‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 93 sur 195 · DE SAINT CHARITON A LA MORT DE SAINT CYRIAQUE · texte numérisé non relu

DE SAINT CHARITON A LA MORT DE SAINT CYRIAQUE

Durant le ν᾿ οἱ le vi’ siècles, les grands noms d’Euthyme, de Gérasime, de Sabas et de Théodose rejettent dans l'ombre celui de Chariton ; les laures et les couvents célèbres qui doivent à ceux-ci leur existence surpassent en illustration et en gloire la laure de Souka. C'est avec peine que nous réussirons à grouper trois ou quatre menus faits, qui attestent encore que cette maison religieuse n’est pas morte, en attendant que les vertus de saint Cyriaque fassent rejaillir sur elle un peu de renommée. Il s’agit tout d’abord d'une hôtellerie que possédait la laure de

(1) La source de la grotte de saint Chariton a été retrouvée de nos jours; par une transposition assez fréquente dans ces sortes de légendes, la source miraculeuse est vénérée aussi près de Konia, au monastère d’Ag-Monastir, dont nous avons parlé plus haut.

(2) Migne, LP. G., t. XCIX, lettre XVII, col. 1168.

Souka à Jérusalem, près de la tour de David, et qu'elle vendit au monastère de Saint-Euthyme, moyennant 200 pièces de monnaie. Ce contrat de vente, nous dit Cyrille de Scythopolis (1), fut passé vers la fin de la δ᾽ indiction, c'est-à-dire pendant l'été de l’année 485. Jusque-là, le couvent de Saint-Euthyme et celui de Saint-Théoctiste avaient possédé par indivis une hôtellerie commune dans la Ville Sainte, mais, à la suite d’une brouille qui survint entre ces deux monastères, l'hôtellerie resta en la possession définitive de Saint-Théoctiste, pendant que Saint-Euthyme, indemnisé de ses droits, se procurait la propriété de la laure de Souka.

Vers l’année 507, la Vieille Laure fut témoin d'un spectacle étrange, qui malheureusement n’est pas assez rare dans les annales de la vie religieuse en Palestine. Soixante moines révoltés contre saint Sabas venaient d'être contraints de sortir de la Grande Laure. Loin de s’exécuter de bonne grâce, ils tinrent à laisser avant leur départ de tristes souvenirs de leurs rancunes. Au moyen de tous les outils qui leur tombèrent sous la main, ils rasèrent la tour du saint, brisèrent les meubles et jetèrent le tout pêle-méle dans le lit du Cédron; puis, après s'être approprié toutes les richesses qu'ils avaient pu découvrir, ils se présentèrent humblement à la porte de Souka. Repoussés par l'hisoumène Aguillin qui ne daigna même pas leur offrir l'hospitalité, les rebelles poursuivirent leur course et allèrent, tout près de là, relever les cellules en ruines de l’ancien monastère de Romain et fonder la Nouvelle Laure de si triste mémoire (2).

A l'higoumène Aquillin succéda probablement le moine /s1dore. Nous ne connaissons celui-ci que par une citation de Théodore de Pétra (3), le panégyriste de saint Théodose. Isidore assistait en simple religieux à la fameuse réunion du Saint- Sépulcre, dont les abbés orthodoxes prirent l'initiative en 513 contre les menées eutychiennes de l'empereur Anastase (4). De-

(1) Vita 5. Cyriaci dans les A. S$S., t. VII sept., n° 7, p. 149.

(2) Vila s. Sabae, n° 36, p. 271, et Fr. Diekamp, Die origenistischen Streiligkeiten im sechsten lahrhundert und das fünfte allgemeine Concil, Münster i. W., 1899, p. 17 et 139.

(3) H. Usener, Der heilige Theodosios. Schriflen des Theodoros und Kyrillos, Leipzig, 1890, p. 71 et 72.

(4) Vila 5. Sabae, n° 56, p. 308, et Fr. Diekamp, Op. cit, p. 21.

puis, il fut élevé à la dignité de supérieur de la Vieille Laure et il paraît avoir encore rempli cette fonction, le 11 janvier 530, lorsque Théodore de Pétra prononça son panégyrique (1). C'est, du moins, ce qui semble résulter de ses paroles : « où L

ούτων θεασαμένη ᾿Ισίδωρον τὸν eo ὃς τῆς εὐαγοῦς τοῦ Doux λαύρας ὕστερον ἐγεγόνει χαθηγεμών (2)

Peu après, les querelles rs soulevaient de violentes tempêtes dans les couvents de Palestine. Nonnos et Léonce de Byzance, ouvertement soutenus par leurs anciens confrères, les évêques Domitien et Askidas, recrutaient des adhérents dans tous les monastères, déposant de force les supérieurs favorables à l’orthodoxie et les remplaçant par leurs créatures. Partout, il n'était question que de la préexistence des âmes, de la mitigation des peines éternelles et autres hardiesses théologiques attribuées au célèbre docteur d'Alexandrie. Isidore était mort et les origénistes mettaient tous leurs moyens en œuvre pour entamer la Vieille Laure et l’attirer, si possible, dans leurs intérêts. Ils y réussirent en partie et s’efforcèrent de lui imposer comme higoumènes deux des leurs, Pierre d'Alexandrie et Pierre de Grèce, mais la communauté se révolta contre un pareil despotisme; par deux fois, elle expulsa les créatures des. origénistes et choisit en fin de compte un moine de Saint-Sabas, dont l'orthodoxie était irréprochable (3). Le nouvel higoumène s'appelait C'assien. Originaire de Scythopolis, non loin du Jourdain, il avait d’abord mené la vie monastique à la laure de Saint-Sabas, et avait, en qualité de prêtre, représenté son couvent au concile de Constantinople de 536 (4). Quatre ans après, 940, 11 était appelé à diriger la Vieille Laure. Il resta huit ans, nous dit Cyrille de Scythopolis (5), dans cette charge et fut ensuite nommé higoumène de Saint-Sabas. On était alors au mois de septembre 547. Dix mois après, vers le 20 juillet 548,

(1) D'après M. Usener, Op. cil., p. 1x, ce panégyrique de Théodore fut prononcé le 11 janvier 530, pour le premier anniversaire de la mort de saint Théodose, mais il fut publié un peu plus tard, après l’année 336 et avant lan née 547.

(2) H. Usener, Op. cil., p. 71.

(3) Vita 5. Cyriaci, n° M, p. 153.

(4) Mansi, VIII, 883.

(5) Vita s. Sabae, n° 88, p. 371. Pour la fixation des dates voir Fr. Diekamp, Op cil., p. 58 et.139.

Cassien passait à une vie meilleure (1). C'est pendant son supériorat à la Vieille Laure, 540-547, qu'il avait fondé dans sa ville natale de Scythopolis le monastère de Zoungas (2), que nous ne connaissons pas autrement (3).

Il nous reste à parler maintenant d'un ermite de la Vieille Laure, qui se disait à juste titre le disciple et l'héritier d'Euthyme et de Gérasime et allait faire revivre à Souka les vertus de son fondateur. Né à Corinthe le 9 janvier 448, Cyriaque se rendait en Palestine au mois de septembre 465 et passait lhiver au couvent d'Eustorge, près de Jérusalem. Son amour de la retraite le poussait au printemps de l’année suivante vers saint Euthyme, qui le revêtit de l'habit religieux, mais refusa, en raison de sa jeunesse, de l’admettre dans sa laure. Le jeune Cyriaque descendit ensuite au couvent de saint Gérasime et, neuf années durant, 466-475, il se plia sous sa direction à tous

(1) Vila 5. Sabae, n° 88, p. 371, et Fr. Diekamp, Op. el L. cil.

(2) Fr. Diekarup, Op. cil., p. 58 Cette fondation de Zoungas n'est pas mentionnée dans l'édition de la Vèta 5. Sabae faite par Cotelier, mais seulement dans les Additamenta du t. III de son ouvrage et dans la réédition qu'en ἃ donnée M. Pomjalovskij, p. 918.

(3) Je cite en note un trait qui a eu lieu au 1v° siècle et qu'on attribue parfois, à tort certainement, à notre laure. Jean Cassien, dans sa sèrième Collation, cap. 1, prend occasion du martyre de nombreux ermites de la Palestine, égorgés par les Sarrasins, pour nous donner une conférence spirituelle sur l'action de la Providence dans le monde : « In Palaestinae partibus juxta Theeue vicum, qui Amos prophetam meruit procreare, solitudo vastissima est usque ad Arabiam ac mare Mortuum, quo ingressa deficiunt fluenta Jordanis et cineres Sodomorum amplissima extensione porrecti. In hac summae vitae ae sanctitatis monachi diutissime commorantes repente sunt à discurrentibus Sarracenorum latrunculis interempti. Quorum corpora, licet sciremus tam ἃ Ponlificibus regionis illius quam ab universa plebe Arabum tanta veneratione praerepta et inter reliquias martyrum condita, ut innumeri populi e duobus oppidis concurrentes gravissimum sibi certamen indixerint, ete. » — Les évêques, le peuple innombrable d'Arabes chrétiens et les deux cités que mentionne Cassien, ne peuvent évidemment pas désigner la région de Thécoa et de la Vieille Laure, région qui était déserte, sans ville et sans évêque. Il s'agit ici de la presqu’ile sinaïtique et du désert au-dessous d'Hébron, où se trouvaient plusieurs villes, entre autres Arad et Elusa. Par suite, les martyrs dont parle Cassien n'appartenaient pas à la laure de Souka et le nom de Thécoa ne figure dans son texte que pour indiquer le point de départ du désert arabique. C’est dans ce sens qu’il faut corriger le Martyrologe romain, au 28 mai, et c’est ce qui explique pourquoi les livres liturgiques de Palestine gardent le silence sur ces martyrs, silence dont s'étonnent si fort les Acta Sanclorum, τ. VI mai, p. 746. A propos de la Vita s. C'harilonis dans les 4. SS., τὶ VII sept., note L, p. 582, les Bollandistes soutiennent encore que ces martyrs appartenaient à la Vieille Laure.

les travaux et à toutes les habitudes de l'ascèse. La mort de son maitre et ami, Ὁ mars 475, l'ayant laissé orphelin, il retourna à la laure de saint Euthyme, mais les disputes à main armée qui s'élevèrent entre cette maison et celle de saint Théoctiste le contraignirent dix ans après, août 485, à se retirer à la Vieille Laure. Il y mena pendant plus de 70 ans la vie la plus austère, entrecoupée de séjours plus ou moins prolongés au désert de Natoupha ou à l’ermitage de Sousakim, et même à la grotte de saint Chariton (1), toute voisine de la Vieille Laure. Lorsque les Origénistes menacèrent de faire triompher leurs idées, les religieux fidèles rappelèrent le vieillard de særetraite de Sousakim et l’opposèrent pendant cinq ans, 542-547, comme une digue vivante aux flots toujours montants de l'hérésie. La mort du principal hérésiarque, Nonnos, février 547, lui ayant rendu quelque tranquillité, Cyriaque échangea une fois encore la grotte de saint Chariton pour l'ermitage de Sousakim, février 547-décembre 554. Au bout de huit années, les religieux le ramenaient encore à la grotte du fondateur, où il terminait le 29 septembre 556, à l'âge d'environ 109 ans, une vie consacrée tout entière au service de Dieu et de la religion (2).

(1) J'emprunte à un voyageur moderne la description de cette célèbre grotte dont j'ai déjà parlé : « En descendant le ravin, après avoir grimpé des parois vertigineuses et des rochers éboulés, on arrive difficilement à l’entrée basse et étroite de la célèbre grotte de JMoghar-Khareiloun.… Cette excavation est remarquable par son étendue, l'immensité de plusieurs de ses salles et la multiplicité des souterrains. La longueur de ce labyrinthe naturel est considérable; de tous les côtés se trouvent des culs-de-sac et des cavités intérieures dans lesquelles les guides ordinaires n'osent pas s'aventurer, retenus par une terreur superstitieuse ou par la crainte de s'égarer… Ainsi qu'il est facile de s'en assurer, lorsqu'on relève le plan de la caverne à la boussole, cette succession de cavités et de couloirs a été primitivement formée par les cassures des couches rocheuses qui ont eu lieu dans le sens de la direction de la vallée, puis toutes ces anfractuosités ont été agrandies et sculptées lentement par des eaux courantes dont on retrouve partout les traces sur les parois. On peut donc affirmer que ce labyrinthe n’est autre chose que l’ancien lit d’une rivière souterraine, qui, après avoir exécuté son travail d'érosion, venait tomber dans le ouady par l'ouverture actuelle de la grotte, en une magnifique cascade semblable à celle du Vaucluse. A l’intérieur, la chaleur est insupportable, la température dépasse 24 degrés. Dans cer-

taines allées, des myriades de chauves-souris nous frôlent le visage de leurs ailes visqueuses. Ces animaux désagréables et répugnants sont suspendus à la voûte de ces immenses souterrains... » (Lortet, La Syrie d'aujourd'hui, Paris, 1884, Ρ. 358.)

(2) Le texte grec de la Vie de saint Cyriaque par Cyrille de Seythopalis, son contemporain, est publié dans les À, S$., t, VIII sept., p. 148-158; il est assez

« Parmi les poèmes liturgiques édités par le cardinal Pitra, on en remarque un (1), qui a pour sujet la résurrection de Lazare par Jésus et a pour acrostiche : [[{}qux Κυριαχοῦ. Le poème de Cyriaque n'est pas inférieur aux meilleures productions de l'hymnographie grecque, constatation qui, jointe à l'obscurité qui enveloppe le nom du mélode, nous invite à chercher celuiei au premier âge de la poésie liturgique. Observons, en outre, que nous ne connaissons aucune autre œuvre du mélode Cyriaque, et que le rythme dont il se sert n'a été imité qu'une seule fois par un seul des mélodes postérieurs. Ceci veut dire sans doute, sinon que Cyriaque ἃ peu écrit, au moins qu'il a eu peu d'influence : il est permis de supposer que c’est parce que, vivant loin de Constantinople, 11 n'a pu rivaliser de vogue avec les hymnographes de la capitale.

« C'est pourtant le plus célèbre de ceux-ci, saint Romain, qui a fait à Cyriaque l'honneur de limiter. Dans le poème de Romain sur la trahison de Judas (2), le mélode n’a pas créé un rythme nouveau, il en à emprunté un tout fait à un mélode plus ancien, il ἃ calqué l'eisu2s d'un prédécesseur. Les premiers mots de cet siou2s montrent qu'il est tiré d’un cantique sur Lazare. La comparaison des strophes de Romain avec celles de Cyriaque montre que ce cantique sur Lazare n'est autre que celui de Cyriaque : le rythme est le même...

« Si l'on s'obstine à placer Romain sous Anastase 1°, 491o1S, on peut renoncer à identifier Cyriaque. Mais si, comme je le crois définitivement prouvé, Romain vint à Constantinople sous Anastase IT, 713-716, la question me parait moins ardue.…. Le sujet et la manière dont le poème de Cyriaque est traité trahissent un mélode palestinien. La commémoraison solennelle du miracle de Béthanie est d’origine hiérosolymitaine ; nous la voyons attestée à Jérusalem dès la fin du 1v° siècle. Le samedi de Lazare est considéré comme jour baptismal dans l'Église grecque. Cette innovation ἃ sa place dans l'Église de Jérusalem; avait-elle pénétré ailleurs avant le vin° siècle? Ce n'est guère probable...

défectueux, au moins en tout ce qui regarde la chronologie. J'ai pris pour guide F. Diekamp, Op. cit., p. 66.

(1) Analecla sacra, t. er, p. 284-288.

(2) Analecla sacra, t. 1°", p. 92.

« Ces prémisses posées, je n'hésite pas à identifier l’auteur de ce cantique avec saint Cyriaque l’anachorète, fêté par l'Église grecque le 29 septembre... Dans sa Vie très détaillée, écrite par Cyrille de Scythopolis, nous relevons un passage très important pour le sujet qui nous occupe. Cyriaque, étant diacre ou prêtre, a rempli pendant 31 ans, 498-529, à Saint-Chariton, la double charge de χειμιηλιάρχης et de χανονάρχης. La première lui donnait le soin des vases sacrés, des reliques, du trésor de son couvent. Comme canonarque, il annonçait les exercices de sa communauté en frappant le fer ou le bois des σήμαντρα; mais surtout, selon l'étymologie du mot, il dirigeait le chant du canon, de l'office, en donnant le ton des morceaux à exécuter. Il était done musicien. J'ajouterai musicien habile, puisqu'il conserva sa fonction trente et un ans. De ceci nous avons d'ailleurs un témoignage formel. Deux siècles après la mort de Cyriaque, dans le canon qu'il composait pour sa fête, saint Étienne le sabbaïte le représentait « chantant harmonieusement dans les vigiles » : εὐτόνως μελῳδοῦντα ἀγρυπνίαις ἀπαύστοις. Les mots employés par Étienne ne peuvent être regardés comme une formule banale applicable à tous les moines morts en odeur de sainteté; car son canon est visiblement calqué sur la Vie écrite par Cyrille de Scythopolis et montre dans quel sens il faut entendre l'expression de canonarque. Saint Cyriaque a été un mélode; on peut en conclure qu'il a été aussi un kymnographe, car les premiers chantres de l'Église grecque, dont nous connaissons les œuvres d'une manière certaine, ont tous été à la fois des poètes et des musiciens. Ne négligeons pas d'observer encore que Cyriaque avait reçu une brillante éducation, et que sa science théologique lui permit de prendre part aux discussions contre les Origénistes. Enfin, la tradition (1) le met avec son maitre saint Euthyme, avec saint Théodose, avec saint Sophrone, etc., au nombre de ceux qui ont modifié ou complété le {ypikon de saint Sabbas (2). »

Je viens de résumer l’article consacré par mon confrère, le R. P. Pétridès, au mélode Cyriaque; on peut lire tout le déve-

(1) M. Gédéon, Γνώσεις ἐχ τοῦ τυπιχοῦ τῶν μονῶν τοῦ l'onotou ὄρους, ἢ. 27; Papadopoulos-Kerameus, Μαυρογορδάτειος Βιδλιοθήχη, p.192.

(2) S. Pétridès, Les mélodes Cyriaque οἱ Théophane le Sicilien, dans les Échos d'Orient, t. IV (1901), p. 282-284.

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loppement de son ingénieuse hypothèse et des preuves techniques qu'il a apportées dans la revue que je citais tout à l'heure. Je dois ajouter toutefois que ses conclusions n'ont pas été acceptées de tous les critiques, et en particulier de M. Krumbacher, qui a écrit toute une brochure (1) sur la dépendance réeiproque des mélodes Cyriaque et saint Romain. Sans refuser absolument de voir dans le mélode Cyriaque le moine de la Vieille Laure, M. Krumbacher maintient pourtant l'existence de saint Romain sous Anastase I"; il conclut aussi que Cyriaque et Romain sont indépendants l’un de l’autre etont utilisé, en le modifiant chacun à sa manière, un poème antérieur d’un mélode inconnu. La conclusion était assez inattendue. Et, s'il est bien vrai que saint Romain vivait sous Anastase I‘, 491- 918, et que le mélode Cyriaque doit s'identifier avec saint Cyriaque de Souka, 448-556, comme il est non moins vrai que les origines de la poésie religieuse byzantine remontent seulement à la seconde moitié du γ΄ 516 016, je ne vois pas trop quel peut être ce mélode inconnu et comment il a pu être imité de son vivant et par saint Romain à Constantinople et par saint Cyriaque à la Vieille Laure. Mais ceci nous entrainerait hors de notre sujet, en nous lançant une fois de plus dans la fameuse controverse qui se livre depuis des années autour de saint Romain et qui est loin d’avoir amené tous les éclaircissements désirables. Disons seulement que si l'hypothèse du P. Pétridès n'est pas absolument évidente, celle de M. Krumbacher est encore moins de nature à entraîner un complet assentiment.

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