‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 92 sur 195 · I. — LES FONDATIONS DE SAINT CHARITON · texte numérisé non relu

I. — LES FONDATIONS DE SAINT CHARITON

La première maison religieuse du désert palestinien, la maison mère, Si J'osais risquer cet anachronisme, est sans contredit la laure de Para. Les origines de cette laure n'ont pas encore dépouillé toute obscurité. Cela tient en partie à ce que le biographe anonyme et tardif de son fondateur, saint Chariton, n'avait pas de documents écrits à sa disposition. Même s'il n'avait pris lui-même la précaution de nous l'avouer naïvement à la fin de son travail (1), on l'aurait deviné sans peine à tous les traits légendaires dont il émaille son récit. L’explication qu'il en donne est des plus naturelles. Bien des années, bien des siècles peut-être, s'étaient écoulés depuis le moment où saint Chariton souffrit courageusement pour la foi, jusqu'au jour où ce disciple inconnu résolut d'offrir l'exemple de son père à notre imitation. Or, il ne faut pas oublier, remarque-t-il avec raison; que les chrétiens étaient peu nombreux en Palestine à l'arrivée du saint, et les solitaires encore moins. Eussent-ils songé à mettre par écrit les actions mémorables et les héroïques vertus du fondateur du monachisme, qu'ils n’en auraient guère trouvé le temps ou l’occasion. Les poursuites des païens, la haine native des Juifs et des Samaritains, les querelles ariennes et monophysites, qui bouleversèrent de fond en comble le sol de la Terre Sainte durant les 1v° et v° siècles, voilà tout autant de

(1) 4.S$., t. VII sept., n° 19, p. 581.

res

causes qui contraignaient les moines à gagner les solitudes les plus austères, les cavernes les plus isolées, pour y vivre séparés les uns des autres, sans aucune relation avec le monde, sans livres et, sans doute, presque sans vie intellectuelle. Dès lors, à qui s'adresser pour retrouver les vestiges de l’homme qui avait, le premier, implanté la vie des anges sur le sol de la Terre Promise et lui avait assuré une prospérité ininterrompue? A la tradition orale, dont les disciples du saint se présentaient comme les meilleurs garants. Eux, du moins, avaient sauvé du naufrage de l'oubli quelques parcelles historiques, enrichies et grossies de contes légendaires, et renoué de maître à disciple le fil brisé de la tradition. Voici ce que cette tradition lui apprit.

Sous le règne de Constantin le Grand, un pèlerin quittait Iconium, sa ville natale, pour se rendre à Jérusalem. T1 se nommait Chariton (1). Ses membres portaient encore les stigmates douloureux des supplices qu'il venait d'endurer pour le Christ pendant les persécutions. Au terme de son voyage, le pèlerin tomba entre les mains de voleurs, qui le dépouillèrent de son petit avoir, le lièrent et l'emmenèrent dans une grotte inaccessible, située à deux lieues environ de Jérusalem. Ces scélérats repartirent bientôt pour continuer leurs brigandages, laissant le pauvre voyageur, tout seul, enchaîné dans la grotte. A leur retour, ils se mirent à boire sans mesure d’un vin probablement empoisonné et moururent tous la nuit même dans d'’atroces souffrances.

Le prisonnier qu'on avait privé de sa fortune se trouvait ainsi par cette fin tragique le seul héritier de ses spoliateurs. Ne voulant pas faire tourner à son seul avantage des biens aussi mal acquis, il en distribua une partie aux pauvres, une autre

(1) Saint Chariton jouit encore d’un grand culte dans sa patrie. A une lieue de Konia, l'antique Iconium, à l'extrémité d’un vallon, est blotti Ag-Monaslir, le monastère blanc, dédié à saint Chariton et ainsi dénommé à cause des roches crayeuses qui l'entourent. Chaque année, on organise de Konia deux grands pélerinages au monastère blanc. Après avoir assisté aux offices, les pèlerins se réunissent autour d’une fontaine et y boivent avec piété l’eau, que saint Chariton aurait fait jaillir de la roche pour désaltérer la foule pendant une période de sécheresse. Le Grand-Tchélébi lui-même, le supérieur général des derviches tourneurs, se rend, une ou deux fois par an, à Saint-Chariton pour se retremper dans la ferveur (Missions des Augustins de l'Assomption, Paris, août 1901, p. 372). M. Franz Cumont a publié une très intéressante inscription byzantine de ce monastèredans la Bysantinische Zeitschrift, t. IV (1895), p. 99.

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aux solitaires qui se sanctifiaient sur les bords de la mer Morte, dans les grottes de Calamon, se réservant le reste pour se construire un ermitage dans la profondeur de la vallée. La caverne des voleurs devint une chapelle qu’on nommait la vieille église, lorsque l'hagiographe anonyme écrivait la vie de notre saint; elle servit d’oratoire pour les pieux fidèles qui étaient venus se ranger sous la discipline de Chariton et commencer l’apprentissage de la vie monastique.

Les bandes de rochers présentaient à des hauteurs inégales de petites cavités, faciles à agrandir, où les moines se retiraient pour vaquer à la contemplation. Une échelle permettait d'accéder à cet asile aérien. Là, dans sa cellule suspendue, lesolitaire, seul à seul avec Dieu et avec sa conscience, tressait des nattes et des corbeilles, chantait les psaumes aux heures prescrites et ne descendait que le samedi et le dimanche pour participer aux saints mystères. Bientôt, l'édit de Constantin délivrait la Palestine et le monde romain de la persécution de Licinius; dorénavant, l'heure de la délivrance avait sonné pour le christianisme, qui prenait sa place au soleil de la liberté. Comme la grotte devenait par trop étroite, l'higoumène construisit une église plus vaste, que l'évêque de Jérusalem, saint Macaire, vint consacrer vers l’année 330. La laure de Pharan se trouvait définitivement établie et devait obtenir dans la suite une célèbre renommée.

Sans mentionner toutes les légendes (1) que raconte le biographe de saint Chariton et que j'ai, à dessein, passées sous silence, Cyrille de Scythopolis, au vi‘ siècle, attribue la fondation de Pharan à notre saint. J'ai lu même quelque part, mais je n’ai pu retrouver la citation, qu'il rattachait celui-ci à la vie monastique d'Égypte. Si ce renseignement était exact, il s'ensuivrait que saint Chariton serait un disciple de saint Antoine, tout comme, à la même époque, saint Hilarion de Gaza. De la sorte, le monachisme de Palestine serait uni d'une manière très étroite au monachisme d'Égypte; il aurait, comme lui, la

(1) Simon Gioras, le chef principal des zélotes révoltés contre l'autorité romaine, 69 et 70 après J.-C., cachait ses troupes et ses trésors dans les grottes de Pharan qu'il avait creusées en grande partie, et se ruait de là avec sa bande à l'assaut des paisibles habitants (Josèphe, Antig. jud,, IV, 1x, 4). Ce fait historique a pu don ner lieu à la légende des.brigands, qui emprisonnent saint Chariton,

même origine historique et, comme lui aussi, le même initiateur, saint Antoine.

Le Ouady-Farah (1) garde de nos jours le nom et le souve-

(1) Qu'on me permette de résumer brièvement en note ce que nous connaissons de l'histoire de Pharan. On verra que tous nos renseignements se réduisent à quelques maigres notices puisées dans les documents hagiographiques de l'époque et que, si la laure paraît être encore debout à la fin du vr siècle, il n’est pas du tout certain qu’elle ait survécu aux invasions qui désolèrent la première moitié du siècle suivant. Un siècle après saint Chariton, Pharan comptait parmi ses solitaires un des plus illustres pères de la vie monastique, saint Euthyme, que les Grecs ont surnommé le Grand et aussi le {héophore ou porte-Dieu. Celuici se lia d'amitié avec son voisin de cellule, Théoctiste, et, chaque année, aux approches du carème, il allait avec lui dans le désert de Coutila se préparer par une retraite plus rigoureuse aux fêtes de Paques. Euthyme resta cinq ans, 406- 411, à notre laure, avant de se fixer dans la gorge sauvage, qui devait voir bientôt s'élever le monastère de saint Théoctiste (Vita s. Euthymii, n°° 10-12, 14, 19, 119, 120 et 154). Cyrille de Scythopolis parle de la laure comme existant encore, au moment où il écrivait la vie de saint Euthyme (Op. cil., n° 154), c’est-à-dire dans les premiers mois de 557. Peu après, 564, Pharan avait pour higoumène le moine Grégoire (Praltum spiriluale, cap. 139), qui devint ensuite supérieur du monastère du Sinaï, défendit ce couvent contre les pillards arabes et reçut en récompense, 570, la chaire patriarcale d’Antioche.

Jean Mosch, qui passa dix années complètes à Pharan (Pralum spirituale, cap. 40), nous a laissé sur quelques-uns de ses moines des traits édifiants, venus par le canal des anciens ou qu'il avait vus de ses propres yeux. C’est l'abbé Cosmas, vieillard et rude défenseur de la foi, qui, du tombeau où il était enseveli à côté d’un évêque à l’orthodoxie douteuse, criait à son voisin : « Ne me touche pas, hérétique ! N'approche pas de moi, ennemi de la sainte Église! » (Op. cit, cap. 40). C’est l'abbé Paul, austère et silencieux, qui jouissait du don des larmes et pleurait avec tant de consolation que Jean Mosch ne vit jamais rien de pareil (Op. cil., cap. 41). C’est l'abbé Auxanon, dont l’abstinence était telle qu'un seul petit pain d’autel suffisait à sa nourriture durant quatre jours, parfois durant une semaine entière (Op. cit., cap. 42). Quant à l’époque du séjour de Jean Mosch, les divers renseignements qu'il nous a livrés sur ces trois ou quatre religieux permettent de la fixer d’une manière assez précise. En effet, d’une part, il se lia d'amitié à Pharan avec Auxanon, ex-syncelle du patriarche Grégoire d'Antioche, par conséquent après 970, date initiale du patriarcat de celui-ci; d'autre part, il connut dans la même laure le moine Cosmas, mort depuis à Antioche sous le patriarche Grégoire, donc avant l’année 593, date finale du patriarcat de celuiei. Ainsi mis en relation, ces deux faits, qui, pris séparément, ne prouveraient rien, aboutissent à la conclusion que Jean Mosch habitait Pharan sous le patriarcat de Grégoire d’Antioche. Comme le patriarcat de Grégoire s'étend de l'année 570 à l’année 593, il est assez difficile d’enfermer entre deux dates définitives le séjour de dix ans que fit Jean Mosch dans cette laure. On peut néanmoins supposer que ce séjour est antérieur au voyage qu'entreprit en Égypte ce marcheur infatigable vers l'année 578 ou 579 (Op. cit., cap. 112 et Bibliotheca Photii, codex 199), car, à ce moment, Jean Mosch parait avoir quitté définitivement la Palestine. La première ou la seconde année du règne de Tibère If, 578 ou 579, marquerait donc la fin de ce séjour, tandis que le début en devrait être

ἥ "ὦ Ë τ Ù Le + | E 6 SAINT JEAN LE PALÉOLAURITE.

nir de l'antique laure. C’est une gorge étroite, resserrée entre deux bandes de rochers gris, d’une hauteur variant entre 60 et 100 mètres, et qui courent parallèlement du coûchant au levant. Une source limpide jaillit du roc et forme sur-le-champ un gros ruisseau, qui roule ses eaux pures à travers les pierres polies, les roseaux et les tamaris. Une cinquantaine de grottes, en partie naturelles, en partie creusées de main d'homme, se voient encore le long des roches, avec leur ouverture régulière, taillée en forme de porte et donnant sur la vallée. « On en voit à toutes les hauteurs. Quelques-unes sont inaccessibles : sans doute, le solitaire y arrivait par quelque corniche de rocher que le temps aura fait tomber. L'une des plus singulières parmi ces habitations se trouve sur la rive droite, à peu près en face de la source. Elle se compose de trois grandes pièces avec porte et fenêtres sur la vallée. » Elle est à trois ou quatre mètres du sol. On ne peut s’y introduire qu’en se hissant péniblement sur des pierres amoncelées et roulantes pour grimper à travers un trou rond, sorte de col d’entonnoir taillé dans la masse énorme du rocher. Je crois que cette grotte vaste et pittoresque nous représente la caverne des voleurs, où saint Chariton fut enfermé et qu'il convertit bientôt en église. ᾽

« Plusieurs belles citernes, en bon état de conservation, se voient au-dessous des cellules avec rigoles taillées dans le rocher pour y amener les eaux pluviales. Les moines qui les ont

fixé à l’année 568 ou 569. Par ailleurs, il n’est guere possible de remonter plus haut, car Grégoire, le futur patriarche, était encore higoumène de Pharan en 564 (Pratum spiriluale, cap. 139), et Jean Mosch, qui. parle de ce personnage à plusieurs reprises (Op. cit., cap. 40, 139 et 140), ne témoigne jamais l'y avoir connu personnellement.

Le séjour de Jean Mosch est le dernier fait historique, qui nous ait été conservé sur cette laure. Celle-ci dut survivre à l'invasion perse de 614, car on ne s'expliquerait pas que le Pré spirituel, lancé dans le public en 620 au plus tôt, ne mentionnàt pas sa destruction, si elle était alors un fait accompli. Le livre de Josué, xvur, 23, parle d’une bourgade du nom de Farah dans la tribu de Benjamin. Le Khirbet Tell e-Farah indique aujourd’hui la position de ce village. Le sommet de la colline est coupé en deux par une légère dépression centrale ; 1] est couvert de menus matériaux, vestiges d'habitations complètement rasées. En deux mots, Cyrille de Scythopolis indique la situation de ce misérable hameau : « C’est, dit-il, un village situé vers l'Orient, à dix stades de la laure de Pharan, et nommé lui aussi Pharan. Ce nom ne lui vient pas de la laure, c’est plutôt lui qui Τὰ donné à celle-ci » (Vitas. Euthymii, n° 154). I serait impossible d'être plus concis et plus précis,

SAINT JEAN LE PALÉOLAURITE, ἡ

construites avaient-ils seulement en vue de s'épargner la peine ou la distraction de descendre de leur cellule à la source puiser l’eau nécessaire à leurs besoins? Nous croyons plutôt qu'ils ont voulu entretenir un peu de verdure autour de leurs cellules et réserver les eaux de la source à l'irrigation de petits jardins établis dans la partie inférieure de la vallée, où ils faisaient croître quelques herbes, quelques légumes destinés à varier un veu leurs maigres repas. Les restes d’un aqueduc, construit en belles pierres au-dessous de la source et se prolongeant au loin dans la vallée, suggèrent du moins cette conjecture.

« Le plus intéressant est l'église de la laure. Les Pères Blancs sont parvenus à la découvrir au cours d’un récent congé. Elle est au centre de la région des grottes, le long d'un petit chemin, aujourd'hui interrompu en plusieurs passages, qui suit à peu près la base des rochers de la rive droite. Les fouilles ont mis à nu jusqu ici quelques assises de l’abside et des murailles en belles pierres, un pilastre en marbre blanc d'un singulier dessin, un pavé en marbre présentant un assemblage géomcétrique de carrés et d'hexagones allongés, les premiers noirs, les seconds blancs. Elle mesure, autant que nous avons pu nous en rendre compte, 13 mêtres de long sur 6" 50 de large. C’est incontestablement la nouvelle église de la laure construite par saint Chariton et consacrée par saint Macaire de Jérusalem. Plusieurs séminaristes travaillent avec ardeur à déblayer ses ruines, animés par l'espoir d'y retrouver le tombeau de saint Chariton et les restes d'autres vénérables solitaires.

« L'ancienne église ou chapelle, établie dans la caverne de voleurs où fut enfermé saint Chariton, n'a pas laissé de traces reconnaissables. On est tenté de la placer dans une belle grotte creusée en dôme, située cent pas plus haut sur le même sentier. Il nous parait plus vraisemblable qu'elle a disparu par la chute des gros rochers amoncelés près de l’église nouvelle (1).»

(1) Cette description minutieuse des ruines de la laure est empruntée au P. Michel Jullien, S. J., Une vallée des anciens solitaires de Palestine ; elle a paru dans les Missions catholiques et a été reproduite dans les Échos de Notre-Dame de France, τ IV (nov. 1896), p. 291-300; je puis en garantir la parfaite exactitude. Toutefois il me paraît préférable d'identifier l’ancienne église, bâtie par saint Chariton, avec la grotte dont j'ai parlé tout à l'heure. Quant au tombeau du saint, il est assurcément possible qu'on en ait remué les restes dans les fouilles commencées à la nouvelle église, mais ce serait perdre son temps et sa peine que de vouloir y re-

L'affluence nombreuse de disciples qui l'avaient suivi à Pharan, le bruit qui se faisait autour de son nom, ainsi que les mille soucis de sa charge, gènaient de plus en plus Chariton dans ses relations intimes avec Dieu; en conséquence, il confia la direction de sa laure au plus éprouvé de ses enfants et, libre désormais de toute sollicitude, se mit à la recherche d'un asile moins fréquenté. Il crut l'avoir trouvé aux approches de la vallée du Jourdain, non loin de Jéricho, sur les flanes d'une élévation assez raide, où s’étageaient toute une série de grottes naturelles ou creusées par la main des hommes, tout à fait propres à son plan de vie. Des miracles sans nombre, des bienfaits de toute nature manifestèrent bientôt aux habitants de Jéricho et des villages environnants la puissance surnaturelle de leur nouvel hôte et, sans tarder, des recrues vinrent se ranger sous l’obéissance du saint. Les grottes abondaïent le long des parois de la montagne; peu à peu, chacune trouva son locataire et des divers étages montait nuit et jour vers le ciel la prière incessante des religieux. Il est probable qu'il faut interpréter de la sorte les expressions vagues du biographe, qui semblerait attribuer à saint Chariton la construction d’un monastère; ἕτερον οἰχοδομεῖ nai ὧδε τῶν ἀρετῶν οἰχητήριον (1). Le saint ne fit pas un séjour bien prolongé dans cette résidence, car nous le retrouverons tantôt à la recherche de cette solitude, qui se dérobe à son étreinte dès qu'il parait la saisir.

L'hagiographe dessine ensuite rapidement l'histoire de cette laure nommée Douca, dont il nous retrace l'étymologie populaire. Après Chariton, il s'y établit sous la conduite de saint Elpide une florissante communauté. « Elpide aurait reçu le nom de δούξ (dux, chef d'armée), parce qu'il avait pris le commandement de la laure comme un dux, en la défendant contre les attaques des Juifs qui habitaient le village voisin de Noéron. »

trouver les restes mortels de Chariton. De bonne heure en effet, peut-être lors de la destruction de Pharan, le corps du fondateur fut transporté à la Vieille Laure et saint Théodore Studite l'y vénérait déjà vers l'année 817 (Migne, 2). G. t. XCIX, col. 1169).

(1) 4.88, t. VII sept., n° 11, p. 578.

Cette explication enfantine, résultant de nombreuses confusions, amène le sourire sur les lèvres et il est bien évident que l'écrivain ἃ pris une fois encore le Pirée pour un homme. 1] donne à saint Elpide en personne le nom déjà ancien de Douca que portait la montagne, quitte à l'expliquer par une de ces légendes naïves, dont les moines d'autrefois n'ont malheureusement pas gardé pour eux le secret.

Par bonheur, nous possédons le récit d’un témoin oculaire et nous pourrons avec ce document contrôler, et rectifier, au besoin, le dire de l’anonyme. Palladius, évêque d'Hélénopolis en Bithynie et ami fidèle de saint Jean Chrysostome, nous ἃ laissé l’Historia ad Lausum, dans laquelle il nous raconte avec un style sans apprêt les vertus et les actions mémorables des pères du désert qu'il avait connus. Lui-même avait embrassé vers l'an 386 la vie monastique dans une laure qu'il appelle Λουχᾶ, erreur de copiste très facile à corriger en Δουχᾶ. En effet, il s’agit bien toujours du même monastère, situé aux environs de Jéricho « ἐν τοῖς χατὰ Ἱεριχὼ σπηλαίοις ». Palladius rapporte qu'il avait connu un saint moine, nommé Elpide, originaire de la Cappadoce et qui se signalait par ses austérités entre tous les anachorètes de Douca. Il habitait une grotte sur le sommet de la montagne, à deux pas d’un gouffre béant, ne mangeait que le samedi et le dimanche et restait debout toute la nuit à chanter des psaumes. Un jour, durant la psalmodie, un scorpion le mordit au pied, sans que le saint manifestät par l’altération de ses traits ou le trouble de sa voix la douleur cuisante qu'il ressentait. Un autre jour, il plantait sur les bords du précipice un sarment desséché qui retrouvait en terre sa vieille sève et devenait une vigne considérable, au point de couvrir toute l’église de ses rameaux verdoyants.

Au retour de longues pérégrinations accomplies dans son pays natal et ailleurs, Palladius fut informé par les disciples de saint Elpide d’une dévotion de celui-ci, dont l'étrangeté nous surprend, même à une époque où l’on en rencontre de si bizarres. Debout dans sa cellule et le visage tourné vers l'Orient, ie saint s'était imposé la mortification de ne jamais tourner les yeux vers l'Occident et de ne jamais regarder du côté du soleil à partir de midi, bien que l’astre du jour appliquàt

d'aplomb ses rayons sur sa tête. Durant vingt-cinq ans, il persévéra dans ce genre de vie extraordinaire sans voir une seule fois le ciel de l'Occident et sans sortir de sa cellule. Cette vie de stylite-reclus s'accorde fort mal avec l'humeur guerrière que lui prètait tout à l'heure le biographe de saint Chariton. Une chose vraie pourtant, c'est que les disciples accouraient en foule auprès de saint Elpide, qui « présidait à tous les exercices de dévotion, comme la reine des abeilles aux travaux de ses subordonnées ». Parmi eux, se distinguaient deux frères selon la chair, Enèse et Eustathe, ainsi qu'un esclave nommé Sisinnius, issu de la Cappadoce (1).

Le nom de Saint-Elpide resta depuis attaché à la laure conjointement avec celui de Douca et nous voyons dans le Pré Sptrituel (2) un ermite du nom de Nicolas, qui avait sa cellule dans le torrent de Bethasimus, entre Saint-Elpide et le monastère des Étrangers aux alentours de Jéricho. Cependant la laure, privée de bonne heure de ses grands fondateurs, déclinait sensiblement; vers la fin du v° siècle, saint Sabas ny rencontrait plus qu'un vieil anachorète, seul au milieu des ruines depuis 38 ans et qui semblait attendre sa venue pour mourir. Lors de la prise de Jérusalem par les Perses, 014, les erottes étaient complètement abandonnées; ermites et cénobites de Khoziba s’y réfugièrent à l'envi pour échapper à la brutalité des envahisseurs. Au vin siècle, saint Étienne le Thaumaturge habita quelque temps les cavernes de Douca. Il y vint une seconde fois avec des religieux d’autres monastères, parmi lesquels son futur biographe Léonce, afin d'y jeûner quarante jours en l'honneur de saint Sabas. Le carème terminé, saint Étienne monta jusqu'au sommet, afin de jouir de la vue et de l’entretien d'un anachorète fameux, qui avait établi en haut sa résidence (3).

(L) Pazzanius, Hist. laus., cap. οἷν à ex, Migne, P. G., Ὁ XXXIW, col: J2HMet seq. Saint Elpide est vénéré le 9 septembre. Une ville porte son nom en Italie, dans la Marche d’Ancône, près de Lorette. Dès l’année 1512, on y possédait son corps et ceux de ses compagnons (4. S$.,t. I sept., p.378 et seq.).

(2) Migne, P. G., t. LXXXVII, cap. cuiv, col. 3021.

(3) 4. SS., t. III jul., n° 58, p. 52; n° 92, p. 540 et n° 139, p.559 Le nomade Douca où Doch est assez ancien; on le rencontre tout d’abord dans le premier livre des Machabées, cap. xvr, 11 à 18, comme désignant un petit fort, bàti par Ptolémée, fils d'Abob et gendre du grand prêtre Simon Machabée. C'est là que;

A peine la laure de Douca était-elle constituée et la discipline monastique s’y voyait-elle établie, que Chariton abandonnait sa erotte pour courir à la recherche d'un site plus retiré. Il s'enfonçait une journée entière dans les solitudes mornes du désert de Juda.et remarquait à l’est de Thécoa, à 14 stades environ de cette localité (2 kilomètres et demi), une gorge désolée, entourée de montagnes abruptes et lui offrant un asile inviolable. Peine inutile! le bruit de sa renommée avait pénétré partout, le désert aride allait de nouveau se couvrir de fleurs. Les habitants de Thécoa furent ses premières conquêtes, la vallée inhospitalière retentit bientôt des louanges de Dieu. Une troisième laure était fondée. On lui donna le nom syriaque de Souka ou Chouka, qui signifie couvent, tandis qu'on l'appelait de préférence en grec la Vieille Laure : διὰ ταῦτα nai ἑτέραν ἐχεῖσε χατα-

σχευάζει λαύραν ὃ θαυμαστὸς οὗτος Χαρίτων, ἥνπερ ἔνιοι μὲν τῇ σύρᾳ Δεῖν ΘΟ ΟΣ ΗΓ Ἔ ΤΣ à RE \ SUR Ὑλώττῃ Σιουχὰν ὀνομάζουσι, ἄλλοι δὲ χατὰ τὴν ᾿λλάδα φωνὴν [Παλαιὰν

La longue carrière de Chariton touchait à sa fin; son corps, alourdi par les années et par les privations de toutes sortes, demandait à la terre un repos momentané et son âme une demeure de gloire au ciel. Laissant donc la direction de la laure à l'un de ses disciples, il se retira dans une grotte, surnommée Crémaste à cause de sa position abrupte et de son ouverture

après un festin trop copieux, tomba victime d’un odieux guet-apens, Simon, le dernier survivant des grands Machabées, février 135 avant J.-C. Peu de temps après, Jean Hyrcan, fils de la victime, venait assiéger le traitre dans sa forteresse, afin de venger la mort de son père; mais une ruse de guerre permettait encore à Ptolémée d’éloigner ce redoutable péril (Josèphe, Antiqg. jud., NII, vin, 1. et De bello jud., I, 2, 3 seq.). On ἃ voulu retrouver l'emplacement de ce fort et de cette laure, soit à l'Ain ed-Doug, source située à 6 kilomètres environ au nord-ouest de la Jéricho moderne, soit sur le sommet du Djebel Qarantal, aux ruines dites Tahounet el-Haoua, moulin à vent, où se trouvent, en effet, les restes d'une grande construction qui pourrait représenter le château fort et d’une chapelle avec abside. Les flanes de la montagne sont percés de nombreuses cellules et il suffit d’une courte promenade pour constater un peu partout les vestiges d'une vaste laure. Voir Van Kasteren, Doch dans le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, t. IT, col. 154-1456, et Doch dans la Revue biblique, τ. NI, 189. p. 99-104.

(DEA 5.5.9 ὃ. VIT Sept, πὸ 1 0. 510:

très élevée. On n'y pouvait atteindre qu'avec une échelle, et de nos jours encore l'entrée s'étale béante à une vingtaine de mètres au-dessus du principal sentier. Pour se dérober encore plus complètement aux pieux empressements de ses disciples, le solitaire fit couler une source qui lui fournissait l’eau nécessaire (1); puis, comme il avait toujours présents à la mémoire les heureux jours passés à la laure de Pharan, il résolut de réserver à sa cellule primitive les derniers moments de son existence. Entouré des supérieurs des trois maisons religieuses qu'il avait fondées, il vint donc mourir à Pharan, plein de jours et de mérites, escorté de la foule de ses moines et des anges qui saluaient son arrivée parmi eux.

Ses restes mortels furent de bonne heure transportés à la Vieille Laure et, dès l'année 817, de son exil de Bonéta, l'illustre saint Théodore Studite manifestait à son higoumène le vif désir qu'il avait de vénérer le tombeau et les reliques de saint Chariton : « ἐθουλόμ:

NV... προσχυνῆσαι τὸ θεῖον “ἔδαφος, ἕχαστα χατασχοπῆσαι, ποῦ ὁ ἅγιος τοῦ Θεοῦ ὁ φερωνύμως Χαρίτων πεπληρωμένος ξ :

τῆς οἰχουμένης λαμπτήρ-.. «TA. (2). »

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