‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 85 sur 195 · VIII. — MONASTÈRE DES SAINTS-APÔTRES · texte numérisé non relu

VIII. — MONASTÈRE DES SAINTS-APÔTRES

Au début de 1191, lorsque Dosithée monta sur le siège patriarcal de Constantinople, vivaient encore ses quatre derniers prédécesseurs : Théodose If, Basile IT, Nicétas IT et Léonce. Deux de ces quatre prélats, Théodose et Léonce, paraissent avoir appartenu au groupe monastique du mont Saint-Auxence.

Pour Théodose l'Arménien (1), le catalogue de Leunclavius porte qu'il sortait d'Antioche, qu'il était moine, qu'il avait longtemps pratiqué la vie religieuse περὶ τὸν τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου βουνόν (2). Philippe de Chypre, de son côté, l'appelle moine et ascète τοῦ βουνοῦ τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου (3). Nicéphore Calliste, au contraire, lui donne le surnom de Βορραδιώτης (4), et le poète Ephrem écrit de lui :

Ces deux paires de textes, on le voit, ne s'accordent guère. Serait-ce que le monastère de Boradion s'élevait assez près de notre colline pour être regardé comme partie intégrante du groupe auxentien ?

MM. M. Gédéon et J. Miliopoulos se sont arrêtés à cette opinion. M. M. Gédéon ἃ cru pouvoir soutenir que τὰ Βοραιδίου, τὰ χαὶ Βορραΐδος, ἔχειντο τόσον πλησίον τοῦ βουνοῦ τοῦ Αὐξεντίου ὥστε οἱ βοραιδιῶται μοναχοὶ ἐλέγοντο χοινῶς χαὶ μοναχοὶ τοῦ βουνοῦ τοῦ Δὐξεντίου (6). De son côté, toujours très porté aux identifications hasardeuses, M. J. Miliopoulos n'a pas craint d'affirmer que certaines ruines couchées à 250 pas de la grande source du Kaïch-Dagh étaient celles de l'église Saint-Thomas d'Anthémios, ajoutant que τὰ Βοραδίου ἔχειντο πλησίον τῶν ᾿Ανθεμίου

᾿ = ; N AE τὸ Ξ- sa f τὰ Ὁ εὐ} χαὶ τοσοῦτον EVYUS τῆς επὶ τοῦ ουνοῦ τοῦ Αὐξεντίοι μονῆς τῶν αγίὼν lo 1= τ ᾿ 1 i

(1) Nicéras Cuoxiarës, Alexius Manuelis filius, 12, Mic, P. G., τ. CXXXIX, col. 608.

(2) Baxouri, /mperti orientalis pars lerlia, Venise, 1779, p. 176.

(3) Banouri, 0p. cil., p. 189.

(4) Baxourt, op. cil., p. 169.

(5) Caesares, vers 10191 et 10192, Miaxe, P. G.,t. CXLIII, col. 372.

(6) Τυπικόν. p. 71. Cf. Βυζαντινὸν ἑορτολόγιον, p. 174.

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᾿Αποστόλων ὥστε οἱ Βοραδιῶται μοναχοὶ ἐλέγοντο χαὶ μοναχοὶ τοῦ βουγοῦ τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου (1). Si vraisemblable qu’elle paraisse à M. M. Gédéon, si indiscutable qu'elle paraisse à M. 1. Miliopoulos, cette opinion ne peut être acceptée un seul instant. Que trouvons-nous chez les auteurs byzantins au sujet du lieu dit τὰ Βοραιδίου, τὰ Βορραδίου, τὰ Βοραδίου, τὰ Βορραιδίου, etc? Le Chronicon paschale, tel qu'il nous est parvenu, en parle deux fois. Anthémios, dit-il dans un passage (2), fonda le sanetuaire τοῦ ἁγίου Θωμὰ πλησίον τοῦ Bopadiou. Anthémios, écrit-il quelques pages plus bas (9) construisit τὸν ἅγιον οἶχον τοῦ ἁγίου

Θωμᾶ τοῦ ἀποστόλου, τὰ λεγόμενα ᾿Ανθημίου, πλησίον τῶν Βορραιδίου. Ces deux textes désignent deux Saint-Thomas différents : lun vise une église urbaine élevée près du palais d'Anthémios, et celui-ci, — malgré les trois mots πλησίον τῶν Βοραδίου, que nos connaissances topographiques de Constantinople forcent à regarder iei comme une interpolation, — se trouvait fort loin du

quartier boradien; l'autre vise une église suburbaine bâtie ? près de la villa d’Anthémios, et celle-ci, — d’après les trois À

mots πλησίον τῶν Βοραδίου, qui ne sauraient être interpolés des deux côtés à la fois, — se trouvait non loin du proasteion boradien. Nous savons donc que τὰ Βοραδίου, point de la banlieue, voisinait τὰ Avbquisu, τὰ ᾿Ανθεμίου, autre point de la banlieue. Maintenant, où ce dernier se trouvait-il? Sur la côte de Bithynie : ceci résulte de la phrase où Théophane nous montre les bateaux d'une flotte sarrasine repoussés de Constantinople se réfugier, les uns le long de la rive thrace, les autres εἰς τὰ Edrooriou ai ᾿Ανθεμίου (4). Non loin de Chrysopolis : ceci ressort du texte anonyme où nous voyons Alexis Mosélé, logé χατὰ τὴν Χρυσόπολιν, Se rendre en petite promenade d'agrément χατὰ τὸν ᾿Ανθεμίου τόπον (5). Le port d'Eutrope est depuis longtemps identifié : il répond au petit golfe actuel de Kalamich, entre Kadi-Keui et Phener-Baghtché (6). Si, τ la phrase de Théophane, les mots τὰ Ebrporiou χαὶ ᾿Ανθεμίου désignent, ainsi

(1) Byzantinische Zeitschrift, τ. IX, p. 68.

(2) Miexe, PL. G., t. CXII, col. 816.

(3) Col. 823.

(4) Chronographia, ad annum 6209.

(5) Taéopn. Coxr., II, 18; Micxe, P. G., τ. CIX, col. 124.

(6) Cf. J. Pargoire, Hiéria, dans les Zzvieslia russkago arkheologitcheskago Insdituta v Konstantinopolié, t. IV, fase. IL, p. 32.

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que le veulent A. Paspati (1) et M. M. Gédéon (2), des points si voisins l’un de l’autre qu'ils se confondaient entre eux, la position de τὰ ᾿Ανθεμιίου sur le littoral de la baie de Kalamich ne fait aucun doute. Ces mots désignent-ils au contraire, ainsi que l'a très judicieusement soutenu M. 5. Boutyras (3), deux ports différents, deux baies distinctes, τὰ Εὐτροπίου d'une part et τὰ ᾿Ανθεμίου d'autre part, cette dernière localité est à fixer sur le Bosphore, au nord de Scutari. En tout état de cause, comme les bateaux dont parle Théophane ne voguaient sans doute point hors de l’eau, le proasteion d'Anthémios reste fixé sur la côte, au bord de la mer.

Mais alors, comment τὰ Bosaètou, dont le voisinage avec τὰ ᾿Ανθεμίου est certain, saurait-il être reculé au milieu des terres jusqu’au point de toucher le mont Saint-Auxence? Du Kaïch- Dagh à la petite baie de Kalamich on compte à vol d'oiseau environ dix kilomètres. On en mesure un minimum de treize du Kaïch-Dagh au Bosphore. Si τὰ Avbeuico était si loin du mont Saint-Auxence, τὰ Βοραδίου, voisin de τὰ ᾿Ανθεμίου, ne pouvait en être si près qu'on veut bien le dire. Et voilà ce qui m'a naguère empêché (4), voilà ce qui m'empèche encore aujourd'hui d'accepter l'opinion topographique de M. M. Gédéon et de M. J. Miliopoulos.

Ce qui ne m'en empêche pas moins, c'est le témoignage d'une pièce patriarcale inédite du 18 février 1170 (5). Cet acte, dirigé contre un certain Jean Eirénikos, higoumène du monastère Saint-Nicéphore de Batala, précise la position de sa maison religieuse dans les termes que voici : Μία nai αὕτη ἐστὶ τῶν πρὸς τὸ ξῷον μέρος ἄνω που τοῦ Φρύξου λιμένος διαχειμένων μοναδικῶν χαταγωγῶν χατὰ τὸ Βορράδιον οὕτω χαλούμιενον ὄρος, τὸ τῷ EbEeivw πόντῳ συμπαραχείμενον. Or, comme je l'ai montré plus longuement ailleurs (6), pareille indication ne laisse aucun doute sur la

(3) Βυζαντινῆς τοπογρχρίας πάρεργα dans la Νεολόγου ἑδδομαδιαία ἐπιθεώρησις, t. 11, Ῥ. 152.

(4) Autour de Chalcédoine, dans la Byzantinische Zeilschrift, t. XI, p. 334.

(5) Cette pièce va paraitre par les soins du R. P. L. Petit dans le Vizantiiskij Vremennik.

(6) Dans un travail intitulé À propos de Boradion que donnera la prochaine livraison de la Bysantinische Zeitschrift.

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position de τὰ Ποραδίου. En effet, le site de Phryxou limèn est parfaitement connu de tous, et rien n'est plus certain que sa correspondance avec le moderne village de Kanlidja, sur la rive asiatique du moyen Bosphore. C’est donc là, sur la rive asiatique du moyen Bosphore, qu'il faut chercher τὰ Βορραδίου. Et là, nous sommes à quelque quinze kilomètres du mont Saint- Auxence. Î

Dans ces conditions, si ne s’est point trompée une des deux paires de textes qui indiquent le lieu de sa vie ascétique, le cas du patriarche Théodose ne supporte que la double solution suivante : ou le monastère de Théodose ἐν τοῖς Βοραδίου, quoique très éloigné, se rattachait ecclésiastiquement au district monastique du mont Saint-Auxence; ou le moine Théodose ἃ successivement habité le mont Saint-Auxence et un monastère ἐν τοῖς Βοραδίου. La première hypothèse n’a rien que de très plausible. Si l’higoumène saint Théophane de Sigriane, vivant à quelque 75 kilomètres du mont Olympe, ἃ pu être présenté comme un olympien (1), si l'higoumène Joachim d'Elegmi, fixé à quelque 25 kilomètres de la même montagne, a pu être l'archimandrite des monastères olympiens (2), il n’est pas impossible qu'une maison religieuse assise dans la banlieue asiatique, sur le Bosphore, ait pu faire officiellement partie du groupe auxentien. La seconde hypothèse n’a pas non plus de quoi surprendre, et je la préfère de beaucoup à la précédente, étant donné la facilité avec laquelle les moines byzantins passaient d'un couvent à l’autre.

Moine à Boradion, Théodose n'habita pas nécessairement le monastère Saint-Nicéphore de Batala. En effet, la petite localité possédait au moins un autre monastère, comme nous l’apprend la pièce patriarcale de 1170 en mentionnant un certain Paul, supérieur τῆς χατὰ τὸ Βορράδιον μονῆς τῆς ἁγίας Τριάδος. Aumont auxentien, s'il y séjourna, Théodose occupa-t-il un abri de solitaire ou une cellule de cénobite? Nous l'ignorons. Un sceau de

(1) Κα. Kruusacuer, Ein Dithyrambus, auf Theophanes dans les Silzungsberichte des philos.-philol. und der historischen Classe der Academie der Wissenschaften zu München, \896, p. 611; cf. J. ParGoiRE, Saint Théophane le Chronographe et ses rapports avec saint Théodore Studite, dans le Vizantiiskij Vremennik, t. IX, p.47.

(2) J. ParGoiRe, Épilaphe d'un archimandrile du mont Olympe, dans les Échos d'Orient, t. IV, p. 357-309.

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lui, parvenu jusqu’à nous, porte à l’avers l'image de la Vierge, et cette représentation, si commune dans la sigillographie byzantine, n'est pas de celles qui pourraient, en témoignant de quelque attachement à un patronage spécial, jeter du jour sur un passé (1).

S'il y a lieu d’hésiter sur la nature des rapports de Théodose I‘ avec notre colline, ceux de Léonce sont plus assurés. Les deux prélats, pour le dire sans plus de retard, fleurirent l'un et l’autre dans le même dernier quart du Χαμ" siècle : le premier, d'après les Πατριαρχιχοὶ πίναχες, occupa le siège œcuménique de 1178 à 1183; le second, disent les historiens, ne s’y assit que du milieu de 1190 aux premières semaines de 1191. Ce rapide passage au patriarcat fut l'effet d’un caprice impérial. Isaac l’Ange, en nommant Léonce, prétendait que la Theotokos le lui avait expressément désigné; sept mois après en le déposant : « La Theotokos l’ordonne ainsi, » disait-il encore. Le patriarche éphémère y gagna le surnom de Théotokite.

Léonce, avant cette aventure, habitait le mont Saint-Auxence. C'est là, au témoignage d'Éphrem (2), que l'empereur Isaac l’Ange le prit pour l’élever au siège patriarcal :

» ᾿ ᾽ Æ » DRE Avdpa μοναχὸν ἀρετῆς ὄντ᾽ ἐργάτην, ape ἜΣ Χο: x ru π᾿ αὐτῶν ἀγαγὼν Αὐξεντίου.

Léonce y était non seulement moine, mais higoumène. Ἡγούμενος τῶν ἁγίων ᾿Αποστόλων ἐν τῷ βουνῷ τοῦ Αὐξεντίου, porte le catalogue de Nicéphore Calliste (3). Τῶν ἐν τῇ χατὰ τὸν βουνὸν τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου μονῇ τῶν ἁγίων ᾿Αποστόλων ἡγουμιενεύων μοναχῶν, déclare le catalogue de Leunclavius (4). ᾿Π γουμενεύων τῶν μοναχῶν τῶν ἐν τῇ μονῇ τῶν ἁγίων ᾿Αποστόλων χατὰ τὸν βουνὸν τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου, répète le catalogue de Philippe de Chypre (5). Les trois témoignages concordent, ils s'imposent.

(1) G. ScuLumBERGER, Sigillographie byzantine, p. 730.

(2) Caesares, vers 10208-10210, Micxe, P. G., t. CXLIII, col. 372. (3) Banouri, 0p. cil., p. 169.

(4) Ibid, p. 176.

(5) 1bid., p. 189.

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Mais quel est ce monastère auxentien des Saints-Apôtres que pas un autre document ne mentionne? Les modernes topographes grecs sont les seuls à nous en parler, et la manière dont ils le font trahit assez l'absence de tout renseignement précis.

C'est, affirme le patriarche Constantios (1), au milieu du ‘siècle, sur le point culminant de la colline, par saint Auxence en personne, que fut bâti le monastère des Saints-Apôtres. Pour M. M. Gédéon (2), le fondateur ou plutôt le restaurateur du couvent n'est autre qu'Alexis Paléologue, le grand-père de l'empereur Michel VIT.

Disons tout de suite, sans nous arrêter aux énormités du patriarche Constantios, que l'opinion de M. M. Gédéon ne manque point de vraisemblance. Trois faits, du moins, semblent plaider en sa faveur : 1° Dès avant 1190, comme le montrent les catalogues patriarcaux cités ci-dessus, un monastère des Saints- Apôtres existait au mont Saint-Auxence. 2 Vers la même époque, déclare le Typikon de l’empereur Michel VIII (3), Alexis Paléologue restaura un certain monastère auxentien que l'on trouve plus tard restauré de nouveau par son petit-fils et nommé couvent Saint-Michel-Archange. 3° En juin 1282, lisonsnous dans l'histoire de Georges Pachymère (4), le prince Andronic et le patriarche Jean Veccos célébrèrent la fête des saints Apôtres dans ce couvent Saint-Michel. Tels sont les trois faits qui, rapprochés l'un de l’autre, semblent nous présenter le monastère Saint-Michel comme la continuation du monastère des Saints-Apôtres et nous indiquer, par conséquent, le restaurateur de ce dernier, à la fin du xu° siècle, dans la personne du grand-duc Alexis Paléologue.

Ici, une question se pose : quel est celui des deux, du grandpère ou du petit-fils, qui introduisit l'appellation monastère Saint-Michel? M. M. Gédéon et M. J. Miliopoulos (5) ne doutent pas que ce ne soit le petit-fils. Néanmoins, il paraîtrait plutôt que c'est le grand-père, si l'on s'en tient à ces vers que

(1) ‘H Κωνσταντινιάς, 2e édit. grecque, Constantinople, 1844, p. 232; édit. francaise, Constantinople, 1846, p. 215; Συγγραφαὶ ἐλάσσονες, p. 376.

(2) Τυπιχόν, p. 13 et 65; Βυζαντινὸν ἑορτολόγιον, Ὁ. 120 et 188.

(4) De Michaele Palaeologo, VI, 38, Micxe, P. G., t. CXLIII, col. 964.

(0) Bouvov τοῦ Αὐξεντίον, p. 65.

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Michel Paléologue, parlant par la bouche d'un poète anonyme, adresse quelque part à l’archange saint Michel :

A prendre, en effet, ces vers au pied de la lettre, il est certain que l’archange saint Michel avait déjà reçu le patronage du monastère dès avant la restauration de Michel VIII.

Si l'on partage l'opinion des deux topographes modernes, on dira que les choses durent se passer à peu près ainsi. Vers la fin du xu° siècle, un monastère du mont Saint-Auxence était à son déclin, peut-être même aux trois quarts ruiné. Alexis Paléologue, le trouvant dans ce triste état, le remit à neuf et lui conserva ou lui imposa le patronage des saints Apôtres. De la maison ainsi restaurée, le patriarche Léonce fut le premier, tout au plus le second higoumène. Derechef mis à mal par la venue des Croisés, le monastère des Saints-Apôtres trouva un nouveau restaurateur dans Michel VIII qui le nomma du nom de son archange favori.

Si l’on préfère suivre, au contraire, le poète byzantin, la marche des événements pourra se fixer approximativement de la manière que voici. Aux dernières années du χα" siècle, un couvent auxentien dit des Saints-Apôtres, dont le patriarche Léonce venait d'être higoumène, réclamait une restauration. Alexis Paléologue, en se chargeant de la besogne, dédia la maison renouvelée au chef des milices célestes. Son petit-fils, l'empereur Michel VII, n'eut garde, lorsqu'il mit la main à de nouveaux travaux de restauration, de ne pas conserver le monastère sous le vocable de l'Archange.

(1) P. Papaceorciou, Zwei iambische Gedichte sace. XIV und XIII, dans la Bysantinische Zeitschrift, t. NII (1899), p. 676.

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Mais, dans tout cela, je me hâte de l'ajouter et d'y insister, rien de certain. La base, je veux dire l'identification du couvent de Saint-Michel avec celui des Saints-Apôtres, n'étant pas une certitude, tout ce que l’on bâtit au-dessus ne saurait manquer d'être hypothétique. Si, par hasard, le couvent Saint- Michel n'avait jamais rien eu de commun avec celui des Saints-Apôtres, tout ce que nous saurions de ce dernier se bornerait à la phrase des catalogues épiscopaux. Dans ce cas, nous pourrions dire qu'il existait un monastère auxentien des Saints-Apôtres avec Léonce pour supérieur en 1190, mais rien de plus. Il ne nous serait même pas loisible d'affirmer trop haut que ce monastère s'élevait sur la colline auxentienne proprement dite, la désignation de mont Saint-Auxence pouvant englober à la rigueur autre chose que le Kaïch-Dagh actuel et s'étendre aux petits sommets voisins, ainsi que le donnerait facilement à penser le pluriel employé par Éphrem :

- RQ na]

L NULS ι Sr dre Λόφω αὐτῶν ἀγαγὼν Αὐξεντίου.

Quoi qu'il en soit de ces détails, le couvent relevé par Alexis Paléologue ne compta jamais Alexis Paléologue au nombre de ses moines, et M. M. Gédéon a eu tort de dire qu'il en alla peutêtre ainsi (1). Nous le prouverons sans peine, si nous parvenons à identifier notre Alexis, restaurateur du couvent auxentien et grand-père de Michel VII.

Michel ὙΠ], dans son Typikon, nous donne de précieux renseignements sur sa propre famille : il s’y déclare le fils du grand domestique Andronic et de Théodora Comnène, le petit-fils du grand-duc Alexis et d'Irène Comnène (2). Mais comment étaitil le petit-fils d’Alexis? Était-ce par son père Andronic? Étaitce par sa mère Théodora? Il suffit d'ouvrir les auteurs byzantins pour répondre. Muets sur les parents d'Andronic, ces auteurs affirment que la personne, jusqu'ici anonyme, qui devint la femme d'Andronic et la mère de Michel VIIT était née du mariage d'Alexis Paléologue avec Irène Comnène, fille ainée d’A-

(2) Turuxév, p. 44.

re

MONT SAINT-AUXENCE. 101

lexis ΠῚ (1). D'où il suit que la généalogie ascendante de ce Michel VII, si justement appelé Comnène et Diplopaléologue, doit être arrêtée comme il suit :

Comnènes Paléologues PDREMErEx) Alexis ΠῚ ne X | | Irène Alexis X =————,, — --.-- | Théodora Andronic --- --.--.-.- —— —

Michel VIII

On peut émettre, il est vrai, une petite objection. Tandis que l’Alexis Paléologue des historiens, beau-fils d’Alexis IIL, est présenté comme despote par plusieurs auteurs (2), l’Alexis Paléologue du Typikon, grand-père de Michel VIII, est simplement appelé grand-duc par son petit-fils (3). Cette différence de titre n’entraine-t-elle pas un dédoublement de personne? N'entraine-t-elle pas l'existence de deux Alexis Paléologue distincts, l’un despote, aïeul maternel de Michel VIII, l’autre grand-duc, aïeul paternel du même Michel et restaurateur du couvent auxentien? A cela, je réponds hardiment que non. Non pas que les deux Paléologues, grands-pères de Michel, n'aient pu s'appeler l’un et l’autre Alexis, mais comment supposer en même temps avec quelque vraisemblance qu'ils aient eu, tous les deux aussi, des femmes homonymes et de même famille? Voilà cependant ce qu'il faudrait admettre si l'on prétait l'oreille à l’objection, car la femme que l’histoire donne au despote Alexis avait nom Irène Comnène et c’est au nom d’Irène

(1) Nicépu. GRÉGORAS, Byzantina historia, II, 2, Micxe, P. G., τ. CXLVII, col. 197; G. ParanrzÈs, Chronicon majus, IL. 1, Micxe, P. G., τ. CLVI, col. 641 et 642.

(2) G. AcropouiTe, Annales, Ὁ, Micxe, P. G., τ. CXL, col. 989; Νισέρη. GRÉGORAS, op. el loc. cil.; (ἃ. Ῥηκαντζὴβ, op. cit., col. 04].

(3) Sur les titres de despote et de grand-duc où megaduc, voir (ἃ. SCHLUMBER= Ger, Sigillographie, p.354 et 494. On dira peut-être qu'ici μέγας δούξ est une désignation vague signifiant grand chef mililaire, point du tout un titre strict; mais la chose me parait très difficile, car Michel VIII, parlant par deux fois de son grand-père, l'appelle officiellement μέγας 8005 les deux fois.

102 MONT SAINT-AUXENCE.

Comnène que répondait, nous déclare Michel VIII (1), la femme du grand-duc Alexis. Il reste donc certain que le restaurateur du monastère auxentien s'identifie avec le gendre d’Alexis ΠῚ.

Cela étant, nous ne pouvons en faire un moine du mont Saint- Auxence. Marié à la fille aînée d'Alexis ΠῚ, Alexis Paléologue était promis à l'empire depuis le jour de ses noces. S'il ne régna point, c'est qu'il mourut de bonne heure, bien avant sa femme, avant même la prise de Constantinople par les Latins. Ainsi parlent d'un commun accord les historiens (2). Ils tiendraient sans doute un autre langage sur la ruine des projets dynastiques d’Alexis ΠῚ, si son héritier présomptif avait renoncé de lui-même à la couronne pour s’en aller porter le froc sur le mont Saint-Auxence.

Que, maintenant, Alexis Paléologue soit mort sous la robe du moine, cela est vrai; mais, en fait, toute sa vie religieuse tint dans les dernières heures de son agonie. Malade, sûr de ne point guérir, il agit comme il était d'usage d'agir à cette époque dans son monde : il se fit passer l'habit monastique, échangea son nom contre celui d'Antoine (3) et rendit le dernier soupir. Ainsi devait se comporter aussi, en 1247, à Thessalonique, le mari de sa fille unique. Surpris par une maladie mortelle à la tête d’un grand commandement militaire dans la Macédoine, cet autre Paléologue voulut remplacer les brillants insignes de sa dignité par la robe noire (4) et son nom mondain d'Andronic par le nom monastique d'Arsène (5). Pareille profession religieuse in extremis exclut tout séjour dans le cloître. Alexis Paléologue n'a donc point vécu en caloyer sur notre colline.

Tandis que ce grand-duc expirait loin du mont Saint-Auxence, un certain Théodose Sarpeiotès y maintenait vivantes les anciennes traditions de la vie solitaire. Ce reclus, d’après M. M. Gédéon, aurait vécu là μιχρῷ μετὰ τὰ μέσα τοῦ IB’ αἰῶνος (6), peu après le milieu du xu° siècle. Cette donnée chronologique nous conduit juste à l’époque où fleurissait dans l’ascèse le Théo-

(1) Τυπιχόν, loc. cil.

(2) ᾿Ανωνύμου σύνοψι:ς χρονιχή dans C. Saraas, ὁ}. cil., t. VII, p. 450; ἃ. Acro- POLITE, 0p. et loc. cit.; NicÉPH. GRÉGORAS, 0p. et loc. cit.; ἃ. PHRANTzÈS, 0p. et loc. cit.

(3) Τυπιχόν, loc. cit.

(5) Τυπιχόν, loc. cil.

dose que nous avons vu monter sur le trône patriarcal en 1178. Les deux Théodose n’en feraient-ils qu'un? Gardez-vous de le croire, car l'indication de M. M. Gédéon est erronée. En fait, le document qui nous signale Théodose le reclus est postérieur à 1193. C’est la troisième des réponses adressées par Théodore Balsamon à des moines fixés dans les alentours de Constantinople. A la fin de cette troisième réponse, qui roule sur le jeûne du mois d'août, le canoniste renvoie ses lecteurs à une lettre de lui précédemment écrite sur le même sujet πρὸς τὸν ἐν τῷ βουνῷ τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου ἔγχλειστον τιμιώτατον μοναχὸν χυρὸν Θεοδόσιον τὸν Σιαρπειώτην (]). “Cette lettre, son auteur déclare l'avoir également écrite πρὸς τοὺς ἐν τῷ θρόνῳ τῆς μεγάλης ᾿Δντιοχείας χληριχοὺς χαὶ λοιπούς (2). Or, Balsamon ne pouvait guère écrire ainsi à l'Église d'Antioche qu'après sa nomination au patriareat de cette ville, nomination qui eut lieu seulement en 1193. Mentionné comme simple moine reclus dans un document si tardif, Théodose Sarpeiotès refuse de se laisser confondre avec le Théodose devenu patriarche œæcuménique dès

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