‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 94 sur 195 · II — DE SAINT CYRIAQUE A LA DESTRUCTION DE LA LAURE · texte numérisé non relu

II — DE SAINT CYRIAQUE A LA DESTRUCTION DE LA LAURE

Après la mort de saint Cyriaque, 29 septembre 556, l'obscurité se répand sur notre laure. Les historiens de Palestine disent généralement qu'elle fut démolie par les soldats de Chosroès avec les autres couvents du pays et rebätie bientôt après, puisque ses religieux figuraient, paraît-il, dans le cortège triomphal

(1) Romanos und Kyriakos. Extrait des Silzungsberichten der philos. und der histor. Classe der Kgl. bayer. Akademie der Wissenschaften, 1901, p. 693-766.

d'Héraclius vainqueur, lors de son entrée au Saint-Sépulcre. Les Bollandistes (1), à leur tour, veulent que les Arabes l'aient détruite, lors de l'invasion et de la conquête de la Palestine au vu siècle. Toutes ces hypothèses sont plus ou moins erronées et ne tiennent pas devant la précision des textes. En effet, Georges le Syncelle (2) qui avait séjourné longtemps en Palestine avant de devenir le syncelle du patriarche saint Taraise, 784- 806, et de composer sa Chronographie, nous apprend lui-même qu'il avait souvent visité cette laure et qu'elle était de son temps l'objet de fréquents pèlerinages : ταύτης (Ῥαχὴλ) ἐγὼ τὴν λάρναχα τῆς γῆς ὑπερχειμένην πολλάκις ἐχεῖσε παροδεύων ἐπὶ Βηθλεὲμ, χαὶ τὴν παλαιὰν λεγομένην λαύραν τοῦ ὁσίου Χαρίτωνος ἑώραχα (9). Dans ἴδ courant du vin‘ siècle, nous trouvons écalement plusieurs de ses religieux, qui se retiraient avec saint Étienne le thaumaturge dans les grottes de Douca pour y jeüner et y prier quarante jours en l'honneur de saïnt Sabas : ἠχολούθησά ποτε τούτῳ τῷ γέροντι ἐπὶ τὰ σπήλαια τοῦ Δουχὰ σὺν ἑτέροις τισὶ τῶν πατέρων-..- τῆς τοῦ Σουχὰ λαύρας (4). La date précise de ce voyage particulier n’est pas indiquée par Léonce, biographe de saint Étienne, mais comme celui-ci mourut le 2 avril 794 et que Léonce fut attaché à son service quelques années seulement avant sa mort, il ne sera pas téméraire de la placer vers la fin du vi siècle.

C’est également à la fin du vin siècle que remonte une catastropbe, qui fut le point de départ de toute une série de malheurs, cause prépondérante de l’affaiblissement graduel de notre monastère, en attendant sa complète disparition. Le 13 mars 796,

(1). Les Bollandistes laissent entendre à plusieurs reprises dans la Vita s. Charilonis, A. δος τὸ VIT sept., n° 12 à 14, p. 570, que la laure de saint Chariton ne survécut pas aux invasions des Perses et des Arabes. Ils veulent même déduire de ce fait que cette Vie n’a pas été écrite par Syméon Métaphraste, mais par un moine de la Vieille Laure, au vie siècle, ce qui me parait légèrement exagéré.

(2) H. Gelzer ἃ résumé tout ce que nous connaissons de la vie de ce personnage (Sextus Julius Africanus und die byzantinische Chronographie, Leipzig, 1885, 1 partie, p. 170-184). La chronique de Georges le Syncelle va d'Adam à l'empereur Dioclétien; elle à été publiée par Goar dans la Byzantine, τ V, de l'édition de Venise en 1729, et n’a pas malheureusement été rééditée par Migne. Georges le Syncelle mourut en 810 ou 811 et ce fut son ami, saint Théophane le chronographe, qui mit en œuvre et, à l’aide de ses notes, compléta son travail.

(3) Georqgii syncelli Chronographia, t. V de la Byzanline, p. S5, et H. Gelzer, Op. CUS Ῥ. 179. ;

(4) Vüas. Slephant sabaïlae thaumaturgi dans les 4. SS., t. ΠῚ jul., n° 139;

la laure de Saint-Sabas était envahie par une troupe de Bédouins, campés aux environs, et qui comptaient recueillir d’immenses richesses dans les cellules des religieux. Cette première attaque amena, avec le pillage de la laure, des mauvais traitements infligés aux moines qui eurent une trentaine de blessés. La semaine suivante, durant la nuit du samedi au dimanche, survinrent Coup sur coup deux messages de la Vieille Laure et de Saint-Euthyme, qui présageaient de cruelles tortures pour la nuit même. Les moines, en effet, ne tardèrent pas à subir une nouvelle attaque. Ils succombèrent sous le nombre; vingt d'entre eux périrent étouffés dans les flammes ou martyrisés de diverses manières, 20 mars 796 (1). Ces martyrs appartenaient à la laure de Saint-Sabas et non à celle de Saint-Chariton, mais celle-ci ne fut guère plus épargnée que l’autre. Avant le premier assaut dirigé contre Mar-Saba, 13 mars 796, les Bédouins s'étaient réunis dans les environs de la Vieille Laure; ils l'avaient ensuite pillée, ne laissant absolument plus rien à la disposition des moines, mais exerçant par contre toutes sortes de cruautés à leur égard. Après quoi, ils établirent leur quartier général à Saint-Chariton, se préparant de là à dévaster les campagnes voisines et à prendre de force la laure de Saint-Sabas (2). C'est en ces termes très vagues que saint Étienne le Sabaïte nous à retracé tout ce qu'eurent à souffrir les moines de Souka durant cette période de troubles, sans nous informer pourtant si notre

(1) Passio sanclorum viginti martyrum laurae S. Sabae dans les 4,,5$., t. ΠῚ mart., p. 166-179. Le texte grec est imprimé à la fin du volume. L'année de ce martyre est très discutée. Étienne le mélode dit que l'invasion eut lieu l’année 6288 de la création du monde, l'année 788 de notre ère, la 5° indietion. La 5e indiction va du 1° septembre 796 au 31 août 797 et l'année 6288 du monde pareil-

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