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«- lement. C’est donc le 20 mars 797 que les sabaïtes auraient été martyrisés, comme ne l’a notéle P. Papebroch, t. II mart., n° 6, p. 166; mais celui-ci à eu tort de faire
correspondre le 20 mars 797 avec le jeudi de la semaine sainte, puisque Päques tombait le 99. avril cette année-là. Le P. Jean Pien n’admet pas la chronologie de son confrère, il corrige la 5° indiction en la 4° et se prononce pour le 20 mars 796 (4. SS., t. II jul., n° 17 et 18, p. 201). Pourquoi? Parce que Päques tombait en 796 169 avril et que les sabaïtes périrent à la fin du carème (t. IT mart., n°21, p.169), peu avant le vendredi saint (Op. eil., n° 78, p. 177). Dès lors, la première attaque, signalée comme ayant eu lieu le 13 mars (n° 21, p. 169), se serait produite en effet, le 13 mars796, un dimanche. Le massacre proprement dit serait arrivé le dimanche suivant, le 20 mars 796.
(2) Passio sanclorum viginti martyrum, n°7, p. 3*; l'autre passage concernant la Vieille Laure se trouve au n°28, p. 5°.
laure, comme celle de Saint-Sabas, eut la gloire de compter plusieurs martyrs. Ce silence de sa part n'a rien qui puisse nous surprendre. On sait, en effet, comment les moines, prodigues de détails sur tout ce qui touche à leur maison religieuse, glissent avec une rapidité surprenante sur ce qui serait de nature à faire rejaillir quelque éclat sur le monastère voisin, qui est presque toujours le monastère rival.
Parmi les moines de Saint-Sabas qui échappèrent mystérieusement aux violences des Sarrasins, se trouvait un diacre du nom de 7'omas, médecin habile et praticien fort entendu, auquel les descendants d'Agar avaient voué une haine toute particulière. Après le départ des nomades, Thomas s'occupa des nombreux blessés et ne craignit pas de recourir aux amputations. Sauf un vieillard qui déclina l'offre de ses services, ce chirurgien expert réussit à conserver la vie à tous les blessés et l'on peut lire encore avec quel naïf étonnement son ami Étienne le Mélode nous a tracé le tableau de ses cures merveilleuses (1). Peu après, dans le courant de cette même année 796 très probablement, Thomas devenait higoumène de la Vieille Laure (2). Il ne semble pas avoir exercé longtemps cette charge. En effet, lorsque Léonce écrivait la biographie de saint Étienne le Thaumaturge, au début du 1x° siècle, Thomas était déjà patriarche de Jérusalem (3) et nous savons positivement qu'au mois d'août 807 il correspondait en cette qualité avec l’'empereur Charlemagne (4). Vers SIS ou S19, Thomas occupait toujours la chaire patriarcale de Jérusalem (5).
(1) Passio sanclorum viginti martyrum, τ. TI mart., n° 24, p. 5°; et n° 63, p. 95. Voir aussi Vila s. Stephani sabaitae thaumaturgi, τ. WI 10]., n° 136, p. 008. À
(2) La Passio sanctorum viginti marlyrum est un panégyrique, qui fut composé par saint Étienne le Mélode, à la prière de Basile, higoumène de Saint-Sabas, et prononcé sans doute dans l’église de la laure, en présence de tous les religieux, le 20 mars 797, pour l'anniversaire de ce glorieux martyre. Or, à ce moment, Thomas était déjà higoumène de la Vieille Laure (Op. οἷ... n° 46, p. 77).
(3) Vila 8. Stephani sabaitae, τ. I jul., n° 136, p. 558.
(4) Le Quien, Oriens christianus, τ. ΠῚ, col. 321 et 342. On peut lire sur Paffaire du Æilioque, qui motiva cette intervention du patriarche Thomas auprès de Charlemagne et de saint Léon II, 5. Vailhé : Saint Michel le Syncelle et les deux frères Grapti, saint Théodore οἱ saint Théophane, dans la Revue de l'Orient chrélien, t. VI, 1901, Ρ. 320-329.
(ΟΣ Sur la correspondance engagée entre le patriarche Thomas et saint Théo=
no 46, p. 7*
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La mort du calife Haroun ar-Raschid, ami de Charlemagne et protecteur des chrétiens, fut suivie d’une guerre civile entre ses fils Mohammed et Abdallah qui se disputaient sa succession. Les ravages de cette lutte fratricide se firent particulièrement sentir en Palestine, qui fut le théâtre sanglant de plusieurs combats. Le récit abrégé de ces horreurs nous ἃ été laissé par un contemporain, le chronographe Théophane. Celui-ci nous apprend qu'en l’année 809 Jérusalem fut saccagée, ainsi que les deux laures de Saint-Chariton et de Saint-Sabas et les deux monastères de Saint-Euthyme et de Saint-Théodose : ἔνθα δὴ χαὶ αἱ χατὰ τὴν ἁγίαν Χριστοῦ τοῦ Θεοῦ ἡμῶν πόλιν ἐχχλησίαι ἠρήψωνται,
τὰ τε μοναστήρια τῶν δύο μεγάλων λαυρῶν, τοῦ ἐν ἁγίοις Χαρίτωνος χαὶ Κυριαχοῦ, χαὶ τοῦ ἁγίου Σάθδα, nai τὰ λοιπὰ χοινόδια τῶν ἁγίων Εὐὐθυμίου χαὶ Θεοδοσίου (1). Les désordres augmentèrent encore les années suivantes. En 812, les sanctuaires de la Résurrection et du Calvaire furent profanés, les laures de Saint-Chariton et de Saint-Sabas à moitié détruites, les monastères du désert et les diverses églises de Jérusalem complètement saccagés : ὁμοίως δὲ χατὰ τὴν ἔρημον διαόόητοι λαῦραι τοῦ ἁγίου Χαρίτωνος χαὶ τοῦ ἁγίου Σάθόα, al τὰ λοιπὰ μοναστήρια nat αἱ ἐχχλησίαι ἠρηνιώθησαν (2). Cette fois, il se commit tant de meurtres, de vols οἱ d'impudicités, que les chrétiens, n'y tenant plus, se résolurent à placer la mer comme barrière entre eux et leurs envahisseurs. Les moines échappés au massacre s’enfuirent en Chypre et, de là, plusieurs gagnèrent Constantinople où l'empereur et le patriarche leur offrirent la plus cordiale hospitalité. Ces massacres sans cesse renouvelés et dans les mêmes monastères ne doivent pas trop nous surprendre; il était bien rare, en effet, que les religieux survivants se décidassent à quitter définitivement leurs cellules. Ils se cachaient durant la persécution et, la tourmente une fois passée, revenaient dans leur cher couvent rendre les derniers devoirs aux restes de leurs frères martyrs et continuer près de leurs tombes glorieuses leur vie de pénitence et de pardon. C'est ainsi qu'à la suite de cette destruction que l’on serait tenté de croire complète, la laure de Saint-Chariton re-
dore Studite, voir Migne, P. G., τ. XCIX, col. 1160 et S. Vailhé, Op. cit, p. 326-
(1) Migne, P. G., t. CVIII, col. 973 A.
(2) P. G., Ὁ CNIII, col. 1001 B.
naquit pour ainsi dire de ses cendres, puisque nous avons en 817 une excellente lettre de saint Théodore Studite, adressée à son supérieur et à ses moines (1).
Dans les premières années du ΙΧ siècle également, nous avons deux attestations officielles de l'existence de la Vieille Laure. C'est d'abord le Commemoratorium de casis Dei vel monasteriis, qui paraît remonter à l’année 808 et est le relevé très exact des églises, chapelles et couvents, qui s'élevaient alors en Palestine. « In parvo monasterio, quod sanclus Charilon construxit et ubi ipse sanctus ab uno milliario requiescit, abba nomine.…. » dit le texte qui malheureusement se trouve incomplet (2). Un peu plus tard, vers l’année 820, Épiphane l'hagiopolite assure que « au sud de Bethléem, sont les deux monastères de Saint-Sabas et de Saint-Chariton (3) ». Il nous faut alors franchir près de trois siècles, pour découvrir dans le pèlerinage de l'higoumène russe Daniel la description suivante de notre laure : « Au midi de Bethléem, se trouve le couvent de Saint-Charilon, sur le fleuve Étham ci-devant cité, non loin de la mer de Sodome, au milieu de montagnes pierreuses et dans un endroit désert. Il est terrible cet endroit et aride : l'eau y manquant absolument; une effrayante gorge rocailleuse est à ses pieds. Ce couvent était entouré de murailles et, au milieu de l'enceinte, s'élèvent deux églises dont la plus grande contient le tombeau de saint Chariton. Hors des murs se trouve une grande grotte sépulcrale, contenant des reliques des saints pères, qui y reposent au nombre de plus de sept cents; il y a, entre autres, les reliques de saint Cyriaque le Confesseur, dont le corps est parfaitement conservé, et des fils de Xénophon, Jean et Arcadius, qui exhalent un merveilleux parfum. Nous saluàmes ce saint lieu et gravimes la montagne qui est à
(1) Migne, }. G.,t. XCIX, col. 1168-1173. Cette longue lettre de saint Théodore Studite ne renferme rien de spécial touchant notre laure: elle fut écrite à l’occasion de l’iconoclasme pour mettre en garde les religieux et obtenir le secours de leurs prières.
(2) Ainera hierosolymitana et descriptiones Terrae sanclae, t. 1, ?, Ὁ. 303.
(3) Migne, P. G., τ. CXX, col. 264. A la suite d'une série d'articles écrits de divers côtés, il ἃ été prouvé qu'Épiphane l'hagiopolite vivait vers l'année 820 et devait se distinguer d'un autre Épiphane, auteur d’une Vie de la Sainte Vierge et qui, lui, vivait dans la seconde moitié du vin° siècle. Jusque-là, on avait confondu ces deux écrivains. Sur cette question voir la Geschichle der bysantinischen Lilteralur 5. de M. Krumbacher, p. 420.
une verste du couvent vers le sud (1). » A cette description de 1106 il convient d'ajouter le témoignage de Jean Phocas qui, en 1177, vit encore debout et habité le monastère de Saint- Chariton : ai τῆς λαύρας ἐχεῖθεν ὡσεὶ μίλια ιθ΄, τῆς τοῦ Pouéx ἐρήμου
Je rejette en note (3) deux autres passages de pèlerins postérieurs, qui parlent de la Vieille Laure, alors qu'elle était détruite, et très probablement sans l'avoir vue. La sécurité des chemins était trop aléatoire, pour qu'ils se soient hasardés dans une région aussi mal famée. De même, on trouvera en note (4) quelques textes, qui se rapportent au monastère de Saint-Chariton à Jérusalem, monastère qu'il ne faut pas évidemment confondre avec le nôtre. Je ne saurais dire, même par conjecture, à quelle époque remonte ce couvent hiérosolymitain; mais il est possible que ce soit une procure de la Vieille Laure, un métokhion comme disent les Grecs, qui se sera peu à peu transformé en monastère, ou bien qu'il ait été construit pour remplacer la Vieille Laure, lorsque celle-ci devint inhabitable,
(1) Vie el pèlerinage de Daniel, hégoumène russe, dans les Jinéraires russes en Orient, traduits pour la Société de l'Orient latin, τ I, 1, p. 48.
(9) Migne, P. G.,t. CXXXII, col. 960, Dans l’ancien Typikon liturgique de l'Église de Jérusalem, qu'a publié M. Papadopoulos-Kerameus, ? μιτιχῆς σταχνολογίας, t. Il, p. 1 et seq., et qui parait remonter au moins au χα" siècle, il est fait mention, p. 147, des moines de Saint-Sabas, de Saint-Charilon, etc. pour un office au Saint-Sépulcre. Le couvent n’était pas encore détruit.
(3) Un anonyme, qui n'est pas antérieur au xv° siècle, dit : « à 33 milles de Jérusalem, le saint monastère de Saint-Chariton » (De locis sanctis, dans Migne, P. G.,t. CXXXIII, col. 981). Un Proskynelarion grec du premier tiers du xvir® siècle, édité par M. Papadopoulos-Kerameus, Pravosl. Pal. Sbornik, 1900, 53e fasc., p. 34, dit également que : « au midi de Saint-Sabas se trouve le monastère de Saint-Chariton; il contient un hagiasma (source miraculeuse), que Dieu lui accorda en raison de sa prière ».
(4) « Après par devers celle issue du Sépulcre par dehors, devers bise, est l’yglise de Saint Caristo, et là aussi doit estre son cors » (Les pelerinaiges por aler en Jherusalem dans Itinéraires à Jérusalem et Descriptions de la Terre Sainte, rédigés en français aux xr, xu° et xine siècles, p. 94). « Et par cele issue dou Sépulcre irez à Saint Carilo » (Les saints pèlerinages, Op. cit., p. 104). « Après cele ychue dou Sépulere por dehors vers boire, est l'yglise de Saint Carilo, e là aussi est son cors » (Les chemins et les pèlerinages de la Terre Sainte, Op. cil., p. 182 et 193). « E de coste la Sepulere, ne mie molt loyns, est le Hospital seint Johan, ὁ là deprès si est la esglise Saint Caryout, e de lees si ést la Latyne » (Pélerinages et pardouns de Acre, Op. cil., p. 230). « Quatorzième : le couvent du saint père Chariton le confesseur » (Le pèlerinage de Basile Posniakov, 1558-1561, dans les /inéraires russes en Orient, p. 326).
par suite des tracasseries constantes des Bédouins. Ce couvent de Saint-Chariton se trouvait près du Saint-Sépulcre.
De nos jours, des ruines informes et de nombreuses grottes naturelles ou percées par la main des hommes dans les flancs de la montagne attestent seules la présence de la Vieille Laure. Si loin que le regard se porte, il n'embrasse qu'un horizon rocheux, imposant par sa sauvage grandeur, et des collines nues, calcinées, où les ravins profonds creusent des gerçures irrégulières. En bas, le ouady sans eau découvre ses rocailles polies, tandis que les oiseaux de proie qui tourbillonnent dans l'air à la poursuite des chauves-souris jettent des notes stridentes aux échos de la vallée. Rarement, un pareil silence a favorisé davantage le recueillement. On s'éprend à la longue d'une admiration réelle pour la vie si rude de ces moines, qui n'avaient qu'à jeter les yeux sur cette nature stérile et grillée pour avoir une image vivante de l'enfer (1).
Ce que nous connaissions jusqu'ici de Jean le Paléolaurite (2), autrement dit Jean, moine de la Vieille Laure, se réduit à de brèves notices dans les Ménées et les Synaxaires, parfois même à la simple mention de son nom. A l’aide de ces maigres ressources, les Bollandistes rédigèrent pour lui, sous la date du 19 avril (3), une petite biographie qui était jusqu'à nos jours fort suffisante. Ils débrouillèrent même avec beaucoup de flair une confusion très regrettable entre saint Jean le Paléolaurite et saint Jean, disciple de saint Grégoire le Décapolite, confusion qui s’est glissée dans nombre de livres litur-
(1) J'avais déjà dans le Bessarione, τ. III (1897), p. 90 seq., esquissé l’histoire de ce monastère, mais ceux qui auront lu les deux études trouverontsans doute que celle-ci ne fait pas double emploi avec la précédente.
(2) Le mot de paléolaurile se trouve encore dans la Passio sanclorum viginti martyrum, dans les 4. SS., t. ΠῚ mart., n°31, p. 5°.
(3) 4. 5.5... Ὁ. Il april., p. 622.
SAINT JEAN LE PALÉOLAURITE. ïl giques grecs etqui, hélas! est parfois encore reproduite de nos jours (1). S'ils se méprirent, ainsi que cela me parait évident, sur l'époque à laquelle notre saint aurait vécu, c'est en s’appuyant sur des raisons assez plausibles et parce qu'ils manquaient, en somme, de bons éléments d’information. Ce n'est donc pas pour les trouver en défaut que je reprends l'étude de cette question, mais plutôt pour confirmer leurs conclusions et, avec les nouveaux documents qui sont édités aujourd'hui pour la première fois, pour jeter un peu plus de lumière sur quelques points, qui sont loin d’être encore tout à fait clairs.
Jean dit le Paléolaurite est fêté dans les calendriers liturgiques grecs et slaves, sous les dates du IS avril (2), du 19 (9), du 20 (4), du 21 du même mois (5), du 4 mai (6), du 26 (7) et du 27 juillet (δ). Il est très possible que quelques-unes de ces dates, surtout celles du 18 et du 19 avril (9), proviennent de la confusion que j'ai signalée entre notre saint et saint Jean, le disciple de saint Grégoire le Décapolite. Sans discuter la date qui revient de préférence au culte de notre saint, Je constate seulement que celles du 20 avril et du 26 juillet paraissent le mieux établies.
(1) Le P. Delehaye, S. L., parait avoir commis encore cette méprise, Synaæarium ecclesiae constantinopolitanae, Bruxelles, 1902, col. 1028.
(2) Martinov, S. L, Annus ecclesiaslicus graeco-slavus, p. 111; H. Delehaye, Op. eit., codex N (xr siècle), col. 612%; Ménologe de Basile, Migne, P. G., τ. CXVII, col. 409 seq.; Synaxariste de Nicodème, t. II, p.270; Ménées de Venise, 1880, p. 63; Grand Synaæariste de C. Doukakès, Athènes, 189, avril, p. 205.
(3) Martinov, Op. eit., p. 111; H. Delehaye, Op. cit., codex de Sirmond (xr°xur° siècle), col. 615 et codex D (xn° siècle), col. 613; Papadopoulos-Kerameus, Ἱεροσολυμιτικὴ βιδλιοθήχη, t. Il, p. 130, codex 72 de Saint-Sabas (xn° siècle).
(4) Martinov, Op. cit., p. 112; Delehaye, Op. cil., codex Jèa (x siècle), col. G1S855; Synaæariste de Nicodème, t. Il, p. 278; Ménées de Venise, 1895, p. 73; Grand Synaxarisle de Doukakès, avril, p. 285 seq.
(9) Martinov, Op. cil., p. 113.
(6) Martinov, Op. eil., p. 122; ἢ. Delehaye, Op. ci, col. 660%, daprès les Ménées de Venise de 1588.
(7) Martinov, Op. cil., p. 186; Delehaye, Op. cit., codex de Sirmond, col. 815 seq.; Papadopoulos-Kerameus, Op. cit, t. I, p. 129, codex ΤΙ de Saint-Sabas (xr° siècle).
(8) H. Delehaye, Op. cil., codex Bb (xr siècle), col. 8527*.
(9) Saint Jean, le disciple du Décapolite, est, en effet, vénéré le 11 avril tout seul, puis le 18 et le 19 avril, en compagnie de saint Jean le Paléolaurite. Martinov, Op. cit., p. 107, 111 et 112; H. Delchaye, Op. cit., col. 613 et 615, C’est surtout à la date du IS et du 19 avril que l’on trouve la confusion dans les notices des Ménées ou des Synaxaires.
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On peut diviser les notices des Ménées et des Synaxaires en trois catégories : 1° celles qui se bornent à la simple mention du nom; 2° celles qui donnent quelques détails sur Jean le Paléolaurite, sans le confondre avec le disciple de saint Grégoire le Décapolite; 3° enfin, celles qui donnent les mêmes détails sur lui, mais en le confondant avec l’autre saint Jean.
1° Dans la première catégorie rentrent tous les Synaxaires cités par le P. Martinov (1) et quelques autres édités par le P. Delehaye (2 . Ils disent ordinairement de notre saint « Jean » tout court, ou « Jean le Paléolaurite », ou bien « Jean le Prêtre », ou encore « Jean prêtre le Paléolaurite ». La seule chose intéressante que nous ayons à retenir de ces diverses citations, c'est que saint Jean le Paléolaurite était revétu de la dignité sacerdotale.
2° La seconde catégorie comprend une notice qui se trouve reproduite, à quelques mots près, dans le codex de Sirmond, sous la date du 26 juillet (3), dans le codex D, du χα" siècle, sous la date du 19 avril (4), dans les Wénées, le Synaxariste de Nicodème, le Grand Synaxariste de Doukakès, ete., sous la date du 20 avril (5). Pour en donner un exemple, je cite la notice qui se lit dans le Synaxaire dit de Sirmond :
Τῇ αὐτῇ ἡμέρᾳ ( — 26 juillet) μνήμη τοῦ ὁσίου πατρὸς ἥμῶν Ἰωάννου π
ae οὔ ]αλαιολαυρίτου.
αὐλῶν es FD ἜΣ τς de τῷ θεῷ προσεχολλήθη (αὶ
τῶν οἰχείων, χαὶ τὸν en ἀράμενος. ἢ
En dehors de la dignité sacerdotale de Jean qui est encore
(1) Op. et L. cit.
(2) Op. cit., col. 612, 613, 618, 652 et 660.
(3) H. Delehaye, Op. cit., col. 819 seq.
(4) H. Delehaye, Op. cil., col. 613.
(9) On trouvera les citations de ces trois ouvrages aux passages que j'ai indiqués précédemment. Dans l'édition du Μηναῖον qu'a publiée l'archimandrite Jean Martinou à Athènes, p. 82, la notice est précédée de ces deux vers iambiques :
Νέον τε xépôo; τὸν Παλαιολαυρίτην ᾿Ιωάννην χαίρουσιν εὑρόντες νόες.
mentionnée, nous apprenons seulement par cette notite que Jean se mit au service de Dieu dès sa plus tendre enfance, qu'il visita les sanctuaires de Palestine et que, à l'exemple du Christ qui s'était fait étranger pour nous, il se fixa dans une terre étrangère, à la laure de Saint-Chariton, où il mourut dans la pratique des plus hautes vertus. L'insistance particulière qu'apportent les livres liturgiques à louer saint Jean de s'être fait étranger pour le Christ — éloge que nous verrons revenir tout à l'heure — me donnerait à penser que le saint venait d'une contrée assez lointaine, probablement de l'Occident latin.
C’est également dans la seconde catégorie qu'il convient de ranger les divers morceaux poétiques qui sont édités sur notre saint. À vrai dire, ces deux ou trois pièces ne contiennent pas beaucoup de renseignements nouveaux et, une fois de plus, il est à craindre que les historiens en quête d'inédit refusent de se réconcilier avec ce genre de littérature. Néanmoins, on peut en extraire quelques données biographiques, échappées par mégarde à la plume du poète et qui éclaireront la physionomie de notre personnage. Tout d'abord, il est certain que Jean était prêtre. Les stichères du second Æathisma l'affirment en termes assez clairs :
et le fait se trouve confirmé dans la première et la cinquième odes du canon. Ilest non moins certain que Jean était étranger à la Palestine, et à l'empire byzantin selon toute probabilité. Cette pensée revient à plusieurs reprises dans les vers des kathisma ; l'acrostiche du canon
2 1 ρνὰ μ , Ex! ξένης. θανόντα σε. χροτῶ, πάτερ,
le déclare formellement et l'éloge de ce renoncement et de cet exil volontaire de Jean se présente si souvent dans les strophes du canon, que je juge inutile d'insister davantage. Au lecteur de se convaincre. Il semble aussi très vraisemblable que Jean a vécu à une époque de luttes religieuses et que sa science théologique ἃ trouvé là une magnifique occasion de se déployer contre l'hérésie :
lisons-nous dans les stichères du premier kathisma, et cette pensée revient sous une forme ou sous une autre dans plusieurs odes du canon : 4
o° ode : σοφίᾳ χαὶ δόγμασιν !
8° ode : θείας vossws ὄργανον
Enfin, il est non moins vraisemblable que Jean a été mélode et qu'il a composé des poésies religieuses. A l'appui de cette supposition, on peut apporter ces vers de la 8° ode du canon :
On peut aussi apporter un fait que mon confrère, le P. Pétridès, a parfaitement mis en relief. Le canon de saint Chariton, fondateur de la Vieille Laure, est attribué dans quelques manuscrits à Jean le Moine; de même, d’autres poésies en l'honneur du même saint. Ne pourrait-il se faire que ce Jean le Moine fût le même que saint Jean le Paléolaurite? Les religieux d’un monastère avaient, nous le savons, l'habitude de consacrer leurs talents poétiques à chanter la mémoire des hommes qui s'étaient sanctifiés avant eux dans le même couvent. Si cette hypothèse trouvait quelque crédit, nous serions du coup fixés sur l’époque à laquelle a vécu saint Jean le Paléolaurite. En effet, le canon de saint Jean le Paléolaurite a pour auteur saint Théophane Graptos, mort en $45; ce qui nous force par conséquent à reporter la mort du Paléolaurite avant cette date. D'autre part, le canon que Jean le Paléolaurite aurait composé sur saint Chariton est nécessairement postérieur à la première
moitié du vu siècle, puisque saint André de Crète, l'inventeur des canons, n'est mort qu'en 740 et que 1 ᾿Ξίρμὸς est emprunté à saint Jean Damascène, encore plus récent. Saint Jean le Paléolaurite aurait done vécu dans la seconde moitié du vin siècle ou dans la première moitié du 1x°; ce qui n'a rien de bien étonnant. Ainsi s'expliquerait la participation que le mélode lui prête aux querelles théologiques de son temps et qui ne peuvent être que les luttes iconoclastes. Sans doute, les Bollandistes ne veulent pas d’une date aussi tardive, lorsqu'ils écrivent : «S. Josephus..…, intellecto obitu S. Gregorii, adjunxit se S. Joanni eique convixit usque ad hujus mortem Constantinopoli, quam circa annum DCCCL contigisse possumus conjectare. Contra alter Joannes decessit in Palaestina et eremo sanctæ civitatis, in laura S. Charitonis; forsan aliquot seculis citius, cum Palaestina necdum ἃ Saracenis devastaretur, multo minus seculo Christi nono, quando pleraque monasteria ibidem erant destructa (1) », et encore : « Tempus quo vixit (S. Joannes) et in Laura Veteri mortem obiit, nusquam exprimitur. Potuit id contigisse Δ πὸ quarto seculo, post lauram illam constructam, aut certe sequentibus Christi seculis potius quam nono, quo S. Gregorius Decapolita ejusque discipulus 5. Joannes vixerint : tune enim monasteria Palaestinæ fere desolata et ἃ Saracenis destructa jacebant (2) », mais tout ce que nous avons dit plus haut de notre monastère vient démentir de pareilles informations.
3° Arrivons maintenant à la troisième catégorie de documents, c'est-à-dire à ceux qui confondent saint Jean le Paléolaurite avec saint Jean, disciple de saint Grégoire le Décapolite. Ils se trouvent dans le Ménologe dit de Basile, dans les Ménées et dans les Synaxaires, comme celui de Sirmond et celui de Nicodème l'Hagiorite, sous la date du 18 ou du 19 avril. Dans ces divers ouvrages, à deux ou trois mots près, la notice est identiquement la même. Chose bien plus étonnante, elle est identique, et pour la pensée et pour les expressions, à celle qui est consacrée à saint Jean le Paléolaurite, sous la date du 20 avril ou du 26 juillet, ainsi qu'on en jugera par cette reproduction du Synaxaire dit de Sirmond (19 avril, col. 615) :
(1) De sanclo Joanne, discipulo S. Gregorii Decapolilae dans les 4. S$., το IT
april., p. 580.
(2) De S. Joanne Palacolaurila dans les 4. S$., t. Il april., p. 623.
es τορι τς
ἡγόριον τὸν Δεχαπολίτην᾽ χαὶ γενόμενος ὑπ᾽ ex ποῦ συνῆν αὐτῷ, ἀγωνιζό ee ὃς ἐν πᾶσι χαὶ τὸν Θεὸν θ περιξόητος χαὶ εἰς ὑποταγὴν πειθήνιος
ὃ ειν. Μετὰ δὲ τὴν τελείωσιν τοῦ ἁγίου Jr γορίου, ἀπῆλθεν εἰς ξένην χώραν ἄγνωστον διὰ τὸν ξενι a τα Κύριον
AL Dee A ντα, χαὶ ἠγωνίζετο εἴτα χαταλαόὼν τοὺς ἁγίους
= + Gi eZ [RAI < ΓΞ} ΠῚ < pu UE] ne a eo,
La seule différence qu'on constate entre cette notice et la précédente, c'est que, avant de se rendre en Palestine et de s'enfermer à la laure de Saint-Chariton, saint Jean avait été disciple de saint Grégoire le Décapolite. D'où vient cette erreur? Je ne me charge pas de le dire, je constate seulement qu'elle est très ancienne, et que, selon toute vraisemblance, elle provient de ce que ces deux saints portaient le même nom et étaient autrefois fêtés le même jour.
Il suffit de comparer ce que nous possédons d’authentique sur ces deux saints pour que nous ne les confondions pas. D'après les Synaxaires, saint Jean le Paléolaurite renonce au monde dès sa jeunesse, quitte sa patrie, visite les Lieux Saints et s’enferme à la laure de Saint-Chariton, où il meurt dans l'exercice des vertus monastiques. Rien de semblable ne se produit pour saint Jean, le disciple du Décapolite, qui accompagne son maître Grégoire à Constantinople, le sert, lui survit quelques années pour être, après sa mort, enseveli avec lui dans le monastère bâti par saint Joseph l'Hymnographe. La Vie de saint Joseph, écrite par son disciple Théophane et publiée tout
doute à ce sujet : « ὁ μέγας Donyoproc. προσχαρτερεὶ μὲν τῷ τόπῷ τὴς αὐτῆς φιλοσόφου παλαίστρας ἔἐγχεχ τ ισμιένος ἐχ
DES ; SRE τ τὴ :
ίου ᾿ ΄ ES 4 # x ΕΣ - x 5 μιμητὴν. Δπανίσταται δὲ μετὰ χρόνους συχνοὺς τῶν πος HAL τῷ τοὺ (1) Monumenta graeca οἱ lalina ad hisloriam Photit patriarchae pertinentia,
Saint-Pétersbourg, 1901, Il, in-8°, vui-24 pages. Notre citation y occupe les nu-" méros 8 et 9, p. 7 eL8, de la Vie de saint Joseph.
ἔτη πέντε. Hôn δὲ
ρέσχετο; τῇ χαθ᾽ ἡμᾶς γειτνιῶντι μονῇ, τοῦ μαχαρίτου χετο, τῇ il
πλειόνων μοναζόντων τῷ τιμίῳ χαὶ ἱερωτάτῳ ᾿Ιωσὴφ συῤῥευσάντων διὰ τὴν χαλλίστην χαὶ ἐνάρετον αὐτοῦ βιοτήν, AA συνεῖναι. τῷ τόπῳ μὴ δυγαμένων, τὸ χαθ᾽ ἡμᾶς τῆς ἀρετῆς ἐν χώρῳ ἐρήμῳ τότε ὄντι χαθιδρύσατο φροντιστήριον ἐν ᾧ τὸ τοῦ μεγάλου Doneeies ὡς θησαυρὸν ἄσυ-
Et la Vie du même saint Joseph par Jean, diacre et orateur de la Grande Église, donnait déjà à peu près les mêmes renseignements (1). Il n'y a rien non plus dans la Vie de saint Grégoire le Décapolite, dans laquelle il est question de son disciple Jean (2), qui nous autorise à le faire voyager en Palestine et mourir à Saint-Chariton. Enfin, la chronologie nous oblige à le distinguer. Saint Jean le Paléolaurite, avons-nous dit, mourut certainement avant saint Théophane Graptos qui ἃ composé son office. Or, ce dernier mourut au mois d'octobre 845. La mort du Paléolaurite arrivée en Palestine, alors que saint Théophane était à Constantinople ou à Nicée depuis l’année S13, doit en conséquence se placer au plus tard dans les premières années du 1x° siècle. À ce moment, saint Jean, disciple du Décapolite, était loin encore de penser à quitter cette terre. En effet, d’après la Vie presque contemporaine de saint Joseph l'Hymnographe (3), saint Grégoire le Décapolite mourut à peu près en même temps que l'empereur ἘΠῚ nIe janvier 842, c'est-à-dire dans le courant de l’année 812. Son disciple Jean lui survécut : μετὰ χρόνους συχνούς, dit le passage de la Vie apporté plus haut, et quelle que soit la longueur de se temps-là, elle nous reporte certainement au delà de l’année 845. On ne saurait donc à l’avenir confondre pour aucun motif ces deux saints, qui ont droit tous les deux à un culte distinct.