IX. — LE MONT SAINT-AUXENCE AU XIII® SIÈCLE
En 1203, quand la flotte vénitienne arriva dans les eaux de la Propontide, et en 1204, quand l'empire byzantin s’effondra sous les coups des Occidentaux, le mont Saint-Auxence comptait parmi les colonies monastiques les plus considérables de l'Orient. Après avoir vu naguère un de ses higoumènes monter sur le siège patriarcal de Constantinople, un de ses couvents refleurir par les soins du grand-duc Alexis, un de ses reclus traiter de questions canoniques avec Théodore Balsamon, la fameuse colline ne pouvait que continuer à jouer son rôle au xu1° siècle. Et, de fait, elle resta sous les Latins et les premiers Paléologues ce qu'elle était sous les Anges, un foyer de vie ecclésiastique très intense, un rendez-vous monastique très fréquenté.
Aux premiers jours de l'occupation franque nous voyons les Auxentiens marcher à la tête de la réaction antilatine et orga-
(1) Μάνα, P. G., t. CXXXVIIT, col. 942. (2) Col. 943 et 944.
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niser la résistance contre la hiérarchie nouvellement installée par les conquérants. Of χατὰ τὴν Προποντίδα χαὶ τὸν τοῦ ἁγίου Αὐξεντίου βουνὸν μοναχοί, tels sont les contradicteurs acharnés que trouvent devant eux, le 29 septembre 1206, Benoit de Sainte-Suzanne, cardinal légat d'Innocent If, et Thomas Morosini, patriarche latin de Constantinople (1). Les deux prélats ont cité ces moines pour leur reprocher la conduite qu'ils tiennent vis-à-vis des nouvelles autorités ecclésiastiques, mais les inculpés, ne se laissant point intimider pour si peu, ripostent. Une discussion aussitôt s'ensuit entre le cardinal Benoît, président, et Mésaritès, porte-paroles des caloyers, une discussion très vive où se heurtent toutes les opinions contraires de Rome et de Byzance sur la juridiction du pape hors de l'Occident, sur la qualité apostolique de saint Jacques de Jérusalem, sur l'épiscopat romain de saint Pierre, sur la source du pouvoir dans l'Église.
Le compte rendu grec de ce débat fut rédigé par Mésaritès en personne. Ce moine était-il auxentien? A défaut de toute donnée précise sur son compte, on ne peut dire qu'il vivait au mont Saint-Auxence plutôt que sur tel autre point de Constantinople ou de sa banlieue. On peut supposer par contre que son lieu d'origine, que le berceau de sa famille était quelque village appelé Μεσάρι. Car, bien qu'un illustre géographe, étendant un peu trop des conclusions par ailleurs très justes, ait paru dire, voici dix ans, que toutes les localités de ce nom ou de nom approchant sont postérieures à l'occupation vénéto-franque (2), on ne voit pas bien pourquoi un mot si grec ne se trouverait pas dans la toponymie byzantine d'avant 1204.
Quoi qu'il en soit, durant la seconde moitié du xrr° siècle, les Mésaritès étaient une famille de fonctionnaires impériaux. Un Constantin Mésaritès assistait le Ὁ mars 1166 à la troisième session du concile sur le πατήρ pou μείζων μού ἐστιν, et les actes le présentent comme curopalate, juge du Vélum et préposé à
(1) Sur les controverses que ces deux prélats eurent à soutenir on consultera, si l’on parvient à mettre la main dessus, le travail de Ms Arsène intitulé : Nikolaïa Gidruntskago (Otrantskago), igumena gretcheskago monastuiria v Kazulakh, tri zanist o sobesiédovaniiakh grekov s lalinianami no novodu raznoléi v viérié à obuilchaïakh tserkovnuikh. Novgorod, 1896, 76 pages.
(2) A. MéLrarakÈs, Μεσσαριά, dans le Δελτίον τῆς ἱστοριχῆς καὶ ἐθνολογιχῆς ἑταιρίας τῆς: Ἑλλάδος, t. IV, p. 422-474.
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l'hippodrome (1). Un Théodore Mésaritès, proche parent du précédent, peut-être son fils, florissait à la même époque. Simple secrétaire impérial, il épousa un jour la fille du sébaste Bryennios et se crut devenu du coup, non sans raison, personnage de haute volée. L'empereur, malheureusement, s’occupa de l'affaire : il déclara le mariage nul comme contracté à son insu et punit sévèrement les deux amoureux. D'après du Cange (2), l'empereur en question serait Manuel Comnène. En fait, comme Théodore Balsamon de qui nous tenons la chose écrit ὁ χραταιὸς nat ἅγιος ἡμῶν βασιλεύς (3), si ce n’est Manuel I”, c'est l’un de ses successeurs immédiats. En tout état de cause nous touchons d'assez près à 1206. Dès lors, une question se pose : le moine Mésaritès de notre procès-verbal ne serait-il pas le Théodore Mésaritès de Balsamon ? Le grand rôle que notre moine joue dans la conférence nous défend de le considérer comme un homme du commun. Le soin qu'il prend d'en rédiger le compte rendu nous rappelle tout de suite l'ancien secrétaire. Dans ces conditions, et le mariage manqué dont parle Balsamon n'ayant point précédé 1206 d'un nombre d’années trop considérable, il est bien permis, semble-t-il, de proposer à titre de simple hypothèse l'identification des deux Mésaritès. Puni par l'empereur, l'époux trop audacieux de la fille de Bryennios aura été relégué dans un cloître et c'est là que seront venus le trouver, pas nécessairement vieux encore, les événements de 1206.
L'œuvre du moine, quel qu'il soit, ne nous est point parvenue entière. J'en ai pu du moins copier à l'Athos la partie sauvée par le codex 382 du couvent des Ibères (4). Ce fragment sur la controverse du 29 septembre 1206 est très certainement identique à celui, de même nature, de même provenance et de même étendue, que M Arsène ἃ publié naguère (5),
(1) Micxe, P. G.,t. CXL, col. 254.
(2) Familiae Augustae, édit. Venise, p. 148.
(3) Δι epist. S: Basilii canon. II, can. 41, Miexe, P. G.,t. CXXX VII, col. 718.
(4) S. Lawsros, Catalogue of the greek manuscripts on mount Athos, t. 11, p. 116. D’après cet auteur le procès-verbal aurait été rédigé παρὰ τοῦ Μεσαρίον. Là, en effet, fol. 720°, le codex porte bien Μεσαρίου ; mais la forme vraie, Νεσαρίτου, se lit dans le corps de la pièce, fol. 7215.
(2) Aux pages 4-6 de la brochure signalée plus haut. Je ne connais cette édition que par le Vizantiskij Vremennik, t. IV, p. 244, et la Byzantinische Zeitschrift, t. NI, p. 624.
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à Novgorod, d'après un manuscrit de Moscou, comme relatif à une controverse de 1207 (1). Il ne remplit que deux feuillets, assez pour nous donner une idée des scènes provoquées par l'établissement de la hiérarchie latine en Orient, pas assez pour satisfaire notre curiosité jusqu’au bout. Dire, dans ces conditions, quelle fut l'issue de la conférence, quel le dernier mot des auxentiens et de leurs confrères, nous est impossible; mais il y a tout lieu de croire, étant donné la tournure prise par la discussion, que les deux parties adverses furent loin d'en sortir d'accord.
Une cinquantaine d'années plus tard, le mont Saint-Auxence nous apparait encore entouré de tout son éclat. Comme la sainte montagne athonite, comme le désert de Juda et les rives du Jourdain, comme les sommets ou les pentes du Latros et du Galésios, il attire de partout les moines errants et, comme eux, il se trouve habité, nous dit un hagiographe anonyme (2), mohhoïs at θεσπεσίοις ἀνδράσιν. Au premier rang de ces gloires auxentiennes le pieux auteur cite Élie, Nil l'Italien et Athanase Lependrénos : Ἡλίας ἐχεῖνος χαὶ Νεῖλος ὁ ᾿Ιταλὸς χαὶ ὁ Λεπεντρηνὸς ᾿Αθανάσιος.
D'Élie, alors illustre, nous dirons ici que Grégoire Palamas le range parmi les modèles les plus parfaits de l'hésychasme (3), mais, cela dit, nous n'en dirons pas davantage, et pour cause, la célébrité du personnage n'ayant jamais rayonné, que je sache, en dehors du monde palamiste et des deux textes qui nous révèlent son existence.
Le mème silence s'impose et pour la même raison touchant Nil l'Italien. Après l'hagiographe anonyme, Grégoire Palamas est le seul, je crois, à le mentionner (4). Il le mentionne aussi comme hésychaste et il le mentionne, cela va de soi, avec les
(1) L'archimandrite Vladimir (Sistematilcheskoe opisanie rukopiséi Moskovskoï sinodalnoï biblioteki, part. I, Moscou, 1894, p. 591 et 592) nous apprend que ce manuscrit, propriété ou copie d'un moine τῶν Ἰδήρων, porte comme nom d’auteur de notre fragment : Mecapitov, et comme date : μηνὶ Σεπτ. x”, ivô. t, avec, en marge : ἔτους “Ψιε΄. Mais l’archimandrite Vladimir s’est trompé en ajoutant : 6715 — 1207, et Ms Arsène a commis la même erreur. Le 99 septembre de l’indiction X et de l’année mondaine 6715 appartient à 1206.
(2) Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome, τ. XNII, Ρ- 9].
(3) De hesychastis, Micxe, P. G., t. CL, col. 1116.
(4) Op. et loc. cit.
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plus grands éloges, le représentant comme un digne émule du grand saint Nil : Νεῖλον ἐχεῖνον τὸν ἐξ ᾿Ιταλῶν, τὸν τοῦ μεγάλου ζηλωτὴν Νείλου. Mais peut-être, bien que si fort prisé de Palamas, Nil l'Italien se confond-il avec Nil de Sicile, ce faux moine, dit Georges Pachymère (1), qui fut si funeste à l'Orient en y propageant une nouvelle théorie de l’'aumône. Sa doctrine consistait au juste à prêcher le discernement et la circonspection dans l'exercice de la charité chrétienne. Si vous donnez à qui n'est pas dans le besoin, criait-il aux riches, votre générosité n'a rien d'une bonne œuvre et votre action reste sans mérite devant Dieu. Avec cela, le Sicilien n'eut pas de peine à faire école parmi les moines. Quelques-uns de ses disciples s'insinuèrent fort avant dans les bonnes grâces du despote Jean, fils de Michel VIT, et l'historien des premiers Paléologues nous les montre encore à côté de lui, en 1264, cherchant à tarir et parvenant à réduire le flot de ses largesses (2). Et voilà une sourdine à la sainteté de Jean l'Italien, si l’on admet son identité avec le doctrinaire de Sicile.
Quant à Athanase Lependrénos, sans remplir l'histoire de son nom, il y ἃ du moins laissé plusieurs traces de son passage ici-bas. Il figure à la suite d'Élie et de Nil dans le livre d’or de l'hésychasme et Grégoire Palamas lui attribue le charisme prophétique (3). De plus, on le rencontre chez deux écrivains antérieurs. Georges Pachymère lui fait une place à part dans la querelle des Arsénistes et des Joséphistes. C’était un des anciens zélotes, et des grands, écrit-il de lui (4) à propos des conférences qui se tinrent à Adramyttium du 19 février au 8 avril 1284. Et plus loin (5), il le présente de nouveau comme un des chefs arsénistes les plus marquants. D'autre part, le patriarche Grégoire de Chypre compta le moine Athanase Lependrénos au nombre de ses correspondants : il lui adressa deux lettres encore inédites (6), chose d'autant plus regrettable que
la première commence par ces mots : ’Exi τὸ ὄρος τὸ θαυμαστὸν
(1) De Michaele Palaeologo, πα, 21, Micxe, P. G., τ. ΟΧΊΜΠ,, col. 06].
(2) ἃ. PACHYMÈRE, 0p. cit., col. 002.
(3) Op. et loc. cit. Mais peut-être s’agit-il ici de quelque autre Athanase. (Ὁ) De Andronico Palaeoloyo, τ, 21, Micxe, P. G., τ. CXLIV, col. 68.
(5) Op. cit., 22, col. 78.
(6) Lettres 147 et 148, Μιανε, PL. G., t. CXLII, p. 430.
σπεύξϑοντά σε, Où l'on voudrait pouvoir espérer que se cache notre mont Saint-Auxence.
Tandis que les trois moines Élie, Nil l'Italien et Athanase Lependrénos habitaient la colline auxentienne, celle-ci reçut la visite d'un autre Athanase, futur patriarche de Constantinople. La Vie de ce dernier, écrite par un contemporain, a récemment trouvé un éditeur en la personne du ἢ. P. H. Delehaye (1), et c'est à elle que nous devons de connaître la présence là, vers le milieu du xu1° siècle, des trois personnages qui viennent de nous retenir un instant. Pourquoi faut-il que ce document ne s'arrête pas davantage sur le mont Saint-Auxence? En dehors de ce que nous avons déjà relevé, il se borne à dire que le séjour d'Athanase, auprès d'Élie, de Nilet de Lependrénos, y fut de très courte durée (2). A ce moment-là, d'ailleurs, Athanase était tout jeune encore, point célèbre; il ne devait occuper le siège patriarcal qu'une quarantaine d'années plus tard, du 14 octobre 1289 au 16 octobre 1293 et du 18 janvier 1304 à mars 1311 (3). L'Église grecque célèbre sa fête le 28 octobre. Autrefois, elle la célébrait en plusieurs lieux le 22 du même mois, ainsi qu'en témoignent un certain nombre d'anciens manuscrits liturgiques.
Après le patriarche Athanase, le premier auxentien que nous rencontrions figure également au catalogue des saints de l'Église orientale : c'est Mélèce le Galésiote honoré tantôt le 19 et tantôt le 2] janvier. Sa Vie, écrite par Macaire Khrysokephalos de Philadelphie, a paru, habillée en grec plus simple, dans le Νέον ἐχλόγιον de Nicodème l'Hagiorite. De là, elle a passé dans le Synaxariste de K. Doukakis (4), d'après lequel je la citerai. Est-ce l'écrit de Macaire Khrysokephalos qui se lit dans tel codex de Démotika, en Thrace? Ce codex de 168 folios contient l’office complet, la Vie et les œuvres de Mélèce. ME Philarète Ba-
(1) Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome, τ. XNII (1897), p. 39-79.
(2) Op. cit., p. 51.
(3) Les dates du second patriarcat d'Athanase varient un peu avec chaque auteur. Pour ne citer que les plus récents, M. M. Gédéon, Πατριαρχιχοὶ πίναχες, p. 404, et Βυζαντινὸν ἑορτολόγιον, p. 183, lui assigne les années 1303-1311; le R. P. H. DELEHAYE, ὁ}. cit., p. 68, note, en fixe la fin vers le mois d'août 1310.
(4) Janvier, p. 381-396.
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pheidès vient d'en donner une description assez détaillée (1), qui permet de corriger sur plus d’un point la paraphrase de Nicodème.
Les origines de Mélèce nous intéressent peu. De même ses premiers voyages. Nous n'irons donc pas le chercher dans sa patrie, qui était riveraine du Pont-Euxin, ni sous son nom mondain de Michel. Nous ne le suivrons pas non plus en Palestine, qu'il parcourut en pèlerin, ni au mont Sinaï, où il devint moine, ni dans les villes de Jérusalem, Alexandrie et Damas, qui le reçurent successivement, ni dans les centres monastiques du Latros et du Galésios, qui l’abritèrent de longues années. Prenons-le simplement à Constantinople où l’a attiré l'appel de Dieu, dit le biographe, peut-être aussi, ajouterons-nous, la haute fortune de Joseph, cet higoumène galésiote devenu patriarche œcuménique le 28 décembre 1266 (2). Dans la capitale, Mélèce ne tarda pas à se fatiguer des trop nombreuses visites faites à son humble etcalme personne. Aussi, désireux desilence, ἀνεχώρησεν ἀπὸ τὴν Kuvozavriveürohwy nat ἐπῆγεν εἰς τὸ βουνὸν τὸ χαλούμενον τοῦ μεγάλου Αὐξεντίου (3). Il trouva là une sorte de petite grotte naturelle, étroite et déserte, il y entra et s'y établit ermite. Mais tandis que l’anachorète vivait sur la colline, s’y tuant de jeùnes, de vigiles et de génuflexions, le maudit latinisme profitait de la faveur impériale pour étendre au loin ses ravages. Force fut à Mélèce de descendre dans l'arène et de le combattre. Il quitta donc sa retraite et se fit l'ardent apôtre de l'orthodoxie dans la Bithynie entière (4).
Entre temps lui vinrent des goûts de fondateur On le vit alors suspendre ses courses, réunir des disciples et bâtir un monastère Saint-André à l'entrée du golfe de Nicomédie, dans l'un des îlots qui regardent le moderne Touzla. Le couvent à
(1) Μελέτιος ὁ ὁμολογητὴς καὶ τὰ συγγράμματα αὐτοῦ χατὰ τὸν ἐν τῇ μητροπόλει Διδυμοτείχου σωζόμενον χώδιχα, dans 1᾽ Ἐχχλησιαστιχὴ ᾿Αλήθεια, t. ΧΧΤΠ (1905), p. 28-32 et 93-06.
(2) Et non 1267, comme l’affirment, après tant d’autres, Muralt, Essai de chronographie byzantine, p. 417, et M. Gédéon, Πατριαρχιχοὶ πίναχες, p. 393, caleulant de travers l'indication de Pachymère : μηνὸς σχιροφοριῶνος εἰχοστῇ ὀγδόῃ τῆς δεχάτης ἐπινεμήσεως τοῦ ςψοε΄ ἔτους. De Michaele Palueologo, 1v, 23, MiGxe, P. G.,t. CXLIII, col. 793.
(3) Macaire, 0p. cit., p. 387. Cf. Pn. BAPHEIDES, 0}. cit., p. 38.
(4) MaCAIRE, ορ. cil., p. 389.
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peine achevé, Mélèce éprouva le besoin de fuir encore une fois devant le flot importun des visiteurs. Il était sur le point de retourner dans son vieil ermitage auxentien, lorsque saint Auxence lui apparut en plein midi pour lui dire : « Ce que tu as fait mérite une récompense; ta récompense sera la même que celle du saint martyr Étienne le Jeune. » Et de fait, ajoute l'hagiographe, l'heure allait sonner pour Mélèce de confesser la foi comme l'avait confessée l’ermite iconophile (1).
Mélèce confessa la foi, vous le devinez, en face des latinisants et des Latins (2). Une démarche hardie, qu'il fit auprès de Michel Paléologue après la déposition de Joseph et l'élection de Jean Veccos, fut le signal de ses malheurs. Déporté à Skyros, il y vécut quelque temps en exil. Envoyé à Rome, il y languit sept ans dans un cachot papal. Renvoyé à Skyros, il y regoûta de la prison. Ramené à Constantinople, il y subit mille tourments. Et Dieu, paraït-ii, récompensa tant d'héroïsme. Lorsque Mélèce eut perdu la langue sous le fer du bourreau, un miracle fit que Mélèce continua de parler comme devant, mieux que devant même.
Tel est le récit de la métaphrase. Mais la Vie de Démotika et les œuvres mêmes du Galésiote fournissent des données plus précises. Mélèce eut à subir en tout sept années de persécution (3). Compromis à la suite de l'élection de Veccos (26 mai 1275), il fut exilé à Skyros en 1276. Trainé à Rome par les ambassadeurs de Michel VIT, il y fut retenu deux ans (4), de 1279 à 1281. Ramené à Skyros, puis à Constantinople, il y perdit la langue en 1281 ou 1282. Gardé dans un cachot de la capitale, il en sortit peu après l'avènement d'Andronic I, très probablement en janvier 1283.
ο΄ Dès lors, cet auxentien de passage jouit d'une grande considération. II mourut âgé de soixante-dix-sept ans (5), après trois ans de maladie. Ce fut en janvier 1286, s’il est vrai, comme le dit M: Bapheidès, que le biographe place les débuts de la maladie tout de suite après la sortie de prison,
(1) MACAIRE, 0p. cil., p. 990.
(2) MacaIRE, 0p. cil., p. 390-395.
(3) Pa. BaPHEIDËS, 0p. cil., p. 29.
(4) Ibid.
(Ὁ) 1bid.
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Aux premières années d'Andronic IT, tandis que Mélèce disparaissait, les lieux sanctifiés par Auxence, Bendidianos, Étienne et tant d'autres offraient asile à un moine de très médiocre vertu. C'était un certain Théodose dont nous devons à M. M. Treu de connaître l'existence (1). M. Treu a rencontré ce Théodose dans la 186° lettre de Théodore Mouzalon, lequel écrit à son sujet : μετέστησεν Ex τῶν Αὐξεντίου βουνῶν nai τῆς ἐν ἀυτοῖς τρυφῆς nai ne. ἣν χαὶ δαψιλῇ al πλουσίαν τούτῳ χαρίζεται ὁ τῆς σεμνοτάτης χαὶ ὀλθιωτάτης ἐξηγούμενος λαύρας. Adressée au patriarche Grégoire de Chypre qui monta sur le trône æcuménique en 1283, cette lettre est postérieure à la mort de Michel VIII, postérieure aussi par conséquent à la restauration de son monastère auxentien de Saint-Michel Archange. Et c'est, à n’en pas douter, le couvent Saint-Michel qu'il faut reconnaître dans la frès vénérable et très riche laure dont l'higoumène subvenait si largement aux besoins matériels de Théodose. Ce couvent, comme nous le verrons plus tard, tenait de son impérial bienfaiteur les revenus nécessaires à l'entretien d’un certain nombre d’hésychastes. Le Théodose que mentionne Mouzalon aura été pendant quelque temps l’un de ces ermites privilégiés.
Convient-il d'émettre la même opinion au sujet de cet autre auxentien que fut Nicodème, premier père spirituel de Grégoire Palamas? Le patriarche Philothée, panégyriste de Palamas, raconte que son héros, jeune encore, πὰρ
; SE PARLER γενόμενος λαύρᾳ Νιχοδήμῳ φοιτᾷ τῷ a ἀνδρὶ θαυμαστῷ χατά τε oo. χαὶ θεωρίαν, ὡς οἱ τὸν "Ἄθω παροιχοῦντες πλὴν ὀλίγων ἴσασι πάν-
τες, χατὰ μὲν τὸν Αὐξεντίου ni ὃς ἀπαντι; χρὺ πα τὰ υ πρὸς ἀνατολὰς ἐν Χρυσο UTONEL :
ρον πᾶσαν ἀρετῆς ὃ on peut affirmer sans τς que odnes a lente τς vécu une partie de sa vie au mont Saint-Auxence. Et comme en sa personne nous apparaît un émule d'Élie, de Nil l'Italien et d’'Athanase Lependrénos, je veux dire un partisan très chaud de l’hésychasme, il est infiniment plus naturel de l’asseoir dans un réduit de solitaire que dans une cellule de cénobite. Malheureusement son séjour en Bithynie ne se prête pas aux
(1) Maximi monachi Planudis epistulae, p. 215. (2) Gregorii Palamae encomium, dans Micxe, P. G., τ. CLI, col. 566.
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précisions chronologiques. On sait qu’il mourut fort àgé vers le milieu de la première moitié du xiv° siècle après de longues années passées à Vatopedi; mais l'on ignore comment et dans quelles proportions exactes sa carrière monastique doit se partager entre le mont Saint-Auxence et le mont Athos. Il peut avoir débuté sur notre colline sous les Latins; il peut simplement y avoir vécu ou sous Michel VII ou sous Andronic 1], comme aussi sous l'un et l’autre de ces deux empereurs à la fois.
Nicodème est inscrit parmi les saints à la date du 11 juillet; mais son culte, d’ailleurs très pâle, ne paraît jamais être sorti du cercle athonite (1). Tout ce qui le concerne tient dans cette phrase : Ὁ ὅσιος Νικόδημος, ὁ ἐν τοῖς ὁρίοις ὌΝ τοῦ Βατοπεδίου ἱερᾶς μονῆς ἀσχήσας nai διδάσχαλος χρηματίσας τοῦ θείου T'onyopiou τοῦ 11αcompilateur du Synaxariste a cru devoir & jouter de son propre cru : 15 dans le corps du livre, ces deux vers iambiques :
AU “te 5 Ilüs ἀγέραστον χαταλίπω τοῖς λόγοις Τὸν Νιχόδημον ᾧ γέρας νῆψις νόου;
2 en note, ces deux lignes : Ὅρα εἰς τὴ ἐχτεθεῖσαν διδασχαλίαν περὶ νοερᾶς πρ ΠῚ (2).
Le compilateur du Synaxariste étant aussi le compilateur de la Philokalia, ce dernier renseignement pourrait avoir quelque valeur. Pourtant, j'ai l'ouvrage indiqué sous les yeux et je n'y découvre rien de Nicodème. J'y vois, par contre, une œuvre de Nicéphore, lequel fleurit, au dire de son éditeur, un peu avant
1340 et χαθηγητὴς χαὶ pe υσταγωγὸς TOY ὑψηλῶν τῇ ς ἀσχητιχῆὴς φιλοσοφίας
μαθημάτων ἐγένετο Γρηγορίου τοῦ Θεσσ es (3). Mais ce Nicéphore, fêté à l'Athos le 5 mai (4), ne se confond pas avec Nicodème. Nous savons, en effet, par Cantacuzène (5) que Grégoire Palamas eut au mont Athos deux maitres successifs : Nicodème fut le premier durant trois ans (6); Nicéphore dut être le
) Afonskij Paterik, Moscou, 1900, t. II, p. 83.
(2) Synaxariste, éd. de Zante, 1868, τ. II, p. 171.
(3) Φιλοκαλία τῶν ἱερῶν νηπτιχῶν, Venise, 1782, p. 867. Le petit traité lui-même occupe les pages 869-876. Migne a reproduit préface et traité dans sa P. G., τ. CXLVII, col. 943-966.
(4) Συναξαριστής, t. Il, p. 15; Afonskij Palerik, t.I, p. 384 et 385.
(9) ÆHistoriarum, Gb. 11, MiGxE, PL. G., t. CLII, col. 665.
(6) Pminornée, Gregorii Palamae encomium, col. 567.
de.
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second pendant huit ans (1). D'où il suit que Nicodème, s'il mérite de figurer au catalogue des saints, n'a du moins aucun titre à prendre rang parmi les auteurs ascétiques.
Le jour où ce tenant de l'hésychasme fit la mort bienheureuse dont nous parle Philothée le patriarche (2), plus de quarante années s'étaient déjà écoulées depuis que le couvent auxentien de Saint-Michel Archange avait trouvé un nouveau fondateur en la personne de Michel VIIT Paléologue.