‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 100 sur 170 · DU CHAMP DE BATAILLE D'AZINCOURT · texte numérisé non relu

DU CHAMP DE BATAILLE D'AZINCOURT

« Le 25 octobre 1415 fut donnée la funeste bataille d' Azincourt, oii périt l'élite de la noblesse française. Les Français y perdirent dix mille hommes et laissèrent quatorze mille prisonniers. Les Anglais n'y eurent que seize cents hommes hors de combat, parmi lesquels furent le duc d'Yorck, tué de la main du duc d'Alençon , et le comte d'Oxford.

On rapporte qu'après avoir tué le duc d'Yorck , le duc d'Alençon, parvenu jusqu'au quartier du roi d'Angleterre , porta à ce prince un si violent coup de hache sur le casque , qu'il en abattit une partie. Il

fut tué lui-même quelques instants après, en se rendant prisonnier.

L'endroit où furent enterrés les morts fut entouré de haies vives; et en 1734, M. le marquis de Tramecourt, qui avait perdu trois de ses ancêtres à cette bataille, fit construire sur cet emplacement une petite chapelle qui fut vendue et détruite à la Révolution.

Pendant l'occupation militaire de 1816, un lieutenant-colonel anglais, cantonné avec son régiment à Azincourt , acheta moyennant 500 fr. , d'une pauvre femme à qui le terrain appartenait, le droit d'y faire des fouilles.

Cet officier fit défoncer par une centaine de ses soldats, environ vingt-cinq pieds carrés sur six de profondeur , et y trouva beaucoup de débris d'armes , de ferrements, de casques, de pointes de flèches et une vingtaine de pièces d'or et d'argent.

On déterra, entre autres choses, trois instruments de musique assez singuliers. C'étaient trois cornes d'une grandeur extraordinaire , parfaitement ciselées et sculptées , garnies en cuivre , et portant des inscriptions latines.

Au bout de quelques jours les fouilles furent interrompues, par suite des démarches de M.- le chevalier de Contes de Bucamp, maire d' Azincourt, qui, comme Français, s'affligeait d'une recherche qui blessait l'amour-propre national.

Dans une discussion qu'il eut un jour à ce sujet avec l'officier anglais , il lui dit :

« Mais, colonel, fouilleriez-vous avec plaisir le champ « de bataille de Fontenoy ? »

L'autre , avec une fierté toute britannique , répondit : c< Oui , Monsieur, si nous y avions été vainqueurs ! . . . )> Les ossements, et principalement l'immense quantité de dents encore intactes qu'on exhuma dans cette circonstance, furent enterrés solennellement en présence des principales autorités du pays , avec tous les honneurs militaires, dans le cimetière d'Azincourt.

Le colonel anglais dont il s'agit était cantonné dans le château de M.'"" la marquise de T..., qui était absente ; pour reconnaître les soins dont il avait été l'objet pendant son séjour, il laissa dans le château, en partant , une magnifique gravure représentant Henri V, roi d'Angleterre.

h. son retour chez elle. M.™' de T..., surprise de trouver cette décoration, demanda à ses gens ce que cela voulait dire. On lui répondit que c'était le colonel anglais qui en quittant le château y avait laissé ce souvenir.

Quelques jours après, voulant répondre à la politesse de son hôte. M.""" de T... lui envoya un superbe portrait de Jeanne d'Arc! »

PIGAULT DE BEAUPRÉ, de Calais.

( Revue Anglo-Française, année 1835, page 148. )

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