‹ Bibliothèque hagiographique orientaleChapitre 98 sur 195 · PRO TE · texte numérisé non relu

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conclure des faits et des textes connus, c'est ceci : 1° bien que tous les manuscrits syriaques disent que le nom féminin de cette sainte était Marie, les Maronites l'ont toujours honorée jusqu’à ce jour sous le nom de Marinà; ?° les Grecs également, quoique dans leurs livres liturgiques et hagiographiques elle soit toujours appelée Marie, lui ont dédié des églises sous le vocable de Haghia Marina; 3° Les Latins, soit en écrivant sa vie, soit en l'invoquant dans les églises bâties en son honneur, ne l'ont jamais appelée autrement que Marina, nom qui avec des terminaisons diverses ἃ été adopté par les Français, les Allemands, les Italiens, etc.

Aussi, bien que j'essaye de persuader le lecteur et de me persuader moi-même que notre sainte s'appelait Marie, je ne serais pas éloigné de croire qu'il faille demander son véritable nom aux fidèles d'Orient et d'Occident, chez qui son culte est établi depuis si longtemps, plutôt qu'aux hagiographes qui ont écrit sa biographie. À s'en rapporter aux premiers, son nom serait bien Marine, Marina, tandis que celui de Marie lui aurait été donné de très bonne heure par l'auteur de sa Vie grecque métaphrastique, pour un motif qu'on ne peut déterminer, peut-être pour la distinguer de son homonyme, martyrisée à Antioche, dont il sera question plus loin. Et naturellement on aurait continué à l'appeler ainsi dans toutes les versions, qui ne sont que des traductions et des remaniements de cette Vie grecque, ainsi que dans le calendrier de l'Église grecque, rédigé postérieurement à celle-ci.

Si le nom de Marine peut ainsi être l’objet d'une sérieuse discussion, il n'en est pas de même de ceux de ses parents. En effet, dans la version latine ils ne sont point mentionnés. C’est l’auteur de la version grecque attribuée au Métaphraste qui a inventé pour son père le nom d'Eugène, Eby£ucc, ou plutôt, ce sont certains copistes qui ont dû transformer les mots ἦν τις ἀνὴρ εὐγενὴς de certains manuscrits en ἦν τις ἀνὴρ ὀνόματι Εὐγέvs (1). Ilest à peine nécessaire d'ajouter que les noms d’Euphimianos, de Hermas, d'Abraham donnés au père, et celui de

(1) Cet Eugène est mentionné dans les synaxaires des Éthiopiens au nombre des saints dont il est fait mémoire chez ce peuple, dans le courant du mois de “edär (γον. le 275. éthiopien 126 de la Bibliothèque Nationale, {Ὁ 103r).

Badura (Tadura?) donné à la mère sont de création plus tardive encore.

Quant à l'époque où vivait sainte Marine, on ne peut la déterminer que d’une façon très hypothétique, car pas le moindre détail historique dans le récit de sa vie ne nous aide à la préciser avec exactitude. Si nous considérons, d’une part, que de son temps la discipline monastique était depuis longtemps solidement établie et que, d’un autre côté, en 778 (1), son histoire présentait déjà beaucoup de détails légendaires, on peut, je crois, en attendant des preuves plus formelles, admettre, ainsi que l'a fait l'abbé Nau, qu'elle vécut au v° siècle.

Nous ne sommes pas renseignés davantage sur la région où Marine est née. Cette lacune dans l’histoire la plus ancienne de sa vie ἃ été comblée postérieurement par les traducteurs et les copistes, suivant la fantaisie de chacun. Voilà pourquoi les différentes versions la font vivre en Bithynie, à Alexandrie, dans le désert de Scété, dans la Thrace ou « Romaigne », enfin, en Italie, à Ardée, ete. (2). La multiplicité de ces lieux d'origine les condamne tous, et l'on doit, à mon avis, jusqu'à preuve du contraire, s'en tenir à ce que nous apprend la tradition. Or, la tradition existe à cet égard chez les Maronites du Liban. Cès derniers croient fermement que le monastère où Marine ἃ vécu et est morte est celui de Kanoubine, situé dans loïdi Kadicha, au sud-est de Tripoli (3). De plus, le

(1) Date du manuserit syriaque de Sinaï (Voy. plus loin, p. 111}.

(2) Quand un copiste reproduisait la Vie d’un saint, dans laquelle n'était pas mentionnée la région d'où celui-ci était originaire (et même souvent aussi lorsque cette mention y était faite), il trouvait tout naturel de lui attribuer pour patrie la contrée qu'il habitait lui-même ou toute autre qui lui paraissait cadrer -plus convenablement avec l'histoire du personnage. Voilà pourquoi la version grecque métaphrastique fait vivre Marine en Bithynie, la version copte, en Égypte, la version latine, dans quelques manuscrits, en Italie, tandis qu’un manuscrit grec, conservé et sans doute écrit à Jérusalem, dit que le corps de là sainte fut transporté dans cette ville. On lit ailleurs que Marine a vécu dans le monastère syrien de Kanoubine, ce que je suppose être la vérité. Mais où trouvet-on cette indication ? Uniquement dans des manuscrits arabes, copiés fort probablement en Syrie.

Ὁ) Il est certain que le monastère où Marine ἃ vécu n'était pas très éloigné de la mer. La distance qui l'en séparait, telle qu’elle est donnée dans le plus grand nombre des manuscrits latins (31, 32 ou 37 milles), se rapporterait avee une approximation suffisante à celui de Kanoubine. Toutefois, on ne peut faire fonds sur cette indication, puisque d’après d'autres manuscrits cette distance n'était que de 3 ou » milles.

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culte qu'ils rendent à cette sainte est établi chez eux depuis plusieurs siècles, comme nous le verrons plus loin.

La véritable date de la fête de sainte Marine n'est pas moins difficile à établir. La plus grande confusion sur ce point se remarque dans les martyrologes et les livres liturgiques; aussi, malgré tous leurs efforts, les hagiographes n'ont pas réussi à la dissiper. La raison doit évidemment en être cherchée dans l'existence de diverses saintes portant le même nom qu'on n'est pas parvenu à distinguer nettement les unes des autres.

Si, comme 16 l'ai dit plus haut, Marine ἃ probablement vécu dans la vallée syrienne de Kadicha, c'est aux Maronites qu'il faut demander la date de sa fête. Chez eux elle a toujours été fixée au 17 juillet.

Nous trouvons bien une Mzsivz inscrite au 17 juillet dans le calendrier grec, mais il s’agit d'un autre personnage, c’est-àdire d'une vierge martyrisée à Antioche de Pisidie. Il semble que les Grecs ont dû être trompés par la ressemblance du nom de cette martyre avec celui de Ja religieuse que l'Église maronite a toujours vénérée sous son nom masculin Jar/nd, pus, plutôt que sous son nom féminin Haria, £;s. Quant à Marine la moniale, qu'ils appellent, comme nous l'avons vu, Mzοία, dite Mspives. ils en font mémoire le 12 février, sans qu'on puisse dire pour quel motif ce jour ἃ été choisi. Si les Grecs ont été induits en erreur par une similitude de noms, 11 semble bien que les Latins l’aient été également, quoique d’une façon différente. En effet, s'ils n’ont pu confondre notre sainte Marine avec la martyre d’Antioche «le Pisidie, puisque, pour une raison inconnue, ils nomment celle-ci non pas Marina, comme les Grecs, mais Margarita, Marguerite, et en font mémoire le 20 juillet (1), ils l'ont identifiée avec une autre Marine qui aurait été martyrisée à Alexandrie et qui est inscrite au Martyrologe romain à la date du IS juin (2). C’est ce que l’on constate à la première ligne de l’ancienne Vie latine de notre sainte, car, dans un grand nombre de manuscrits, le titre de cette Vie est suivi de la mention : « XIV Kal. Julii » (— IS juin). De

(1) Au sujet de Marina — Margarita, voy. Act. Sanct., Juillet V, Anvers, 1727, p. 24-45. Les Bollandistes, cela se comprend, ne paraissent pas prendre au sérieux les faits bizarres et extraordinaires rapportés dans la légende de cette sainte.

(2) « Alexandriac passio sanctae Marinae Virginis, »

plus, c'était également à cette date du IS juin que la mémoire de sainte Marine figurait autrefois dans le calendrier propre au diocèse de Paris. Mais c'est évidemment à tort qu'on a voulu établir un rapprochement entre Marine la syrienne et Marine d'Égypte (1). D'abord notre sainte n'a pas souffert le martyre. En second lieu, les manuscrits latins ne signalent jamais, sauf de rares exceptions (2), la région où elle est née, et, enfin, les plus anciens d'entre eux ne donnent pas la date de sa mort (3). Il est donc avéré que certains copistes, voulant combler cette lacune, ont ouvert le Martyrologe romain et, y ayant trouvé une Marine d'Alexandrie inscrite au IS juin, lui ont emprunté ces mentions de lieu et de date pour les attribuer à notre sainte. Une fois admise, cette fausse attribution ἃ été reproduite dans la plupart des textes latins et autres qui dérivent de l’ancienne Vie latine (4), et elle ἃ passé, au moins pour ce qui concerne la date de la fête, dans l’ancien calendrier de l’'Église de Paris (5).

Une troisième Marine, vierge et martyre, mais espagnole celle-là, est nommée dans le Martyrologe romain à la date du IS juillet (6). Elle est aussi inconnue que son homonyme d’Alexandrie : les anciens martyrologes ne la mentionnent pas et nulle part on ne trouve l'histoire de sa vie (7). Aussi Rosweyde, dans ses notes (S), n’hésite-t-il pas à déclarer qu'elle n’est autre

(1) Ce rapprochement était facilité par ce fait qu'on ne sait absolument rien de la vie de Marine d'Alexandrie. Les Bollandistes n'ont pu lui consacrer que quelques lignes à peine, lesquelles ne nous apprennent rien de précis sur elle (1 εἰ. Sanct., Juin IE, Anve , 1701, p. 973).

(2) Par exemple, le ms. Ὁ 206 Qu 5.) de la Bibliothèque Nationale qui pics le monastère où vécut Marine dans le voisinage d'Alexandrie.

) Entre autres le ms. 2328 (ix° s.) de la Bibliothèque Nationale.

) ὙΠ τ et Ughelli ont su éviter l'erreur de date, en plaçant la fête de Marine au 12 février, comme les Grecs, mais le premier, dans ses notes, s'est trompé en admettant l'identification de cette sainte avec son homonyme d'Alexandrie.

(9) Je dis : pour ce qui concerne la date de la fête de sainte Marine, car dans les anciens bréviaires manuscrits ou imprimés du diocèse de Paris, qui ne contiennent pas de leçon historique relative à cette sainte, la région où elle a vécu n'est jamais indiquée. Voy., plus loin, le chapitre où il est parlé du culte de sainte Marine à Paris.

6) « Gallæciæ in Hispania sanctæ Marinæ Virginis et Martyris. »

(7) Plusieurs églises ou chapelles dans le nord de l'Espagne et du Portugal sont dédices à S* Mari ina où MWMarinha.

S) De vila et verbis seniorum libri X, Antverpiae, 1615, p. 59%. — Patr. lat. de Migne, vol. LXXIII, col. 69.

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