préoccupa jamais beaucoup, comme on sait, de distinguer le présent du passé? Le mot Yxorss sous sa plume n'est-il pas dû à une réminiscence de lettré? Je suis fort porté à le croire. Quoi qu'il en soit, M. W. Tomaschek ἃ commis une petite méprise (5) en regardant ce nom comme une dénomination postérieure, parue pour la première fois après celle de mont Saint-Auxence.

La montagne, si l’on en croit Paspati (6), conserve toujours

son nom byzantin parmi les Grecs du village de Beuyuk-Bakal- :

Keuï. D'après M. 1. Miliopoulos (7), une des sources secondaires qui naissent au flanc de la colline s'appelle encore aujourd'hui ἁγίασμα τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου. Mais le nom le plus répandu est le nom ture : Kaïch-Bounar-Dagh jusqu'au milieu du xIx° siècle (8), et Kaïch-Dagh depuis.

Il ne nous reste rien à dire de plus sur lidentification avec le Kaïch-Dagh de la colline bithynienne où Auxence, Serge.

(1) ÊTIENNE, 0p. cit., col. 1177. Ce dernier sanctuaire était sous le vocable d'une sainte qui avait, comme tant d’autres en Orient, pris un nom et des habits masculins. De là, selon Du Cange, la divergence entre les auteurs byzantins qui disent les uns Πελάγιος et les autres Πελαγία. Note à J. Zonaras, loc. cit.

(2) ÉTIENNE, op. cit, col. 1124, 1128, 1133, 1140.

(3) ἔτιεννε, ὁ}. cit., col. 1161, 1169, 1172, 1173, 1176.

(4) De Cerimoniis, τι. I, append., MiGxe, P. (r., τι CXIT, col. 933.

(3) Op. cit., p. Ὁ.

(7) Op. cit., p. 66.

(8) Hauwwer, Constantinopolis und der Bosporos, t. I, p. 26.

Page 1